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LES INSTITÜTIONS PRIMITIVES AU BRÉSIL

en faee dti danger et dans la douleur* <i Nos ennemis, disait, la chanson du captif* ont mangé un grand nombre de prisonniers; aussi me mangeront-ils quelque jour quand il leur plaira ; mais de mon côlé j'ai tué et mangé des parents et des amis do celui qui me retient s>* Les prisonniers ne s’effrajaient donc pas de la mort, mais ils comptaient être vengés par ceux qui étaient restés dans la tribu. Le jour du massacre arrivé, chaque prisonnier était attaché, au moyen d'une corde, à deux arbres, de façon k ce qu'il no pùl pas s’avancer. Dans quelques tribus on lui donnait alors une massue (tacape)^ pour se défendre et un guerrier de la tribu s'avançait seul pour engager avec lui un combat singulier et le tuer* Mais assez souvent le prisonnier, avant de mourir, parvenait à mettre hors de combat plusieurs adversaires* En môme temps le prisonnier rappelait ses actions d'éclat, le nombre des ennemis qu'il avait dévorés ; il en avait tant mangé que son corps et son sang no se composaient plus que de la chair cl du sang des parents et amis de ceux qui allaient le dévorer* Si le prisonnier paraissait avoir peur de la mort, on le déliait et on le tuait sur place sans lui accorder les honneurs d'un dernier combat singulier et on se gardait de servir son corps au repas de la tribu, car la chair d'un lâche auraient rendu lûehcs ceux qui s'en seraient nourris.

On sait que chez les Indiens du nord^de TAraérique, le calumet était un signe de paix ou de guerre* 11 semble bien qu’il n'ait pas été inconnu des sauvages du Brésil* Dans leurs assemblées, ils se passaient de main en main une sorte de gros cigare que chacun fumait en signe de paix et de foi jurée*

De nos jours encore chaque Iribu tient ses assemblées a rapproche de la nuit ; tout chef de famille a droit d'y prendre part ; mais Marti us, qui a assisté h plusieurs de ces réunions, assure que les hommes d'un certain Age y viennent seuls a l'exclusion des jeunes ; aussi ces assemblées ne sont-elles jamais tumultueuses* On a soin de no pas interrompre l’orateur et, lorsqu'il a terminé son discours, chacun fait connaître son avis on deux mots.

On retrouve chez les anciennes populations du Brésil la distinction des personnes en libres ou esclaves* D’ailleurs il n'existe pas parmi elles un ordre du clergé* Chaque tribu a plutôt un sorcier (pagéj qui pratique en même temps la médecine et jouit a ce titre d'une très haute considération* Il n'y a chez ces peuples aucun rapport semblable à ceux qu'a créés en Europe au moyen âge le régime féodal, ni suzerains ni vassaux. Le plus souvent tous les hommes sont libres au même degré et il n’y a même ni pauvres ni riches à cause de rimmensité du territoire et do l'absence d 5 besoins variés* Selon Martius, il cxisterail chez les Guayeurûs une sorte de noblesse ; mais c’est lâ une erreur provenant probablement de ce qu'autre foi s îes Portugais, comme encore aujourd'hui le gouvernement brésilien, donnaient à certains cliefs le titre purement hoiioririque de capitaine*

Quant à l'esclavage, il a pour source unique la guerre* Sous ce rapport la race roogo dilférc sensiblement do la race noire dont les coutumes admettent, outre la guerre, d'autres causes nombreuses d'esclavage, telles que l'adultère, le meurlre, les crimes les plus graves, l’insolvabilité do débiteur* Aujourd’hui comme autrefois, chaque tribu refuse le pardon aux ennemis dont elle s'empare ; les sauvages qui ne sont pins anthropophages tuent sur place ceux qu’ils prennent pendant le combat* Ils u’eniméncnt avec eux comme prisonniers et esclaves que les femmes avec les enfants* Ceux-ci sont alors élevés dans la famille

où ils prennent les habitudes de la tribu. D’ailleurs il semble que les Indiens du Brésil aient en tout temps traité leurs esclaves avec une grande douceur ; ils prennent part à tou les les fêtes et à toutes les cérémonies de la famille* Ce n'est pas à dire cependant qu'ils se confondent avec les hommes libres* Le jésuite Ancbieta, missionnaire du xvi® siècle, surnommé l'apétre du Brésil, et Yarnhagen affirment qu'un Tupy pouvait épouser une esclave et que l'enfant né de cette union était libre ; de même, un esclave pouvait demander la main de la fille d'un principal, mais dans ce cas l'enfant suivait la condition de son père ; il était donc lui-même esclave et si son père était un prisonnier, cet enfant était tué ou sacrifié avec lui* Martius affirme, au contraire, que le mariage était interdit entre homme libre et esclave et que le fils aurait eu le droit de renier sa mère si ceile-ci avait épousé un homme de condition inférieure. Il est probable qu’il existait ù. cet égard des usages difiérents selon les tribus* Mais partout, aujourd'hui comme autrefois, les esclaves se distinguent des hommes libres, même par des signes extérieurs* Ils n'ont pas le droit de se tatouer, ni de porter des ornements t^ar on ne saurait donner le nom de bijoux à des objets sans valeur qui ne sont ni en or, ni en argent, ni en pierres précieuses), enfin ils ne vont pas à la guerre* Quant aux prisonnières, leur esclavage les amène le plus souvent à devenir les concubines de l'homme auquel elles ont été attribuées*

