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LE FÉTICHISME DES « AFRICAINS

durée de l'annexion à l'Espagne, se réveilla à la restauration du Portugal ; la haine de l'étranger doublée de la haine contre l'hérétique souleva tous les cœurs ; la lutte fut implacable de part et d'autre ; mais la Hollande, obligée de tenir tête à d'autres adversaires, ne put envoyer des renforts suffisants. La victoire finale resta aux colons portugais de Pernambuco et du Maranhao. La paix fut signée en 1661. Les Hollandais renonçaient à toute prétention sur le Brésil et recevaient en échange d'autres possessions du Portugal en Océanie, avec une indemnité pécuniaire et des avantages pour leur commerce.

Débarrassée de la Hollande, la grande colonie portugaise n'eut à se débattre qu'avec l'Espagne. L'arbi-^ trage d'Alexandre VI n'avait pas tranché toutes les difficultés entre les deux couronnes qui avaient à se partager les trois quarts du monde. On ne s'entendait pas sur le point de savoir où passait la ligne de partage, et par conséquent si les terres convoitées se trouvaient à l'est ou à l'ouest. Dans la plupart des cas litigieux on en appela aux armes ou bien on fit des accords qui consacraient le droit du premier occupant. Il est bien vrai que, en aucune hypothèse, l'extension du Brésil vers l'ouest ne peut concorder avec la fameuse ligne de démarcation. Mais d'ailleurs la part de l'Espagne qui comprenait tout le reste de l'Amérique méridionale pouvait suffire à son appétit.

De son côté le Portugal détenait, aux xvi® et xvii® siècle, sous une domination plus nominale sans doute qu'effective, une bonne moitié du globe. J'ai vu dans les atlas de géographie qii'on met aux mains des élèves en Portugal et au Brésil, une carte intitulée 0 mundo Portuffuez [le monde portugais), 1400-1600. Le trait de couleur qui marque les possessions portu-

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gaises suit, presque sans interruption à partir du Maroc, le pourtour du continent africain, puis il dessine pareillement le littoral des deux presqu'îles indiennes, il atteint la Chine, englobe une lionne partie des archipels du Pacifique et enfin découpe à peu près une moitié du continent Sud-Américain, Gomme, en vertu de la fiction juridique traditionnelle, V hinterland appartenait à qui avait pris pied sur la côte, on voit quel invraisemblable empire était censé reconnaître la souveraineté du roi de Portugal.

Le Brésil formait assurément le plus beau fleuron de sa couronne. Une partie relativement considérable du territoire était réellement occupée ou soumise ; les limites étaient fixées; sur la fin du xvin^ siècle, après trois cents ans de régime colonial, la nationalité brésilienne était constituée. Dès lors elle aspirait à l'indépendance. Les fautes de la métropole rendaient inévitable le mouvement de séparation. Le gouvernement de Lisbonne considérait les colonies comme une propriété dont il fallait tirer tout le bénéfice possible. Il ne fut pas le seul à donner dans cette erreur. De là une série de mesures vexatoires et ruineuses pour les colons, qui ne pouvaient ni faire librement le commerce, ni surtout créer d'industries qui eussent été une concurrence pour celles de la métropole. L'antagonisme, ou pour mieux dire l'antipathie entre les deux peuples était dès lors passée à l'état aigu. D'autre part, l'émancipation des Etats-Unis avait déterminé dans toutes les colonies américaines une fermentation que rien désormais ne pouvait arrêter. La partie la plus cultivée de la population brésilienne était déjà imbue des

idées qui préparaient la Révolution française. Leur première tentative d'insurrection s'organisa dans la province de Minas en 1791 ; les conjurés avaient dressé le plan d'une République indépendante. Le complot échoua, et celui qui en avait été l'âme, Tiradentes, fut condamné et exécuté le 21 avril 1792. Cette date a été inscrite parmi les fêtes nationales, pour perpétuer la mémoire du premier martyr de la liberté. On a aussi donné le nom de Tiradentes à l'une des plus belles places de Rio de Janeiro.

On pouvait croire que le séjour de la famille royale au Brésil (1808-1821), allait calmer les rancunes, dissiper les malentendus et finalement resserrer les liens qui unissaient la colonie à la métropole. Ce fut le contraire qui arriva. Sans doute ce fut pour le peuple brésilien l'occasion de manifester hautement son loyalisme à l'égard de la maison de Bragance; mais dès le premier jour, Don Jean VI put discerner parmi les acclamations du peuple de Rio celles qui saluaient r empereur du Brésil. Il s'empressa d'ailleurs de donner à la monarchie un titre qui, dans sa pensée, devait tout à la fois satisfaire l'amour-propre brésilien et rendre la séparation impossible ; elle s'appela le « Royaume-Uni de Portugal, Brésil et Algarve » (1815).

