EN GÉNÉRAL
La scène du monde, dans sa marche constante, ne cesse de présenter à l'œil du philosophe et de l'observateur, une succession de faits variés, plus ou moins importants, mais toujours instructifs; surtout, lorsqu'ils renferment les germes desquels se développeront dans un avenir plus ou moins rapproché, des événements favorables ou désastreux pour la famille humaine.
Les phases de la civilisation; l'accroissement des populations durant les périodes de paix; la multiplication des besoins; la gêne qui en résulte si souvent; les préoccupations qui naissent de l'absence du bienêtre, sont autant de causes irrésistibles qui déploient un tableau d'études vastes et sérieuses , qui , aux jours que nous traversons , sont du plus grand intérêt, au point de vue matériel de l'espèce humaine.
L'ensemble d'un travail semblable dépasserait autant nos intentions que nos forces. Nous abandonnerons à de plus habiles l'étude de tant de matières diverses dans leur essence, leurs développements, leurs progrès, l'influence qu'elles exercent sur l'existence générale des nations et des individus. Nous leur laisserons la noble gloire de découvrir les moyens féconds , de conduire toutes ces choses aux dernières limites de la perfection. Quant à nous, modestement, nous bornerons notre travail à la seule étude de la colonisation et de ce qui concerne les émigrants, qui veulent coopérer à la création de colonies. Celte grave question est l'une de celles qui, aujourd'hui , préoccupent le plus le public ; partout elle séduit, et dans chaque pays, elle agite ceux qui pensent à chercher au loin , des ressources qu'ils ne rencontrent plus sur le sol natal. Jetant un regard scrutateur sur des contrées plus ou moins éloignées , ces personnes espèrent trouver en d'autres climats et sous d'autres cieux un bien-être qui, pour elles, n'exista jamais dans leur patrie , bien qu'elles nourrissent l'espoir d'y rentrer une fois, surtout d'y rentrer escortées d'une position favorable, acquise par de laborieux travaux , au milieu de circonstances meilleures.
C'est ainsi que , les émigrants en s'éloignant de leur lieu de naissance, deviennent par là même, sinon les fondateurs premiers, tout au moins les bases des colonies, et surtout lorsqu'un certain nombre d'hommes, ou de familles d'une même contrée, s'entendent et se réunissent pour se transporter sur un même point , pour y lutter en commun contre les
obslacles , que iie manque jamais d'offrir une colo nisalion.
L'émigration née du besoin exista de tout temps.. Jacob envoie ses fils en Fgypte pour y chercher du grain, c'est ainsi que les descendants d'Abraham finissent par habiter les excellents pâturages de la contrée de Rahmésès. Plus anciennement peut-être , les habitants de l' Asie-Mineure ^ ceux des côtes da l'Afrique, puis les Grecs, les Romains; plus tard enfin des peuples en masse , sous forme d'armées , abandonnent leur pays dont les limiies leur paraissent, ou sont en effet trop resserrées pour contenir toute la population.
Iteémigrent pour gagner de l'espace, conquérir ou envahir de meilleures contrées , habiter ainsi sous un^climat plus tempéré une nature plus productive et plus riante. Les modernes moins conquérants , mais plus insatiables encore ^ envoient des détachements de leurs compatriotes découvrir des plages Inconnues, s'établir sur des côtes , ou ils fonderont des colonies; ressources précieuses , et pour ceux qui s'adonnent à ces acquisitions pacifiques, et pour la future prospérité de la mère patrie.
L-esprit d'émigration et celui de fondation de colomies ne sont donc point des choses nouvelles ; mais si à ce sujet, il doit surgir quelque peu d'étonnement , c'est de trouver qu'une chose si anciennement pratiquée, une chose si utile et si fertile en grands résultats , ait fait si peu de progrès dans sa marche et dans ses développements.
Cependant bon nombre de colonies , faibles à leur origine, devinrent par la suite des cités florissantes,
même redoutables; donoant un grand prix au sol sur lequel elles étaient fondées, préparant une puissante assistance à la mère patrie , d'importants secours aux navigateurs nationaux, de vasles débouchés au commerce, et, mieux encore, un asile précieux pour les temps de calamité, de révolutions ou d'invasions par l'ennemi. L'histoire nousenretrace de fréquents récits, et le Brésil , à une époque toute rapprochée , en offre un exemple irrécusable.
Si la civilisation, fille du bien-être; surtout, si le christianisme, sceau du droit et père des mœurs douces, ont mis un terme aux invasions des barbares en corps, la disposition à changer de place, n'est point éteinte au milieu des nations. Elle règne au contraire toujours vive dans les masses, dont les nombreux individus rêvent constamment à chercher meilleure fortune ailleurs.
Portant nos regards sur l'époque où nous vivons , nous devons reconnaître tout d'abord, que l'Europe se trouve dans un état d'agitation , qui a singulièrement altéré la position plus ou moins assurée d'une multitude de personnes. Les unes ont été atteintes dans leurs principes politiques; d'autres dans leur manière de vivre; un grand nombre ont vu disparaître une aisance déjà fort restreinte , sans parler d'une bien plus grande quantité encore , qui n'avaient d'existence que la plus précaire et dont les dernières ressources ont été anéanties; en sorte que, par inquiétude , par ambition ou par nécessité impérieuse, toutes ces catégories doivent songer à leur présent, et pourvoir mieux encore à leur avenir.
On conçoit alors que si déjà beaucoup étaient portés
auchaDgeroent, ils ont dû d'autant plus s'en préoccuper, lorsque l'émigration est devenue pour eux un besoin prédominant, une ressource indispensable.
La passion en toute chose est fille du désir vague, ou du besoin réel. Retenue dans de justes limites, elle demeure vertu; mais elle passe au rang de vice, dès qu'elle franchit les bornes de la nature et de la raison. Emigrer, peut être en soi une chose aussi utile qu'indispensable; elle est en beaucoup d'occasions sagesse ; elle devient digne d'éloges lorsqu'elle se trouve nécessaire; mais, disons-le aussi, l'émigration peut être blémée, lorsque , téméraire, elle n'est provoquée que pour l'assouvissement de mauvais penchants. Nous ne nous occuperons ici que de l'émigration acceptée comme ressource utile et indispensable, Qu comme but de connaissances à acquérir; alors nous lui accorderons toutes les louanges qu'elle mérite, parce que jamais elle ne s'entreprend sans de grands sacrifices de cœur; nous l'accompagnerons de vœux d'autant plus sincères , que cette publication prouvera à chacun des émigrants l'intérêt que nous lui portons et l'intention qui nous anime, de lui offrir les avis , les conseils, les directions que nous suggère notre propre expérience , dans l'unique but bien manifeste de l'aider, autant que possible , à obtenir les utiles résultats qu'il se promet de son émigration.
Quoique disséminées dans beaucoup de pays , ce ne sont plus seulement quelques petites bandes d'hommes qui songent à émigrer, mais certainement des milliers, même des centaines de milliers, qui, redoutant de menaçants dangers , ou souffrant déjà de ceux qui atteignent la société tout entière , songent
à mettre à l'abri ce qu'ilé possèdent, ou bien à acquérir ce qui leur manque.
Dans cebot^ ils veulentse rendre en d'autres lieux, où, avec sécurité, ils puissent goûter des bienfaits que l'homme civilisé, ami des lois, peut et surlout a le droill d'attendre du gouvernement sous lequel il vît et dont le premier , le devoir sacré est d'assurer cette sécurité fondamentale à tout citoyen , qui , observateur iidèle de la rè^le vis-à-vis d'aulrai , réclame en retour qu'elle soit observée vis-à-vis de lui-même. Ils veulent encore, au sein des liens et des obligations de la familte, pouvoir jouir des fruits? de leurs travaux et des privations , supportées en vue de léàr propre avenir et de celui de leurs enfants.
