CHAPITRE PREMIER
Situation, limites, superficie1. — Le Brésil est situé entre 5°10' nord et 33°45' sud, et, abstraction faite des îles de Fernando-de-Noron.ha et de la Trindade, entre 8°19'26" est et 30°58':26" ouest, de Rio-de-Janeiro. Ses points extrêmes sont : au Nord, la chaîne de montagnes ou serra de Roruima, aux sources du Cotingo, affluent du Tacutu, par 5°10' nord et 17°35' ouest de Rio-de-Janeiro; au Sud, la barre du Chuy, par 33°4& sud et 10°:2i':27'' ouest; à l'Est, la pointe de Pedra, près d'Olinda, par 8°0'57" sud et 8°19'16" est; à l'Ouest, les sources du Javary, par 6°59W sud et 30°58'26" ouest de Rio-de- Janeiro.
Ses limites sont : au sud-est, à Test et au nord-est, l'Océan Atlantique ; au nord, les Guyanes française, néerlandaise et anglaise, et le Venezuela; au nord-ouest, à l'ouest et au sudouest, la Colombie, l'Equateur, le Pérou, la Bolivie, le Paraguay et la République Argentine ; au sud, la République orientale de l'Uruguay. Il a donc sur ses frontières tous les États et colonies de l'Amérique du Sud, excepté le Chili.
Ses limites avec la république de l'Uruguay ont été définies par les traités du 12 octobre 1851 (art. 3) et du 15 mai 1854 (art. 1er).
Avec la République Argentine, elles ont été stipulées par un
1. Nous nous sommes borné à résumer ici les notions données par MM. J. Capistrano d'Abreu et A. do Valle-Cabral dans leur beau travail sur la géographie de Wappaeus, qu'ils ont refondue dans la partie se rapportant au Brésil.
traité en date du 14 décembre 1857 (art. 1er). Mais ce traité n'a pas été ratifié par la République, qui réclame comme limites les rios Chapecô et Chopim. Les deux Etats sont en négociations pour régler ces limites à l'amiable.
Avec le Paraguay, les limites ont été marquées définitivement par le traité du 9 janvier 1872 (art. 1er).
Avec la Bolivie, les limites ont été tracées par le traité du 27 mars 1867 (art. 2).
Avec le Pérou, les limites ont été tracées en conformité avec le traité du 23 octobre 1851 (art. 7).
Avec les États-Unis de Colombie, il n'y a pas de traité de limites, celui du 25 juin 1853, proposé par le Brésil, n'ayant pas été accepté par l'autre partie.
Avec le Venezuela, les limites ont été fixées par un traité en date du 5 mai 1850 (art. 2).
Avec la Guyane française, l'article 107 du Congres de Vienne (1815) et la Convention de Paris du 28 août 1817 ont établi la limite à TOyapock entre 4° et 5° nord; l'Oyapock, jusqu'à sa source, et, après, la chaîne de Tumucumaque sont les frontières marquées sur la carte du Brésil de 1883. La France propose comme limite le canal de Carapaporis, qui sépare File de Maracà des terres adjacentes au Cap Nord, depuis la branche septentrionale de l'Araguary, si celui-ci n'a pas d'obstacles, et, dans le cas où il serait obstrué, le premier cours d'eau en allant vers le nord, lequel se jette, sous le nom de Manaye ou Carapaporis, dans le canal de ce nom, par 1°45' nord. En 1841, le territoire contesté, connu sous le nom de Mapa ou Amapâ, a été neutralisé, et en 1862 les deux pays échangèrent des déclarations positives à ce sujet dans l'arrangement conclu entre eux pour le jugement des criminels et signé à Paris le 28 juin 1802.
Avec la Guyane néerlandaise, il n'y a pas de traité non plus; le Brésil place ses limites de ce côté sur la serra de Tumucumaque.
Avec la Guyane anglaise, pas de traité non plus. Le Brésil fait passer ses frontières par les serras d'Essary, Acarahy et Tumucumaque. Un échange dénotes (28 janvier et 29 août 1842) a neutralisé le territoire limitrophe appelé Pirâra.
A cause des litiges <|iii existent au sujet de ces frontières, la superficie du Brésil ne peut pas être calculée d'une manière très exacte. On l'évalue à S. 337. 218 kilomètres carrés.
Sa plus grande étendue, d'après M. le professeur L.-J. Marlins-
Penha, est do 4.280 kilomètres du nord au sud, entre la barre duChuy et les sources du Cotingo; et de 4.353 kilomètres de Test à l'ouest, entre la pointe de Pedra et les sources du Javary.
Côtes, Caps et Baies. — La configuration horizontale du Brésil présente la forme d'un triangle, dont le centre est ouvert au commerce extérieur au moyen de quelques grands fleuves à peine. Cependant, sa position géographique est privilégiée : deux tiers de ses frontières sont formés par des côtes maritimes, et celles-ci, quoique peu découpées, offrent, cependant, un grand nombre de ports, qui seront signalés plus loin, au chapitre II.
Du Cap d'Orange, sur la rive droite de l'Oyapock, jusqu'au Cap du Nord, considéré comme la frontière nord-est de l'embouchure de l'Amazone, la côte suit, pendant 190 milles, la direction moyenne sud-sud-est.
Du Cap du Nord jusqua la pointe Tijoca s'étend, sur 180 milles, l'énorme embouchure de l'Amazone parsemée d'îles.
De la pointe Tijoca au Cap Gurupy, la côte se dirige, entre est et sud, presque sans découpures. On y trouve, cependant, la baie de Pria-Unga, où débouche le Gurupy, et celle de Caité, où se déverse le cours de ce nom.
Du Cap Gurupy jusqu'au Morne Itacolumi, extrémité nordouest de la baie de San-Marcos, la côte décrit une courbe vers le sud-est, et on y remarque : l'anse de Tury-Assù, où débouche le cours d'eau de ce nom, et les baies de Cabellos-da-Velha et de Cuma.
A l*est du Morne Itacolumi s'ouvre la grande baie de San-Marcos, qui baigne l'île de Maragnon et où débouche le rio Mearim. Entre la côte orientale de l'île de Maragnon et le continent s'ouvre la baie de San-José, plus petite et beaucoup moins sûre que celle de San-Marcos ; le rio Itapicurû y débouche.
La baie de San-José est fermée à l'est par l'île de Santa-Anna, séparée du continent par un canal étroit, mais navigable. A partir de cette île, la côte se dirige vers est-sud-est, pendant 100 milles, jusqu'à la barre de la Tutoya, la plus occidentale des six. bouches du Parnahyba. Elle est basse, stérile, et offre l'aspect de draps étendus, d'où son nom de Lengôes (draps de lit). A peu près au milieu débouche le rio Preguiças, assez profond à son embouchure.
