‹ Le Brésil d'aujourd'huiChapitre 59 sur 105 · LA QUESTION REL1GI[:USE · texte numérisé non relu

LA QUESTION REL1GI[:USE

tout, on s'appliqua à réduire au minimum l'aulorité du Pape. Le mot de Pombal caractérise bien l'attitude de la diplomatie portugaise vis-à-vis du Chef de l'Eglise : « Il faut baiser les pieds du Saint-Père, mais lui lier les mains. »

Cet état de choses, funeste dans la métropole, le devenait davantage encore dans les possessions d'outremer où les distances, la difficulté et la rareté des communications laissaient l'absolutisme royal s'exercer sans contrepoids. Ce n'est pas ici le lieu de dire quels abus en furent la conséquence ; au surplus notre histoire nationale nous édifie suffisamment à cet égard.

Lorsque le Brésil eut conquis son indépendance, on s'empressa de revendiquer pour le Souverain tous les droits du patronat. On érigea en thèse, dans des documents officiels, que le patronat est une prérogative essentielle de la Couronne, et donc indépendante de toute concession du Saint-Siège. Rome ne pouvait admettre une prétention aussi exorbitante ; et avant de reconnaître à l'empereur les droits traditionnels de la Couronne de Portugal, on voulut obtenir des garanties ; le gouvernement impérial ayant refusé de souscrire aucun engagement, le Saint-Siège ne reconnut jamais, par un acte authentique, le patronat brésilien ; il le toléra seulement, pour éviter de plus grands maux.

Dès lors commença pour l'Eglise du Brésil une période calamiteuse. Le P. Julio-Maria n'hésite pas à écrire dans le Livre du Centenaire : « Au point de vue religieux, l'époque impériale se résume en quelques traits : exagération du régalisme, destruction des ordres religieux, abaissement du clergé, réaction éphémère de l'épiscopat et de l'élément catholique contre les usurpations du pouvoir civil, rationalisme

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et scepticisme, autant dire apostasie, des classes dirigeantes. »

Le Brésil connut alors ce régalisme minutieux, tatillon, plus ridicule encore que tracassier, qui doit son nom de joséphisme à ce pauvre empereur d'Autriche que son voisin de Prusse appelait mon frère le sacristain.

L'Eglise fut si bien emmaillotée qu'il ne lui fut plus possible de se mouvoir sans la permission des puissances tutélaires qui veillaient sur elle. On sait du reste quelle soumission, quels services l'Etat exige du clergé en retour du traitement qu'il lui sert. Pour le gouvernement impérial, les prêtres étaient des fonctionnaires,/>o/'(y«e elle os pagava. Il les payait; donc... Le clergé, d'ailleurs, n'avait garde de faire de l'opposition. Imbu des principes régaliens, très défiant à l'égard de Rome, il considérait comme des privilèges de l'Eglise nationale les restrictions mises par le pouvoir civil à l'exercice de l'autorité du pape. La première Assemblée du régime impérial comptait une forte proportion de prêtres ; aucune n'eut, au point de vue religieux, une action plus néfaste. Parmi les représentants ecclésiastiques plusieurs appartenaient à la franc-maçonnerie. Ils furent des plus empressés à appuyer le projet de loi présenté dès 1828, pour préparer la suppression des Ordres religieux. Leur recrutement et leur existence même furent assujettis à des conditions qui les mettaient à la merci du pouvoir. D'autre part, il ne leur était plus permis de reconnaître aucun supérieur en dehors des frontières du pays. Désormais, les monastères brésiliens étaient livrés irrémédiablement à toutes les causes de dissolution et de ruine. Quand vint la loi de 1855, on put dire qu'elle trouvait sa justification dans l'ef-

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