PEDRO CABRAL
pourquoi la fête du Descobrimento se célèbre au Brésil à la date du 3 mai.
Quant à Pedro Cabrai, il finit dans l'obscurité, sinon tout à fait dans la misère comme Christophe Colomb. L'histoire avait complètement perdu sa trace lorsque, en 1839, on découvrit son tombeau, un peu par hasard, comme lui-même avait découvert le Brésil. Tout récemment ses cendres furent transportées à Rio de Janeiro. Arrêté, un jour où il y avait foule à la cathédrale, dans le couloir de la sacristie, j'y copiai l'inscription suivante gravée en portugais sur une plaque de marbre que j'avais devant les yeux :
Le SOdécembre 1903, Dom Joachin Arcoverde de Albuquerque Cavalcanti étant archevêque de cet archidiocèse, fut déposée ici une urne double de plomb et de bois contenant les restes mortels de Pedro Alvarez Cabrai, descohridor du Brésil, extraits le 14 mars 1903 de son tombeau en l'église de Notre-Dame-des-Grâces deSantaremen Portugal, où ils se trouvaient depuis l'an 1529 dans une sépulture de famille, apportés et donnés à cette cathédrale par le B^^ (Bacharel) Alberto de Carvalho.
La monarchie portugaise ne s'intéressa pas beaucoup tout d'abord à sa nouvelle possession. Ses regards et ses préoccupations se tournaient du côté des Indes. On croyait alors que l'Amérique n'en était que le prolongement, et c'est pourquoi on la désigna longtemps sous le nom d'Indes occidentales, de même que les indigènes furent appelés Indiens; usage qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. Toutefois, même après que Magellan eut doublé la pointe méridionale du continent américain, les flottes portugaises continuèrent de se rendre aux Indes par le cap de Bonne- Espérance. On ne se pressa pas beaucoup d'explorer
la côte brésilienne ; la prise de possession se fît lentement et non sans de grandes difficultés.
Bien qu'il fût alors à l'apogée de sa puissance maritime, le Portugal ne se trouvait pas en mesure d'occuper effectivement les immenses territoires qui lui appartenaient en vertu du droit international de l'époque. Le roi imagina donc de distribuer son nouveau domaine à quelques personnages considérables de la noblesse qui se chargeraient à leurs risques et dépens de l'organiser, de l'administrer et, si possible, de le mettre en valeur. C'était, sous une autre forme, le système des concessions aux Compagnies coloniales. La partie de la cote déjà reconnue fut donc découpée en tranches de longueurs inégales, qui avec leur hinterland formèrent les capitaineries. Malgré les avantages attachés à la concession on eut peine à trouver une douzaine de seigneurs pour accepter la libéralité royale. La tâche à accomplir était au-dessus des forces de simples particuliers, même riches et entreprenants. Pour la plupart des capitaineries héréditiaires le régime ne dura pas vingt ans. Il y eut alors un gouverneur général, puis deux, le premier pour les capitaineries du nord, avec résidence à Bahia, le second pour celles du sud avec résidence à Rio de Janeiro. Plusieurs de ces gouvernevirs généraux portèrent le titre de vice-roi. De nouvelles capitaineries s'ajoutaient aux douze premières, au fur et à mesure des progrès de la colonisation. Mais les Portugais durent payer chèrement l'extension et l'affermissement définitif de leur domination. Indépendamment des luttes fréquentes et meurtrières qu'il fallut engager avec les tribus indigènes, ils eurent à défendre leurs possessions contre des compétiteurs puissants et acharnés.
NICOLAS DE VILLEGAIGNON 91
Dès l'époque des grandes découvertes, les rois de Portugal avaient pris des mesures pour s'assurer la paisible possession des terres nouvelles. On sait que le pape Alexandre VI, pris pour arbitre, avait tracé une ligne idéale qui partageait entre Espagnols et Portugais toutes les Indes découvertes ou à découvrir. Mais il fallait se garantir contre d'autres ambitions. C'est pourquoi des ordonnances furent portées, qui interdisaient sous des peines très rigoureuses aux sujets de Leurs Majestés de fabriquer des cartes et des ■l sphères terrestres, aussi bien que de prendre du service dans les marines étrangères. On croyait pouvoir cacher des continents comme une trouvaille quelconque. Mais la curiosité des riA'aux était éveillée. Tout le monde voulait avoir sa part de l'aubaine. Nos armateurs et nos corsaires furent les premiers à troubler le Portugal dans son installation au Brésil, Dès 1503 des vaisseaux partaient de Dieppe pour les Indes occidentales et faisaient le commerce avec les tribus. Ces relations se prolongèrent pendant plus de vingt ans. Don Manuel fît faire des plaintes par son ambassadeur auprès du roi de France. 11 paraît que la voie diplomatique ne lui réussit pas ; car nous avons vu plus haut Christophe Jacques couler des vaisseaux français dans la baie de Tous-les-Saints, pour le service de son roi.
Ce fut ensuite la brillante et stérile aventure de Villegaignon. Le personnage n'est guère sympathique. Deux fois apostat, il ne semble pas avoir cherché dans lexpédition dont il fut le chef d'autre intérêt que celui de sa fortune personnelle.
Nicolas de Villegaignon arrivait en 1555 dans la baie de Guanabara (baie de Rio de Janeiro) avec deux vaisseaux bien armés et une troupe de six à sept cents
hommes. Il s'empara d'une île où il bâtit un fort auquel il donna le nom de Coligny, en l'honneur du fameux amiral huguenot. Tout chevalier de Malte qu'il était, il passa lui-même au protestantisme. Il fut un moment maître de la baie ; mais il dépensa en querelles religieuses une activité qui eût été mieux employée à affermir son établissement. Son mauvais caractère et des rigueurs inutiles suscitèrent de tels mécontentements qu'il dut abandonner la partie et regagner la France. A force d'énergie ses compagnons parvinrent à se maintenir quelque temps encore dans leurs positions ; mais réduits à leurs propres forces, ils finirent par succomber sous le nombre. Ce fut en 1567 que les survivants de la petite troupe s'embarquèrent pour gagner Pernambuco où ils tentèrent vainement de s'établir. L'occupation française de la baie de Rio de Janeiro n'avait pas duré plus de deux ans. Il n'en resta pas d'autre souvenir que le nom de Villegaignon que porte encore la première ile que l'on trouve à gauche en entrant dans la baie. L'historien protestant Southey termine ainsi le récit de cette lutte : « Jamais guerre soutenue avec de si faibles moyens n'eut d'aussi graves conséquences. Si le gouverneur portugais Mem de Sa eût été moins résolu et le Père Nobrega moins infatigable, cette cité qui est aujourd'hui la capitale du Brésil serait encore française. »
Henri IV encouragea une nouvelle tentative d'établissement français aux Indes occidentales; l'expédition, préparée de son vivant, ne put avoir lieu que deux ans après sa mort. Trois vaisseaux sous le commandement de La Ravardière abordèrent au mois de juin 1612 sur la côte du Maranhao, dans le voisinage de l'Equateur. Nos compatriotes s'y établirent et bâtirent le fort qui fut le berceau de Sao-Luiz.