‹ Le BrésilChapitre 69 sur 87 · QUELQUES NOTES SUR LA LANGUE TUPI · texte numérisé non relu

QUELQUES NOTES SUR LA LANGUE TUPI

P.VFt

Lorsque les Portugais, après la découverte de Cabrai (1500), commencèrent à explorer et à coloniser le Brésil, üs trouvèrent tout le long de la c5te, depuis la jusqu’au delà des bouches de rAmazoue, des tribus d Indiens d’une même nation, parlant îa même langue et désigués sous le nom colîectil do Jupis^- L étymologie de ce mot est douteuse-, entre les différentes explications qu’on en donne, la plus acceptable semble être celle du vieonite de Porto-Seguro : fî^pï,ceuxde la génération primitive ^. On a aussi fait dériver ce mot de Tupan, C’était lo nom de la divinité chez tous les Tupis ; ce nom avait même été adopté par d’autres nations indiennes, notamment par certaines tribus des Dotocudos. Lo mot Tupft (Tupan) est décomposé par Montoya d’une manière singulièi^e : tu, particule d’admiration, et pfi (pan), particule interrogative

Au S.-O. du Brésil, dans le bassin du Paranà (para, mer; nd, semblable ; paranüi semblable à la mer), et du Paraguay (parapud^ couronne de plumes ; rivière ; riv. des couronnes), so trouvaient et se trouvent eucoro les Guaranis {guarani^ ou plutôt, guarînî, guerre ; giiarinykdraf guerrier)* Ils parlaient, à peu de chose près, la même langue que les Tupis du Brésil, Ccüe langue guarano-tupi est désignée sous le nom

Les Guarano-Tüpis se sont toujours montrés plus accessibles à la civilisation européenne que les autres Indiens du Brésil qui parlaient des langues différentes. Ces derniers étaient désignés sous le nom général de Tapuya^ (ennemis, étrangers ; de ihpî, prendre acheter, et eïi, multitude ; multitude des prisonniers ou des esclaves)^* Aujour-

1 Prononcez ToupiB^ Vu portugais a le son de ou.

® Porto-Seouro, Hîs^oî’ia (Serai do Iîrîizil\ 2“ édit., p. n* Conr Mowtoya, î'p‘i> eommencernent, les ancêsree ; et Baptista-Caetafio o’Almeioa Noopeira [%, des Annales de la Bibl. tiat de Rio), j/pi, ipC oominencemenC, base, origine, prïmitit, premier, principal, etc*

3 Almeida NogueîHA fait dériver Tupan du verbe fuh, être, dont le participe est tupara, tupana*

^ Almeida Nogueira, L YIï des Annalea citées, P-4S1

d’imî, le nombre des Tupfs de la côte est fort réduit parce qu’ils ont été repoussés vers l’intérieur ou absorbés par la civilisation, et leur langue a été très modifiée par l’espagnol et le portugais*

Les noms de différentes tribus Tupfs qui occupaient ïe littoral au xvi® siècle sont aujourd’hui inconnus. Ils n’ont plus d’ailleurs qu’un intérêt historique, comme ceux des Tamoyos do la province de Rio-de-Janeiro et de la partie orientale de Sao-Paulo grand-

père), les Temiminés (rumÿ myno petit-fils), lesTupiniqiiins de TEspirito-Santo (Tupinikê, Tupis voisins), les Tupinambûs (Tipï-abà, TTpïnabé, hommo viril, fort) des provinces de Bahia, de Piauliy et de Maranhao* D’autres Indiens étaient désignés sous le nom de Tupinaes (mauvais tupi ; ai y mauvais, méchant). Cos dénominations étaient très nombreuses* Dans T intérieur du Brésil on rencontre encore des membres disséminés de cette race tupf, comme les Manitsauàs du haut Xingü, les Jurunas du bas Xingii* les Âpiacés, les Mundurucûs et les Maubés sur le Tapajéz, les AraquajUs sur lo Paru.

11 faudi ait de plus longs développements que nous ne pouvons en donner dans cette note pour présenter la nomenclature à peu près complète des Indiens qui habitent encore lo Brésil.

