LA FLORE
riqîies : la Guyane et lo Venezuela, dans une partie du cours de l’Orénoque, Mais dans toute la région amazonienne on rencontre deuî formations végétaîos caractéristiques dues a une circonstance physique, lo séjour de l'eau sur le sol vûîsiu des rivières pendant plusieurs mois de Fannée. Partout où les pluies abondantes transforment en marécages les rives de T Amazone et de ses affluents, croissent des types particuliers formant des forêts vierges que depuis longtemps les Indiens ont désignées sous le nom de Cad4gap6 ou Forêt immergés. Le caractère des plantes de cette région est une taille moyenne, un tronc nu jusqu'à une ccriaine hauteur et un feuillage extrêmement abondant, d’un vert sombre* fei rassociation végétale se compose en premier lieu de Myrlacécs (dont ïa plus commune est le Comonpita guianemU)^ Guttifères, MéliacéeSj Bombacées, Mimosées {înga spmàens et coTymbifera) ^ Cinchonêes (Enkylista}j Anonacées. Ces plantes se trouvent toutes dépassées par des Palmiers dont les troncs s’élèvent comme autant de colonnes élancées au travers du feuillage précédent et épanouissent leurs bouquets de feuilles aufflessus de lui. Les lianes sont presque partout absentes de cette forêt ; lorsque les eaux se sont retirées, quelques Convolvulacées à bois mou s’enroulent autour des troncs vaseux complètement dépourvus d’épîpbytes. Sur le sol croissent alors avec rapidité des Graminées à port rigide, de nombreuses Sélaginelles, et sur la lisière même delà forêt, âu bord de Peau abondent avec une luvurianee surprenante des Monocotylédones : Scitaminées, AroKdées, Graminées, etc. Du reste cette partie de la Caà-igapé revêt un caractère spécial, dû à ce que les végétaux qui la composent vivent dans une htimidilé constante ; la plupart du temps leurs racines baignent dans Peau et leurs rameaux sont arrosés par les pluies incessantes. Les rives des cours d’eau, les îles, sont bordées par des sortes de haies où dominent le Saule américain {Sallx Uumholitiünajy un type particulier de Bombacée, le Cecropia, des Scitarainées de haute taille, desMusaeées, des ? 2 [nikcs(AstrocargumJauari)^ des Aroïdées (Afontrlchardiajj une Graminée de 5 à I m. de haut, SacchürüiâfS.Sur lesrivesderAmazone
croissent, au moment où les eaux baissent, quelques Cypéracéèset Ütriculariées naines dont Tune, Vütricularia uniftora, haute de quelques centimètres seulement, forme un singulier contraste avec le Victoria regia qui étale scs feuilles et scs fleurs gigantesques à la surface des eaux. Dans les parties un peu plus élevées de la région équatoriale, là oîi le sol n’est plus périodiquement submergé, se rencontre la seconde formation végétale caractéristique de cette région, la forêt vierge par excellence : Cad^sté (la « vraie forêt >) ou Caci-guaçü (la « grande forêt des indigènes, Matta virgemi en porlugais. Ici la forme du feuillage est presque toujours celle des Lauracées, et la dimension des arbres atteint de 60 à 65 m, de haut, dépassant souvent les Palmiers les plus élevés, La coloration est presque uniformément d’un vert sombre; les troncs élancés sont eooverls d’innombrables lianes aux fleurs du plus brillant coloris; Epipbytes. Broméliacées, Orchidées ne laïsseut pas la moindre place inoccupée. Sur lo sol, où T enchevêtrement des lianes et des racines no permet pas à une végétation gazonnante de s’installer, poussent de nombreuses espèces de Fougères, Aroïdées, Scîlamînées* etc,, ainsi que le Phyteîêphas qui fournît T ivoire végéta!, les Carludoviciaf etc. Les familles dominantes de cette région sont des Anonacées, des Myrtacées, notamment le Bertholletia