Avant de passer outre, convenons que nous croyons la surabondance de population en Europe plus apparente que réelle ; et encore , que nous imaginons qu'il existe bien davantage de place à occuper, dans l'an'cren monde , qu'on ne feint de l'admettre. Notre opinion sur ces sujets repose sur notre connaissance de vastes tferrains demeurés en friche dans beaucoup de contrées, ou qui y sont tout à fait mal cultivés. Noos serions bien surpris, si les obstacles qui s'opposent à la mise en valeur de ces pays délaissés , ne disparaissaient entièrement, quand les gouvernements seraient mieut éclairés et plus attentifs sur la marche à suivre pour assurer la prospérité de leur patrie et celle de leurs administrés. Au reste, si malheureusement il existe en Europe des contrées très-peu peuplées , ce serait commettre une grave erreur que de taxer d'autres lieux de l'être trop ; parce qu'on ne
saurait conclure du grand nombre d'habitants , que renferme un pays , qu'il a une surabondance de population , donc qu'il y existe du trop plein. Une surface, assez limitée , peut être encombrée , sans que pour cela il s^y trouve trop de monde , particulièrement si tous les habitants peuvent pourvoir facilement et largement à leurs besoins, au moyen d'une industrie féconde et de travaux productifs ; tandis qu'ailleurs et avec une faible population, une province aura encore trop d'habitants , si ceux-ci n'y trouvent pas des ressources suffisantes pour soutenir leur chétive existence quotidienne.
Mais, que l'Europe possède ou non un excédant de population, que ce soit à droit ou à tort que^ses habitants veuillent se déplacer , disons-leur à tous que : l'Européen qui trouve honorablement son pain dans sa patrie, s'il n'a d'irrésistibles raisons pour l'abandonner, fera toujours mieux de demeurer au milieu des siens.
Reconnaissons aussi qu'il existe une grande quantité d'émigrants qui ont les raisons les mieux fondées, les motifs les plus graves, les plus justes, les plus sages, souvent même les plus nobles, de persister dans leur projet de se rendre au nouveau monde. C'est à ces intéressantes classes que cette publication est tout particulièrement consacrée} elle pourra au moins, et tel est notre désir, leur fournir quelques renseignements utiles , leur donner quelques directions importantes, faire luire en leurfaveur des rayons salutaires, leur offrir des avis qui serviront à les guider dans leurs déterminations, en leur épargnant des essais dangereux, en les garantissant de tâtonnements
souvent coûteux, escortés toujours de périls plus ou moins grands ; en les mettant à l'abri d'entreprises ou téméraires ou ruineuses ; enfin , en les tenant en garde contre les perfides amorces, les traîtresses embûches que ne cessant de tendre aux émigrants ceux qui s'enrichissent de leur désastre et qui inhumainement s'emparent de leurs dépouilles, sans s'inquiéter de leur position prochaine, ni des larmes qu'elle leur fera verser.
Cette notice pourra peut-être aussi faire comprendre aux capitalistes européens qu'il existe, pour eux, des moyens reposant sur des garanties qui ne laissent rien à désirer, d'employer leurs capitaux d'une manière lucrative et autrement solide que de les verser dans certains fonds publics qui sont fréquemment l'occasion d'un jeu, toujours immoral et constamment dangereux.
Les gouvernements attentifs au bien-être de leurs administrés s'enquièrent, avec sollicitude , du rapport qui existe entre la population numérique de leur pays et les ressources que lui offre ce dernier, de manière à équilibrer les besoins des habitants avec les moyens de les satisfaire. Cette investigation urgente, indispensable, devient la mesure réelle du trop plein du pays, s'il en existe un. Lorsque l'agriculture manque de terrain , une mesure utile serait de lui restituer le sol consacré au luxe; et si , nonobstant cette restitution , il demeure patent , que l'industrie ne compense pas, par ses produits artificiels, ceux trop restreints du sol, le paupérisme devient alors menaçant, et, sans attendi'e davantage , le gouvernement d'un tel pays doit user de toutes ses ressources pour sauver
la patrie de ce triste fléau. Dans ce but, il entravera l'arrivée des étrangers; puis il transplantera ses propres nationaux dans des colonies , où , par leur travail, ils retrouveront une position heureuse, position qui , pour eux , n'existait plus sur le sol natal.
Malgré tous ces eflbrts providentiels, aucune administration ne peut espérer de pouvoir se placer entièrement à l'abri de devoir accorder les secours de la charité aux vieillards, aux jeunes orphelins, aux malades, aux invalides, quelles que soient les causes de leur position. Mais un grand nombre de personnes valides pourront utiliserleurs forces, leur savoir faire, leur bonne volonté et toutes les ressources qu'elles possèdent, lorsque transportées sur un emplacement plus favorable à leur situation, à leurs besoins, il leur sera possible d'y déployer utilement leur énergie, en pourvoyant non seulement au présent , mais quand elles seront encouragées par un espoir fondé , à se créer un avenir heureux.
La plupart des Etals européens surabondent en sociétés de bienfaisance, dont les secours généreux , et quelquefois aussi, malentendus, loin de soulager la misère et d'adoucir la souffrance, n'aboutissent qu'à alimenter le vice et l'oisiveté. Disons ici combien ces nobles sacrifices faits avec tant de zèle et de si louables sentiments atteindraient mieux le but proposé, s'ils venaient se grouper pour former uncapital, qui serait l'auxiliaire puissant et propice à l'émigration volontaire des familles , cherchant à se procurer au loin un travail , après lequel elles soupirent en vain , qu'elles ne rencontrent plus chez elles , ni pour les pLirents , ni pour leurs enfants.
N'est-il pas douloureux de songer que , dans d'autres climalS; se trouvent de vastes et excellentes terres , sans bras pour les faire produire, tandis qu'on rencontre en Europe tant de bras oisifs , sans espace pour les utiliser? N'est-ce pas un effort, digne du génie derhomme, celui de découvrir tous les moyens les plus propices , les plus directs , les plus prompts , les plus certains de rétablir l'équilibre partout où il cesse d'exister entre les besoins et les ressources de la famille humaine? N^'est-il pas au nombre des plus louables, l'effort qui lend à peupler d'agriculteurs de vastes contrées , presque désertes , et n'y a-t-il aucun mérite de faire rendre d'abondantes récoltes à un sol maintenant en friche, récoltes qui viendront enrichir ceux qui les auront fait naître ?
Que les familles aidées ainsi dans leur émigration, ne considèrent point ces avances comme des secours de la charité; mais que , pour elles , ce soit un prêt, une dette d'honneur, sans échéance fixe, mais toujours remboursable , lorsqu'ayant acquis les moyens de le faire , elles reconnaîtront la juste nécessité , l'opportunité de renvoyer ce prêt à la société, appelée à faire de semblables avances à d'autres personnes , placées dans une position identique à celle où ellesmêmes se trouvaient anciennement.
Qu'elles ne considèrent point non plus des incitations à s'éloigner de leur pays comme un bannissement qu'on leur impose, puisque leur départ, qui ne dépend que de leur unique volonté, n'est de fait qu'un acheminement à meilleure fortune, donc un service réel qu'on cherche à leur rendre. Ce ne saurait être non plus de la part du gouvernemeal;
uûekrtenticm, miel manière indirecte de repoTisder de» citoyens par l'émigralion , poisqae leur liberté individuelle demeure en son entier; la seule action) qu'exerce l'administration dans les cas de déplace»ment, est de veiller avec sollicitude an* départ des émigrants , à leur embarquement , à leur traversée ,. à leur arrivée; à surveiller leur prise de possession*^ ou leur simple habitation dans la terre d'asile, où ils vont établir leur nouveau domicile. Tout gouverne-' ment , qui ne possédera pas lui-même des terres h fournir à ses propres ressortissants , lorsqu'ils émi»grent^ cherchera par tous les moyens en son pouvoir à assurer leur entière sécurité par des traités et par ses agents , de manière à proléger ces compatriotes éloignés, avec la n!iôme sollicitude que s'ils fussent demeurés dans la mère patrie.
C'esf ainsi que la surveillance du [gouvernement de la patrie , que l'émigrant abandonne , l'accomf^a*^ gnera, le protégera, par le concours des agents placés auprès des gouvernements où il va cherchet* un asile.