L’abàficcuga ou guarano-tupf, très répandu dans le Brésil, au Paraguay et dans le territoire situé entre l’Uruguay et leParanà, a été étudié au svi® siècle par les missiounaîres de la Compagnie de Jésus. Cenx-cij en composant des grammaires, des vocabulaires, des catéchismes, s’ingénièrent à réunir tous les dialectes. Jusque-là ces dialectes n’avaient jamais été écrits et ils étaient sujets à des changements fréquents et rapides, comme les migi^alions des tribus plus ou moins nomades qui les parlaient.

I Les Jésuites formèrent ainsi la € langue générale brésilienne ïs> (lingim gérai brauiicaiy qui est encore en usage dans les provinces de Paré et de l’Amazone, non seulement dans le commerce des Blancs avec les Indiens à moitié civilisés (Indîos mansosy ladinosjy mais aussi dans le commerce de ces derniers avec les sauvages. Cette langue générale brésilienne a été originairement cultivée et

APPENDICE

üxée pour Pusage des missions * dans les collèges des Jésuites de Bahia, d'Ûlinda et de Rio de Janeiro et dans leurs maisons ou résidences dUlliéos, de Porto-Seguro, de Es|)îrito-Santo, de SüoVicente et de Sâo Paulo dePiratiniiiga. Plus tard, au XVII® siècle, les Jésuites commencèrent leurs missions à Maranhâo et dans le bassin de l'Amazone. Jusqu’en 1755, la langue générale est restée celle de la chaire dans les missions jésuitiiiues du Brésil, surtout dans la région septentrionale.

La première grammaire de la langue générale a été composée à Sao Vîcente par le célèbre Père Joseph de Anehieta® : c’est VArte de grammatica da lingoa mais iisada nü Costa do BrazU^ imprimée à Coimbre eu 1593. Puis vinrent le Catecismona lingoa brasüica, du Père Antonio de Araujo (Lisbonne, 1618)^; l’Ar/e de grammatica dzi lingua brasilica^ du Père Luiz Figueira (Lisbonne, sans date, mais imprimée en 1621)"^; le Tesoro de la kngua guarani (Madrid, 1G39), VArte y bocabulario de la lengua guaj^ani et ie Catecismo de la lengua gtiarani^ du Père Antonio Ruiz de Montoya (Madrid, 1640)^; et le Compendio da doutidna christda na lingua portugueza e brasilimj du Père Betendorf (Lisbonne, 1681) Ces ouvrages ont été réédités. Le catéchisme du Père Araujo a été réimprimé en 1686, à Lisbonne, et la grammaire du Père Figueira en 1687 et en 1783, à Lisbonne, et en 1831-3i, à Bahia* Le Père Paulo Restîvo a fait imprimer, avec corrections et addb lions, à Santa-Maria la Slayor en 172^, le vocabulaire

* En portugais J Missâo (MissOea, au pluriel) ; en espagnol, Miaion (Misionca, au pluriel). Un village d'indiens convertis ôtait désigné par les Espagnols sous les noms de Mhion ou de Rûduccion {reducciones^ au pluriel), par les Portugais sous les noms de Missdo ou da Jîeducç<lo (redwcçOes, au pluriel). Souvent les Espagnols donnaient à, ces missions le nom de Fuebio, applicable à tous les villages, taudis q.iJ'aii Brésil on a désigné toujours, et on désigne encore, sous le nom d’^tieia les villages d'indiens convertis ou non. Les villages non indiens sont nommés au Brésil des pai>oaçôss {povoaçâù^ au singulier),

^ Joseph de Anchieta, né à San Cristobal de Lagina j dans Pile de Teneritre, le 7 avr, î fit ses études à Coïmbre et entra le P*- mai 15M dans la Compagnie de Jésus. Il arriva à Bahia le 8 julL l&aï et, depuis lors il ne quitta plus le Brésil, Il mourut 1© 7 juin 1557 à Herityba, village qtii est devenu la ville de Benevente, dans la prov. d'Espirito Santo, et dont le nom vient d'être changé, par TÂasemblée législative de cette province, contre celui d'An chie ta.

3 Le Père A^^tonio de Aeaujo est né dans Pile de Stio i Miguel (Açores) en 1566* Entré dans la Compagnie de Jésus à Bahia, il est mort en 1332.