excelsa, qui fournit la noix du Paré, des Sapotacées, des Aristolochiées aux fleurs étranges, des Cactées, des Mimosées, des Vochysïacées, des Apocynacées, des Bignoniacées qui fournissent de nombreuses lianes, des Piperacées, des Broméliacées dont une espèce, le lillandsia mneoides, couvre les arbres et les lianes de ses ramifications et feuilles dont l’aspect rappelle certains lichens ; des Palmiers (AUalea excelsa), etc. Un grand nombre des plantes de ces diverses familles fournissent d’importants produits, parmi lesquels on ne peut pas ne pas signaler le caoutchouc fourni par une Euphorbiaeêe, !e Siphonia eiastica^ le cacao (Tkeobroma Cacaojy la vanille, la salsepareille fSmilax papyracea}, enfin d'innombrables bois de charpente ou d’ébénisterie fournis surtout par les Mimosées, les Césaîpiniées, les Myrlacées, etc*
Dans la forêt émergée Cad-êtéi le feuillage est persistant, comme dans la forêt immergée; mais les bois sont de consistance plus dure, plus résistante ; dans cette dernière, en effet, les tissus sont gorgés d’eau et la liguification ne s’opère que faiblement, comme on le voit par exemple dans les Borabacées, A cêté de ces deux principales formations tropicales, on observe dans les espaces laissés libres entre elles, sur 1^ pentes ou les plateaux qui limitent les bassins des cours d'eau, des bois de peu d’étendue, d’aspect tout particulier, élevés au centre et s’abaissant insensiblement jusqu’au sol ; les Indiens leur ont donné lo nom caractéristique de Gfld-paft*, d’ob vient l’altération portugaise Capdo {capd&Sf au pluriel), bois isolé. Ces bois sont formés à peu près des mêmes essences que les précédents; mais les Palmiers dominent, ainsi que les Lianes, avec les Aroïdées et les Fougères épiphytes. Le sol de ces bois est ordinairement gréseux, et rbumidité extrême de l’air y favorise une exubérante végétation. Enfin, dans les espaces complètement vides,entre les Ca(Hgap6t Cad-êtéy CapëeSy s’étendent quelques savanes non complètement dénudées, mais ofirant çà et là des bouquets d’arbres (Myrlacées) avec des Lianes, des Orchidées, des Broméliacées et des Fougères épiphytes. Sur la lisière de ces savanes, les grandes forêts sont bordées d’arbres et d’arbustes qui en rendent l’accès presque impénétrable, et dont presque tous les éléments sont caractéristiques : Mélastomacées, Malpigbiacées, Vochysiacées, Soknées, Apocynacées, etc.
Un caractère général de cette végétation équatoriale, c’est de ne posséder qu’un très petit nombre de types spéciaux, La plupart des espèces do cette région sont dispersées sur une surface assez vaste et se retrouvent soit vers le N* jusque dans les Antilles, soit vers le S* sur le littoral atlantique jusque vers Rio de Janeiro, IL Tout autre se monlre la végétation du Brésil dans les provinces du centre et de FF,, plus rapprochées du tropique* Ici, les espèces, non moins nombreuses, sont plus localisées et, par conséquent, plus caractéristiques* De plus, la diversité des stations appelle une variation plus fréquente dans la composition des formations végétales. On peut nettement distinguer dès le premier coup d’œil deux régions dans la flore tropicale : le littoral el Finlérieur, La zone littorale rappelle, depuis Pernambuco jusqu'à Rio de Janeiro et même Sso Paulo, la région équa-
1 B. C* d'AlméidaNsgueira, t, VÏI des Ann. de la Blbl. Nat. de Kio, p. 63. Ge mot Caprio vient de Caé-pau (prononcez Ca^lpaoun) qu'on confond f^énéralement avec Cadpud* Ces deux derniers mots aignitient bois éievé ou haute forêt : les deux autres, bois isolé.