Si jamais l'intervention paternelle et tutélaire ded gouvernements fut indispensable pour tout ce qui concerne les émigrants y c'est surtout depuis que Témigraiion est entrée presque uniquement dans le domaine des exploitations particulières. En général , tnaiiltenant, ce sont des sociétés qui s'occupent de ces entreprises. On ne saurait donc insister trop pour que la protection de la mère patrie accompagne ceux de ses enfants qui s'éloignent d'elle, si même ils le font contre son gré. La patrie doit à ses citoyens émigrants , où qu'ils se rendent , l'ombre de son aile
protectrice , comme s'ils fussent demeurés près de leur clocher. Cette protection est d'autant plus importante aux émigrants, que des familles errantes sont fréquemment exposées aux chances les plus diverses , les plus pénibles, situation qui pourrait devenir tout à fait déplorable , sans un salutaire appui, qui les mette à Tabri de plus grands malheurs. Mais ces précautions ne seraient pas moins indispensables, lorsque les émigrations prendraient davantage de développement, et se composeraient d'un certain nombre de ressortissants d'un même peuple : le présent, l'avenir, enfin le sort de ces familles, rentre naturellement dans le domaine de la haute économie politique, et nous paraît mériter de devenir l'objet de conventions internationales, le sujet de contrats ou de traités spéciaux, qui fixent d'une manière certaine les rapports des émigrants avec l'administration des pays qu'ils vont habiter, et détermine le genre d'appui et de protection qu'ils auraient droit d'enattendre. Il esta prévoir qu'il ne saurait s'écouler un temps considérable avant celui où les vœux que nous formulons ici , deviendront une réalité. Quant à présent, ainsi que nous l'avons dit, il existe en Europe des sociétés philanthropiques, qui ont pris pour mission de travailler à l'œuvre de l'émigration, en dehors de l'action gouvernementale. Malgré les bonnes intentions qui , sans nul doute , animent ces sociétés, elles ne peuvent, nonobstant leurs efforts, réunir une puissance suffisante au complément de leur œuvre, parce que cette puissance réside tout entière dans l'autorité suprême du pays, seule placée pour posséder des flottes, accorder des droits réci-
proques, signer des traités, convenir de concessions mutuelles^ obtenir des cessions de terrains en faveur de ses émigrants, ou voter des somnaes plus ou moins considérables pour l'achat de terres où elle fixera ses ressortissants. Ces avantages, lots des gouvernements, ne sauraient être possédés que dans une Irès-minime proportion par les sociétés philanthropiques; aussi leur coopération , bien qu'intéressante , se réduit-elle souvent à une œuvre très-restreinte, quoique revêtue d'un certain éclat, c'est-à-dire à des public-ations plus ou moins pompeuses, répandues dans le public, oii elles provoquent passablement l'admiration, pour de si louables efforts, mais de faibles secours en faveur des protégés. Malgré cet exposé , auquel nous supplions qu'on ne prête aucune malveillance, nous ne bénissons pas moins les sentiments philanthropiques de ces sociétés , et nous nous associons de cœur à leurs efforts, tout en désirant aussi quelque chose de plus positif que le résultat qu'elles obtiennent.
Après avoir parlé des sociétés philanthropiques , dont au moins les vues sont toutes favorables aux émigrants, quoique sans grande succès, signalons d'autres sociétés, créées dans Tunique but de faire fortune aux dépends de ceux qui quittent leur pays, associations dont la fatale industrie a porté les plus rudes coups à l'œuvre de Pémigration.
Les molifs les plus divers , ainsi que les positions variées qu'occupent les individus dans la hiérarchie sociale, leursopinions, leurs ressources, leurs succès ou leurs déceptions, leurs bonnes ou leurs mauvaises entreprises, des espérances pour l'avenir, une ima-
fgination facile à émouvoir, plus ou moins irritable, sont autant d'éléments , fondés ou non , qui conduisent l'homme à s'expatrier.
Nous proclamerons hautement, à tous ceux qui se préparent à passer les mers , quelle que soit la résolution qui les guide , qu'avaflt tout : la probité, l'hoaneur, le courage, le travail, la santé, sont les premiers comme les plus précieux capitaux à importer en Amérique. Ce sont les plus puissants comme les plus honorables éléments de réussite. Nous a jouteroiifs ensuite que ceux qui , en outre , y abordent avec des ressources financières plus ou moins grandes, peuvent espérer d'autant mieux d'y faire un chemin ^plus facile et plus rapide , ce qui ne ferme en aucun cas la carrière à ceux qui touchent au nouveau monde n'ayant que leurs bras pour toute ressource, pourvu que cette précieuse ressource soit escortée de boane volonté , de patience , de probité et de constance. Cette honorable et nombreuse catégorie peut être assurée , nous le lui affirmons d'honneur , qu'avec fUne conduite régulière, elle verra ses espérances transformées en réalité , son présent sera satisfaisant, son avenir prospère et heureux.
Tout sol prend une valeur relative aux produits qu'il donne, basés sur la facilité d'exploitation, de transports, enfin sur la demande des acheteurs. Le prix des terrains s'établit, non seulement d'après ces avantages, mais encore suivant le coût des engrais , la journée de l'ouvrier, la pesanteur de l'impôt. Tous ces éléments, exerçant une influence réelle et directe sur la valeur des propriétés rurales , ceux des économistes qui ne les prennent pas assez en considéra-
Uon 5 coBimettent une grave erreur , surtout lorsqu'îls avancent que la cherté des terrains, d'oà découlé l'élévation des baux , est la cause première en Europe de la ruine des agriculteurs. Ils ne réfléchissent pas que Ton ne saurait exiger du cultivateur autre chose ^qu'ime répartition des produits du sol, faite de teHe manière, que le propriétaire reçoive xin intérêt quelconque de son capital et l'agriculteur le salaire de ses peines. Si le dernier n'a pas le fruit de ses sueurs , il quittera; s'il reste? Le propriétaire appliquante son revenu le reliquat du produit, peut alors estimer ce que vaut réellement son fond. Mais ce n'est point là le véritable nœud de la question. Celle-ci ne doit porter que swr la possibilité d'acquérir une étendue suffisante aux besoins d'une famille , avec un capital réduit. Il ne s'agit donc pas de savoir si les terrains sont trop chers en Europe, mais bien : siGuillot, ou tout autre brave agriculteur, a suffisamment d'argent pour payer le morceau nécessaire à ses besoins A ce point de vue . disons tout de suite que la chose qui serait impossible en Europe, se trouve être de la plus grande facilité au Brésil.
Revenons à Guillot, qui, outre sa femme et ses quatre enfants , ne possède pour toute fortune qu'un millier de francs. Quelle étendue de terrain pourra-t-il acheter en Europe avec ses mille francs , et de quel secours sera pour lui et sa famille le produit de ce terrain? Tandis qu'avec la même somme, il recevra au Brésil quinze hectares, soit cinquante-six poses ou journaux, d'un terrain excellent, déjà défriché, source de produits bien autrement abondants que ne le réclament ses besoins. Voilà la comparaison , nous
pensons, que tout agriculleur, semblable à Guillol, pourra en sentir l'importance et comprendre l'avantage immense qu'il y a pour lui de saisir une si belle occasion , de faire son affaire, de baser sa fortune.
Il ressort clairement, de ce que nous venons de rendre sensible, que, pour assurer le présent et l'avenir d'un honorable agriculteur, qui ne possède que de trop faibles ressources , les terres en Europe sont au-delà de la sphère de ses moyens; tandis qu'en Amérique, non seulement les terres y sont vierges et meilleures, mais que, pour une somme minime, il en peut obtenir une étendue très-considérable , si ou la compare à ce qu'il aurait acquis en Europe avec la mêuie valeur; étendue suffisante pour le nourrir, ainsi queses nombreux enfants, dont avec le temps il peut faire de riches propriétaires. Tel est donc le grand , le motif décisif, qui doit déterminer l'agriculteur européen à se transporter au Nouveau Monde , surtout s'il est bien résolu a ne pas végéter toute sa vie , au milieu de travaux incessants , quoique sans résultats.
Ceux auxquels nous présentons ces raisonnements voudront bien se souvenir, et nous leur rappelons encore, que les résultats que nous leur présentons comme fruits assurés de leurs travaux et de leur économie , seront toujours plus ou moins éloignés , parce qu'en Amérique, comme en Europe , il est rare que les premiers artisans d'une bonne maison jouissent, autrement que par l'espérance, du succès de leurs travaux. La marche ordinaire vers la fortune étant : que le premier défriche, que le second féconde, et que les suivants récoltent et jouissent des efforts de leurs prédécesseurs.
Le principal mérite de notre publication git donc essentiellement : d'èlre utile à deux intéressantes classes de la société , savoir , à celle qui ne possède rien que des bras valides, de l'honneur joints à l'amour du travail; ensuite à celle légèrement mieux placée, parce qu'avec ce que nous avons indiqué appartenir à la première , celle-ci a de plus la possibilité de pouvoir disposer de quelques ressources. En effet, cette seconde classe , au moyen du secours de sa petite finance , se trouve dans une situation plus favorable que le père de famille qui ne possède que ses bras et ceux de ses enfants.