Entre la barre delà Tutoya et celle d'Iguarassû, la cote est basse et inondée pendant la saison des pluies.
A Test de l'embouchure du Parnahyba, la côte s'étend dans la direction moyenne de sud-est jusqu'à la pointe du Touro, sans offrir aucune embouchure de cours d*cau remarquable. Le rio Touro s'y déverse.
A partir de la pointe du Touro, la côte poursuit vers sud-sudest, pendant 23 milles, jusqu'au Gap San-Itoque. Entre celui-ci el Olinda, on trouve deux ports remarquables : Natal, à l'embouchure de Rio-Grande-du-Nord, et Parahyba, à l'embouchure du cours d'eau du même nom. Un banc de sable situé à 3 milles audessous de la ville ferme l'accès du port de Natal aux grands navires.
Dans cette partie de la côte, de môme que plus loin, vers le sud, jusqu'à Bahia, s'étend un banc étroit de corail, qui commence à se faire voir depuis Céarà ; tantôt, il se rapproche du littoral, tantôt il s'en éloigne de 300 à 400 mètres et même davantage en certains endroits. Sur quelques points le récif a une solution de continuité et permet aux grands navires l'entrée dans la plupart des ports et des cours d'eau de cette partie du littoral. Sur d'autres points, le récif forme les ports eux-mêmes, comme à Pernambuco et à Rio-Grande-du-Nord.
A partir d'Olinda, la côte suit vers le sud-ouest pendant 2 milles et demi jusqu'à la forteresse du Brum, située à l'entrée du port di1 Pernambuco, le plus septentrional des beaux mouillages de la côte orientale du Brésil. Grâce aux travaux exécutés récemment à Pernambuco, l'entrée de ce port est accessible même aux grands navires.
De Pernambuco jusqu'à la baie de la Toussain (Todos-os-Santos), la côte décrit quelques courbes et ne présente que deux élévations : le cap de Santo-Agostinho et celui de Santo-Antonio. Sur toute cette étendue le récif dont nous avons parlé se trouve très J'approche de la côte, mais il livre de nombreux passages aux ports, anses et embouchures du littoral. On n'y trouve qu'un seul port quelque peu spacieux, celui de Maceiô, dans la baie de ce nom.
Le rio San-Francisco, l'un des plus grands du Brésil, débouche dans ces parages. On y trouve aussi le rio Cotindiba, le Yasa Barris ou Sergipe, le Real, elles lagunes du Nord, de Manguâba (reliée à la précédente par un canal étroit) et du Giquiâ.
Entre le cap de Sauto-Antonio et l'île d'itaparica, on trouve
la belle baie de Todos-os-Santos, qui a de 3 à 4 milles de large à son entrée et où débouchent plusieurs fleuves.
Entre Bahia (la baie) et Rio-de-Janeiro, la côte se divise en trois régions bien distinctes.
La première s'étend entre 15° et 17° sud, dans la latitude des rochers d'Itacolumi. Elle est assez haute, et on y trouve : le port du Morne de San-Paulo, à l'embouchure du rio Una ; la baie du Camamû, sûre, profonde, dans laquelle débouchent plusieurs cours d'eau ; le rio des Contas, dont l'embouchure 'est fréquentée par les marins de la côte ; la petite baie d'Ilhéos, où débouche le rio Cachoeira ou des llhéos, dont le cours, sur une étendue de 2 lieues, est navigable pour les navires de 14 pieds de port; Olivença ; Canavieiras, à l'embouchure du rio Pardo ou Patipe : Belmoute, à l'embouchure du Jequitinhonha, accessible aux petites barques ; Santa-Cruz, où Pedro Alvares-Cabral débarqua le 24 avril 1500 ; Porto-Seguro, à l'embouchure du rio Buranhem ; le cap Ioacema ou Insuacome, facile à reconnaître à cause de ses blancs rochers, les premiers qui frappent les yeux du navigateur qui vient du nord, ayant dans son voisinage, à 20 milles de distance vers ouest-sud-ouest, le mont Paschoal, qui se dresse à 536 mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui fut le premier site aperçu par Cabrai; la barre de Cramimuan, à l'embouchure du petit cours d'eau de ce nom, remarquable à cause du voisinage des Itacolumis. On donne ce nom à un groupe de récifs et de bancs de corail, situés entre 16°49' et 16°57" sud, sur une étendue de 7 milles du nord au sud et de 4 milles de l'est à l'ouest, qui restent à nu pendant la marée basse. En dehors de ce groupe de récifs, il n'y a pas d'autres bancs de corail, si ce n'est sur 4 points de cette région: entre Bahia et le Morne de San-Paulo; entre Boipeba et Camamû ; en face d'Ilhéos, et entre Santa-Cruz et Porto-Seguro. Ces récifs sont connus et ne présentent plus aucun danger.
La deuxième division de la côte s'étend depuis les Itacolumis jusqu'à Espirito-Santo, de 17° à 20° sud. Elle est très basse, excepté sur une étendue de 5 à 6 milles entre le Prado et Comaxatiba. La côte court du nord vers le sud jusqu'à la pointe de Baleia, où elle penche vers sud-ouest; à Porto-Alegre elle revient à la direction nord-sud, qu'elle garde jusqu'à l'embouchure du rio Dôce. Delà, elle prend la direction sud-sud-ouest. — Les points les plus remarquables de cette section sont : la barre du Prado, à l'embouchure du Jacurucû, entrée assez dangereuse :1a pointe de Baleia, la partie
la plus orientale de cette côte ; Caravellas, à l'embouchure du cours d'eau de ce nom, accessible aux navires de fort tonnage ; Porto-Alegre, à l'embouchure du Mucury; San-Matheus; la barre du rio Dôce, à l'embouchure du cours d'eau de ce nom ; la barre de Santa-Cruz ou d'Aldeia-Velha ; la barre d'Almeida, à l'embouchure du rio des Reis-Magos ; la baie d'Espirito-Santo, l'une des meilleures entre Bahia et Hio-de-Janeiro, mais d'un accès peu facile et dans laquelle ne peuvent pas pénétrer des navires déplaçant plus de 12 pieds d'eau.
