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CHAPITRE III

Par M. HENRI MORIZE1

Un empire aussi vaste que le Brésil, qui s'étend sur la plus grande partie du continent sud américain, depuis 5°10' de latitude nord jusqu'à 33°45' sud, doit présenter nécessairement une grande variété de climats différents. Par suite de sa position dans l'hémisphère austral, la disposition des saisons s'y trouve entièrement renversée, et, bien que la succession de ces divisions de l'année n'y soit guère tranchée le plus souvent, on y a conservé, cependant, l'usage des termes : printemps, été, automne, hiver; seulement, le printemps correspond à l'automne de l'Europe et vice versa.

Jusqu'à présent les observations suivies qui, seules, peuvent donner une idée exacte des éléments météorologiques qui caractérisent une contrée, y ont été peu nombreuses relativement. On peut, cependant, en les combinant avec celles qui ont été exécutées par les voyageurs qui, depuis longtemps déjà, ont sillonné le Brésil, diviser le Brésil entier en trois grandes zones : la zone tropicale, la zone sous-tropicale et la zone tempérée douce.

La première zone, que nous appelons tropicale, torride ou équatoriale, comprend toute la partie du Brésil dont la température moyenne s'élève au-dessus de 25°. La ligne qui limite cette zone, c'est-à-dire l'isotherme de 25°, passe au sud de Pernam-

i. Astronome à l'Observatoire Impérial de Rio-de-Janeiro. M. L. Cruls directeur de cet Observatoire, a revu tout ce travail, fait sous sa direction.

buco, peut-être par Alagôas ou Sergipe, coupe une parlie de Goyaz, et descend dans Matto-Grosso, au-dessous de Guyabâ. Les provinces de Pernambueo, Parahyba-du-Nord, Rio-Grande-du- Nord, Céarâ, Piauhy, Maranhâo, Para et Amazonas sont donc entièrement situées sous cette zone.

La deuxième zone, que nous appelons sous-tropicale ou chaude, s'étend entre l'isotherme de 25° et celui de 20°. Cet isotherme passe au sud de la province de San-Paulo, coupe celle de Paranâ, en séparant entièrement les provinces de Santa-Catharina et Rio-Grande-du-Sud, ainsi que la plus grande partie de celle de Paranâ et une partie de la province de San-Paulo.

La troisième zone, que nous appelons tempérée douce, s'étend à travers tout le Sud et comprend les provinces de Paranâ, Santa-Catharina, Rio-Grande-du-Sud, ainsi qu'une fraction de San-Paulo. La température moyenne y oscille entre 15 et 20 degrés.

1. — La zone tropicale peut se subdiviser, suivant M. Draenert, professeur à l'École agricole de Bahia, qui a spécialement étudié la distribution pluviométrique au Brésil, en trois parties distinctes, suivant l'époque de pluies : 1° le Haut-Amazone ; c2° l'intérieur de toutes les provinces de Maraiihao, Para, Matto-Grosso, Piauhy (et môme Bahia et Minas-Geraes) ; 3° la région littorale de Para, Maranhâo, Piauhy, Céarâ, Rio-Grande-du-Nord et Parahyba-du-Nord.

1° Dans la région du Haut-Amazone, Tannée météorologique peut se diviser en deux époques : l'une des grandes pluies, et l'autre des petites pluies, qui toutes deux produisent une crue des eaux du fleuve. La grande crue commence à la fin de février et va jusqu'en juin ; la petite crue commence à la mi-octobre et se termine vers le commencement de janvier. Le niveau des eaux du lleuve varie considérablement, et la différence de niveau peut atteindre ï\ mètres entre l'étiage inférieur qui se présente en septembre, et l'étiage supérieur qui se produit d'avril à mai. Entre ces deux crues sont intercalées deux périodes de sécheresse, une grande et une petite, qui se produisent : la première, de juillet à la mi-octobre, et la dernière de janvier à février. A la fin de la grande crue, il se produit une chute de température qui ne dure que quelques jours et qui est fréquemment favorisée par le vent du sud. L'abaissement de température est tel que l'on prétend que beaucoup de poissons du rio TefTé en meurent tous les ans. M. J. Pinkas, qui a longtemps

séjourné dans ces régions comme ingénieur en chef du chemin de fer projeté du Madeira à Mamoré, y a fait quelques observations Intéressantes.