^ Le Père Lui/, Fïûueira, né à Almodovar (Alemtejo, Portugal} en 1575, entra dans la Compagnie de Jésus, à Evora, en 1599, et passa au Brésil en 1602, Ayant fait naufrage en 1643 devant Tüe de Marajô, il est mort martyr entre les mains des Âruans, sauvages qui habitaient cette île. Voir sur sa mort le Pôro dosé de Moraes, llist. da Companhia de Jgsus 7ia cxlinctn pmüincia do Maranbilo e Parât liv. Ill, chap, iv.

5 Le Père Antonio Burz de Montoya, de la Société de Jésus, est nô à, Lima en 1583 et y est mort en 1652. ii a été un des fondateurs des mi.ssiûns jésuiticjnes des bassins duParanu, de VUruguay et du Jaculiy, détruites en grande partie par les Paulistas aussitôt après leur fondation*

Le Père J eau-Philippe Betendoriï, né à Luxembourg en 1626, entra dans la Compagnie de Jésus en 1645, et fut envoyé au Brésil en 1674. En 1697, il vivait encore à Maranhao*

^ Santa Maria la May or n’était pa.s le bourg de Loreto

de Montoya et, en 1724, la grammaire (Arte) Le savant botaniste brésilien Concei^So Velloso a publié en 1800 à Lisbonne une nouvelle édition de l’ouvrage de Betendorf, et, grâce à Platzmann et au vicomte de Porto- Segnro, nous possédons des éditions modernes des travaux d’Anchiela, de Figueira et de Montoya 11 est regrettable que les deux volumes du Père Restivo n’aient pas été réimprimés ; ils sont devenus extrêmement rares.

Les ouvrages suivants sont aussi très intéressants pour l’étude du guarani : Explicacwn de et CateekUmo en ta lengua guarani par Mcolas Yapugai con dlreccion del P* Paulo Beslivo de la Compania de Jésus (Santa Maria la Mayer, 1724) ® ; Sermoues y exem* plos en lengua guarani por Nicolas Yapugay con direccion de un Religmo de la Compania de Jésus (San Francisco Xavier, 1727) ^ ; Ara poru aguïgey haba^ du P, Joseph Insaurralde (Madrid, 1759-60, 2 vol* pet, in-8).

Parmi les manuscrits du xvP au xviii® siècle, on peut citer les écrits et poésies du P, Ancbieta en langue tupi, la Brevô noticia de ta lengua guarani de cl

Artey êscritosde ios PP. Antonio Rm de Montoya y Simon EandinU manuscrit de 1718, qui apartient à la bibliothèque de l’Empereur du Brésil, et le Journal du siège de la Càlonia en 4704*

Une traduction guarani, modifiée et résaméc en partie, de la Cùnqukta espirüuaî de Montoya, a été publiée dans le t* Y1 des Annales de la bibliothèque nationale de Rio de Janeiro, et traduite en portugais par Baptisla Caetano de Almeida Nogueira, qui l’a fait suivre d’nn vocabulaire (t* VII des Annales), travail de la plus haute

comme l'a. supposé un bibliographe moderne. Le premier d© ces bourgs (Pneblo) sa trouvait sur une colline non. loin de la rive droite de TUruguay, en amont de rijuhy, aflluent de la rive gauche. Ce bourg a été rasé en 1317, et on n'y voit aujourd'hui que quelques ruines*

I yocabtiZario de la lengua gnarani compuesto por et Püdre Antonio Ruiz de la Campafïia de Jésus Renislo^ y augmeniado por otro Religioso de la misma Compailia, En el Pueblo de S. Maria la May or. El Ano de MDCCXXlI. In-4" de 2 ff. préüm* et 589 pp*— AWe de la lengua Guarani por et P. Antonio Ruiz de ^fonfo|;a, de la Compafiia de Jésus, con îo$ escolios anolaciones y apendicea del P* Pauto Restivo de ta misma Compaüia saeados de tos papeles dsl P. Simon Bandini y de otros* En el PueblO' da S. Maria la May or, El aùo de el SehorMDCCXXiV,

Le Père Restivo déclare, dans l'avis au lecteur de VArte, avoir utilisé les travaux des PP. Bandini, Mendoza, Pompeyo, Insaurralde, Martinez et Nicolas Yapu* gay* — L’Empereur du Brésil et ta Bibliothèque nationale de Hio de Janeiro possèdent des exemplaires du Vocabufario de Restivo, et le docteur Couto de Magalhâes possède un exemplaire de l'Arie du même auteur.

