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CHAPITRE II

Les limites : frontières, côtes et îles

Par M* E. Levasseur*

§ i. Territoire contesté extre la France et le Brésil. : — Au IT., le Brésil considère la rivière Oyapock jusqu'à sa source et la ligue do partage des eaux dite Tumucumaqoe jusqu'à la source du Maroni (brandie Tapanahono) comme limitant son territoire et celui de la Guyane fram;aiso ; c'est aussi la limite provisoirement acceptée par l'administration française* — Mais tout le pays qui s'étend au S. jusqu'à l’Amazone (à Macapà sous Féquatour) a été depuis deux siècles et demi Tobjet d'un litige entre la France et le Portugal, puis entre la France et le Brésil ; la diplomatie ne l’a pas encore tranché* Ce pays est connu sous le nom de territoire contesté. En 1605, Henri IV conféra au chevalier Daniel de la Touche, seigneur de la Bavardicre, par lettres patentes, le titre de « lieutenant général du roi ès contrées de l'Amérique depuis la rivière des Amazones jusqu’à risle de la Trinité ]&* Cependant, en 1016, les Portugais, dirigés par Caldeira, prirent possession des honehes de l’Amazone et fondèrent la ville de Paré. Les Portugais de Parà chassèrent les Hollandais et les Anglais qui occupaient quelques territoires au nord de l'Amazone (16^3-163^2) et la capitainerie du cap Nord fut donnée (163T) à Maciei Parente qui avait détruit un fort hollandais et fondé Gnrupà sur ses ruines ; le Portugal voulait par là opposer un titre aux prétentions de la France* Les contestations remontent à Louis XIII, qui, k Tl juin 1633, autorisa en faveur des sieurs llosée et Bohier une compagnie pour la colonisation du « cap du Nord », et surtout au ministère de Mazarin, qui créa, en septembre 1651, la compagnie de 4: la i France équinoxiale »* C’est en 1664 que les Français s'étabUrent à Cayenne, dont ils avaient chassé Jes Hoilandais*

Le Portugal, qui était resté de 1580 à 1640 sous Tautorité 'des rois d’Espagne, étant redevenu indépendant en 1640, fonda en 1688 le fort de S* Antonio de Macapâ sur l’emplacement de celui de Cumaü, que Feliciano Coelho de Car val ho avait pris (0 juiL 1632) aux Anglais, 11 possédait alors, an nord de l’Amazone, trois autres forts : celui de Desterro, à rembouchure du Uacarapy, qui ex i stai t déjà en 1639, cel ui de V em b ou ehure du Tohéré, et celui d'Araguary, qui avait été détruit peu de temps avant par le pororoca (mascaret) et rebâti (il fut encore démoli par le pororoca et rétabli entre 1688 | et 1697)* En mai 1697 M, de Ferrolîes, gouverneur de Cayenne, s'empara de ces torts, conserva celui deMacapà ! pour y mettre garnison et rasa les antres* Macapâ fut repris parles Portugais (28juin 1697),LouisXlVentamaavec]e Portugal des négociations qui aboutirent à la eonvention

du 4 mars 1700, par laquelle la Franco s'engagoaità ne faire provisoirement aucun établissement sur la rive N* du fleuve, et à considérer le droit sur les terres situées entre Macapâ et la rivière lapoc ou Vineent-Pinson, comme étant à régler ultérieurement; le Portugal devait raser le poste de Macapâ* A la suite de la perro de la succession d’Espape, dans laquelle le Portugal avait été, depuis 1703, l'allié de l'Angleterre, le traité d’Utreclit (traité particulier du 11 avr* 1713) stipula, non sans débat, que la France renoncerait à ses prétentions sur les deux rives de T Amazone et abandonnerait tout le territoire « entre la rivière des Amazones et celle de lapoc ou Vincent-Pinson sans se réserver aucune portion desdites terres » (art. 8) et interdirait à tout Français de commercer « dans le M ara gnon et dans remhon ehure de la rivière des Amazones » et de « passer la rivière de Vincent-Pinson pour négocier et acheter des esclaves dans les terres du cap Nord » (art* 12)* Ce texte avait le tort de ne pas préciser les limites do ce territoire, soit en fixant la longitude et la latitude, soit en dressant une carie. Oh était ia rivière lapoc? Il existait bien des cartes du temps sur lesquelles rembouchure de la rivière Oyapock (lapoco sur la carte de Delisie, 1703, etc*) était, avant le traité d'ütrecht, marquée à côté du cap Orange ; îa même dénomination était donnée à cette rivière par quelques auteurs qui avaient résidé dans le pays (en 1666, La Barre, lieutenant général du roi en Guyane; en 1673, le père Grillet, supérieur de la mission de Cayenne). Cependant, au xviii® siècle, quoique d'Anvîlle (1729), I.a Condamine (1748) et d’autres eussent aussi marqué la rivière Oyapock à la même place, des discussions s'élevèrent; des écrivains soutinrent que Uia-poc^ signifiant eau-embouchure, pouvait s’appliquer à beaucoup d'estuaires ; mais, en guarani, rivière se dit /, et embouchure imbiaça; la langue des Oyampis, dans laquelle ouaya signifie pointe etpoko grand, fournirait mieux l'étymologie. D'autre part, Vicente Pinzon, dans son voyage do l'an 1500, avait passé devant beaucoup d’embouchures depuis le cap S. Augnstin jusqu'au golfe de Paria, et des écrivains pensaient que le mouillage auquel il avait donné son nom pouvait être situé aux bouches de l'Amazone même*

Les contestations continuèrent donc. Les Portugais agirent comme si l'Oyapock, situé au N, du cap Orange, tU été leur frontière, et ils construisirent en 1764 le fort Sâo José do Macapâ, non loin de l'emplacement de J' ancien poste de ce nom ; de son côté, le gouverneür français de la Guyane, Malouet, établit en 1777 un poste dans le Mayacaré, qu'il reporta l’année suivante à Counani, quinze lienes au N* du cap Nord, et créa un village à Macari (1783). Pendant les guerres de la Révolution, le gouverneur portugais de Parâ ayant fait occuper l'Araguary, ks Français évacuèrent Macari (1792) et Counani (1794) ; et ks Portugais établirent un poste sur la rive droite de P Oyapock. Plusieurs traités (1797-1802) furent négociés; celui d’Amiens décida que la grande bouche de r Araguary (1^20^ de lat. N*), le cours de l’Araguary et une ligne droite tirée de la source de ce fleuve au rio Branco serviraient de frontière. Mais on ne connaissait ni le cours de FAragnary, ni sa source, ni la position exacte du rio Branco. La France perdît la Guyane pendant les guerres de l'Empire (capitulation de Cayenne, 12 janv. 1809)* Le traité de Paris du 30 mai 1814 (art. 8) stipula que la Guyane serait rendue à la France conformément aux limites de janv. 1792 ; mais ce traité n’a pas été ratifié par le Portugal Par l'Acte de Vienne (art. 107) le prince régent du Portugal et du

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