La température moyenne du Haut-Madeira serait de 26° centigrades, soit 2° au-dessous de la température de l'équateur, suivant Humholdt. La température la plus élevée a été de 39°5, ce qui est relativement faible. Toutefois, la sensation de chaleur est toujours très forte, à cause du degré hygrométrique de l'air qui est très élevé, L'hygromètre oscille constamment entre 80 et 100, et la condensation nocturne, qui se produit immédiatement après le coucher du soleil, est si forte, que les explorateurs, qui dormaient sous d'épaisses tentes, trouvaient le matin tous leurs vêtements mouillés, et la couverture de la tente ruisselante d'eau, comme si une forte pluie eût tombé pendant la nuit. Cette humidité, des plus préjudiciables à la santé, se comprend quand on voit une hauteur de 2 mètres d'eau tomber entre les mois de novembre et de mai. Dans cette partie de l'Amazone, le vent dominant est celui de sud-ouest, fréquemment entrecoupé de calmes. Suivant M. Pinkas, le refroidissement, dont nous avons parlé plus haut, se produit indifféremment pendant les mois de mars, d'avril et de mai. La cause en serait dans réchauffement rapide de la colonne d'air qui couvre ces régions et qui, s'élevant dans les parties plus hautes de l'atmosphère, produirait un puissant appel qui serait comblé par la brusque arrivée de l'air glacé qui entoure les hauts sommets des Andes. Par cette explication, on conçoit que ce phénomène, auquel on a donne le nom de « friagem », ne peut se produire que par une journée calme et chaude. L'arrivée de ce courant se produit toujours peu d'heures après le passage du soleil au méridien, et est invariablement précédée par une température très élevée, une saturation hygrométrique presque complète de l'air et une dépression barométrique de 5 à G millimètres.

2° Ces brusques changements de température se produisent dans toute la zone tropicale continentale. C'est ainsi que nous les retrouvons dans la deuxième subdivision de M. Draenert, qui comprend l'intérieur de toutes les provinces du Nord. Dans ces contrées, qui sont caractérisées par de fortes pluies de printemps et d'été, il est très fréquent de voir des sauts de plus de 20° se produire en quelques heures. Le docteur J. Severiano da Fonseca, médecin militaire, qui a longtemps séjourné dans la province de Matto-Grosso, a rapporté dans un ouvrage intitulé

Viagem no rcdor do Brazil, les résultats de ses observations dans ces provinces.

Les vents généraux y soufflent du nord-ouest et du sud-est. Les premiers sont chauds et humides, tandis que les derniers sont toujours très froids. Ces deux vents se succèdent souvent avec rapidité, ce qui amène de brusques chutes thermométriques. 11 arrive souvent aussi, pendant l'été, que le vent de la pampa qui souffle du sud-ouest amène de véritables tempêtes accompagnées elles-mêmes de forts abaissements de température. Suivant le général Hermès da Fonseca, la température moyenne annuelle de Cuyabd a été, en 1870, de 25°", et de 26°7 en 1877; la température la plus basse observée en 1876 a été de de 7°5, et s'est produite le 18 août. Suivant le docteur Joâo Severiano da Fonseca, la température au point du jour est de 4° à G0 au-dessous de celle de midi, et elle continue à croître jusqu'à 4 ou o heures de l'après-midi, pour retomber ensuite. Les explorateurs allemands, les frères Von den Steinen, qui ont parcouru la province pendant ces dernières années, ont laissé à Cuyabâ, entre les mains du major Americo de Vasconcellos, d'excellents instruments météorologiques avec lesquels celui-ci a commencé à faire des observations suivies qui ne peuvent manquer d'être d'une grande utilité. Nous ne possédons encore que deux mois, août et septembre de l'année 1888, mais ces deux mois sont très instructifs. Pendant le mois d'août, nous ne notons qu'un jour de pluie, car c'est à cette époque que finit la saison sèche ; les vents dominants soufflent alors du nord, nord-ouest et nord-est. Quant ils soufflent faiblement, ou bien quand ils sont substitués par des calmes, la température monte aisément, comme le ï27 août, par exemple, à 39°8. Si, par contre, les vents du sud sont un peu forts, comme le 17, le thermomètre tombe à 10°. Si le vent saute brusquement du sud au nord, on peut avoir une variation subite de température de plus de 20°. C'est ce qui est arrivé le 15, où le thermomètre a marqué le matin 1G°, et est monté dans l'après-midi jusqu'à 30", soit une variation de 23°. La température moyenne, à 7 heures du matin, a été, pour le mois d'août, de 21°i, et à 4 heures de l'après-midi de 35°. L'oscillation moyenne de la température pendant la journée a donc été de près de 11°. Le mois suivant (septembre), la saison pluvieuse est commencée ; on note déjà 10 jours de pluie ; la température est encore élevée, et, à la date du 1er septembre, nous notons il0 centigrades, ce qui du reste

