COMMERCE DE SUCRE ET DE COTON DE 1878 A
Sucre.
1878-1879 1.055.938 sacs
Coton.
1878-1879 31 .168 balles
Le sac de sucre pèse 60 kilogrammes.
La balle de coton pèse de 60 à 80 kilogrammes.
V. La zone du San-Francisco. — La zone du San-Francisco est constituée par les deux provinces de Sergipe et de Bahia. La province de Sergipe a une surface de 39.090 kilomètres carrés et une population de 200 à 250.000 habitants. La province de Eahia a une surface de 426.427 kilomètres carrés et une population de 1.500.000 à 1.600.000 habitants.
Terre. — Dans les provinces de Bahia et de Sergipe, la terre la plus estimée pour la canne à sucre est nommée Massapê ; c'est une terre forte, une argile dont les nuances vont depuis le grisperle jusqu'au plomb-foncé. Au nord de Sergipe, sur les rives du San-Francisco, la roche prédominante est le grès ou, parfois, les gneiss. On trouve des calcaires crétacés aux environs des villes de Maroim et de Larangeiras. On a aussi signalé à Sergipe quelques gisements de marbre blanc et d'un calcaire amorphe bleuâtre. A Bahia, dans les environs de la capitale, la roche la plus commune est un granitoïde, connu vulgairement sous le nom de Coraçâo de Negro (Cœur de noir), à cause de sa couleur foncée et de la difficulté qu'on a à le tailler.
Au grand fleuve Paraguassû, les roches prédominantes sont les granits et les gneiss. Sur les rives de San-Francisco on trouve l'albâtre, le marbre et des calcaires de toute espèce. Les grottes calcaires, à stalactites et stalagmites, comptent parmi les beautés naturelles de ce fleuve majestueux, si justement
238 LH BAÊSLL EN 1889,
surnommé La Méditerranée brésilienne. Le granit abonde dans La chaîne de montagnes d'Iliuba. A Camamû on trouve le calcaire Lithographique- Au sud de la province de Bahia, à Taperoâ, à Valença et à Camann'i, on commence à exploiter des schistes bitumineux, qui fournissent du pétrole et du gaz d'éclairage. Les calcaires argileux de Valença produisent une belle chaux hydraulique.
Dans la province de Bahia, on nomme Tauà une espèce de marne ou de calcaire argileux. On a signalé des gites de calcaires à Santo-Amaro, à Inhambupe, à Capim-Groaso, à Chique-Chique et à Bom-Jcsus-da-Lapa sur les rives du Bio-das-Contas.
Les argiles plastiques de la province de Bahia sont les plus belles du Brésil : on y a, dès les temps primitifs, fabriqué des briques, des tuiles, des alcarazas (tal/ias, moringas, quartinhas, etc., etc.), et toute sorte de poterie et d'objets d'utilité ou de fantaisie.
Or et Diamants. — C'est aux provinces de Bahia et de Minas que le Brésil doit sa renommée de Pays d'Or et de Diamants. On a signalé plusieurs gîtes d'or et d'argent dans la province de Bahia. Depuis longtemps on y fait un commerce régulier de diamants. Dernièrement on a commencé l'exploitation des mines d'or d'Assuruâ, qui sont déjà sur le bassin du S. Francisco. Tout cela n'est dit que pour mémoire. Il n'entre pas dans notre programme de faire du Brésil un pays minier. A la formule — Pays d'or et de diamants, nous préférons de beaucoup : — Pays fertile et tranquille. — Pays de liberté et de progrès. — Pays pacifique et hospitalier. — Pays agricole et industriel. Ce n'est pas de l'or et des diamants que nous offrons aux immigrants ; c'est tout simplement la propriété d'une terre qui produit tout ce qu'il y a de plus précieux au monde : du caoutchouc, du cacao, du café, du coton, du sucre, du vin, de la soie, de la vanille, tous les fruits, tous les bois et toutes les essences de l'Arabie et des Indes, de l'Asie et de l'Afrique.
