PERIODE
1864-72 (9 ans).
1873-86 (14 ans).
ANNEE
« De 1878 à 1888, le nombre total des immigrants, dans les ports qui dressent la statistique de l'immigration, a été :
Année 1878 22.423 immigrants.
« En 1888, il s'est élevé tout à coup pour deux ports à 131.268, dont 56.915 débarqués à Rio et 74.353 à Santos.
« L'immigration enregistrée en 1887 se répartit de la manière suivante d'après le lieu de débarquement :
Rio-de- Janeiro 31.310
Santos 22.227
Rio Grande do Sul 815
Santa Catharina 430
Bahia 199
Paranâ 9
« Dans cette statistique ne figurent pas les immigrants arrivés à Pernambuco, à Para et dans les autres provinces du Nord vers lesquelles se dirige aussi depuis quelque temps un certain courant d'immigration. Les émigrants partent pour la plupart de Lisbonne, de Naples, de Gènes, d'Anvers, de Hambourg ; l'Alsace et surtout le Tirol en fournissent beaucoup. Sur les 31.310 qui ont débarqué à Rio en 1887, il y avait 25.450 du sexe masculin et 5.800 du sexe féminin. Les enfants (au-dessous de 12 ans) des deux sexes étaient au nombre de 4.787. Il y a des provinces qui n'ont pas de statistique de ce genre et d'autres (excepté le port de Rio) qui n'enregistrent pas les départs. A Sâo Paulo, le chiffre total de l'année 1887 est de 34.710, dont 22.227 étaient arrivés par Santos et 12.483 par Rio. Au Brésil on ne compte comme immigrants que les voyageurs étrangers de 3e classe,
tandis que dans d'autres pays d'Amérique on compte les voyageurs iW- toute classe.
« La province de Sâo Paulo s'est distinguée tout particulièrement par Les efforts qu'elle a faits pour attirer les immigrants. Une société promotrice s'y est formée, dont le président, M. Martinhc Prado Junior, est venu en Europe (en 1887) dans le but d'obtenir des facilités pour l'émigration. Une hôtellerie, qui peut abriter 1.000 personnes, a été ouverte à Sao-Paulo pour loger et nourrir gratuitement pendant une semaine les nouveaux venus ; on les aide à se placer. 11 existe dans l'île de Flores, près de Riod. -Janeiro, une hôtellerie du môme genre, où les immigrants sont logés et nourris gratuitement, jusqu'à ce que le passage, gratuit aussi, par chemin de fer ou par bateau à vapeur, leur ait été assure pour la destination de leur choix. Une autre vient d'être créée à Juiz-de-Fôra (Minas). Les grands efforts de Sao- Paulo datent de la loi provinciale du 29 mars 1884 et surtout de l'année 1887; ils ont coïncidé avec la propagande abolitionniste et ils ont contribué à préparer le grand événement de l'émancipation. Aussi la province, qui avait enregistré 2.743 immigrants en 1882, 6.650 en 1885, a-t-elle atteint le chiffre de 34.710 en 1887, et celui de 92.000 en 1888. On y compte aujourd'hui des colonies prospères, à Piqueté et à Cannas (Belges), à Ribeirâo Preto (Italiens et Allemands), à Cascalho (Italiens), à Nova Louzâ (Portugais). »
L'exposition faite par le savant écrivain français d'après des documents rigoureusements exacts, montre d'une façon très claire et très précise ce que le Brésil a fait et obtenu pendant ces dernières années par rapport à l'immigration. Le gouvernement a eu quelquefois des défaillances. Des mesures précipitées et quelquefois contradictoires ont été prises. L'instabilité des ministères, au Brésil comme partout, a été souvent une cause d'erreurs, et ces erreurs en matière d'immigration sont toujours signalées dans la statistique par la décroissance dans le nombre des immigrants. Ainsi, en 1881, le nombre d'immigrants qui avait été, en 1880, de 29.729, est tombé à 11.054, car le ministre de l'agriculture, M. Buarque de Macedo, avait fait supprimer les subsides jusqu'alors alloués à l'immigration et l'assistance aux immigrants, et avait fait annoncer en Europe cette mesure. En tout cas, l'abolition de l'esclavage et la politique colonisatrice adoptée par le ministère du 10 mars 1888 n'ont pas manqué de porter leurs fruits, et l'année 1888 ayant amené à Rio-
de-Janeiro el à Santos L31.268 immigrants, pour L'année 1889 an chiffre aussi considérable semble s'annoncer. Déjà pendant le mois de janvier 20.726 immigrants sont entrés au Brésil par ces deux ports. Ces chiffres indiquent que désormais L'immigration au Brésil ne pourra pas diminuer de si tôt. L'expérience des autres pays prouve que l'immigration appelle L'immigration.
