LA PÉRIODE IMPÉRIALE
en faveur de sa fille Dona Maria da Gloria. Il fut d'ailleurs assez mal payé de son dévouement. Son règne ne fût qu'un perpétuel conflit avec les représentants de la nation. De part et d autre on était mal préparé pour le régime constitutionnel ; l'empereur dominé par la tradition familiale du pouvoir absolu, et les mandataires du peuple encore dans l'effervescence révolutionnaire ne parvenaient pas à s'entendre. L'orage qui renversa le trône de Charles X eut son contre-coup au Brésil ; les rapports du souverain avec son parlement devinrent plus tendus ; du parlement le miécontement se répandit parmi le peuple. On fît sentir à Don Pedro que sa personne avait cessé de plaire. Pour éviter de plus grands maux, le jeune emperem* — il n'avait que trente trois-ans — abdiqua, laissant le trône à son fils, enfant de six ans, et se retira en Europe, oii il mourut quatre ans plus tard.
La régence fut d abord exercée par un triumvirat, puis, en 1835, confiée à un régent unique désigné par une sorte de suffrage universel; ce fut Antonio Feijo, un prêtre qui avait peut-être des qualités d'homme politique, mais fort peu celles de son état.
Les compétitions des partis lui rendirent la tâche difficile, si bien que, ne pouvant arriver au terme de son mandat, il fit avancer la date de la majorité du jeune prince. Don Pedro II commença à gouverner par lui même en 1840; il avait à peine quinze ans.
Son règne dura près de 60 ans ; ce devait être le dernier. Il ne serait pas exact de dire que ce fut une ère de paix pour l'emjDire brésilien ; les agitations politiques dégénérant en insurrections se produisirent tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; l'ex-régent Feijo lui-même donna l'exemple de 1 insubordination. D'autre part, la guerre avec les voisins, Rosas en Ar-
gentine et Lopez au Paraguay, exigea des efforts et des sacrifices considérables d'hommes et d'argent. Néanmoins la période impériale fut féconde pour le Brésil. Le commerce, l'industrie, tous les arts de la paix, à commencer par les lettres et les sciences, y réalisèrent de merveilleux progrès.
Quelles causes amenèrent la chiite du régime impérial, quels griefs la nation brésilienne avait-elle contre la dynastie, quels motifs la poussaient à préférer la forme républicaine? Ce sont des questions complexes et délicates, que les étrangers ne sauraient résoudre sans témérité. Il y a du moins certains faits dont il n'est pas permis de ne pas tenir compte dans le jugement à porter sur cette révolution. Peut-être bien d'abord était-elle la conséquence logique et l'achèvement de celle qui avait donné au Brésil son autonomie. La persistance du pouvoir monarchique, avec des princes de la famille royale du Portugal, pouvait paraître aux yeux de la nation fraîchement émancipée comme un soiivenir et un reste de son ancienne dépendance. D'autre part, toute l'Amérique, d'un pôle à l'autre, vivait sous le régime républicain. L'âme américaine, si hautaine parfois et si méprisante vis-àvis de la vieille Europe monarchique, se fait un point d'honneur de répudier pour elle-même la monarchie ; il ne doit pas y avoir de pouvoir héréditaire sur une terre américaine. Je me suis laissé dire par un archevêque mexicain que, si le plan napoléonien eût réussi, l'empire de Maximilien aurait eu immédiatement la guerre avec les Etats-Unis. De fait, dans la sommation qui fut adressée à Don Pedro au lendemain de la proclamation de la République, on ne faisait pas valoir d'autre argument que celui-ci : L'Amérique est républicaine.