Tout homme libre doit le service militaire, ù moins qu'il n'ait atteint un certain âge ou ne soit impropre à la guerre â raison de certaines infirmités* Bien que les Guaycurùs soient peu nombreux sur le territoire brésilien puisqu'ils habitent surtout, comme on l’a déjà dît, la rive droite du Paraguay, en dehors des limites de l'empire, il est cependant intéressant de relever que, parmi eux, il existe une certaine classe d'hommes qui sont assimilés aux femmes. Ces hommes s’habillent ou plutôt se tatouent comme les femmes ; ils portent les mêmes ornements que le sexe féminin ; enfin ils ne vont pas à la guerre et se livrent à toutes les occupations réservées à l'autre sexe, La même coutume se retrouve chez certains Indiens de la Louisiane, de la Floride, du Yucatan, notamment chez les Illinois et chez les Sioux* C'est peut-être la preuve d’une parenté plus ou moins proche entre ces sauvages du Nord et certaines tribus du Brésil*

Chez les sauvages du Brésil, de nos jours comme aux siècles précédents, le mariage (dans la langue des Tupys Mendàr) a conservé sa nature primitive» Les voyageurs n'ont pas constaté cependant l'existence de la communauté des femmes ni celle de la polyandrie ; le mariage ne se fait pus toujours régulièrement et il est encore imparfait sous bien des rapports ; il est parfois le résultat d'un enlèvement* Le plus souvent l'homme ne prend qu'une femme ; la polygamie est assez rare, car elle suppose une certaine richesse ; aussi n'est-elle guère pratiquée que par les chefs et par les hommes les plus aisés de la tribu* En général, ic mari (ms ou mdndarer) ne contère la qualité d’épouse légitime qu'à la femme qu'il a prise la première ; les autres sont plutôt des concubines* Le iiamac de l'épouse légitime est suspendu à côté de celui du mari ; ceux des autres femmes sont placés à une plus grande distance* Cette épouse légitime exerce dans la maison une certaine autorité qui n’est pas reconnue à ces autres femmes* Celles-ci obtiennent cependant un foyer particulier dès qu’elles ont des enfants* Les hommes qui pratiquent la polygamie épousent ordinairement cinq à six

APPENDICE

femmes J mais parfois, dans les siècles précédents comme aujourd’hui, les principaux eliefs possédaient un plus grand nombre de femmes, dix, quinze et mémo davantage. Au temps du missionnaire Ânchieta et d’après ses récits, Aimbiré, chef tamoyo, avait épousé vingt femmes. C’est toujours le mari qui règle les difficultés qui peuvent s’élever entre elles ; il n’y a pas d’autre juge pour cette sorte de harem.

Il est bien évident que dans ces sociétés primitives on n’a pas la moindre notion d’un mariage religieux ni môme d’uu acte civil passé devant une autorité quelconque, Le mari prend sa femme de diverses manières, mais on ne demande pas à la fille son consentement* Lorsqu’un sauvage veut épouser la fille d’un homme de sa tribu, parfois il l’achète purement et simplement au père; d’autres fois il s’installe auprès de son futur heau-père, construit ou entretient sa hutte, va pour lui à la chasse eu à la pêche, prépare ses armes, creuse sa barque, lui rend en un mot toutes sortes de services, afin d’obtenir an haut d’nn certain temps la fille à titre de rémunération, Il arrive ainsi parfois que plusieurs prétendants se mettent à la disposition de leur futur beau-père et celui-ci choisit alors le jeune homme qui lui parait le plus habile. On peut aussi épouser de la même manière, surtout sous forme d’achat, une fille dont la famille appartient à une autre tribu, mais fort souvent l’homme ne prend pas ces précautions et enlève, è la rigueur meme par la force, la femme sur laquelle il a jeté sou dévolu. Lorsqu’on ne veut pas recourir à la violence, la demande en mariage est alors faite par des parents du futur et ordinairement pendant la nuiL Dans le cas oii le mariage prend ainsi une forme régulière, il est d’usage de donner à la fille une dût {Menddrepî} qui consiste en objets mobiliers destinés le plus souvent aux besoins mêmes de sa personne ; dans ces mômes eirconstances, le mariage est l’occasion de grandes fêtes auxquelles on réunit parfois plusieurs centaines de personnes, parfois môme toute la tribu. D’ailleurs on ne connaît pas le don du matin que le mari faisait autrefois en Germanie le lendemain du mariage à sa femme à titre du prix de sa virginité. Il est vrai de dire que les sauvages du Brésil, notamment les G bavantes, ne tiennent pas à la virginité ; iis s’attachent uniquement à épouser les filles les plus jeunes, mais d’ailleurs on n’en considère pas moins le viol comme une injure faite à la famille tout entière. D’un autre côté, bien que ces sauvages préfèrent les filles les plus jeunes aux plus âgées, cependant ils ne les épousent jamais avant qu’elles ne soient parvenues à l’âge de ia nubilité. Cet âge est ordinairement atteint vers la douzième année et il est dans la famille l’objet de fêtes destinées peut-être à apprendre h la tribu que la fille est devenue capable de se marier.