est le maximum du mois. La température moyenne à 7 heures du matin est devenue 25°1, et à 4 heures 33°1 ; si la chaleur au matin a augmenté, par contre elle a diminué le soir, puisque l'oscillation n'est plus que de 8°.

En somme, ces observations et celles de M. le docteur J. Severiano da Fonseca permettent de dire qu'à Cuyabâ, et probablement aussi dans le reste de la province, la température est toujours élevée, moins toutefois pendant les périodes de friagem, mais que pendant la saison sèche, si les journées sont chaudes, les nuits et les premières heures de la matinée jouissent d'une fraîcheur relative.

Quoique les tremblements de terre n'y soient pas fréquents, on peut cependant mentionner ceux qui eurent lieu le 24 septembre 1749, et qui fut précédé d'une forte rumeur comparable à un orage souterrain, celui du 18 septembre 1832, et ceux du 1er octobre 1860 et du 26 juin 1876.

Corumbd (180S5' latitude sud), qui est une des villes les plus importantes de la province, possède un climat à peu près semblable à celui de Cuyabâ, et les brusques variations de température y sont aussi fréquentes, ainsi qu'à Bescalvado, qui se trouve par 16°45' sud et où, le 21 octobre 1875, le thermomètre étant à 39°9, survint tout à coup un orage du sud-ouest, accompagné de grêle, phénomène rare dans ces latitudes, qui fit baissera tel point la température, qu'à 8 heures du soir le thermomètre n'accusait que 15°5 ; il avait donc baissé de près de 25° en peu d'heures.

Il existe dans la province de Matto-Grosso des régions sèches, sur les plateaux élevés, où la température est naturellement plus tempérée, et il n'est même pas très rare d'y voir des gelées au mois de juillet.

3° Les différences entre les températures moyennes des mois de l'année diminuent à mesure qu'on se rapproche du littoral, qui constitue la troisième subdivision de la zone tropicale, en adoptant la méthode de M. Draenert. Cette région est caractérisée par des pluies qui dominent en été et en automne, et, en général, surtout pendant le mois d'avril. Les mois les plus chauds sont ceux d'été, mais la différence avec ceux d'hiver n'est pas très accentuée. A Vizeu, par 1° 12' sud, dans la province de Para, on a29°l à 9 heures du matin en décembre, qui est le mois le plus chaud, tandis qu'on a 26° 5 en juillet, mois le plus frais. A San-Lniz-de-Maranhtïo, par 2°31' sud, dont nous possédons deux années d'obser-

vations, les mois les plus chauds sont décembre et février, avec 28°,6 et le mois le plus frais juillet, avec 27°, 4. La première de ces deux stations compte, pendant les années 1887 et 1888, 71 jours de pluie assez irrégulièrement distribués, mais dont le maximum est tombé en février-mars. Le vent dominant a été le sud-est pendant toute l'année. San-Luiz-de-Maranhâo possède un climat très pluvieux. La hauteur annuelle d'eau précipitée monte, suivant les observations de M. Fabio de Moraes-Rego, ingénieur de la commission hydraulique, à 2m 455, repartis sur 86 jours, soit approximativement 1 jour de pluie pour 3 de temps sec. 11 pleut surtout en avril et principalement en mars, qui accuse lm040 d'eau en 21 jours; par contre, les mois d'octobre, de novembre et décembre sont d'une sécheresse presque absolue. La température moyenne annuelle est de 27°, -4. Les températures absolues observées ont été 33°, 8 et 21°, 1 et ont eu lieu toutes deux en septembre, ce qui est assez extraordinaire. La température des différents mois varie fort peu, et l'on ne peut guère signaler de mois plus chaud ou plus frais, car les petites différences qui existent se distribuent inégalement sur toute l'année. Les mois les plus humides sont naturellement ceux de mars et d'avril ; et l'état hygrométrique de l'air y arrive à 87°. Le vent dominant est uniformément l'est-nord-est pour tous les mois de l'année.