^ La grammaire d'Ànchieta a été réimprimée par J. Platzmann, à Leipzig, en 1374 et en 1&76 (cette d ernièra édition cat un fac simi2e de la première). La grammaire dé Figueira* ù Bahia, en 1851'52, par Silva Guîmarâes; à Leipzig, en 1378 par Platzmann; ii Hio de Janeiro, en 188(ï, par M. Emile Albin, qui l’a annotée ; le Tesoro, TArfe ©t le Yocabuiario de Montoya, par Platzmann, à Leipzig, en 1876 (rcimpression fac simiié} et la même année par le vicomte de Porto-Seguro, à Vienne.

3 Le vicomté de Porto-Seguro a publié à Vienne en 1876 rffisloria da Paixâo de G'hrisio e fa boa s dos parenfescos cm tîuÿua tupi, extraits de cet ouvrage.

'* Le Pueblo de San Francisco Xavier a été détruit en 1817* Prés de ses ruines s’élève aujourd’hui le village de San Javier sur le « territoire ï> argentin de Misiones (« Gobernacion jj ou « terrltcrio nacional de Misiones »)*

QUELQUES KOTES SUR LA LANGUE TUPI

valeur, eonuue tous les écrits de ce savant sur Vabdüûsnga^ - La bibliographie du guarauo-tupi se trouve dans le t. VllI des Amtales de la bibliothèque natîomle de Uîo de Janeiro Quelques écrits plus récents sont en outre nkentionnês dans le § Linguistique de la bibliographie qui accompagne le Buésil,

Malgré le mérite incontestable des PP. Ancbieta , Figueira et Montoya, et des autres jésuites qui ont écrit les premiers sur la langue générale des Indiens du Brésil et du Paraguay, on no peut s'empêcher 'de [reconnaître que leurs ouvrages grammaticaux sont trop artificiels, c*-h-J^ trop calqués sur les modèles delà grammaire latine, en vogue à celte époque, quoique le caractère et le génie de la langue latine et du guarano-tupl soient tout è fait différents* 11 en résulte que nous sommes privés jusqu'ici d'une grammaire rationnelle, laquelle ne pourrait être composée que par un savant d'esprit indépendant qui tiendrait compte des luss de la linguistique moderne, tout en utilisant les immenses matériaux accumulés par les jésuites et eu se pénétrant du caractère et du génie particuliers du guarano^tupi.

Cette langue partage avec celle des deux Amériques le caractère polysynthétique nu agglutinatif : ce qui a contribué I h sa propagation rapide et étendue* Les radicaux, généralement monosyllabiques ou dissyllabiques (souvent irréductibles, jusqn’h présent du moins), sc réunissent simplement par juxtaposition et sans art(V. plus haut la formation du mot tupan) pour exprimer une idée plus ou moins î complexe. Toutefois les mots no possèdent pas la faculté des flexions si fréquentes dans les idiomes plus riches (par exemple dans les langues sémitiques et indo-germaniques) qui donnent de la clarté à rexpression des idées et rendent avec aisance et par des procédés logiques les nuances les plus délicates de la pensée* Au lieu de cela, on rencontre des particules qui doivent représenter toutes les catégories grammaticales et svnlaxîques*

Les PP. jésuites ont un peu trop loué ^ la délicatesse, la facilité, la suavité, la richesse et Télégance > de cette langue; ils lui ont même attribué une perfection égale à celle du grec, du latin et de F hébreu. Enoncée d une façon aussi générale, cette assertion est très exagérée. Les premiers missionnaires qui ont dirigé cet idiome tout à fait primitif dans des voies nouvelles eu le formant à exprimer même des idées abstraites et religieuses avec de si pauvres moyens, ont un mérite incontestable; mais les mêmes résultats ont été obtenus, et quelquefois plus parfaitement encore, avec d'aotres langues de la même classe agglutinante en Afrique, en Asie, en Australie, en Europe et en Amérique, et mémo avec des langues encore plus rigides, comme les langues isolantes ou monosyllabiques, telles que le chinois. Les missionnaires, au Brésil comme au Paraguay, ont été forcés, naturellement, de faire adopter par les indiens beaucoup de mots portugais et espagnols, surtout des termes religieux et ecclésiastiques.