D'Espirito-Santo à Rio-de-Janeiro la côte présente une série de hautes montagnes, qui, d'abord, se montrent isolées ou réunies en groupe, et, ensuite, à partir du rio Parahvba, sous forme de chaînes ininterrompues, visibles à 15 ou 20 lieues. Le lond va en diminuant graduellement à mesure que Ton se rapproche de la côte. La direction moyenne de la côte entre la baie d'Espirito-Santo et le cap San-Thomé est S.-S.-O., en décrivant une courbe concave peu prononcée. Du cap San-Thomé jusqu'au cap Frio la direction change vers O.-S.-O., et du cap Frio jusqu'à l'entrée de Rio-de-Janeiro elle court directement vers l'ouest.
Les points les plus remarquables de cette partie de la côte sont : le golfe de Guarapari, où débouche le cours d'eau du même nom, abrité par un groupe d'iles ; la baie de Benevente, entre la pointe de ce nom au nord et File Franceza (Française) au sud ; l'île Franceza, séparé du continent par un petit canal ; l'embouchure de l'Itabapoâna; San-Joao-da-Barra, à l'embouchure du Parahyba; le cap San-Thomé, entouré de lagunes, dont la plus grande est la lagune Feia ; Imbityba ; Macahé, ayant à 5 milles de distance le groupe des îles de Santa-Anna; la barre de San-Joâo, située sur une belle baie, dont la partie nord s'appelle baie Formosa, et la partie sud, baie de Santa-Anna ; le cap des Buzios, qui forme la limite méridionale de la baie de Santa-Anna ; à l'ouest de ce cap on trouve un excellent mouillage.
Entre le cap des Buzios et le cap Frio on trouve: la nouvelle barre du cap Frio, à l'embouchure de la lagune d'Araruama, où est située la ville de Gabo-Frio ; le cap Frio, extrémité escarpée de File du même nom, dont le point le plus élevé se trouve à 394 mètres au-dessus du niveau de la mer. L'île, séparée du continent par un détroit de 150 à 200 mètres de largeur, offre aux navires un mouillage profond à L'abri des tempêtes du Sud.
Du cap Frio jusqu'à l'entrée de Rio-de-Janeiro la côte se dirige vers l'ouest, présentant, jusqu'à la pointe Negra (Noire), une
plage sablonneuse et stérile, qui sépare les lagunes intérieures de l'Océan; entre La pointe Negra et celle d'Itaipû, on trouve le petit groupe des îles de Marica.
L'entrée de lasplendide baie de Rio-de-Janeiro, dans laquelle on trouve de nombreuses îles, dont la plus importante est File Basa, n'a ni récifs ni banes. S'élargissant entre des murs granitiques verticaux, elle offre une entrée libre aux plus grands navires, et, même à marée basse, elle n'a jamais moins de 11 à 1°2 mètres de profondeur. Tout de suite après la passe, qui n'a que 1 .500 mètres de large, la baie s'étend considérablement à droite et à gauche, tonnant de ce côté la baie de Botafogo, et, de l'autre, la baie de Jurujuba. Au nord de la ville de Rio-de-Janeiro, située à gauche, sur une élévation au nord de Botafogo, la baie prend des proportions imposantes et forme un bassin ovale de 30 à 36 kilomètres de long sur 18 à 24 de large, peuplé d'îles pittoresques, entouré de montagnes, dont les plus hautes se trouvent à l'Ouest de la barre.
A partir de l'entrée de la baie de Rio-de-Janeiro, la côte suit la même direction ouest, jusqu'au morne de Marambaya, Montagneuse et escarpée jusqu'à la pointe de Guaratiba, elle présente ensuite une plage sablonneuse, qui sépare les eaux de la baie de Sepitiba de l'Océan.
Ensuite, elle décrit une courbe prononcée vers le sudouest, en suivant les contours de File Grande et en terminant à la pointe Cairoçu; puis, jusqu'au port de Santos, elle suit la direction moyenne S.-S.-O.; de Santos jusqu'à la baie de San- Francisco elle se dirige vers S. -0., en décrivant ainsi une autre courbe, après laquelle elle court en ligne droite vers le sud, jusqu'à l'île de Santa-Catharina.
Sur toute cette étendue, la côte est plus accidentée que partout ailleurs au Brésil, et ses points les plus remarquables y sont: la pointe de Guaratiba, ayant 800 pieds de haut, contrefort des chaînes de montagnes qui entourent Rio-de-Janeiro ; l'île de Marambaya, basse et couverte de palétuviers, mais dont l'extrémité occidentale forme une colline de 700 pieds de haut ; la baie de Sepetiba ; l'île Grande, haute et triangulaire ; la baie d'Angrados-Reis, assez grande, avec un excellent mouillage ; l'île de San-Sebastiâo, avec un bon mouillage dans le canal qui la sépare du continent ; la baie de Santos, port à l'abri de tous les vents, excepté de ceux soufflant de sud-ouest; l'île d'Iguape, basse, composée de dunes, devant laquelle s'étend l'étroite lagune de Mar-Pequeno, dont la partie sud-ouest offre de bons mouillages;
la baie de Paranaguâ, avant une superficie de 15 milles ; l'île de Mol, située devanL la baie précédente, qu'elle abrite et dont elle partage l'entrée en deux canaux ; le cap Joào-Dias, extrémité élevée de l'île de San-Franciseo; l'île de Santa-Catharina, séparée du continent par un bras de mer étroit ; le cap de Santa-Martha, extrémité d'une chaîne de montagnes qui suit la cote à 10 lieues de distance de la lagune sur laquelle est située la ville de Laguna.
Depuis le Cap de Santa-Martba jusqu'à la barre de Rio- Grande, sur une étendue de 283 milles, la cote se dirige vers le sud-ouest et est basse et uniforme.
Depuis Le 31° sud jusqu'à l'entrée de Rio-Grande, la côte affecte la forme d'un isthme étroit, composé de dunes, appelées plage de Pernambuco et plage de l'Estreito, qui séparent la lagune des Patos (canards) de la mer. Cette lagune s'étend du nord-est au Sud-Ouest; elle est navigable jusqu'à Porto-Alegre, et reçoit plusieurs cours d'eau; aussi ses eaux sont-elles douces jusqu'au sud de l'île des Marinheiros, dans le voisinage de San-José-do- Norte et de Rio-Grande, situés l'un vis-à-vis de l'autre. La barre de Rio-Grande, embouchure de l'unique canal qui conduit de la mer à la lagune des Patos, a généralement 11 pieds d'eau, et moins encore à proximité de la ville ; elle est entourée de sables qui changent de position parfois.