Le Fleuve San-Francisco. — La formule : Le San-Francisco
est la Méditerranée brésilienne est parfaitement exacte. Ce fleuve superbe, embelli par la pittoresque cataracte de Paulo-Afïbnso, forme un trait d'union entre toutes les provinces du Brésil Central, depuis Piauhy jusqu'à la province de Minas. Dans les temps primitifs, le San-Francisco était la grande route pour tout
le commerce antérieur du lirésil : aussi le San-Francisco est-il peutêtre eacoreçlus populaire au Brésil que le magnifique Amazone.
Quand ou a commencé à eonslruire des chemins de fer au Brésil toutes les lignes •étaient destinées ans rives du San-Francisco: chemin île fer de Récite au San-Francisco ; chemin de fer de l>ahia au San-Francisco ; chemin de fer de Dom Pedro II ou de la capitale de L'Empire au San-I'raiicisco. Le l^iulo-A/fonso, ou le Niaqwa hrcsilicii, divise naturellement le fleuve San- Francisco en deux sections : la section maritime, qui va jusqu'au port de Piranhas; la section supérieure, qui est navigable par &es bateaux de rivière.
Les deux premiers bateaux à vapeur qu'on y a lancés ont été transportés, tout en pièces, à dos de mulet. On vient de construire un chemin de fer de Piranhas à Jatobapour relier les deux sections du fleuve San-Francisco. Le gouvernement a une commission d'ingénieurs travaillant incessamment aux améliorations de ce merveilleux bassin hydraulique. Nous espérons pouvoir y placer des immigrants-propriétaires dans quelques années.
Bois de Construction et d'Ébénisterie. — Les provinces de Sergipe et de Bahia possèdent des forêts magnifiques de bois excellents pour les constructions, pour la menuiserie et pour l'ébénisterie. A Sergipe, les plus belles forêts sont sur le littoral et sur les montagnes d'Itabaiana : à Bahia, sur les rives du Paraguassû et du Jequitinhonha, que les poètes disent avoir un Ut d'or et de diamants. La liste des bois de construction de la zone du San-Francisco occuperait des pages; nous nous bornerons aux plus remarquables, savoir : les Palissandres, nommés au Brésil Jacarandâs, de plusieurs genres, espèces et variétés, notamment le Jacarandà-preto (noir) ou Cabiuna, classifîé Dalberi ; le Jacarandd-rosa (rose), classifîé Machaerium sp ; le Jacarandd-d'esplnho, classifîé Machaerium leucopterum ; le undd-rôxo (rouge), classifîé Machaerium firmum ; le Jacaranddtan, classifîé Mâcher lum Allemani, en honneur de Freire Allemâo, le plu re des botanistes brésiliens; le Jacarandd-mocô ou
Pau-de-moc6, classifîé Machaerium auriculatum ; le Jacaranddviolêta (violet), classifîé Machaerium violaceum ; le Jacaranddbanana, classifîé Swartzia Langsdorfil, du nom d'un célèbre voyageur russe qui a traversé le Brésil ;
Les Vinhaticos, des bois qui rappellent l'acajou, et qui sont
très employés au Brésil pour la menuiserie. En règle générale, les meubles brésiliens sont de palissandre ou de vinhatico. Le Vinkatico le plus commun est classifié, comme les palissandres, dans la famille des légumineuses, Eckyrospermum Balthasarii, Plilhymcnia reticulata (Bentham); le Gonçalo- Alves, un bois superbe pour l'ébénisterie ; il a, parfois, l'aspect de Técaille; on le classifié Astronium fraxinifolium, dans la famille des térébinthacées ; le Potumujû, connu sous le nom d'Araribd ou à'Eriribâ dans la province de Rio, excellent bois de construction et de menuiserie, le plus estimé pour les portes des grands bâtiments ; on le classifié Centrolobum robustum, C. tomentosum, dans la famille des légumineuses;
Le Tapinhoam, qui est peut-être le bois le plus généralement employé à Bahia dans la construction navale, dans les constructions hydrauliques et, surtout, dans la tonnellerie. Il a l'aspect du chêne de l'Europe et des États-Unis. On le classifié Sylvia navalium, dans la famille des lauracées.