Si passant de la classe qui déjà possède quelques légères ressources financières, nous venons aux cmigrants qui abordent l'Amérique avec des capitaux, combien ne voyons-nous pas ceux-ci rencontrer les occasions d'en tirer de beaux profits. Nous croyons devoir signaler ici ces avantages aux capitalistes, parce qu'écrivant pour chacun, nous souhaitons que tous, Amérique et émigrants, trouvent ce qui peut leur être avantageux dans celle notice; et, surtout, nous désirons que le Nouveau Monde soit convaincu que telle ne fut jamais notre intention do n'attirer dans son sein que des hommes privés de moyens financiers, bien qu'on réalité, et pour exposer ici franchement toute notre pensée, nous soyons entièrement persuadé que , dans l'intérêt positif et réel de l'Amérique, il existe un avantage infiniment supérieur, donc préférable , d'y voir arriver force bras vigoureux et actifs, que des grands capitaux. Ce que nous disons là ne saurait «empêcher de reconnaître qu'au Nouveau Monde, comme dans l'Ancien, grande est
la diiTérence d*accueil qui existe entre les uns et les Rutres.
Dos capitalistes nous passerons aux chercheurs d'or, émigrants avides, qui surgissent de toutes les olasses de la société , pour s*élancer vers les plages aurifères , afin de réaliser l'utopie du jour; celle qui dôvore la jeunesse de notre époque, dont tous les inslinota sont d'ôtro riche en un jour , elle qui sourit ironiquement de pitié et de dédain à la seule pensée des travaux aoulenus, de l'économie y de la moralité , avec lesquels leurs vieux pères s'acquirent une heureuse ol honorable aisimce. Puisse au moins celle jeunesse irréfléchie , mettre un peu de soin à conserver cette fortune qu'elle cherche à obtenir avec tant d'iividilè et de promptitude.
Contentons-oous de plaindre tout chercheur d'or ^ pubq^K) cette soif le plonge dans des flots de privatious^ r^ccable souvent de stériles travaux^ le livre nux passions les plus articules « qui le placent censtaueumeul il ciNtè d'Uumiueuts dangers moraux et phy* ^quc«.
iW ci?$ nombreux chercheurs d'or » y eu iMNiucoup qui rtn^cffoul le foyer palemel « et qui Kmh leof^ dcsùrs^ V ne^treroul avec des uuâses dm iNM^l séducteur ^ Xonis^ croyions . qull u\ en aura qnn^ bien |^en^ et c^efMem^bni ce Irisle re^niUI ne servira i)e leçon à F>er>onne. N*»^ qn^incidenunenl îcî. il n^M^ :$oil pieirvib lie pc^^s^^ ^«mds ^mtvnne-
wente^ de fCncv^ qneiqnes courtes Tede3dofli> sur b r^^TotunîMi qtfie îa»; d^oc penk opérer en deprvc&ftiîon d#^$^ voibeiBr. fl>aarni?<t> ^ noi>? ne sanOTCii? jKfaneltie qpa'sm ciMvâilt à e^ay^îr une pnovt^ ife Tïâj
l'or, et faire ainsi du premier, l'agent spécial et fondamental des transactions entre les contractants. Selon nons, ces deux métaux, dans leur proportion de valeur, doivent simultanément concourir à l'usage qu'on en a fait jusqu'à ce jour, rendre un égal service sans accorder de préférence à l'un sur l'autre, que celle qui naU du caprice , de l'agrément du transport , ou enfin de la plus ou moins grande abondance de Tun ou de l'autre dans la circulation.
Nous reconnaissons volontiers que ce dernier sujet de préférence peut être d'un grand poids, tout particulièrement , lorsque coup sur coup, et dans un court espace de temps, une surabondance d'or, par exemple, se trouve jetée dans la circulation. La subile apparition de ce métal , dans des mains et dans des bourses où il n'en existait presque jamais, a dû causer une surprise , qui n'a pu manquer de provoquer des raisonnements, des calculs, faire naître enfin des suppositions , des exagérations qui excitent des doutes, même des appréhensions prenant des proportions fâcheuses, que corroborent des bruits, que dans leur intérêt rapace , font circuler certains personnages; mais craintes surtout accrues parles mesures intempestives qu'ont prises des administrations qui, vraisemblablement, eussent agi avec plus de prudence , si elles avaient différé de jeter ces doutes dangereux , puisqti'ils causent des perturbations ruineuses , en ce qu'elles ébranlent un équilibre d'autant plus indispensable, que c'est sur sa durée que reposent les travaux, les transactions et particulièrement la confiance qui base tous les rapports de la société, les conventions des contractants; con-
fiance qui doit être et demeurer la liaison nécessaire , le type d'évaluation entre le passé et le présent, comme il est destiné à l'être du présent à l'avenir.
Il faut bien reconnaître aussi , que cette surabondance d'or devient désorganisa trice au moment où elle apparaît; elle est une crise qui ébranle temporairement; mais cette crise cessera avec sa cause. Il faut seulement savoir la franchir sans impatience et sans crainte; il serait même salutaire de l'adoucir autant que possible en l'amoindrissant. Sans doute qu'on ne peut empêcher à la nature de produire ce métaU ni à l'homme de l'exploiter. On ne saurait pour Tor, imiter non plus , ce que faisait le hollandais dans le but d'éviter à ses épiceries , la dépréciation de leur valeur; mais peut-être y aurait-il un autre moyen pour sauver celle de l'or. Ce moyen serait de poser des limites à sa trop vaste circulation actuelle. Circulation qui déjà est fort atténuée par une plus grande aisance parmi les populations , qui conduit à faire un large emploi d'or en objets de luxe et même à le mettre facilement en réserve.
C'est sans doute avec la plus extrême réserve que nous émettons nos idées sur ce sujet. Toutefois , nous croyons que chaque puissance séparément, ou plusieurs, agissant collectivement, en vertu de traités d'association qui les unirai! , pourraient suivre l'exécution d'un plan uniforme, qui consisterait à mettre hors de circulation une quantité d'or convenue , que Ton réduirait en barres, et dont la contre valeur, moins un dixième, serait conservée à l'usage du public y au moyen de billets spéciaux , dont rémission ne dépasserait^ en aucun cas, celle de l'or
retiré. Ce métal ne devrait rentrer dans la circulation que quand l'urgence en serait notoirement constatée , et que le besoin en serait patent. Evidemment ce retour d'émission d'or n'aurait lieu que contre le retrait d'une somme égale des billets qui le représentaient.
On ne saurait douter que de nombreuses mines d'or seront encore découvertes, ou, simplement, que toutes celles découvertes , pourront être plus ou moins abondantes. L'étendue du globe étant connue , on peut admettre, avec quelque fondement, que l'extraction des métaux précieux ne prendra pas de développements hors de proportion, au contraire que les mines tendront plutôt à s'épuiser. Si , d'une part , nous pensons que telle sera la marche future des fouilles, et de l'extraction de l'or- et de l'argent, et que , d'autre part , nous soyons intimement persuadé que tous les pays , encore à l'état de désert , ou presque entièrement dépeuplés , seront un jour remplis d'habitants, nous comprendrons alors, qu'avec la suite des siècles et selon les intentions du Créateur , la race humaine étant au complet et généralement civilisée, ses besoins et ses transactions exigeront^ pour la confection de son numéraire, une masse considérable de métaux précieux. Si donc dans ce temps-là , ainsi que nous l'avons énoncé plus haut, les mines d'or et d'argent se trouvaient épuisées, ou que seulement elles fussent réduites à de moindres proportions dans leurs produits, ne pourrait-on pas en conclure qu'à l'avenir les métaux précieux deviendront plutôt rares que surabondants. Les craintes actuelles sont donc exagérées. Ajoutons
tout de suite 9 qu'un représentatif immédiat, c'està-dire la matière effective, n'est pas toujours indispensable pour baser le crédit ou pour asseoir les transactions, parce que le génie de l'homme sait pourvoir à ses besoins. Pourquoi donc nous inquiéterions-nous de ce que fera l'avenir pour couvrir les siens. Notre intention , en touchant incidemment à celte actualité, n'a donc été que de montrer les craintes de bien des gens dénuées de fondement, et qu'à l'opposé de ce que l'on croit, l'avenir pourrait réellement en concevoir de contraires, plus sérieuses que les nôtres.