Depuis l'embouchure du Rio-Grande jusqu'au rio Chuy, limite du Rrésil avec la République orientale de l'Uruguay, la cote se dirige vers le sud-ouest, sous le nom d'Albardào. On ne peut guère l'approcher sans danger, à cause des bancs de sable. Elle forme une zone couverte de dunes, presque inhabitée, entre l'Océan et la lagune Mirim, lagune navigable qui communique avec la nier, au moyen du rio Chuy, et avec la lagune des Patos, au moyen du rio San-Gonçalo.
Iles et groupes d'iles. — Nous avons déjà signalé plusieurs îles, et nous allons en signaler d'autres, tout en revenant sur quelques-unes déjà citées précédemment.
L'Amazone possède des îles fort nombreuses. Elles sont de deux sortes. Les unes se trouvent au milieu du fleuve dont elles émergent; elles sont basses, planes, sans rochers ni récifs, rarement marécageuses, couvertes d'une végétation épaisse spéciale où dominent les embaubas (cecropia peltata) au tronc blanc. D'autres sont des parties du continent, découpées et modifiées par les eaux; elles ont l'aspect des terres adjacentes et attei-
gncnt parfois de grandes dimensions. L'île de Paricatuba a 166 kilomètres carrés et est plus grande que la Principauté de Liechtenstein. L'île de Tupinambarâna a 2.453 kilomètres cariés, et est presque aussi grande que le grand-duché de Luxembourg (2.587). L'île de Marajô a 5.328 kilomètres carrés et est incomparablement plus grande que les Açorcs, Madère, lïéligoland, Malte et Gibraltar renais. Cette île, quoique située dans la mer, est entourée d'eau douce de tous les côtés, et elle sépare le rio Para de l'Amazone. C'est de là que vient tout le bétail qui approvisionne la ville de Para, port de premier ordre.
Parmi les autres îles dn Brésil, en remontant du nord vers le sud, on peut citer : Pile de Maranhâo, qui a, à son extrémité nord-ouest, la ville de San-Luiz-do-Maranhâo ; Itamaracâ, île fertile, sur laquelle est bâti un fort ; Itaparica, où l'on a installé une usine de houille; Governador, la plus grande de la baie de Rio-de-Janeiro ; Villegaignon, dont le nom rappelle celui d'un aventurier français qui s'y installa au xvic siècle ; Grande, possédant des terres exceptionnellement fertiles ; des Porcos-Grande, avec des terres propres pour la culture et un bon mouillage ; de San-Sebastiào, presque aussi vaste et aussi fertile que la Grande; de San-Francisco, à l'embouchure du San-Francisco-du-Sod, ayant 18 milles sur 9 ; de Santa-Catharina, mesurant 30 milles sur 10, assez élevée, sur laquelle est bâti le chef-lieu de la province de ce nom.
Toute la zone de la côte comprise entre le Cap Frio et le Cap de Santa-Martha est peuplée d'un assez grand nombre d'iles. Outre celles que nous venons de citer, il y en a d'autres, moins importantes ; elles se trouvent tantôt isolées, tantôt formant des groupes plus ou moins considérables. Le plus remarquable de ces groupes est celui de la baie d'Angra-dos-Reis, qu'on pourrait appeler l'archipel d'Angra. Le sol de toutes ces îles se prête à des cultures variées.
Nous avons encore l'archipel des Abrolhos ou de Santa-Barbara, autrefois dangereux, mais bien connu des navigateurs de nos jours. Il se compose de 5 îles et de plusieurs récifs, situés à 30 milles de la côte à peu près. Dans le voisinage, les poissons et Les baleines abondent. L'île de Santa-Barbara, la plus grande et lapins septentrionale des cinq, a 1.500 mètres sur 300, et possède un phare. Les quatre autres sont : Redonda, Seriba, Suéste et Guarita. Ces iles ont à proximité un grand banc de corail, appelé parcel dos Abrolhos.
L'autre archipel est celui de Fernando-de-Noronha, composé de la grande île du même nom, de quelquesautresîleset de récifs» Fernando-de-Noronha est à 75 lieues du Cap de San -Roque, et
sert de prison aux galériens. Au nord-est de cette île, on trouve six autres petites îles, dont la plus considérable, Tîle Rata, d'une lieue d'étendue, possède des dépôts de guano.
Entre ce groupe et le continent, il y a un banc de corail dangereux, appelé Rocas.
On trouve finalement l'île de la Trindade avec les îlots adjacents de Martim-Vaz.
Aspect physique, Montagnes et Plateaux1. — La plus grande partie du pays se compose d'un plateau de 300 à 1.000 mètres de hauteur, borné au nord et à l'ouest par les grandes dépressions continentales de l'Amazone et du Paraguay, presque unies au moyen de la vallée du Madeira et de son tributaire, le Guaporé. Elle comprend également une partie du plateau de la Guyane, la plus grande partie de la dépression de l'Amazone et la partie supérieure de celle du Paraguay. Il faut encore ajouter à ces quatre divisions une région maritime, qui occupe une bande étroite entre l'Océan et le bord oriental du grand plateau brésilien. Quoique on le représente généralement comme montagneux, le plateau brésilien se compose en grande partie de vastes plaines profondément creusées par les vallées de fleuves nombreux. Les véritables montagnes — celles qui sont dues au soulèvement du sol — se trouvent principalement à l'Est et au centre, et on peut les considérer comme constituant deux chaînes presque séparées par les hautes plaines du bassin du San-Francisco et de celui du Paraguay.
La chaîne orientale ou maritime suit la côte de l'Atlantique à une petite distance du littoral, depuis le voisinage du cap de San-Roque, et se prolonge presque jusqu'aux limites méridionales du pays.
La chaîne centrale ou Goyana occupe une partie du Sud de Goyaz, une partie de la province de Minas-Geraes à l'ouest du San-Francisco, et se joint à la chaîne orientale par une saillie transversale qui s'étend vers l'ouest à travers le sud de Minas-
1. M. Orville A. Derby, directeur de la section de géologie nu Muséum National de Etio-dc- Janeiro, nous a autorisé à puiser dans la notice qu'il a rédigée pour le Brazil Geographico e Historico, de MM. Capistrano de Abreu et Valle-Cabral.
NOTIONS CKNÉRALES. H
Geraes. Celle saillie transversale fait partie de la grande ligne départage des eaux du continent, à laquelle on donne généralement le non, de Serra das Vertente* ou Chaîne des Versants, dénomination peu appropriée, car une partie considérable de la liene de partage des eaux n'est pas précisément montagneuse. ' 1 es montagnes du système oriental forment une zone longue et comparativement étroite, de 20 lieues environ dans sa plus grande longueur dans les provinces au Sud de Rio-de-Jane.ro ae l ou S lois davantage dans le Sud de Minas-Geraes, et de oO ;, 60 lieues à l'Est du rio San-Francisco.