Les empêchements de mariage (mmdm^a} varient suivant l’état de sauvagerie et aussi l’importance numérique des tribus* Dans les grandes hordes ou communautés, le mariage est, en général, interdit en ligne directe et aussi entre frère et sœur ; mais les petites tribus autorisent le mariage entre collatéraux du premier degré. Autrefois les Tupys permettaient le mariage, même en ligne directe, à la condition qu’il restât secret ; il parait d’ailleurs avoir été plutôt toléré qu’autorisé. Ce qui est plus curieux, c’est la faculté reconnue, en cas de mort du mari, au frère îo plus âgé de ce mari et à son défaut au parent le plus rapproché dans ia ligne paternelle, par préférence à tout autre homme, d’épouser k veuve du défunt, li s’agit d’ailleurs k d’un droit, d’un privilège et non d’une obli¬

gation, Peut-être exprimerait-on même mieux cet usage en disant qu’à la mort du mari sa veuve appartient à son frère, sans que celui-ci soit tenu d’accepter cette acquisition* A défaut de parents paternels, disposés â accepter la charge de la veuve, celle-ci revient à son propre frère, lequel peut, dans ce cas, légitimement épouser sa soeur* D’ailleurs chez les anciens Tupys on reconnaissait aux frères et autres colktéranx les plus proches de la veuve, certains droits sur les filles de celles-ci,

La condition des femmes est très dure pendant le mariage ; elles ne sont pas seulement chargées d’élcver les enfants. Le mari emploie sa femme aux travaux les plus pénibles, à reutretlen de la hutte, et c’est elle aussi qui doit, avec les enfants et les vieillards, rapporter au loyer le produit de la chasse ou de la pêche* Que le mari puisse vendre sa femme, on ne saurait s’en étonner ; c’est lâ un droit commun à toutes les peuplades sauvages et même aux hommes parvenus déjà à un certain degré de civilisation* Il faut en dire autant de la répudiation; le mari peut renvoyer sa femme selon son caprice ; le plus souvent les enfants du sexe féminin la suivent et ces malheureuses créatures vivent comme elles peuvent, heureuses s’il leur arrive de trouver asile dans la famille maternelle* Certains sauvages se font une singulière idée de rhonneur de leur femme ; Je mari prête pour un certain temps et moyennant salaire sa femme à un autre homme ; il lui arrive même de l'offrir pour quelques instants, soit afin d’en retirer un bénéfice, soit â l’effet de témoigner de sa déférence envers un personnage, soit encore comme preuve d’affectîon envers un ami. Mais cet usage est tout à fait propre à certains tribus et même parmi elles, il est interdit à toute femme de disposer elle-même de sa personne, sans le consentement de son mari.

En général, les sauvages du Brésil sont fort jaloux* Chez les Guatés, même de nos jours, c’est un crime, de k part d’une femme, do regarder un étranger. On observe toujours l’ancieu usage qui permet au mari de tuer sa femme impunément en cas d’adultère ; il n’y a lieu à aucun jugement, ni de la part du chef, ni de la part de la tribu et, fort souvent, aujourd’hui comme autrefois, le mari exerce sou droit de vie et de mort sur sa femme avec un véritable raffinement de cruauté. Les plus doux suivent T exemple du chef Tamandiba qui, au dire d’Anchieta, fit pendre une de ses femmes à un arbre* Mais Aimbiré, un des chefs tamoyos, de Rîo-de-Janeiro, allié des Français au XVI® siècle, propriétaire de vingt femmes, ayant constaté l’infidélité de l’une d’elles, la fit attacher à un arbre et l’éventra de sa propre main. D’autres, après avoir également fié leurs femmes de la même manière, les ont tirées à k cible et tuées à coup de flèches.

On comprendra sans peine que, dans un pareil état social, ïe divorce n’existe pas encore ; le droit absolu de répudiation du mari lui suffit vis-à-vis do sa femme et la femme n’a aucun droit vis-à-vis de sou mari. Lorsque le mariage prend fin par k mort du mari, la veuve n’est pas obligée, comme on l’a dit à tort, de se laisser enterrer vive avec le cadavre de son époux* Il n’y a aucune trace de eet usage parmi les sauvages du Brésil et k faculté accordée, comme nous l’avons vu, au frère le plus âgé du délunl, 'par préférence à tout autre homme, d’épouser la veuve, en est la meilleure preuve* Sans doute certains voyageurs rapportent que chez les Caraïbes des Antilles et au Pérou, les veuves des chefs se faisaient enterrer avec leurs maris ; mais d’autres affirment que ce fait était tout à fait exceptiounol et en outre volontaire* De même, chez

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