Et comme c'est du présent dont nous nous occu* pons , revenons aux émigranls , que nous cherchons à encourager, tout en faisant des efforts pour leur être utile. Pour mieux atteindre ce but, à notre propre expérience, reposant sur des observations suivies , nous ajouterons celle de Fraugott Bromme , publiciste allemand de mérite, qui a écrit un guide pour les émigranls, ouvrage particulièrement précieux pour les colons qui veulent fonder des établissements aux Etats-Unis. Cet ouvrage renferme de sérieuses recommandations et d'intéressantes directions adressées à tout homme qui se prépare à quitter ses foyers pour émigrer , quelle que soit du reste la contrée où il compte se fixer.
Comme avant tout nous sommes ami de la vérité , nous dirons , sans pour cela chercher à nuire à personne , que les émigranls qui se rendent aux Etats- Unis y rencontrent de séduisants avantages , c'est àdire des terrains de choix par leur fertilité, leur emplacement, leur prix réduit , leurs communications
aisées ) enfin par beaucoup d'autres facilités, telles , par exemple , que la plus grande proximité de TEu-^ rope comparée à Téloignement du Brésil. Nais combien aussi ces avantages , ne sont-ils pas largement achetés , par le triste délaissement dans lequel gémit souvent Témigrant aux Etats-Unis, délaissement qui prend sa source dans l'égoisme assez général de leurs habitants , dont un vif amour du gain est le principal moteur. On ne saurait oublier que l'axiome du Seh$ Gof)ernemmt ne soit profondément enraciné dans le^ habitudes , les mœurs et les principes de l'américain du Nord. Et comme la fortune est un puissant levier dans les mains de l'homme indépendant , levier qui l'aide à faire prévaloir sa volonté , on ne saurait s'é-^ tonner qu'il cherche à acquérir cet agent suprême en sacrifiant ceux qui l'entourent , et plus particulière^ ment encore l'étranger.
C'est depuis 1828 que le public s'est plus particulièrement préoccupé de la question de l'émigration , surtout en la faisant réposet* sur l'opinion quelque peu hasardée d'une surabondance de population en Europe 5 surabondance, ainsi que nous l'avons ob-^ serve, souvent factice , qui se montre davantage dans les villes où s'agglomèrent des hommes avides de gains plus forts et de plaisirs plus variés. Cette mer sure eût été plus véritablement assise sur la position critique où se trouve tout homme auquel son travail ne présente plus de lucre suffisant pour nourrir ché-^ tivement le père et les enfants. Du désespoir aux voies coupables est un pas glissant^ malheur au pays où la faim fait mettre le pied sur ce pas dangereux.
Le premier devoir de toule société aussi fàcheu^
sèment placée , est d'y apporter un remède prompt et efficace. Ce remède ne saurait se rencontrer habituellement dans des chantiers nationaux , quoique nous reconnaissions qu'exceptionnellement, dans des circonstances extraordinaires et pour un temps très court, ce palliatif puisse servir de transition.
Le véritable remède gît dans de vastes terres deslinées à être cultivées par des colons. Cette émigration est, sous tous les rapports et par ses résultats , mîîle fois préférable à toutes les taxes des pauvres , qui n'atteignent leur but que dans le plus petit nombre de cas. On ne saurait se faire d'illusion à cet égard, ceux qui mendient ne sont ni les plus malheureux ni les plus intéressants des pauvres. •
Depuis quelques années, l'Europe a pu acquérir la certitude que les révolutions ne sont que de nouvelles sources ouvertes aux déceptions , aux mécontentements, à l'aflFaiblissement des ressources, à l'augmentation des impôts. Sources où l'abus de la raison, ou de ce qu'on appelle la raison et le progrès, n'a conduit qu'à égarer les esprits, qu'à multiplier les prétentions; et si, au commencement, on se contentait de combattre certaines opinions , dépendant du domaine de la foi , on ne tarda pas à la saper elle-même. A ces grands maux , qu'on ajoute encore les violentes calamités que les révolutions de tous les pays ont déversées sur eux-mêmes et sur les autres nations voisines ou éloignées , on verra ce qu'on doit en penser. Ce flot destructeur a introduit partout l'incitation, le ferment des passions, attisées par l'inactivité, l'absence de ressources, l'incertitude du présent et de l'avenir le plus rapproché, en sorte
qae le découragement et la volonté de tout bouleverser ont été universels.
Ces causes eurent toujours pour effet d'ouvrir de larges portes à Témigration , qui apparaît indispensable à tous ceux qui soupirent après le repos et la sécurité; à tous ceux dont l'existence est compromise, ou simplement menacée. Aussi , en pareilles circonstances , songe-t-on à découvrir en d'autres contrées une terre d'asile , où la vie soit moins agitée , l'existence mieux assise , où la propriété soit inviolable , où les destinées se trouvent à l'abri des atteintes communistes, de la tourmente incessante des émeutes, enfiii des révolutions toujours au moment d'éclater.-
Cependant l'amour du pays émeut profondément le cœur du patriote ; cet amour atténue beaucoup les douleurs que l'on est appelé â souffrir dans la patrie; l'oreille de celui qui l'aime n'épie-t elle pas constamment son précieux nom pour lui consacrer ses plus douces émotions. La patrie est semblable à cette bonne mère qui frappe ses enfants, ils en versent des larmes et la chérissent. Mais si l'enfant supporte tout de sa mère , il est loin d'éprouver la même résignation pour les mauvais procédés de ses frères; aussitôt qu'il le peut, il s'éloigne d'une maison où il ne rencontre plus le bonheur,.,; il l'abandonne sans l'oublier jamais; aussi conserve-t-il toujours le désir et l'espoir d'y revenir lors de meilleurs temps. Voilà l'Europe et la contrée où on reçut le jour ; voilà ce qu'elles demeurent dans le cœur de tous les émigrants. Cependant chacun d'eux se dit aussi : la patrie n'est pas uaiquement le terrain où se trouve la maison
dans laquelle on vit la lumière , le sol qu'on foula de ses pas au début de la vie , ni les montagnes qui enceignent la vallée où 6e voit le toit paternel. Mais ce qui constitue véritablement la patrie, ce sont nos mœurs , nos usages , nos habitudes , nos affections , notre famille, nos amis , nos relations , notre langue maternelle. Toutes ces douces choses , nous pouvons les réunir, les grouper autour de nous dans un autre émisphère et sous l'azur de son ciel. Sans doute que l'amour de son pays , ce sanctuaire des plus précieux souvenirs, elst une vertu sublime qui émeut vivement l'âme de tout émigrant. Ne laissera t-elle pas de place aussi à l'amour qu'il doit à ses enfants , à touâ les membres de sa famille entière , à l'accomplissement du plus sacré des devoirs des pères? Partout où il les remplit, le pays devient une terre chère pour lui. Lors même que ses travaux sont accompagnés de dures privations , il leur sourit en songeant que ses efforts et sa persévérance préparent un heureux avenir à ses enfants, et, surtout, si la terre qu'ils abandonnèrent n'offrait plus pour eux de ressources ni de sécurité.
Ajoutons , en dehors de ce qui précède , que les motifs les plus divers conduisent de nombreuses familles à émigrer. Cependant le projet de quitter là terre natale ne saurait être pris à la légère. La détermination d'abandonner la patrie , ne doit jamais être l'œuvre d'une imagination surexcitée, ni le résultat de quelque passion chagrine , se complaisant à jeter des ombres lugubres sur les épreuves que subit l'Ancien Monde. L'émigration doit être fille de Texamen , d'un examen fait avec maturité, par une laisan
calme y ne so disâiiuulant ni ce qui est bon , ni ce qui est dangereux dans l'entreprise qu'on médite ^ mais qui pèse impartialement le pour et le contre.