Dans les provinces de Paranâ, San-Paulo, Bio-de- Janeiro, Espirito-Santo, et dans le sud-est de Minas-Geraes, où cette chaîne atteint son plus grand développement, il y a deux divisions parallèles bien définies : la Serra do Mar et la Serra de la Mantiqueira, qui s'étendent du sud-ouest vers nord-est. Leurs points culminants sonl : les pics des Orgues (2.232 mètres), devant la baie de Rio-de-Janeiro, dans la Serra-do-Mar ou chaîne maritime • etritatiaia (2.712 mètres), le plus élevé du Brésil, dans la Serra de la Mantiqueira, à l'angle des trois provinces de Rio-de- Janeiro, San-Paulo et Minas-Geraes.
Au Nord du parallèle de Rio-de-Janeiro, la ligne culminante de la chaîne passe de la Serra de la Mantiqueira (qui continue dans la direction du nord-est) à un embranchement qui, sous le nom de Serra do Espinhaço (chaîne de l'épine dorsale), s achemine vers le nord, le long de la rive orientale du bassin du San- Francisco. Les points les plus élevés de celte chaîne sont: les pics dïtacolumi (1.752 mètres) et Caràça (1.953 mètres) près d'Ouro-Preto ; Piedade (1.783 mètres) près de Sabarâ ; et Itamhe (1.823 mètres) dans la région de Diamantina. Les montagnes de cetlo chaîne orientale deviennent plus basses au nord et au sud des provinces citées plus haut, et au nord du San-Francisco elles sont représentées par de petites chaînes et des sommets arrondis
isolés.
La chaîne centrale ou Goyana se compose au moins de deux divisions distinctes: celle des chaînes de la Ganastra et delà Matta-da-Corda, — qui s'étendent généralement vers le nord, depuis les sources du San-Francisco jusqu'au bord méridional du bassin de son grand affluent occidental, le Paraguay, - et celle des montagnes du sud de Goyaz, qui s'étendent vers nord-est, entre les sources des bassins du Tocantins-Araguaya et du Paranâ. La première se détache de la saillie dorsale déjà citée
qui, partant de la Serra de la Mantiqueira, s'étend à travers le sud de Minas-Geraes, et dont le point culminant est la Serra de la Canastra, ou prend naissance le San-Francisco, et qui a L.282 mètres d'élévation. La seconde est moins connue scientifiquement. Ses points culminants sont les Monts-Pyrénées, près la ville de Goyaz, avant de 2.310 à 2.932 mètres.
Les grandes plaines à couches horizontales ou presque horizontales du plateau brésilien sont celles des bassins du Paranâ, de l'Amazone, du San-Francisco et du Parnahyba.
La grande plaine du bassin de Paranâ — qu'on peut considérer comme comprenant également le bassin de l'Uruguay — renferme la plus grande partie des provinces de Rio-Grande-du- Sud, de Santa-Catharina et de San-Paulo, une partie du sud-ouest de Minas-Geras et du Sud de Goya/ et la partie élevée de Matto- Grosso. Son élévation maxima, le long de la rive orientale dans les provinces de Paranâ et de San-Paulo, est de 1.000 mètres à peu près, moyenne qui diminue un peu plus au sud et à l'ouest.
La grande plaine de l'Amazone renferme la plus grande partie des provinces de Matto-Grosso et de Goyaz, une grande partie du sud de Para et une partie relativement petite du sud de la province de l'Amazone et l'ouest de Maragnon. Le Tocantins- Araguaya, le Xingû, le Tapajoz et le bas Madeira avec son tributaire le Guaporé descendent tous de ce plateau par une série de rapides, à 100 ou 200 milles de l'Amazone. Sun bord méridional est un escarpement de 800 à 1.000 mètres au-dessus du niveau de la mer, en face de la dépression du Paraguay et du Guaporé ; cet escarpement a pris le nom de Serra des Parecis.
La grande plaine du San-Francisco se trouve spécialement à l'ouest de ce lleuve, dans la partie occidentale de Minas-Geraes et de Bahia, et il est élevé de 800 mètres environ.
La grande plaine du Parnahyba occupe toute la province de Piauby à peu près, une partie du sud de Maragnon et de l'ouest de Géarâ, et forme peut-être un tout ininterrompu avec la grande plaint; amazonienne le long de la ligne de partage des eaux entre le Tocantins et le Parnahyba.
Toutes ces grandes plaines sont profondément découpées par de nombreuses vallées de fleuves, de sorte que presque partout elles offrent un aspect assez accidenté, et leurs sommets arrondis et leurs escarpements, produits par la dénudation, sont généralement cités comme des montagnes et figurent sous cette forme sur les cartes du pays.
On ne connaît que d'une manière assez imparfaite encore la partie brésilienne du plateau de la Guyane. Le long de la ligne de partage des eaux entre les fleuves qui coulent vers la mer des Antilles et l'Amazone, il y a des montagnes dont les points culminants s'élèvenl à 2.000 mètres et même davantage, et les hauteurs se rapprochent assez près du fleuve en plusieurs endroits entre l'embouchure du rio Negro et la mer. Cette région est baignée par le rio Negro et par son tributaire, le rio Branco, et par un grand nombre d'autres rivières de moindre importance, parmi lesquelles il faut citer le Jamundâ, le Trombetas, le Paru, le Jary et l'Araguary.
La grande dépression de l'Amazone est relativement étroite dans la partie inférieure du fleuve, au-dessous de l'embouchure du rio Negro : dans cette partie, la largeur moyenne est de 100 à 200 milles. Dans la partie supérieure, entre le rio Negro, le Madeira et les contreforts des Andes, elle s'élargit considérablement et prend la forme d'un flacon florentin. En général, le fleuve est bordé par de basses plaines d'alluvion, parfois assez larges, sujettes à des inondations, où l'on trouve un grand nombre de lacs peu profonds et de canaux latéraux du grand fleuve et du cours inférieur de ses tributaires. Les terres les plus élevées y sont : soit des plaines n'ayant pas plus de 300 mètres d'élévation, formées par des dépôts particuliers à la dépression, soit des contreforts ou des sommets arrondis et dénudés des bords des grands plateaux orientaux sur les deux côtés ou du plateau andin au commencement du bassin.