L'absence des consonnes / et ^ et z (ces dernières remplacées par le ç prononcé doucement avec la bouche peu ouverte), Pabsence de verbes auxiliaires, du passit, d'une

1 Baptista-Caetano û^Almeida NoûüEiaAest né le & déc. 1820 dans la Kazenda (planlationS de Padpeia, district de l'ancienne paroisse de Camanducaïa, aujourd’hui ville de Jaguary, prov. de Minas-Geraes* H est mort U Rio de Janeiro le 21 déc* 1S82.

3 Publié en 1880 : Bibiioâfrap/ua das obras ianto impressas como manmcrlpius re^a^iuas à îingua iupi eut Unaraaî, organisée par M. Valle Cabral*

déclinaison proprement dite, de numéraux au delà de cinq, la rareté do la lettre r au commencement des mots et le son adouci de cette même consonne au commencement et dans rintérieur des mots, la surabondance des racines homonymes, rimpossibilité de redoubler les consonnes et do prononcer inuta cum liquida, l'habitude de préférer au verbe fini des gérondifs formés à l’aide de particules, le défaut absolu de toute production littéraire, — car il n'y a eu parmi les Indiens ni grammairiens originaux, ni poètes, ni historiens, — sont des conditions d’infériorité qui excluent absolument toute comparaison avec le grec, le latin et rhébreo. Les seules traces qui révèlent quelque activité d'esprit chez les Indiens primitifs se trouvent dans un petit nombre de légendes transmises et propagées par la parole et de petites poésies et chansons populaires. Spix et Martius ont publié deux de ces poésies ^ et M. Couto de MagalhUes a réuni quelques poésies et légendes dans son ouvrage O Selmigem Pour nous, les principales qualités de la a langue générale consistent dans son aptitude à composer facilement des mots nouveaux, qui expriment les nuances elles modifications des idées, dans sou euphonie, dans la grande facilité avec laquelle tous les Indiens et tous les Brésiliens d'origine portugaise la prononcent à cause de la fréquence et de la pureté des voyelles et de rabscnce do consonnes accumulées. Exemples : Paraguaçûf de ^arà, mer, et guaçû^ grand ; Ypiraugaf — y, eau, rivière, — amnga, tète (a, tête, cang, os) ; Pîndamonhangaba^ — pinda, hameçon, ligne, — monhangabUj lieu où on fait, fabrique. Daus ces noms, certainement euphoniques et faciles à prononcer, il tant avouer cependant qu'il y a une certaine monotonie résultant de Funiformité même qui est le caractère d'une langue agglutinante. Toutefois le dialecte guarani, qui ne diffère pas plus du tupi que le portugais de l’espagnol, a une prononciation plus compliquée, par suite des sons nasaux extrêmement fréquents et des sons gutturaux,

La langue tupi a pour les Brésiliens une grande importance, d'abord parce qu'elle est encor© aujourd'hui parlée par un grand nombre dTndiens sauvages qu'il faudrait attirer à la civilisation et par des Indiens déjà civilisés, ensuite parce que la plupart des noms géographiques ont conservé ou reçu des premiers colons, qui parlaient le tupi comme le portugais, leur forme indienne ; enfin parce que beaucoup de mots appellatîfs, surtout ceux de la faune et de la flore, ont été adoptés dans la langue portugaise que parlent les Brésiliens.

Dans le projet de création d'une ou deux universités pour le Brésil, on signale la nécessité d'ajouter aux facultés des lettres des chaires de tupi. L'Empereur a signalé depuis longtemps à plusieurs do ses ministres la nécessité d'enseigner cette langue*

Pour donner nne idée du guarano-tupf| nous ajoutons le texte, avec traduction littérale, du Pater noden selon Montoya, et d'une légende en langue tupi, tirée du Selvagem*

i Spix uno Martius, Hoïsc in Brasiïien, ÎIÏ, pp. 1,085 et 1316.

3 Couto de Magalhâes, O Sdvagem, Cursù da hngua Qsral segundo o mothodo de Ollendorf, ùompvehendendo O iextv ^originai de lendas tupis, etc*, Rio de Janeiro

Page 1