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LES INSTITUTIONS PRIMITIVES AU BRÉSIL

certains sauvages de PAmérique du Nord, les veuves et les esclaves d’un chef qui venait de mourir se jetaient volontairemeut au feu dans le bûcher pour ne pas lui survivre, le plus souvent après s’être complètement enivrés avec du tabac. Mais il ne paraît pas que cet usage ait été pratiqué par les sauvages du Brésil.

L'infériorité de la femme vis-à-vis de son mari se traduit par diverses marques de déïérence; la plus remarquable est, sans contredit, celle qui interdit à la femme d’adresser la parole à son mari sur le pied de Pégalité ; la femme n’emploie pas en parlant à son mari les formules dont le mari se sert vis-à-vis de sa femme ; la femme ne doit même jamais prononcer le nom de son mari ; elle ne s’assied pas non plus auprès de lui. Les mêmes faits ont été relevés aux Antilles et ils sont la preuve, d’après plusieurs voyageurs, d’une certaiue parenté entre les sauvages de ces lies et ceux du Brésil. Us femmes témoignent encore de leur infériorité à l’égard de leur mari, les enfants à l’égard de leur père, les esclaves (T&ïubi âïhûo^ Tupî&ïi)^ pour leur maître, en se prosternant devant eux et en plaçant leur tête sous les pieds de celui auquel ils doivent le respect. Le mari s'appelle meoa^darer ; la femme mariée Tmbirecô ; celui qui n’est pas marié, homme ou temme, porte le nom à'agii^çd ; mais dès qu’il est fiancé, on ïe désigne sous lenorndemendam. Quant au père do famille, il s’appelle guogtgua rûba*

L’autorité paternelle est aussi grossière chez ces peuples primitifs que l’union conjugale. 11 est d’usage, chez certaines tribus, de tuer les jeunes enfants, surtout les filles, et même do les enterrer tout vivants au moment de leur naissance. Autrefois, les mères commettaient volontiers ces infanticides sur leurs filles pour leur épargner les souffrances qui attendaient les femmes dans ces sociétés oà la force seule était respectée. On ne commence à garder les enfants qu’antant que la femme a atteint un certain âge, par exemple la trentième année, parce qu’alors il est certain qu’elle n’en aura plus beaucoup dans la suite. Dès que l’enfant ainsi sauvé de la mort peut marcher, on lui donne un nom emprunté à un parent, à un animal ou à une plante. Il en reçoit un second au moment oui il sort de l’autorité paternelle; enfin, le guerrier qui s’est distingué à la guerre peut encore s'attribuer à lui-môme un troisième nom. L’autorité paternelle dure naturellement sur les filles jusqu’à l’époque de leur mariage; quant aux fils, ils sortent de puissance par l’émancipation, dès qu’ils sont en âge de mener la vie d’homme, de faire la guerre ou la chasse, vers quatorze ou quinze ans, et celte sortie de la puissance a lieu au moyen d’une solennité accomplie dans l’assemblée de la tribu.

Le père a, bien entendu, les droits les plus absolus sur ses enfants, et il peut les vendre en toute liberté. Dans ces conditions, il ne saurait être question d’aucun droit pour les enfants vis-à-vis de leur père. De même on ne distingue pas entre les enfants légitimes et ceux qui sont nés de concubines. On ne connaît aucune puissance tutélaire sur les mineurs et autres incapables qui se trouvent sans protecteurs naturels. Les père et mère sont-ils morts en laissant des enfants en bas âge, ceux-ci périssent le plus souvent de misère, à moins qu’ils ne soient recueillis par des voisins ou par des parents éloignés, mais sans qu’il y ait là aucune obligation pour les uns ni pour les autres ; le chef de la tribu lui-même ne doit aucune protection à ces infortunés. Quant aux vieux

parents, il était autrefois d’usage, dans certaines tribus dès qu’ils n’étaient pins propres à aucun service, de les mettre à mort, le plus souvent après avoir tenu conseil et consulté le sorcier ; puis on les mangeait ; au moins pouvaient-ils ainsi servir à un dernier usage, tandis que vivants, ils auraient été bien plus malheureux, n’étant plus capables de prendre part à la chasse ou à la guerre. Toutefois, cette coutume monstrueuse n’était pas générale.