La partie brésilienne de la dépression du Paraguay se compose de la partie supérieure des immenses plaines du bassin de ce fleuve qui forment une grande partie de la République Argentine, du Paraguay et de la Bolivie orientale. Ces plaines se trouvent à quelques centaines de mètres au-dessous du niveau général des terres du plateau qui les entourent et du niveau des nombreux sommets arrondis et contreforts qui s'élèvent de leur sein. La plupart du temps elles se trouvent très peu au-dessus du niveau du Paraguay et de ses tributaires, qui les traversent, et, pendant la saison des pluies, elles se transforment, en plus d'un endroit, en immenses lagunes ou marécages.
La région atlantique se compose d'une bande de terres basses, ayant généralement à peine quelques lieues de largeur, situées entre la côte et le bord du plateau central. Au sud de Rio-de- Janeiro, elle se compose de basses plaines sablonneuses, rem-
plies de lagunes, et do contreforts et sommets dénudés du plateau. Au nord de Rio-de- Janeiro, on trouve, outre ces contreforts et sommets arrondis, des mornes et des plaines d'une formation particulière à cette ceinture de côte, s'élevantdelOO à 200 mètres.
Structure géologique et Minéraux. — La géologie de la vaste aire du Brésil est relativement peu connue. Avant 1807, on n'y avait pas rencontré des fossiles, et les investigations d'Eschwege, Sellow, Martius, Pissis, d'Orbigny et autres étaient exclusivement géognostiques. Quoique possédant une grande valeur, l'identification et la classification de terrains qu'ils présentaient étaient fort incomplètes, car elles ne s'appuyaient pas sur la paléontologie. La base d'une véritable division paléontolo gique a été posée par les récentes investigations de Ilartt et de ses collaborateurs. Il y a encore beaucoup à faire, mais on a déjà obtenu une notion plus claire de la structure géologique du pays.
La base du grand plateau brésilien se compose d'anciennes roches métamorphiques, qui forment la presque totalité des montagnes et se montrent isolées dans toutes les provinces, sur presque tous les points où les plaines ont été profondément dénudées.
Elles se divisent en deux grandes séries.
La plus ancienne, composée de roches hautement cristallines, telles que granit, syénite, gneiss et micaschistes, Ilartt l'a rapportée au système laurentien, opinion confirmée par la découverte, en plusieurs endroits, de YFozoon canadense qui le caractérise.
La seconde série, moins parfaitement cristalline, se compose de quartzites, de schistes, de minerais de fer et de calcaires, et on peut la rapporter avec une certitude presque égale au système huronien.
Le système laurentien se développe principalement dans les régions de la Serra-do-Mar et de la Mantiqueira, dont il forme les pics principaux. On le trouve également dans toutes les autres montagnes, mais subordonné au système huronien ou aux formations plus modernes, partout où celles-ci se trouvent relevées en forme de plis montagneux. Dans la Serra-do-Mar, les roches les plus abondantes et caractéristiques sont les gneiss granitiques, qui, en conséquence de l'abondance et de la grandeur des cristaux feldspathiques, présentent souvent un aspect porphyrique;
et qui, à cause de leur stratification très indistincte, apparaissent dans les magnifiques coupoles et aiguilles qui caractérisent la partie la plus élevée de cette chaîne, le long de la côte de Rio-de- Janeiro, San-Paulo et Paranâ. Une grande partie de ce gneiss est granitifère. Dans la serra de la Mantiqueira, quoique les principales hauteurs soient formées de granit ou de gneiss granitoïde, les roches prédominantes sont les gneiss schisteux et les micaschistes. Les marbres sont rares dans cette formation, mais il en apparaît encore quelques couches légères qui persistent d'une manière remarquable sur de longs espaces.
Le système laurentien du Brésil n'est pas remarquablement riche en minerais d'une valeur économique, et sous ce rapport il est bien inférieur à l'autre série. On y trouve des dépôts étendus de minerais de fer, et dans sa partie supérieure l'or est distribué peu abondamment. A Test de Minas-Geraes on rencontre en abondance des pierres précieuses, et dans la môme région on connaît de beaux dépôts de graphite.
Le système huronien est spécialement caractéristique des régions de la Serra-do-Espinhaço, de la Ganestra, de la Matta-da- Corda et des montagnes de Goyaz, où ses roches forment les principales élévations de la surface. Il apparaît aussi, concurremment avec le système laurentien, dans la plaine montagneuse du sud de Minas-Geraes, dans la partie méridionale de la Serra-do- Mar et de la Mantiqueira, dans la partie accidentée de la vallée du haut Paraguay, et généralement dans les vallées, partout où les roches métamorphiques fondamentales sont mises à nu par la dénudation.
Les roches prédominantes de cette série sont les schistes hydromicacés et chloritiques, et les quartzites schisteux et micacés, parfois flexibles, qui ont reçu le nom- d'itacolumite. Le mica de cette série est remplacé souvent par le fer micacé, donnant une roche particulière, appelé itabirite, laquelle avec la disparition du quartz, passe à des couches massives d'hémétite ou, plus rarement, de magnétite. Ces couches de fer, d'une abondance et d'une étendue extraordinaires, placent les régions huroniennes du Brésil au nombre des plus riches du monde en minerais de fer. Les affleurements de ces roches ferrugineuses donnent naissance à une croûte de conglomérat de formation plus récente, composée de masses de minerais de fer cimentées par du limonite, connu sous le nom de tapanhoacanga, qui parfois couvre des aires de plusieurs milles d'étendue. On trouve aussi, dans cette série, de
Longues couches de marbre. Le caractère presque universellement schisteux dos strates huroniens, qui partout s'inclinent en angles très élevés, communique une apparence particulière, dentelée, aux montagnes dont ils forment les principales élévalions et qui ainsi présentent un contraste remarquable avec les coupoles et les aiguilles du système laurentien.
C'est dans cette série que se trouve le grand dépôt minéral du Brésil. L'abondance du fer de première qualité y est extraordinaire. Presque tout l'or extrait à Minas-Geraes, San-Paulo. Paranâ, Goyaz, Matto-Grosso et Bahia a été extrait de mines appartenant à cette série ou principalement d'alluvions qui en dérivent. Le tapanhoacanga y a été travaillé longuement, car Vitabirite dont il se compose est parfois extraordinairement riche en or, qui se montre en lignes irrégulières d'un mélange particulier de fer et d'oxyde de manganèse, appelé jacutingua par les mineurs, formation spéciale, à ce qu'il semble, aux terrains aurifères brésiliens.