Therezina, capitale de la province de Piauby par 5°,G' de latitude sud, appartient à la même zone et à la même subdivision. La température annuelle, prise à 9 heures du matin, y est de 2G°,8. Les mois les plus chauds sont ceux de la fin de la saison sèche, c'est-à-dire septembre et décembre, dont la température est en moyenne de 28°, 5; le mois le plus frais, qui est mai, avec 26°, 1, est le dernier de la saison pluvieuse. Comme on le voit, l'amplitude delà variation annuelle est inférieure à 2°,4. Pendant la saison sèche, le vent dominant souffle du sud, sud-est et est, et, pendant la période pluvieuse du nord. On compte, pour toute l'année, 05 jours de pluie, et la hauteur maximum, 14%, est tombée eu avril. Les orages sont fréquents, 20 en moyenne par an, distribués entre les mois de septembre à mai.

M. Benjamin Franklin, ingénieur chargé de l'étude du rio Parnahyba, a fait exécuter, pendant l'année 1883, des observations météorologiques sur différents points voisins de la ville d1 Amarante (lat. 0° 13' sud, long. lm28s W de Rio). La température moyenne a été de 27°, 13, le maximum 35°,.'), et le minimum 18°, 0. La variation de température d'un mois à l'autre y est très faible,

et, par une singulière anomalie, les mois de juin, juillet et août

(mois d'hiver), ont moine une moyenne sensiblement plus élevée que celle des mois de décembre et de janvier (été).

Pendant les mois de juin, juillet et août, que dans la localité on dénominë mois d'été, il tombe très peu d'eau, et, dans Tannée citée, on n'en a pas même recueilli une goutte; le même fait s'est reproduit en 1882 et 1884. Le niveau du fleuve suit les variations de la pluie, avec un léger retard, et arrive par conséquent à son niveau le plus bas au mois de septembre.

La Province de Cèarâ, située à Test de celle de Piauhy, participe de son climat. Sur le littoral, comme du reste dans les autres localités de la région équatoriale maritime, les températures mensuelles ne diffèrent que faiblement. Suivant un certain nombre d'années d'observations recueillies par M. Pompeu, la température annuelle de Fortaleza, par 3°, 44' de lat. la capitale de la province, est de 26°,6 ; la température minimum moyenne 23°, 1, et la température maximum 30°, 4. A mesure que l'on pénètre davantage dans l'intérieur, l'amplitude de la variation augmente. A Icô (6°, 13' de lat. sud) la moyenne des maxima est 35°, 2, celle des minima 26°,6 et la moyenne diurne 30°,8.

Dans la petite ville de Qalxeramoblm, située dans une région plus élevée, la moyenne devient 29°,27 et oscille entre 24°, 85 et 33°,58. A Crato (6°, 50' de lat. sud), la moyenne annuelle est de 27%95, et son oscillation est de 8°,85. La région montagneuse est naturellement plus fraîche, et, suivant M. Pompeu, la température dans les montagnes d'ibiapaba, Baturité et Maranguape varie entre 14° et 24°.

La division de l'année en deux saisons : l'une sèche, l'autre pluvieuse, est encore plus accentuée dans la province de Céarâ que dans les provinces adjacentes. La saison sèche s'écoule souvent sans qu'il tombe une goutte d'eau (Pompeu, Chorographia da Provincia do Cearâ), et malheureusement il arrive quelquefois que cette sécheresse se prolonge pendant la saison qui devrait être pluvieuse1, amenant ainsi de grands malheurs. La saison sèche commence en juillet et se prolonge souvent jusqu'en février. La saison humide prédomine pendant le reste de l'année, mais surtout pendant les mois de mars, avril et mai.

Suivant 28 années d'observations pluviométriques faites à Fortaleza, de 1849 à 1876, la hauteur moyenne d'eau précipitée a

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