La propriété immobilière individuelle est très rare ou même à peu près inconnue. En général, chaque tribu ou pour mieux dire chaque horde plus ou moins nomade s’attribue un vaste territoire de chasse et c’est elle qui exerce une sorte de propriété sur ce soi. C’est seulement la culture de la terre qui peut donner à l’homme une notion exacte de la propriété individuelle sur cette terre. Aussi, les Indiens aujourd’hui civilisés la pratiquent-ils comme nous. Mais ceux qui sont restés encore de nos jours à l'état sauvage, comme tous les habitants de la race rouge au Brésil au moment de la découverte de l’Amérique, ne connaissent que des territoires de chasse dont les limites sont déterminées par des fleuves, des rivières, des montagnes, des rochers, des cascades ou encore de gros arbres. Dans l’étendue de ce territoire, chaque famille construit une hutte et s’attribue le sol qui y est attenant, sans qu'elle ait d’ailleurs à payer aucune redevance à la tribu ou au chef. La famille jouit ainsi d’une sorte d’usufruit d’une durée indéterminée sur cette partie du sol qu’elle s’est appropriée. Parfois plusieurs familles se réunissent pour vivre ensemble sous la même hutte oh ehaeune entretient son feu. Chez certaines tribus, ces buttes n’ont aucune importance et ne consistent, à vrai dire, que dans des amas de feuillages destinés à préserver des rayons du soleil, de T bu midi té de la nuit et de la pluie. Ces huttes de branciiages sont quelquefois entièrement cachées dans les broussailles et toujours dressées au plus épais des forêts. Telles sont les huttes des Muras, des Pataebos, des Botocudos. Ces derniers sont restés pour la plupart même de nos jours, dans l’état de sauvagerie le plus complet ; ils sont un objet de terreur pour les habitants civilisés établis dans leurs parages, qui n’osent jamais s’aventurer dans les profondeurs de leurs forêts. Eox, véritables bêtes sauvages hideuses, au regard farouche, à ïa lèvre intérieure énorme et complètement retournée, aux oreilles allongées au point de pendre sur les épaules, se glissent comme des reptiles invisibles, par petites troupes, ati travers des plantations pour se jeter sur les habitations des colons, les saccager, tuer les blancs elles nègres. Ce sont, comme on dit au Brésil, des Botocudos iniraitableâ; d’autres, mais en petit nombre seulement, sont devenus traitables; ils ont compris quelque chose de la civilisation; ils élèvent des constructions plus solides que les huttes et pour lesquelles ils emploient quelquefois, mais très rarement, la pierre. Parfois la nature sauvage reprend le dessus et, après avoir, pendant un temps plus ou moins long, travaillé chez les missionnaires ou à la solde des colons et avoir fait les plus dures besognes, sarclé les plantations de café ou de maïs, abattu les arbres, tout-à-coup, sans motif, ils s’enfoncent dans la forêt vierge et disparaissent.

La propriété individuelle ne s’applique même pas à tous les objets mobiliers; tout homme est propriétaire de ses armes et de ses ornemoTits, lesquels n’ont aucune valeur réelle. La femme possède aussi des ornements en propre et chez quelques peuplades un lambeau de vêl'^ ment ; mais tous les autres meubles, notamment les

APPENDICE

ustonsile^ de les hamacs et autres objets mobi-

Jiers appartiennent à la famille et forment meme, à proprement parler, le patrimoine des ancêtres* A l’époque de la découverte de rAmérique, les hommes rouges considéraient comme meubles les plus précieux les haches de pierre, les flèches empoisonnées destinées à la chasse ou à la guerre et les barques do pêche*

Ces Indiens n’ont certaînement jamais connu le testament ni l'institution d’héritier par contrat* A la mort du chef d’une famille, il ne s’opère aucun transport de propriété quant aux immeubles, par cela même que ceux-ci appartiennent à la famille. U faut en dire autant des objets mobiliers provenant des ancêtres et qu’on considère aussi comme biens de famille* Quant aux armes et aux ornements, qui seuls peuvent être l’objet d’une propriété individuelle, en supposant qu’ils no soient pas enterrés avec le mort, ils se partagent également entre les fils* Si au moment de la mort ccux-ei ont quitté la hutte paternelle, de sorte que le défunt vivait seul dans sa demeure, la hutte appartient an fils qui le premier a pris une femme*