Agriculture. — Dans la province de Bahia l'unité agricole pour la terre est la Parafa, de 900 traças quadradas, c'est-à-dire, de 4.356 mètres carrés. Parèfa signifie le service d'un homme dans une journée de travail. C'est surtout dans la culture de la canne à sucre que cette unité est employée. Ainsi on dit à Bahia: la Parèfa de Santo-Amaro produit de 50 à 100 arroubas de sucre, à peu près, 734 kilos à 1.469 kilogrammes. Ou encore : la Parèfa de Inhambupe produit 400 à 800 arroubas de sucre, à peu près, 5.876 à 11.752 kilogrammes de sucre. H y a encore une Parèfa, unité de longueur, qui s'applique aux cêrcas (haies-vives) ; la Parèfa de Cêrca est une longueur de 30 Draças ou de 66 mètres de haie-vive.
Primitivement on exportait le sucre dans de grandes caisses en bois : bien souvent on employait des bois précieux comme la palissandre, le cèdre ou le vinliatico. La Caixa d'assucar, la caisse de sucre, devait contenir 50 arroubas ou 734 kilogrammes de sucre.
La terre préférée, dans les provinces de Bahia et de Sergipe, pour la canne à sucre est le massapê, une espèce de terre forte, de terre-glaise, quelquefois blanche, plus souvent variant du gris-perle au plomb-foncé. Dans certains endroits la canne à sucre rapporte trois, quatre et même cinq fois. On y appelle cette production continuelle de la canne à sucre sôca e resôca. 11 ne
manque pas d'exemples de terres, à Bahia, à Sergipe, à Parahybadu-Nord, à Rio-Grande-du-Nord, et surtout dans la vallée de L'Amazone el à Matto-Grosso, ayant des plantations de canne-àsucre (Cannaviâes), qui produisent incessamment pendant 15 à 20 années.
On compte régulièrement sur la production de 100.000 kilogrammes de canne à sucre pour un hectare de terre. Il faut 15 mois entre la plantation et la coupe de la canne à sucre. Un planteur fait parfaitement la besogne de deux hectares, qui lui rapportent 200.000 kilogrammes de canne à sucre. S'il vend la canne aune usine centrale, au prix de 7 $000 réis (à peu près 20 francs) la tonne de 1.000 kilos, il obtiendra seulement de ce chef 1.-400$ 000 réis, soit 4.000 fr.
Si ce planteur est un immigrant intelligent, il aura quelques ea levers autour de sa maison, des cacaoyers, des orangers, quelques palmiers, une plantation cle maïs et de légumes, c'està-dire, que ces 1.000 francs, reçus de l'usine centrale, pourront être comptés comme revenu net annuel. Tous ces calculs ont été confirmés par la pratique. C'est un fait ordinaire de voir des immigrants envoyer, à la Caisse d'Epargne ou aux Banques, des économies annuelles d'un à deux contos de réis, soit de 3.000 à 6.000 francs.
Les provinces de Sergipe et de Bahia possèdent des régions magnifiques pour la culture du coton. Sur un hectare on peut planter 4.515 cotonniers, qui produisent 2.160 kilogrammes de coton en gousse. Un planteur peut faire parfaitement la besogne de 3 hectares et avoir ainsi 6.480 kilogrammes de coton en gousse. S'il obtient des usines centrales de coton 125 réis par kilo, sa récolte annuelle lui produira 810 $000 réis, à peu près 2.200 francs. Il est évident que les raisonnements faits pour le sucre s'appliquent aussi au coton, et que ces 2.300 francs doivent être considérés comme le revenu net annuel d'un immigrant, propriétaire d'un terrain à coton.