On s'est beaucoup préoccupé au Brésil du besoin de faire connaître aux populations européennes les avantages que Les colons pourraient trouver au Brésil. Aujourd'hui on devra Qe plus attacher à ce qu'on a appelé la propagande pour l'immigration L'importance qu'on Lui attribuait autrefois. L expérience proave que quelquefois presque toute la jeune population d un village émigré par L'influence d'un compatriote qui, en s établissant là-bas, a changé la misère qu'il avait à souffrir dans sou pays natal contre une aisance à laquelle il ne serait jamais parvenu s .1 était resté chez lui. Autrefois une lettre d'un paysan du pays trentin établi àSan-Pauloafait partir des centaines d'individus de la contrée. Un compatriote qui revient avec un peu d'argent est la ca a-ml „rami nombre de départs. Les familles séparées par l'émigration tâchent de se rejoindre; une lettre chargée apporte au village quelquefois une traite ou un mandai postal avec une somme qui permet aux parents restés dans le pays d'aller retrouver L absent. Aussitôt qu'un grand nombre d'émigrantsd'un pays est établi dans un autre pays, ces immigrants en attirent d'autres. C est ce qui arrivera au Brésil, notamment dans la province de San-Paulo, laquelle compte plus de 200.000 étrangers qui s'y sont établis dans ces dernières années; en 1888, environ 92.000 des 131.268 immigrants débarqués à Santos et à Rio-de-Janeiro se sont établis dans cette province, qui est devenue un des pays de plus forte immigration au monde. Les cinq grandes colon.es de J Australie ne reçoivent guère par an que 64.000 immigrants.
Nous avons vu quand et comment ce mouvement a commet L'assemblée provinciale de San-Paulo a, pendant quelque temps, fait trêve au régime du verbiage politique et parlementaire qui • toujours caractérise plus ou moins .'es assemblées au Brésil. C'est aux mesure, prises par cette assemblée et à la loi nationale du 28 septembre de 1885, qui, en accélérant l'émancipation des esclaves destinait le produit de certains impots au payement des passages des immigrants, qu'on doit Le grand essor pris nVrnnm..ml par l'immigration dans les régions méridionales du Brésil.
11 esl curieux de savoir L'emploi qu'ont trouvé ces immigrants. [la son! presque tous employés à la culture du café, dont la production augmente dans des proportions extraordinaires, et dont les prix se maintiennent élevés sur les marchés d'Europe et des États-Unis, en donnant ainsi un démenti aux prévisions des économistes, notamment à celles du savant M. W. Scheffer, qui, il v a déjà vingt ans, prévoyait une baisse du prix du café amenant la mine de cette culture. Et cette augmentation de la production est due, à San-Paulo, à l'immigration européenne. Le Financial News, de Londres, feuille très estimée des économistes, au mois de décembre 1888, étudiait ce phénomène et arrivait aux conclusions suivantes :
l ' C'est dans la riche province de San-Paulo, dont le progrès saeci'oit rapidement, que la culture du café prend un développement chaque jour plus grand; 3° le prix de 50 shillings pour 100 approximativement 100 fr. par 50 kilos) laisse encore un énorme bénéfice aux planteurs; 3° une petite part de la culture du café à San-Paulo est faite par les travailleurs noirs; 4° le climat et la culture dans les districts à café conviennent au travail des Européens: 5° l'immigration des Italiens laborieux dans la province est très grande et continuelle, elle a été de 92.000 Tannée dernière et sera probablement de 100.000 Tannée prochaine ; ()° avec cette immigration il y a tout lieu d'espérer que la culture du café s'étendra toujours tant que les prix se maintiendront ; 7° il n'y a aucune raison de craindre une diminution de production: 8° les États-Unis nous ontmontré, d'ailleurs, que l'abolition de l'esclavage (même quand elle a été faite soudainement) a coïncidé avec une grande augmentation de la production.
Ces conclusions du journal anglais, que nous prenons dans le Tropical Agriculturist de Ceylan1, donnent une idée de la situation agricole et économique de la province de San-Paulo. Cette situation aurait été celle de toutes les provinces du Brésil si l'émigration s'y était dirigée. Les autres provinces méridionales du Brésil ont bien encouragé l'immigration dans la limite de leurs ressources. La province de Minas-Geraes a pris, depuis peu, plusieurs mesures qui amèneront sans doute sur son territoire un nombre considérable d'immigrants. Au sujet de la province de Rio-de-Janeiro nous ne pouvons que nous rallier à l'opinion de M. Levasseur : « Il est regrettable, dit-il, que la province de Rio-