Que la plupart des émigrants accordent la préférence à l'Amérique, à l'exclusion de contrée?^ plus rapprochées ; cette préférence repose sur ce que le Nouveau Monde présente des avantages et des ressources que l'Ancien ne saurait plus offrir à ceux qui l'abandonnent. Aucun autre lieu autant que l'Amérique y ne donne à l'émigrant le choix d'aussi grands espaces inoccupés , à acquérir pour de légères sommes y puisque dans ces contrées > soit au nord soit au sud, et tout particulièrement au Brésil, il est facile de devenir propriétaire de cent et plus de poses de terrain déjà défriché , pour une somme inférieure à ce qu'en coûterait une seule et unique dans maintes contrées de l'Europe. Et encore en Europe l'acquéreur n'aura-l-il qu'un sol épuisé, tandis qu'au Nouveau Monde, sa propriété sera de la plus grande fertilité et propre à toutes les cultures. Ce terrain vierge et riche ne réclame que des bras bien disposés pour lui faire donner d'abondantes récoltes, qui fonderaient l'aisance et la richesse des agriculteurs qui lui consacreraient des efforts soutenus , au centre de nombreux troupeaux, à l'ombre de la paix, de la liberté, de la sécurité. Quoiqu'il demeure encore beaucoup d'améliorations gouvernementales à opérer, cependant déjà , l'homme paisible , soumis aux lois , n'est inquiété ni pour ses opinions religieuses, ni pour celles politiques; sa propriété est inviolable dès l'instant qu'elle a été légitimement acquise. Tels sont les avantages précieux dont tout émigrant jouira ,
s'il est homme de conduite irréprochable , c'est-à-dire morale et laborieuse. Ces contrées sont donc , pour l'homme actif et intelligent , le champ le plus vaste où puissent se déployer son savoir faire , son énergie, elles sont la nouvelle patrie , où libre arbitre de sa fortune, il peut fonder son avenir et celui des siens. Tous ne sont pas immédiatement aptes à la chose , et, ainsi que l'a dit un homme d'Etat, il faut que l'émigrant pose sa vieille peau avant de prendre celle d'Amérique, pour apprendre à vivre indépendant et heureux. Les habitudes profondément enracinées sont , chez Thomme , des obstacles bien vivaces, aussi plusieurs qui nourriraient un séduisant idéal, seraieni-ils fort surpris de ne point trouver au Nouveau Monde un paradis terrestre , où fleurit un printemps éternel. Le début, au contraire, se fait en réalité par tous les émigrants qui abordent l'Amérique sur un terrain qui exige de pénibles travaux, sur un sol qu'il faut arroser de sueurs , et où chacun, réduit à ses seules forces , doit se contenter de ses propres ressources. Aussi tous les émigrants trop optimistes , se trouvant subitement désenchantés , cèdent-ils au découragement, et, ne sachant prendre un parti salutaire , s'abandonnent-ils à une funeste oisiveté , et , demeurant dans les villes maritimes , y consument, dans une fatale indécision, les restes de leurs faibles ressources , et s'enfoncent ainsi dans la misère... C'est avec un cœur brisé qu'ils cherchent à revenir dans leur pays y trouver au moins le repos final que certainement ils eussent obtenu sans déplacement. Au fait, ils auraient plus sagement agi s'ils fussent demeurés chez eux , puisque leur réso-
lution n'avait point été de lutter avec les difficultés , par conséquent de surmonter les obstacles que rencontre tout établissement nouveau; obstacles qu'il faut vaincre, sous peine de voir son passé et son présent anéantis , dès qu'on renonce à se fonder un avenir. Ceux que nous venons de signaler ne sont donc point aptes à la chose ; mais les seuls émigrants dignes de réussir , et qui ont toute chance de succès, sont ces hommes actifs et laborieux , nés dans le besoin, privés de facilités, riches seulement du sentiment de ce qu'ils peuvent faire, lorsqu'ils seront placés pour cela , et qui ne soupirent qu'après le bonheur d'être transportés , avec leur famille, sur la ' terre d'asile qu'ils rendront florissante, parce qu'ils employèrent à sa culture le zèle et les forces viriles qui donnent l'aisance à l'homme, en lui faisant chérir la vie et l'indépendance. Oui, c'est en Amérique , au Brésil, que l'agriculteur qui ne pouvait trouver à acquérir en Europe l'espace de terre nécessaire au développement de son travail, verra dérouler sons ses yeux des étendues incultes, où le déployement du travail de cent mille ouvriers, d'égale force aux siennes, ne sauraient suffire à leur culture. C'est donc là que la prospérité pourra couronner ses efforts, et que le ciel se réunira à la terre pour récompenser ses soins. Alors pas de délits comme en Europe, pas d'appel au communisme , qui n'est que le vol organisé en faveur d'habiles intrigants, dont tout le jeu est d'égarer les sots, pour profiter de leurs méfaits, d'intrigants qui ne réunissent la force matérielle de tous ceux qu'ils trompent et séduisent en flattant leurs passions envieuses , que pour en faire le levier
avec Iç secours dqquel ils accompliront leurs abominables desseins.
La perturbation qui toujours menace la société ; les machinations qui se préparent contre ceux qui possèdent ; les desseins que Ton ne cesse de nourrir , seraient infailliblenient anéantis, si ceux contre qui tant d'attaques sont dirigées, s'unissaient pour participer a la création des fonds nécessaires à l'émigration de celles des classes qui ne soupirent qu'après le travail. Cette prudente et prévoyante association , assurerait la sécurité des particuliers et la paix stable des Etats qui, eux-mêmes, ne sauraient employer plus utilement des sommes volées au budget, afin d'atteindre le même but.
Les mauvaises passions ne sont jamais surexcitées autant par la n^isère et les privations, que par les perfides insinuations des ambitieux. Ceci nous porterait à croire que le côté dangereux des républiques , est moins l'accès ouvert à tous de parvenir aux charges, que le droit illimité et sans garantie du vote universel. Sans doute que chacun des individus , dont la masse se trouve composée, lorsqu'il est abandonné à lui seuU serait insignifiant. Mais on stimule ses passions, et c'est alors que, joint à d'autres, il devient dangereux , même sans le vouloir, et souvent mû des meilleures intentions. Aussi tous les troubles des républiques sont ils le produit de deux éléments qui s'allient, à savoir : les ambitieux qui agitent par des moyens insidieux les masses égarées, qui agissent sans responsabilité. Tous les Etals en proie à ces genres d'agitation, ou ceux dont la population est scindée en deux catégories également dan-
gereuses , la trop grande richesse ^t la trop granule misère , sont-ils à côté de leur chute.
Revenant à notre sujet, nous ne cesserons de re* commander chaudement la création de grandes faci* lités à offrir aux classes morales et laborieuses , pour qu'elles arrivent sur un théâtre propice à un travail productif, et surtout que ces classes soient convaincues 5 jusqu'à la dernière évidence , par toutes les précautions, les mesures et les procédés dont on enveloppera ce$ avances , que ces facilités ne sont destinées qu'à les conduire à une prospérité certaine, prospérité qui les attend dans d'autres régions, et dont la dislance disparait de plus en plus chaque année, par les rapprochements qu'offre la vapeur sur terre et sur mer.
Comme tous les émigrants ne seront pas campagnards , mais qu'il se trouvera parmi eux aussi des industriels, dont les métiers sont fort recherchés, particulièrement ceux eu gros états, artisans qui peuvent beaucoup gagner ; nous leur répéterons à tous qu'ils ne doivent point compter , dès leur arrivée , sur de beaux résultats immédiats , et que s'il y a dans leur nombre des gens déraisonnables , ceux-ci seront exposés à végéter en Amérique aussi bien qu'en Europe.
Nous encourageons d'autant plus volontiers à émi* grer ceux qui possèdent encore quelques moyens dont ils pourront tirer un excellent parti, que c'est précisément dans cette catégorie qu'existe la pépinière des véritables futurs nécessiteux. Ceci cessera de paraître un paradoxe , si on veut réfléchir que Le mendiant de naissance, ne connut jamais de position
rneilleure; qu'à aucune époque il ne savoura les douceurs de la propriété , tandis que celui à qui il demeure encore quelques restes de temps meilleurs , les voit avec douleur s'engloutir d'année en année, sians qu'il aperçoive aucune possibilité d'échapper à une ruine totale; celui-là ne saurait trouver de salut que dans l'émigration. ^
Tous les pays où se trouvent des pauvres honteux, sous quelle forme qu'ils apparaissent, qu'ils soient de misérables ouvriers, ou les détenteurs de propriétés grevées d'hypothèques à l'équivalant de leur valeur, doivent s'avouer leur position et y porter un prompt remède par l'émigration; car, enfin, l'Etat, en vue de leur procurer du soulagement, ne saurait augmenter les impôts, ni établir des lignes de douanes soi-disant protectrices; ces moyens indirects , loin d'atténuer le mal , ne font que l'augmenter.