LE BilLSIL
toriâle* On peut y distinguer plusieurs végétations caractéristiques. C'est tout d'abord, sur le rivage même de FAllantique, la zone des Manperaes ou des" Palétuviers, dont les nombreuses et énormes racines plongent dans la vase maritime et forment un inextricable fouillis, contre lequel viennent se briser les dernières lames de la marée. A cùté des Palétuviers croissent des Âviçennîa, des Conocarpus^ etc.
2*^ Au delà de ce premier cordon végétal s'étendent des forêts composées des mêmes essences que sous Téquateur, mais dont les fleurs ont un coloris plus brillant et dont les types caractéristiques sont des Bu lacées (Erythrochiton^ Almeidea)^âùs Mutîsiacées (StiftiaiMutisia)^ des Palmiers de la tribu des Coccoinées (CoccoSt AUaîea, Bactrüj ; enfin sur les versants de la serra do Mar et de la serra dos Orgâos, depuis Bahia jusqu'à Maranbao, des Fougères arborescentes qui donnent à celte région le caractère le plus particulier. Parmi ces Fougères, il convient de citer les genres Lomaria^ Alsophiia, Cyathea, Tri^ chopteris, et VHemüelia polypodioidés qui offre les plus grands rapports avec une espèce du Cap, Les arbres de cette région sont tous couverts do Lianes et d'Epipbjtes : Orchidées, Broméliacées, Aroïdées, Cuscutes, Lorantbacées, etc. Outre les espèces arborescentes, on trouve, sur les lisières des bois, le long des cours d'eau comme types caractéristiques : des Bambous (Gadua)^ des Heliooniay des Voehysiacées, Ochnacées, Gesneriacées, Dalbergiées, Cæsalpiniées, etc. Un grand nombre d'espèces arborescentes peuvent être utilisées dans l'industrie, notamment les Bowdichiaj Cœsaipinia^ Aspidosperma, Nectandra, Machœrium^ Physocakjmna, etc.
3“ Sur les pentes douces des serras, qui limitent dans toute sa partie orientale le Grand massif du Brésil et souvent aussi lorment des pointes sur le plateau, s'étend la région des Pinheiraes ou sapinières, uniquement composées à'Araucaria brasilicmis^ la seule espèce de ce remarquable genre qui croisse au Brésil * Du Bîo Grande do Sul au Minas-Geraes, y compris une grande partie des provinces de Paranà, Santa-Catbarina, Sâo Paulo, les Pinheiraes forment le fond de toute la végétation et donnent à ces contrées un aspect tout spécial.
¥ Au delà de ces diverses zones et en s’avançant toujours vers l'intérieur, on gravit des plateaux plus ou moins élevés, sur lesquels règne dans la plus grande partie de leur surface une sécheresse et une aridité qui s'opposent à toute végétation luxuriante. Là croissent les formes les plus spéciales de la flore brésilienne, resserrées dans leur aire étroite par des vallées où la végétation est touffue; ces plantes ne peuvent franchir ces vallées à cause des immenses espaces recouverts de plantes gazonnantes ou à peine buissonnantes, Ce qui achève d'accentuer ie contraste de cette végétation avec celle des régions équatoriale ou littorale, c’est, pendant la saison sèche, la perte des feuilles que subissentles espèces ligneuses. Ces savanes, élevées de 600 à 1,500 in., soni appelées Campos d'une manière générale; mais, elles prennent différents noms suivant les accidents de la végétation. Les campos proprement dits, ou plaines dépourvues d'arbres, nourrissent des Graminées abondantes, surtout des tribus dos Panicées et des Stipacées, des Bestiacées (Eriocaulon) de taille parfois élevée, des Broméliacées épineuses, des Liliacées arborescentes, des Cactées, les unes de petite taille dans les campos élevés et ouverts, d'autres de 5 à 7 m. de haut dans les plaines de Cearé et de Pernambuco. Çà et là, dans les cuvettes naturelles ,
