CHAPITRE IX
La question religieuse au Brésil. — Le catholicisme a formé la nationalité brésilienne. — Le patronat de la Couronne portugaise. — L'empire rég-alien. — L'affaire dOlinda. — Les sociétés secrètes. — L'avènement de la République et la séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Paulo majora Avant de quitter Rio de Janeiro,
la belle et séduisante capitale, je veux dire ce que je sais de la question religieuse au Brésil. Je crois avoir puisé mes informations aux meilleures sources. J'ai pu m'entretenir avec nombre de personnes ecclésiastiques ou laïques des plus autorisées, parmi lesquelles je m'honore de compter Son Eminence le Cardinal- Archevêque de Rio et Son Excellence le Nonce apostolique. Je ne prétends pas apporter une contribution inédite à l'histoire de l'Eglise brésilienne, ni même apprendre du nouveau à ceux qui Font étudiée avec quelque soin; mais je crois que ceux-là sont, cheznous du moins, assez rares, et peut-être bien aussi aurai-je l'occasion de préciser on de rectifier certains points insuffisamment éclairés par d'autres.
Une inspiration religieuse domine toute l'épopée des Conquistadores du xvi*^ siècle. La propagation de la foi catholique, l'extension du royaume de Jésus- Christ, tel est l'idéal qui les anime d'une ardeur en-
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thousiaste, en même temps et plus encore que le service du roi, que la gloire et la richesse de la patrie. De leur côté, les rois de Portugal et d'Espagne sont intimement persuadés qu'ils ont une mission d'apostolat à remplir. Si Dieu les rend maîtres d'un monde jusqu'alors inconnu, c'est pour qu'ils y fassent briller la lumière de l'Evangile et amènent au bercail les infidèles devenus leurs sujets.
Pendant toute la période coloniale, le Brésil fut administré d'après cette conception si chrétienne des devoirs de la souveraineté. Pourvoir au culte divin et au service religieux des populations était toujours un des premiers soucis de la cour de Lisbonne aussi bien que des gouverneurs qu'elle envoyait dans ses possessions d'outre-mer. Les institutions de la métropole y furent implantées de toutes pièces. C'est ainsi que dès l'origine, la religion catholique fut au Brésil la religion d'Etat, ou pour parler plus exactement, une loi fondamentale et constitutionnelle de l'Etat. Aucune autre religion n'y était tolérée ; les Hollandais seuls obtinrent au traité de paix de 1661 le libre exercice du culte réformé. Sans être imposée par la force, la conversion des Indiens était encouragée et favorisée de toute façon par le gouvernement, et quant aux esclaves noirs, ils entraient, pour ainsi dire, de plain-pied dans le giron de l'Eglise. La Sainte Inquisition de Lisbonne étendait naturellement son contrôle sur toutes les terres soumises à Sa Majes+é Très Fidèle; l'illustre Vieira lui-même, coupable d'avoir pris trop chaudement la défense des Indiens du Brésil contre les colons portugais, encourut les rigueurs du redoutable tribunal. Il n'est que vrai de dire que le catholicisme est entré dans le tempérament du peuple brésilien. « Je ne crains pas de l'affirmer, dit
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le. Père Julio-]\Iaria \ le catholicisme a formé notre nationalité; concevoir une patrie brésilienne sans la foi catholique est un non-sens historique, aussi bien qu'une chimère politique. »
Malheureusement, ici comme ailleurs, cette union si étroite de l'Eglise et de TEtat ne devait pas être sans inconvénients pour l'Eglise. Les rois protecteurs de l'Eg'lise sont toujours exposés à transformer leur protection en tutelle; aucune monarchie catholique n'a su résister à cette tentation, mais la monarchie portugaise moins que toute autre.
La dignité de Grand-Maître des trois ordres militaires du Christ, de Santiago et d'Avis, ayant été rattachée à la Couronne de Portugal par le pape Jules III, en iool. Sa Majesté Très Fidèle se trouva par le fait investie des mêmes droits que d'autres souverains exerçaient en vertu des Concordats. Le patronat portugais, moins défini quun texte concordataire, devait même faciliter davantage les empiétements du pouvoir civil sur le domaine ecclésiastique. On en vint progressivement à faire passer dans les attributions de la Couronne l'administration de l'Eglise. Non seulement toutes les nominations aux bénéfices appartenaient au roi, mais aucun détail du fonctionnement des diocèses, des paroisses, des couvents et des confréries n'échappa aux prises du patronat. Par-dessus
1. Le R. p. Julio-Maria, Rédemptoriste, est, à l'heure présente, l'orateur sacré le plus en vue du Brésil. Sa parole y a d'autant plus de poids qu'il est »m converti de la libre pensée. 11 a écrit dans le Livro do Cenlenavio l'article sur « la Religion catholiqua au Brésil, » article auquel je me référerai plus d'une ibis. Ce Livre du Centenaire est, comme son titre l'indique, une sorte de revue d'ensemble, œuvre collective, publiée en l'JOO, à l'occasion du quatrième centenaire de la découverte du Brésil. Il forme deux ^rotvolumes in-4.