On verra par la statistique générale de l'exportation du Brésil que la province de Bahia occupe la troisième place pour l'exportation du café. La production en est générale dans les montagnes et dans les terres élevées. À Bahia il s'est produit sur le café un phénomène de transformisme fort curieux et très digne d'étude. Le café de Maragogipe ou de San-Felippe, qui reste au fond de la grande rade, au Reconcavo, comme on dit à Bahia, a acquis la couleur jaune et des dimensions énormes. Le fruit ou Ja cerise
2 12 LE BRÉS1 L BU 18 89.
a 1 r> à 20 millimètres de longueur. A Botucatû, dans La province de San-Paulo, l<is forces cosmiques ont aussi réussi à produire une autre variété de café. On a envoyé au i'eu général Morin, ancien directeur du Conservatoire des A.rts-et-Métiers, des échantillons des cafés de Maragogipe, San-Felippe et de Botucatû pour être analysés et étudiés en comparaison avec les cafés les plus estimés.
Dans la province de Sergipe, c'est sur les montagnes de Itabaïana que la production du café est plus considérable. Ces montagnes sont riches en dépôts de salpêtre, qui seront exploités par les immigrants européens pour les besoins de l'industrie. On étudie un projet de chemin de fer pour desservir cette région, certes la plus convenable pour l'établissement d'immigrantspropriétaires.
Tabac. — La culture du tabac dans la province de Bahia es faite depuis longtemps par de petits propriétaires; elle n'a l'ail que prospérer et augmenter après l'abolition. La France achète des sommes importantes de tabac de Bahia pour ses grandes manufactures nationales. Il appartient à leurs directeurs d'étudier la convenance d'envoyer à Babia une commission pour signaler les progrès à faire dans la culture du tabac. On arrivera, bien sur, à prouver les avantages d'établir à Babia des fermesmodèles, dirigées par des agronomes français; ils indiqueraient aux agriculteurs la manière de produire les meilleures qualités de tabac voulues par les manufactures de France. Les deux gouvernements, français et brésilien, dont les rapports sont beureusement des plus amicaux, se mettraient d'accord pour la bonne réussite de cette entreprise, aussi importante pour l'agriculture de l'Empire que pour les finances de la République. L'initial ive individuelle pourrait faire encore mieux que les gouvernements, si les grands importateurs de tabac envoyaient des agents pour établir des comptoirs àSan-Fidelis et àCachoeira, pour fournir des semences et des engrais et donner des instructions aux planteurs. Ils achèteraient le tabac, sur place, de la meilleure qualité et à des prix très avantageux. L'exemple a été déjà donné par la Manchester Cotton Supply Association, qui a été le principal promoteur de la culture du coton dans la province de San- Paulo, pendant la crise produite par la guerre pour l'abolition de l'esclavage aux États-Unis.
Cacao. — Toute L'immense zone du San-Francisco est appropriée à la production du cacao, aussi bien au bord de la mer, sur le littoral des provinces de Sergipe et de Bahia, que sur les rives du grand fleuve. Les plus belles fermes de cacao (Fazendas de du Brésil se trouvent au sud de la province de Bahia, à Camamû, à Porto-Seguro, à,Valença, à Santa-Gruz etc. etc. Nous recommanderons constamment aux immigrants-propriétaires la culture du cacaoyer partout où elle sera possible. Un seul immigranl peut soigner 1.000 cacaoyers, qui lui produiront un revenu net de 1.500 à 2.000 francs. Le cacaoyer rapporte pendant 80 années. Une plantation de cacaoyer doit être considérée par l'immigrant comme un patrimoine pour lui et pour sa famille.
Le cacaoyer est aussi beau que l'oranger, mais ses fruits sont plus précieux; ils donnent le chocolat, le beurre de cacao, l'eaude-vie de cacao, etc., etc. La pulpe qui enveloppe les amandes est d'un goût exquis et très rafraîchissante.