Dans les autres roches de cette série, l'or se montre dans des veines de quartz accompagné de sulfures de fer, d'arsenic, et aussi, mais plus rarement, de cuivre, de bismuth, de plomb et d'antimoine. Quelques-unes de ces veines pyritifères sont extraordinaires par la taille et par la constance. Les mines de topaze d'Ouro-Preto sont situées dans des veines de lithomarge et de quartz, qui traversent les schistes de cette série.
Depuis longtemps on soupçonnait qu'il y avait connexité entre les roches huroniennes et les alluvions diamantifères de Minas-Geraes, de Goyaz, de Matto-Grosso et de Bahia. De récentes investigations de Derby et Gorceix ont prouvé définitivement que près de Diamantina les diamants apparaissent dans des veines associées au schiste huronien et semblables à celles qui contiennent des topazes près d'Ouro-Porto. Il est probable que, dans tout le Brésil, ils ont eu la môme origine, et que les casca- Ihos dont ils ont tous été tirés exclusivement, à une seule exception près, sont dérivés directement soit de ces roches soit de formations ultérieures constituées par les détritus de ces mêmes roches.
La Serra do Espinhaço, dans une partie de son étendue à travers le Nord de Minas-Garaes et le centre de Bahia, est revêtue d'un grand linceul de grès, qui parfois devient du conglomérat et présente, dans ses parties les moins grossières, une grande ressemblance avec Vitacolumite du système huronien T
avec lequel on l'a confondu généralement. Ses plis sont simples et il s'étend sur les arêtes des strates huroniens et laurentiens. Comme ou n'y a pas encore rencontré des fossiles, son horizon géologique est douteux; mais on peut le rapporter avec quelque certitude au silurien. Très probablement il faut rapporter à la même série une partie des grès de la ligne de partage des eaux du San-Francisco-Tocantins, et peut-être ceux du versant de l'Amazone et du Paraguay.
L'extrémité méridionale de la Mantiqueira, au sud de San- Paulo et à Paranâ, et quelques-unes des montagnes du bord du plateau continental, àl'estdela serra do Espùihaeo, dans le nord de Bahia et de Se'rgipe, présentent encore une formation ou des formations consistant en grès, schistes argileux et calcaires, plus modernes probablement que le huronien, et, par conséquent, probablement silurien.
La grande plaine du bassin du Paranâ se compose, en grande partie, de couches horizontales ou presque horizontales de grès et de schiste argileux et calcaire, dont une partie considérable, pour ne pas dire le tout, appartient aux époques devoniennes et carbonifères. Jusqu'à présent on n'a pas déterminé d'une manière définitive la distribution et les limites de ces deux formations. On sait, d'après les fossiles, que la formatinn devonienne occupe une aire étendue dans les campas généraux ou grandes prairies du Paranâ. Les strates carbonifères couvrent une région très vaste plus à l'ouest, dans la môme province, au sud et au centre de San-Paulo, à Santa-Catharina et à Rio-Grande-du-Sud. Les deux formations se rencontrent probablemedt à l'Ouest de Minas-Geraeset à Matto-Grosso. On a trouvé de la houille dans toutes les provinces depuis San-Paulo jusqu'à Rio-Grande-du- Sud, et dans cette dernière province il y a déjà des mines de charbon de terre en exploitation. Les couches de ces deux formations sont traversées par de nombreuses et immenses digues de diorite, qui produisent par décomposition un terrain rouge foncé, appelé terra rôxa (terre violette), célèbre par sa fertilité.
A l'ouest des zones devonienne et carbonifère, une aire très vaste du bassin du Paranâ est couverte d'un long linceul de grès associé à de nombreux dykes et nappes de trapp amygdaloïde, très semblable par l'aspect et par les minéraux qu'il contient aux roches de l'Europe et de l'Amérique du Nord de l'âge triassique, auquel cette formation est attribuée provisoirement. "Cette formation couvre le bord oriental du plateau h Santa-
18 LE 15KÉSIL EN 1880.
Catharina, cl elle forme de vastes plaines à l'ouest des province* de Eiio-Grande-du-Sud, de Paranâ cl de San-Paulo. La formalion amygdaloïde présente presque partout de belles améthystes et des agates, qui sont exportées en grande quantité des provinces méridionales du Brésil.
La plaine amazonique du plateau se compose, la plupart du temps, comme celle du bassin du Paranâ, de grès et de schistes argileux adossés à des roches métamorphiques qui apparaissent dans les vallées des fleuves et rivières. On ne connaît pas l'âge géologique de ces strates, car on n'a pas encore rencontré des fossiles dans cette région. D'Orbigny a rapporté à l'âge carbonifère les couches adjacentes à la barre du Guaporé, apparemment parce qu'elles ressemblent aux couches carbonifères de la Bolivie orientale où Ton a rencontré des fossiles. Aussi bien la formation devonienne que la formation carbonifère se trouvent représentées le long des rives amazoniques du plateau. 11 est très probable que ces couches s'étendent à travers le plateau et constituent en partie la plaine dont nous nous occupons. La ressemblance apparente des plaines de F Amazone et du Paranâ favorise cette manière de voir. D'un autre côté, on peut supposer que les strates de l'âge secondaire des bassins du Parnahyba et du San-Francisco s'étendent à travers la ligne de partage des eaux du Tocantins et forment une partie de la zone amazonique.
Outre les formations déjà citées comme formant les montagnes des deux côtés du San-Francisco, on en a reconnu deux et peut-être trois dans son bassin.
La première et la pins ancienne de ces formations se compose de grès dur et bleuâtre, de schiste argileux, en partie altéré en ardoise et en calcaire, qui, d'après les indications des quelques fossiles qu'on y a rencontrés, appartiennent à l'époque silurienne et devonienne. Ces couches sont troublées et présentent des plis simples. Cette circonstance a ramené bien souvent le calcaire à la superficie ; de là est venue l'idée qu'il est la roche prédominante dans la série, idée peu exacte, car, si l'on tient compte de l'épaisseur, il y a d'autres roches plus importantes. Ces strates forment do hautes saillies dorsales sur les deux côtés de la vallée qui s'étend parallèlement aux montagnes huroniennes; mais elles ne forment pas, à ce qu'il semble, les hauteurs culminantes de la Ligne de partage des eaux. On rencontre des formations semblables et peut-être identiques dans
la vallée du Tocamtins et an centre de Bahia, à Test de la serra doEspinhaço. Dans Le calcaire de cette série abondent les grottes salitreuses, qui ont fourni à Lund des restes importants de mammifère- de l'âge quaternaire. Sur plusieurs points on y trouve de la galène argentifère.