Dans toute société primitive, les contrats fmûs) sont peu nombreux; le plus fréquent consiste dans l’échange; la vente n’existe pas, la monnaie étant inconnue. On a prétendu que certains Indiens du Mexique n’étaient pas étrangers à l’usage de la monnaie au moment do la découverte de rAmérique, mais il est iiors de doute qu’il n’en était pas ainsi au Brésil ou l’or ne servait à rien, pas mémo à fabriquer des bijoux. Il n’est pas question du louage et il est certain que le cautionnement et le gage étaient inconnus* La donation {Mbaé mêëngéi hd) était fort rare, les Indiens étant, par nature, peu portés aux libéralités, et c’est ce qu’a encore constaté Martius à l’époque ou il a visité le Brésil, On a au contraire des exemples de dépôt et d’une sorte de prêt à intérêt* Quant à la société, elle était parfois pratiquée pour la chasse, d'autrefois pour la pèche* En principe, tout chasseur poursuivait le gibier pour son propre compte, mais une fois qu’il l’avait tué et se l’était approprié, il aurait considéré comme indigne de lui de le rapporter à la hutte. Ce soin était réservé aux femmes, aux vieillards et aux enfants* Parfois cependant deux chasseurs convenaient que le gibier tué par Tun d’eux appartiendrait aussi en partie à l’autre, à la condition qu’il le rapporterait à la maison* Maïs on s’associait en grand nombre pour poursuivre les bêtes féroces. On se livrait à de véritables expéditions qui parfois duraient plusiears semaines et ceux qui possédaient des flèches empoisonnées avaient droit à une part plus avantageuse* D’ailleurs dans toute chasse il était absolument interdit de se servir d'armes dont on n’aurait pas été propriétaire*

La pèche se faisait presque toujours en commun et lorsqu’elle avait été particulièrement fructueuse, on partageait le poisson même avec les familles de la tribu qui n’üvaient pas pris part à l’expédition. Ces usages, cons¬

tatés par les voyageurs des siècles précédents, sont encore aujourd’hui ceux de certaines tribus, notamment des Bo- Éocudos* Ces sauvages se nourrissent d’animaux tués à la chasse, de poissons pris k la pèche et de végétaux sauvages qu’ils soumettent à une cuisson tout à fait imparfaite*

Autrefois, la formation des contrats était assez généralement entourée d’un certain formalisme dont nous ne connaissons d’ailleurs pas bien exactement le détail ni le sens* I^s contractants venaient avec leurs armes ; puis ils les déposaient en signe d’amitîé et de confiance; l’accord s’établissait au moyen d’une sorte de stipulation, l’une des parties reproduisant mot pour mot les paroles que raulro venait de prononcer ; puis chacun reprenait ses amies, soit pour prouver que Vopération était terminée, soit pour montrer qu’à la rigueur elles serviraient de sanction aux engagements pris* D’ailleurs, ces hommes de race rouge ne connaissaient pas la paumée ou poignée de main si fréquente chez les peuples de rOccident, pas plus qu’ils ne pratiquaient le baiser en signe d’affection ou d’amitié*

Nous dirons peu de choses des crimes et des peines. Comme dans toutes les sociétés primitives, le meurtre donne lien au droit de vengeance au profit des parents les plus proches de la victime ; mais déjà autrefois certaines tribus connaissaient la composition. Dans l’exercice du droit de vengeance, on admet que le poursuivant peut donner la mort au coupable de la manière que celui-ci l’a donnée à sa victime* Si le meurtre a été commis par un parent sur un autre parent, il ne peut plus être question de droit de vengeance; le chef juge et punit. C’est également au chef qu’on peut déférer les autres infractions, notamment les vols qui sont d’ailleurs assez rares et toujours punis de peines légères, contrairement aux usages des sociétés primitives de rancienne Europe* Mais en fait on se garde bien de se plaindre ; en s’adressant à l’autorité du chef, on fait preuve do faiblesse; il vaut bien mieux se rendre justice à soi-même par fous les moyens qu’on peut avoir à sa disposition. Un des plus populaires est sans contredit le combat singulier; jl s’engage entre les deux adversaires en présence do leurs parents et amis ; dans les cas les plus graves, on se bat jusqu’à la mort d’un des deux adversaires et si J’affaire n’est pas fort importante, on s’en tient à quelques coups de bâton.

Voilà, en résumé, ce que nous savons des usages pratiqués par les sauvages du Brésil, d’après les observations des voyageurs les plus autorisés qui ont parcouru ce pays depuis sa découverte jusqu’à nos jours. Les récits de ces explorateurs nous donnent une idée exacte de l’homme à l’état sauvage et primitif : il n’a de la famille, et de la propriété qu’une idée vague et confuse ; la notion de l’Etat lui est absolument étrangère ; il ne connaît et ne respecte que la force qui est le dernier mot de l’état de nature*

TABLE DBS MATIÈRES

Pagos

Préface de la première édition .. .. . ■ — v

Préface de la deuxième édition ... ■ -... vu

^î-0 Partie. — Géographie physique.

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