En même temps il procédait à l'affranchissement économique de la colonie en ouvrant les ports au commerce de toutes les nations, et en accordant la liberté de créer des fabriques de toute sorte. La première imprimerie brésilienne fut alors créée à Bahia. Appelé au trône à la mort de sa mère en 1816 et proclamé roi à Rio de Janeiro, Jean VI acheva d'organiser l'autonomie du Brésil en dotant la capitale de plusieurs institutions que la métropole s'était réservées jusque-

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là. Tout cela n'empêchait pas la révolution d'éclater à Pernambuco l'année suivante; cette fois encore on parvint à l'étoulFer et la clémence du souverain adoucit la répression. Mais le mouvement était irrésistible; Jean VI eut assez de clairvoyance pour le comprendre, et il semble bien que, s'il essaya de s'y opposer, ce fut sans espoir de succès, et seulement parce qu'il y fut contraint par le sentiment national portug-ais. Obligé de repartir pour Lisbonne, où les Cortès et le peuple réclamaient sa présence, Jean VI laissa au Brésil Don Pedro son fils et sou héritier. On raconte que, au moment de le quitter, il lui dit : « Pedro, le Brésil ne tardera pas vraisemblablement à se séparer du Portugal; en ce cas, ne manque pas de mettre la couronne sur ta tête, plutôt que de la laisser prendre par quelque aventurier. »

Le roi avait quitté Rio-de-Janeiro le 26 avril 1821. Le 29 septembre suivant, un décret du gouvernement de Lisbonne rattachait toutes les possessions d'outremer à l'administration centrale de façon plus étroite que jamais, et donnait ordre au prince royal de rentrer dans le royaume. A cette nouvelle l'émotion au Brésil fut à son comble. Le Sénat de Rio supplia le prince de rester, lui représentant que son départ serait le signal de la révolte et de l'anarchie. Après un instant d'hésitation, Don Pedro prononça le mot fatidique : Fico! (Je reste).

En quelques instants le fico libérateur fit le tour de la capitale et y souleva un enthousiasme qui tenait du délire. Le commandant des forces militaires portugaises troubla la fête en occupant avec de lartillerie le Morro do Castello, d'où il s'apprêtait à bombarder la ville i Mais on parvint à l'en dissuader, et

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quelques jours après il se laissa embarquer pour l'Europe. Dès lors cependant il fallait se préparer à la guerre ; car le Portugal ne se laisserait pas déposséder sans tirer l'épée. C'est le 9 janvier 182^ que le jeun prince, tremblant d'émotion, avait dit : Je reste ; le 7 septembre, comme il se trouvait à Ypiranga, dans la province de Sao Paulo, on lui remit de nouvelles sommations qui venaient d'arriver de Lisbonne. C'est alors qu'il lança une parole plus Hère qui allait devenir le cri de ralliement du patriotisme brésilien : « L'Indépendance ou la mort! »

Quelques semaines plus tard, Don Pedro P'', qui portait déjà le titre de Défenseur perpétuel du Brésil, était proclamé empereur. L'issue de la lutte avec la mère-patrie était comme d'avance. Que pouvait le petit Portvigal contre un peuple qui s'éveillait frémissant d'un bout à l'autre de son immense territoire au souffle de la liberté? Les milices brésiliennes improvisées furent d'ailleurs conduites à la victoire par un habile bonime de guerre, le général anglais lord Cochrane. De proche en proche les garnisons portugaises, aussi bien que les renforts envoyés de la métropole, durent se rendre après des résistances généralement peu meurtrières, La guerre de l'Indépendance était virtuellement terminée avant la fin de 1824. L'amiée suivante, cédant à la pression des grandes puissances qui avaient déjà reconnu le nouvel Etat, le Portugal, par l'intermédiaire de l'ambassadeur d'Angleterre, qui avait reçu des pleins pouvoirs à cet effet, signa le traité du 29 août qui consacrait l'indépendance du Brésil.

Moins d'un an après Jean VI mourait, et Don Pedro, pour ne pas compromettre le sort du jeune empire, abdiquait ses droits à la couronne du Portugal

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