L a seconde formation se compose de strates horizontaux de grès et de schiste argileux, qui composent de vastes étendues à l'ouest de Minas-Geraes et de Bahia. 11 n'y a pas encore de fossiles qui permettent d'en déterminer l'âge géologique. Quelques auteurs la rapportent à l'époque secondaire, d'autres a fâge tertiaire ; mais il est probable qu'elle correspond également à la formation carbonifère ou devonienne du bassin du
Paranâ.
Dans la partie inférieure de la haute vallée, dans les provinces de Pernambuco, Bahia et Alagôas, on voit des grès et des schistes argileux, dans lesquels on a rencontré des fossiles crétacés qui apparemment correspondent à la formation du bassin du Parnahyba. Ils peuvent appartenir à la même formation que les couches quelque peu semblables de la partie supérieure de la vallée ; mais il y a des raisons de croire qu'ils s'en distinguent en réalité. Dans toute cette région le sol est imprégné de sel, et il est probable que des couches salifères entrent dans cette formation. Le bassin du Parnahyba est presque exclusivement occupé par une grande formation de grès, dans laquelle on trouve des nodules calcaires qui contiennent de beaux échantillons de poissons fossiles de Page crétacé. La même formation se retrouve également dans la province de Géarâ, à quelque distance des limites du bassin.
La formation tertiaire est représentée sur divers points du plateau, comme, par exemple, dans les vallées du haut Parahyba et du haut Tiété à San-Paulo, et sur divers points entre les montagnes de Minas-Geraes, par de petits bassius de dépôts d'eau douce, qui parfois contiennent des lignites. Des dépôts semblables se retrouvent probablement sur d'autres points dans les vallées des fleuves; mais, dans le grand plateau continental, on ne connaît d'une manière positive aucune formation tertiaire d'origine marine.
L'époque quaternaire est représentée par des dépôts fluviaux et lacustres, et par une couche terreuse à fleur du sol, qui couvre une grande partie du plateau et résulte de la dénudation subaérienne.
L'existence de véritables dépôts glaciaires dans le; pays n'est pas prouvée. Cependant, quelques géologues rapportent à l'action des glaciers certains dépôts artificiels dont l'origine est encore problématique.
Le peu que l'on sait sur la partie brésilienne du plateau de la Guyane fait penser que, quant à la structure géologique, il ne diffère pas beaucoup, probablement, du plateau brésilien. Les roches fondamentales sont laurehtiennes et huroniennes, et. les montagnes les plus élevées sont couvertes d'un grand drap de grés d'âge inconnu, qui peut être comparé peut-être à celui de la chaîne d'Espinhaço. Le long du bord méridional du plateau les couches de la dépression amazonique s'étendent sur les roches cristallines. Mais on ne sait pas encore jusqu'où elles s'étendent dans les terres plus élevées du plateau.
Dans la dépression amazonique, les formations silurienne supérieure, devonienne et carbonifère — chacune avec ses fossiles caractéristiques, très-abondants et variés dans les deux dernières — se retrouvent dans la partie étroite de la vallée qui demeure au-dessous de la barre du rio Negro. Elles se composent de grès et de schiste argileux, auxquels s'ajoute le calcaire dans la formation carbonifère. Une partie du schiste argileux silurien est aluminifère. Les digues de diorite sont nombreuses et considérables.
Les couches de ces trois formations sont un peu troublées et présentent en général une inclinaison suave de chaque côté vers la ligne centrale de la vallée.
Couvrant ces formations plus anciennes, on trouve des couches horizontales de grès mou et d'argile brillante, diversement colorés, formant des mornes aplatis de 300 mètres d'élévation à peu près, qui semblent appartenir à l'époque tertiaire. Les plaines basses adjacentes à l'embouchure sont probablement des formations plus modernes de la même époque.
Dans la région du haut Amazone on voit apparaître la formation crétacée avec des reptiles fossiles caractéristiques dans le Purûs ; et des dépôts tertiaires avec des lignites et beaucoup de mollusques fossiles du type des mollusques d'eau salée occupent une aire considérable le long de l'Amazone, des deux côtés de la frontière péruvienne.
Les vastes aires de terres basses de la dépression amazonique sont formées par des dépôts de l'époque quaternaire et peut-être des dernières époques tertiaires; elles s'élèvent à peine à quel-
ques mètres au dessus du niveau du fleuve et sont sujettes à des inondai ions en grande partie.
La dépression du Paraguay est occupée par des sommets dégradés des différentes formations du plateau et parla grande formation des pampas, célèbres par leurs gigantesques mammifères fossiles. Cette formation est de l'époque tertiaire et de l'époque quaternaire ; mais il est probable qu'on rencontrera des formations plus anciennes à proximité des limites du bassin.
Les traits géologiques de la région du littoral sont (outre les récentes plaines sablonneuses, les lagunes et les sommets dont nous venons de parler) une série de roches crétacées, qui se montrent sous forme de bassins isolés dans les provinces de Bahia vers le nord, et une série tertiaire qui apparaît le long de presque toute la cote, depuis les environs de Rio-de-Janeiro jusqu'à l'embouchure de l'Amazone.
La formation crétacée des îles et des bords de la baie de Todos-os-Santos consiste en dépôts d'eau douce, en grès et en schiste argileux, contenant d'abondants fossiles de reptiles et de poissons. Les couches sont légèrement soulevées et se dressent en mornes de 30 à 40 mètres au dessus du niveau de la mer.
Dans les provinces de Sergipe, Alagôas, Pernambuco, Parahyba et Para, où cette formation a été reconnue, les couches sont d'origine marine; elles sont légèrement soulevées aussi et ont peu d'élévation au dessus du niveau de la mer. La partie la plus intéressante de cette série est un calcaire sablonneux contenant une faune variée et abondante, surtout en mollusques. On ignore encore le rapport qu'il y a entre cette série du littoral et les couches crétacées du plateau qui se trouvent à un niveau plus élevé.
La formation tertiaire s'étend horizontalement et forme des plaines qui s'élèvent à une hauteur de 100 mètres environ. Les bords de ces plaines présentent du côté de la mer de longues lignes de talus de sable et d'argile brillamment colorés, qui constituent un trait bien caractéristique de la côte septentrionale du pays.
Il n'y a point de volcans au Brésil. Dans la partie continentale on ne trouve même pas de vestiges de volcans éteints. La petite ile montagneuse de Fernando-de-Noronha est le seul point connu du territoire brésilien ayant une origine volcanique.