du sol où peuvent s’amasser des eaux, il se forme des marécages plus ou moins flottants, en grande partie recouverts de Cypcracées ; autour de ces marécages croissent des Palmiers caractéristiques, des Mauritiavinifera, dont le suc est vivement désiré pour étancher la soif dévorante qu'éprouve parfois le voyageur dans les campos. Celte espèce se trouve toujours près des cours d’eaux ou dans les dépressions humides des coteaux, et forme des forêts entières. Bans les campos se rencontrent des capnes et des forêts vierges, virgem^doni l'aspect diffère essentieflement de celui des forêts du littoral par la chute des feuilles ; les indigènes les appellent Cad^iinga, mot à mot : de bois blancs ou clairsemés. Les caprm et les caiingas zi'atteignent jamais la hauteur des mattas virgm$. Entre les arbres espacés no croissent que de rares formes frutescentes et le sol est complètement sec pendant une partie de l’année. Mais dans ces bois et sur yes arbres qui les composent sont de nombreuses épiphytcs constituées pour résister longtemps à la sécheresse. Broméliacées, Cactées; et du sol s’élèvent des Ceretu et des Opuntia, Les espèces arborescentes des Cad^ingas varient suivant les contrées; dans les environs de Bahia, Martius indique particulièrement des Bombacées (Cavanillesia^ Chortsia)^ des Térébinthaeées (Bursera, Spotir^ àias), des Légumineuses (Cmsalpinia, Erythrina}, des Euphorbiacées iCniâùsmlus) ; vers Minas Geraes, des Légumineuses (Acacia, Andira, Copaifera), des Urticées (Ficus), des Bignoniacées (Jacaranâd); dans le Cearà, Gardner cite des Mimosées, des Combrétacées, des Chrysobalanées ; à Goyaz, des Voehysiacées (Quelea, Sahertia, Vochysiajj des Légumineuses, des Vernoniacées (Àlbertina)\ vers les Andes boliviennes, des Bombacées, des Palmiers, des Cactées. Un fait intéressant à signaler c est que certaines espèces des hauts plateaux, Epacrîdées, Mélastomacées, Lippia, Baccharis, Lavoisieria, etc. se rencontrent sur les sables littoraux de l'E., franchissant ainsi de vastes espaces, les graines ayant été probablement emportées par les eaux. Eu de nombreux points, les forêts primitives ont été détruites par l’exploîtation ou'par le feu, et sur leur emplacement repoussent des lailliB appelés Capueiras, corruption du mot indien €ad-euéra, qui signifie bois qui a repoussé. Ces Càpueiras forment l'un des traits particuliers de la végétation arborescente des campos. Ils sont composés en majeure partie des espèces suivantes : Urticées {Celtis}, Verbénacées phila), Laurinées, Malpigbiacées, Borragînées (Cordia), Tiliacées (Sloanm), types arborescents auxquels se mêlent des arbustes ; Verbénacées (Lantana), Synanthérées, Solanées, Euphorbiacées (Craton), Malpigbiacées en lianes, Fougères (Pteris caudata). Graminées (Mclinis]* Enfin les campos revêtent encore un aspect différent depuis Piauhy et Pernambuco jusque vers l'extrémité de Minas-* Geraes, oh se rencontrent surtout les Càtingas, lorsque le sol est couvert d'une végétation frutescente rabougrie, tourmentée dans ses formes, peu élevée et qui prend le nom Carrascos ou Carrascacs (carrascal au singulier). Au point de vue du nombre et de la variété des espèces, les Carrascaes sont riches en végétation. On y rencontre en effet des séries considérables de Mélastomacées (Lasiandra, Microlicia), de Myrlacécs (EugeniaJ, de Malpiahiacées, de Syu^jithévéQs (lycknophora), de Restiacées buissonnantes (Enaueolon), enfin, sur divers points, de Liliacées arborescentes. Les points où ces associations forment d'épais buissons, pressés les uns contre les autres, ont reçu le nom plus spécial de Cerrados et Cêrradües,