Si l'on nous accuse de pousser à l'expatriation , nous dirons qu'un tel blâme ne peut partir que d'un cerveau malade , puisque notre justification ressort du soin empressé avec lequel nous signalons à ceux qui songent à émigrer lous les obstacles et tous les embarras qui les attendent.
Le seul but de nos efforts , en faveur des classes honorables et souffrantes , est de leur ouvrir une voie propice à les ramener au bien-être, à leur faire recouvrer un heureux avenir. Ces sentiments, nous l'espérons, trouveront une bienveillante sympathie qui conduira chacun à se joindre à nous , pour prêter son appui au résultat tout philanthropique que nous nous efforçons d'atteindre.
,Pn pQus objectera peut-être que , si un torrent d'émigrants afflue vers l'Amérique , cela pourra devenir pour l'Europe le motif d'une défense d'émigration. Nous estimons cette crainte entièrement phimérique en ce qui concerne l'Europe, où il serait possible, que certains penseurs, élevassent les mêmes objections qui déjà ont été réfutées victorieusement par tous ceux 5 qui sont mus d'une sage prévoyance , en faveur déclasses, dont la position est infiniment précaire, pour ne rien dire de plus.
Nul doute que l'émigration , cette œuvre tout à fait volontaire de la part de ceux qui l'entreprennent, ne soit vue avec approbation par TAngleterre et la France, elles qui possèdent de si vastes et de si excellentes colonies, et de plus toutes les facijités de transport pour y conduire leurs citoyens, afin de les y établir
' > . Il
avantageusement, en les garantissant ainsi du paupé-
A la vçrité, ,il a çté.cjifqstiQn à jdiyerses reprises, ^jaR congrès des. Etats-Unis, de mettre des bornçs à Vmmiqration: mais toute proposition tendant vers ce buta toujours étérepous^ée par c^es arguments dçcisifs. En effet, rAmériçj||e entière, et topit partiçulièj;en)^pt celle du sud, a le plus urgent besoin , la plus indispensable nçces^ité , de voir accrpître sajpopula- 4ion d'épiigrants européens ;^^urtpvit les propriétaires . indigènes ayant reconnu, depuis qpe les noirs diminuent en nombre , combien lés travailleurs blancs leur sont plus utiles que les Africains.
C'est pour cette raison que les Brésiliens habiles, désirent avec ardeur l'arrivée d'abondants émigrants venaut d'Europe. Une population blanche , nom-
breuse, acclimatée, donnera toujours de la splendeur et de la puissance à la nouvelle patrie qu'elle choisira, et sur laquelle aussi , elle exercera une heureuse influence.
Non ! l'Europe ne songera jamais à entraver et moins encore à priver ses habitants du plus sacré de leurs droits, celui de transporter leur personne partout où ils peuvent espérer d'ôlre admis à résider, en se soumettant aux lois et aux usages du pays qui les reçoit dans son sein . L'Angleterre elle-même considère rémigration comme une véritable soupape de sûreté, à laquelle elle laisse tout son jeu , en faveur de la tranquillité publique.
Ajoutons ensuite que , sans compromettre en rien la politique, la religion ni la morale, sans atteindre en quoi que ce soit à l'autorité ou au règne des autres lois, il en existe néanmoins trois qui sont impérieuses, nonobstant qu'elles ne soient écrites dans aucun code. Ces lois doivent constamment demeurer présentes à la pensée des chefs des nations, parce que ce sont les trois colonnes qui affermissent la tranquillité des populations et la paix des Etats. Ces troiscolonnes herculéennes sont : le déjeûné , le dhié , le repas du soir. Si l'une de ces colonnes menace malheureusement de manquer, si seulement elle est fortement ébranlée, cet ébranlement devient l'endroit par où s'introduit une première agitation. Si deux de ces colonnes devaient chanceler, toute puissance de convention éprouverait de redoutables] commotions. Nous éviterons de toucher à la situation qui pourrait surgir après la chute des trois colonnes, persuadé (jue nous sommes^ qu'un si terrible malheur n'affligera
jamais aucune nation. Mais il suffit de Teffroi qu'inspire la seule pensée d'un si grand désastre, même partiel, pour bien comprendre l'impérieuse nécessité d'une émigration bien organisée , qui prévienne même le plus léger ébranlement de la première de ces colonnes.
L'Amérique , à celte occasion , tend une main secourableà l'Europe. que l'ancien continent serait mal avisé , s'il ne savait saisir et profiter de ce précieux secours! Gouvernements et populations sont donc vivement intéressés à rendre l'émigration prompte et facile , à tous ceux qui croiront y trouver une ancre de salut, une existence nouvelle et heureuse.
Oui ! tous ceux qui manquent d'occupation , quoi qu'ils en cherchent avec ardeur, doivent, sans hésitation aucune, se transporter avec empressement là, où ils sont assurés d'en trouver beaucoup. Un si bon exemple ne demeurera pas sans imitateurs ni sans succès. Les partants rendront non seulement de l'espace en Europe, mais ils prépareront aussi des voies plus faciles à ceux qui les suivront dans ces milliards d'acres de terrain en friche, qui n'ont pas encore un seul agriculteur pour les mettre en rapport.
N'est-ce pas à ses vastes colonies que l'Angleterre est redevable de la haute position qu'elle occupe? Cet état de prospérité sera-t-il sans attrait pour les autres peuples? Cependant ils sont placés pour tirer un propre profit de l'expérience britannique; il ne s'agit ici que de pacifiques conquêtes , ainsi que les nomment les partisans de colonisations systématiques, puisque , jusqu'à un certain point de vue, que toutefois il ne faut pas exagérer, c'est avoir conquis une
porlioh du pays , dès que l'on devient ?pfoprfétàîï*e d'une partie de son sol , tout en acceplatit pocrr légitimes et irrévocables suzerains, le souverain qui y règne et les lois qui le dominent.
Un monarque conquérant désire un peuple trèsnombreux^ parce que dans cette multitude, il trotrvè l'élément indispensable de ses succès à ta giférl'e ; mais tout prince, ami de Thumanité, préférera une population amie des douceurs de la paix, et qui jouisse de la plus grande dose possible de la prospérité qui en découle.
La misère enfante la grossièreté de conduite et le relâchement des mœurs. Ceux qui souffrent deviennent inévitablement le levier redoutable dont se servent les chefs de parti, ceux-ci leur prometïeiït \me situation séduisante, également hors de leur volonté et de leur pouvoir.
Les grandes entreprises nationales , lorsqu'elles ne sont pas indispensables et quand on ne les met en œuvre que pour le besoin du moment, ne sont que de ruineux expédients qui ne font que très-peu de bien à quelques-uns , et préparent sourdement beaucoup de mal à la généralité. Quelques sociétés savantes proclament qu'une surabondance de population est un signe certain de prospérité nationale. Nous pensons au contraire, que : toute population trop accrue , si elle n'est point en possession d'une forte aisance, marchant du même pas qu'elle, loin d'être un signe de prospérité , n'en est qu'un de décadence , qui, dans un temps plus ou moins rapproché, deviendra la source positive d'un malaise général, si une sage émigration ne vient y apporter le meilleur comme le plus énergique remède.
La nature elle-même, à la voix de laquelle nous ne demeurons que trop sourds, ne nous dit-eUe pas que : les abeilles jettent des essaims, auxquels le propriétaire intelligent prépare des ruches, où se formera pour lui une augmentation de récolte de miel.
Les émigrations d'individus ont, sans contredit, un grand degré d'utilité ; cependant celles en famille, et surtout si elles sont composées de plusieurs familles groupées et animées d'un même zèle; de familles qui veulent réunir leurs efforts pour atteindre un but convenu , ont des chances bien supérieures de succès et d'un avenir certain, parce que, fortifiées de leur bonne entente, elles décuplent leurs moyens d'action, leur sphère d'activité , leurs secours mutuels, enfin leur assistance réciproque. Les membres de ces précieuses sociétés de familles, en se répartissant la vocation et les travaux qui en dérivent , les utilisent avec précision et au plus grand profit de tous. Mais comme qu'il en soit de cet emploi des forces associées, nous croyons donner un excellent conseil aux émigrants, dont un commencement de prospérité couronne les travaux, en leur recommandant de calculer avec une sévère prudence l'emploi qu'ils feront de ce qu'ils auront déjà acquis, de manière à ne rien entreprendre qui puisse compromettre leur position, en dépassant leurs forces et leurs ressources. L'expérience a toujours démontré qu'en voulant avancer trop rapidement on risque de reculen, et que des entreprises trop hâtives n'ont conduit qu'au découragement et à la ruine, là où, avec un peu plus de patience et de sages délais, pp serait arrivé au
meilleur succès et à une prospérité certaine et brillante.