Immigration. — Le gouvernement brésilien a été autorisé par le Parlement à employer 1.000 contosde reis, à peu près trois millions de francs, pour l'immigration dans la province de Bahia. Le sud de cette belle province est dans les mêmes conditions de climat que la province limitrophe de Espirito-Santo, où prospèrent plusieurs colonies d'Italiens et d'Allemands, tous propriétaire de lots de terre concédés par le gouvernement brésilien. Au nord et au centre de la province de Bahia, on trouve des chaînes de montagnes où le climat est excellent, sec et tempéré, produisant, comme Jacobina, les fruits de France : pommes, coings, poires, pêches, etc.
Nous répéterons encore une fois : — V Immigration dans les provinces du nord du Brésil réussira 'parfaitement si on place les immigrants dans les belles montagnes et si on leur donne la propriété immédiate de la terre. Tous les insuccès furent causés par l'esclavagisme. Ce qui était impossible — le travail de l'immigrant à côté de l'esclave — est, Dieu merci, hors de question.
Chemins de fer. — La province de Sergipe a en étude le chemin de fer de Aracajû, la capitale, à Simao-Dias. Dans la province de Bahia on exploite déjà un certain nombre de chemins de fer énumérés plus loin.
Exportations. — Les articles d'exportation plus notables
des provinces de Sergipe et de Babia sont les suivants : Or et diamants — sucre — tabac — coton — café — cacao — eau-devie — bois-brésil — palissandre — fruits (oranges, mangas, cocos, etc.) — huiles de baleine, de palme, de ricin, etc. — cuirs, os, cornes, etc. — tapioca, farine de manioc — haricots, maïs — caoutchouc (de mangabeira, hancornla) — fibres de palmiers (piassaba, tucwn, etc.).
VI. L<a zone du Parahyba-du-Sud . — Trois provinces constituent la zone du Parahyba-du-Sud, qu'on pourrait aussi classifier : — La grande zone du café. — Ces provinces sont: la province d'Espirito-Santo, avec une surface de 44.839 kilomètres carrés et une population de 100 à 120.000 habitants ; la province de Rio, avec une surface de 68.982 kilomètres carrés et une population de 850.000 à 900.000 habitants ; la capitale du Brésil se trouve enclavée dans la province de Rio, dans le Munie ipio Neutro, ou Municipe de la Cour, qui a une surface de 1.394 kilomètres carrés et une population de 500 à 600.000 habitants; — la province de San-Paulo, qui a une surface de 270.870 kilomètres carrés et une population de 950.000 à un million d'habitants.
Terre. — La roche prédominante dans la province d'Espirito- Santo est le granitoïde ou le gneiss-granit, caractéristique de toute la zone agricole du Parahyba-du-Sud. Les calcaires et les marbres ont été déjà signalés en plusieurs localités de cette province, notamment dans la Serra de S an-Felippe, dans la vallée dTtapemirim. Les argiles plastiques sont abondantes et employées partout en briques, tuiles, poteries, etc. On trouve, parfois, enclavés dans l'argile ou sur le lit des rivières, des cristaux de quartz de toute beauté. Le Museo National de Rio en possède un exemplaire superbe, d'un mètre de longueur. Dans la vallée du Parahyba-du-Sud le gneiss-granit est traversé par des filons calcaires cristallins. Ils sont exploités pour la fabrication de la chaux et aussi comme marbres d'ornementation. Les professeurs Charles-Frederick llartt et Orville-Adalbert Derby ont trouvé dans ce calcaire le fameux Eozoon canadense, caractéristique des terrains laurentiens, et considéré le premier animal qui s'est organisé sur noire planète.
Les calcaires de la Barra-do-Pirahy, sur le chemin de fer de Dom Pedro II ; ceux de la Fazenda-do-Govcrno, sur la route
Uniào-Industria ; les calcaires de Valcnça, desservie par un embranchement du chemin de fer de Dom Pedro II ; ceux de la Fazenda de Cackoeira de Montserrate^ tout près de la gare de la Serraria, sur le chemin de fer de Dom Pedro II, doivent être cités parmi ceux qui sont en exploitation. Les argiles abondent même dans les terrains qui bordent le port de Rio. On y voit des fabriques montées comme les plus belles de Marseille. Le kaolin se trouve à Nitherohy, dans l'île de Paquetâ, etc. Le savant naturaliste D'Orbigny a été tout étonné de voir à Rio le granit employé dans toutes les constructions. Vraiment il est impossible de trouver quelque part une plus grande variété de roches granitiques, depuis les gneiss jusqu'aux pegmatites et aux syénites, depuis les diorites jusqu'aux diabases.