Nonobstant le petit avis qui précède , et que, selon
notre conscience , nous avons cru devoir donner tout spécialement aux émigrants qui déjà , depuis un certain temps, habitent l'Amérique ou ailleurs, nous nous empresserons cependant de reconnaître , qu'en thèse générale, vouloir conseiller aux hommes de faire ou de ne pas faire , et surtout si le conseil qu'on leur donne vient à l'enconlre de ce que, selon leur propre opinion, ils estiment être dans leur intérêt, c'est tenter une démarche tout aussi inopportune que d'imaginer conduire l'Europe à suivre une direction contraire à ses mœurs et à ses usages.
Individuellement , chacun conserve sa propre pensée , fille de sa conviction ou de ses penchants , et qui dirige son action d'après l'impulsion de son cœur, lors même que ce dernier ne serait pas d'accord avec la saine raison. Toutefois, n'est-il pas mal de dire a ceux qui ne cessent de crier à leurs concitoyens : Restez donc au pays! qu'ils doivent alors assurer aussi une existence certaine et durable à leurs voisins, lorsque ceux-ci manquant de tout, sont intentionnés d'aller ailleurs chercher une meilleure position. Si dans un sens opposé nous insistons auprès de ces classes malheureuses , pour qu'elles se décident à émigrer, c'est par la conviction qui nous anime que : l'émigration serait pour eux la véritable voie de salut et d'avenir. Cependant ajoutons de rechef, qu'avant de s'arrêtera une résolution définitive et irrévocable , chacun doit s'occuper à prendre de très-exactes informations sur le pays où il propose
d'aller se fixer Ne hâtez donc rien!.... Surtout
ne partez qu'après avoir obtenu Ic^s notions les plus certaines et les plus satisfaisantes sur la terre d'asile que vous projetez d'habiter, afin de ne pas être exposés à revenir après un court séjour, plus malheureux que quand vous partîtes. Nul ne doit abandonner un domicile actuel , sans être assuré des avantages qu'il rencontrera ailleurs ; et comme chaque contrée offre du mieux et aussi du moins bon , l'homme réfléchi, surtout Thomme civilisé, établira attentivement des points de comparaison, d'où partant , il prendra en haute considération ce qui concerne le lucre , la science , la religion , la liberté , les jouissances auxquelles il est habitué , les commodités de l'existence , celles des communications faciles et quotidiennes.
Il ne faut amoindrir aucun des sacrifices que l'on
sera appelé à faire , afin de ne pas se préparer des
regrets amers, qui feraient surgir un besoin passionné
de rentrer dans la patrie. Que celui donc qui veut
émigrer se pénètre avant son départ de la pensée
qu'il va abandonner un pays bien cultivé pour un qui
ne l'est pas encore , et qu'il fasse découler de là tout
ce qu'un pareil changement peut off'rir de déceptions;
attendu que la dernière position présentera sans aucun
doute une complication de désagréments , ou de maux
inhérents aux mœurs ou au climat, inconvénients
qu'on n'aperçoit guère au sein de la civilisation, parce
qu'elle possède certains biens dont on jouit sans s'en
douter, et qu'on apprécie seulement alors qu'on ne
les possède plus. En conséquence , il faut que l'émi-
grant soit préparé, qu'il soit décidé à se séparer ré-
é&lujràeht dé tôiîfted dés ehéâës avant qtt'if s'^d^dCh(»Âfé ft l'éitiigration ; il est important qu'il ne de lâil^e pas entraîner* par des conseils légers on intéressés.
L'homme prudent, quelle que soit du reste sfa p^^ sition sociale , n'aura point à redouter de si gra^éi dangers, si préalablement il a mûremeût pesé leâ avantagés et les inconvénients des deux position^, ëtt les plaçant en présence l'une de l'autre , et surtout s'il a fait, à l'inconnu , une large part d'obstacles qui ne laisse qu'une bien faible crainte de déceptions à re^ douter^ Si ensuite il se décide à courir les chances de l'émigration , il faut que , revêtant le caractère d'homme inébranlable, aucune difficulté ne poisse plus lui causer de regrets , ni le décourager.
Personne n'ignore que le père qui veut tratafiHe> à la prospérité de sa famille possède une force <tè géant; aussi acceptera-t-il les choses comme elle* se présenteront; sa persévérance surmontera les obstacles, et nous, nous ne reculerons point à donner à chaque émigrant de ce caractère l'assurance positive de la réussite qui l'attend , et des fruits abondants que lui donnera son émigration.
En dehors des avantages matériels que recherobenl et qu'à bon droit peuvent se promettre les véritables émigrants, l'émigration peut offrir à toiites les classée, même aux plus élevées dé la société , un moyen tvès^ propice d'acquérir de grandes lumières et de piiécieuses connaissances , connaissances qui nes'implÙQ'tent bien que dans les lieux où elles existent et doBt les voyageurs, qui les ont butinées, reviennent eT»ri^ chip et la patrie et la science. Ces voyageurs d'élite pourront^ tnkfux qtiepersomiâ, juger les souffrances
d^'^mmés courbés sous le despotisme y o\v les nsmlt de ceuK livrés^ aux abos d'une^ liberté licencieuse ^ liberté audacieuse bieu^ autrement dangereuse à la société, qne toute restricticin outrée, qualiâée soeuir de l'esclavage.
Peu de voyagenrs riches dirigent leurs excursions vers l'Occident; c'est cependai^t là , qu'avec un juste enthousiasme, ils admireraient les beau tés luxuriantes et natives de là plus magnifique nature ; c'estlà qu'ils pourraient acquérir de précieuses notions sur l'homme, encore tout à fait à côté de l'état où se trouvaient les premiers habitants du globe. Ces notions seraient im-r portantes pour tous, et plus parliculièrement pour ceux qui songeraient à rapporter en Europe des améliorations recueillies en Amérique.
Nous estimons avoir rempli un devoir sacré eo signalant les difficultés qui accompagnent une émi* gration en Amérique. Loin de nous toute prévention contre celle qui conduit l'émigrant aux Etats-Unis; cependant, nous répéterons ici que ces provinces., nonobstant tour plus grande proximité de l'Europe eit toutes les ressources qu'elles semblent offrir aux émigrants qui s'y rendent, sont néanmoins le pays où ceux qui l'abordent, avec de faibles ressources^ seront aussi le plus promptement désenchantés des illusions qu'ils pouvaient s'être faites. C'est, au reste, ce que la triste expérience de quelques-uns a fait savoir à ceux qui n'étaient pas encore partis pour les mômes contrées.
C'est donc, et nous en convenons tout d'abord, à faire ressortir les précieux avantages que présente aux émi3rants l'Amérique du Sud, que cette notice est
destinée. Toutes nos sympathies appartiennent à la plus grande prospérité du Brésil, comme nos sentiments sont dévoués aux émigfrants auxquels nous adressons cette publication, recueil de nos recherches^ afin qu'elles les conduisent au bien-être.
Cet ouvrage est spécialement destiné à diriger les regards , comme à fixer l'attention de la classe intéressante dont la noble émulation vise à une position meilleure, et cherche, en s'expatriant, à acquérir un avenir heureux , du repos , de l'aisance , de l'indépendance pour une vieillesse encore éloignée , mais dont la perspective doit inspirer le courage, que caressent les douces joies de l'espérance. C'est donc pour ces hommes dignes d'un succès complet, que nous écrivons avec la vérité qui fait la force des assertions. Nous nous gardons d'autant plus de toute exagération, que nous voulons mériter un témoignage d'estime de l'émigrant qui , arrivé au Brésil , soit conduit à s'écrier : La chose est ici , comme on nous Ta annoncée , et nous trouvons dans ce beau et bon pays ce que l'on en a publié dans la notice.