La ville de Rio exporte des pavés ou des parallélipipèdes pour pavage, pour la Plata et même pour les autres villes du Brésil. Dans la province de San-Paulo on exploite pour dalles un schiste vert foncé. Le municipe de San-Roque a une importante exploitation de marbres. Les calcaires abondent à Sorocaba, Itapetininga, Cutia, Taubaté, Iguape, Paranahyba, Araraquara, Yporanga, Jaboticabal, etc. La fameuse Terra Rôxa, terre rouge foncée, est produite par la décomposition de diorites et de diabases. On discute encore à San-Paulo si la Terra Boxa vaut mieux ou non que le Massapê pour la culture du caféyer. Ce qu'il paraît résulter de ces discussions c'est que la Terra Boxa, par son abondance en fer, fait accélérer la production du caféyer, qui commenee à rapporter de 2 à 3 ans, tandis que le massapè est plus lent dans la production, mais garde le caféyer en rapport pendant une période plus longue. A Taubaté on trouve un très importante gisement de schistes bitumineux, qui est exploité par une Compagnie.
Bois de Construction, de Menuiserie et d'Ébénisterie. — Ce sont les forêts de la Serra-do-Mar, de la chaîne de montagnes qui borde la mer depuis le cap Frio jusqu'au cap de Santa-Martha, clans la province de Santa-Catharina, qui ont mérité les éloges enthousiastes de Charles Darwin, de Saint-Hilaire, d'AGASSiz et de tous les savants qui ont visité le Brésil.
Un voyageur distingué disait tout dernièrement : — « J'ai vu bien des forêts, partout dans le monde, mais c'est seulement au Brésil qu'on voit des forêts si serrées que l'on croit pouvoir marcher dessus. »
246 LE BRÉSII EN 1889.
La terre, d'une fertilité incomparable, et les forets d'une beauté infinie, sont et seront toujours la grande richesse du Brésil. Vraiment aucun sol au monde ne vaut celui qui est drainé et arrosé par l'Amazone, par le San-Francisco, par les deux Parahyba au nord et au sud, par l'Uruguay, par le Paranà, et par leurs milliers d'affluents. Les forets de caoutchouc couvrent des régions immenses depuis la vallée de l'Amazone jusqu'à la province de Matto-Grosso ; les splendides forets de Palmiers à Carnaûba vont depuis Piauhy et Céarâ jusqu'à la vallée du San-Francisco sur les confins des provinces de Minas et Bahia ; les forêts d'Araucaria, du sapin brésilien, vont depuis le Pieu, dans la province de Minas, jusqu'au montagnes de Rio-Grande-du-Sud ; les forêts multiples de Bois-Brésil, de Palissandre, de Cèdre, de Vinhatico, de Peroba, etc., etc., se trouvent sur les montagnes, dans la zone maritime ou dans les vallées des grands fleuves. Dans l'impossibilité d'énumérer tous les bois des provinces d'tispirito-Santo, de Rio-de -Janeiro et de San-Paulo, nous nous bornerons aux suivants: la Peroba, le chêne du Brésil, employée partout dans la construction navale et dans la bâtisse, dans la menuiserie et dans l'ébénisteric. La variété Peroba-revessa est mouchetée comme l'érable, mais d'un jaune or plus vif et plus brillant. On l'a déjà employée à Paris pour des pianos et des meubles de luxe. Ce bois superbe forme des forêts unies dans la province de San-Paulo, dans les environs de la ville de Campinas et dans la région de la Terra lîôxa. La Peroba de Campos, dans la province de Rio-de-Janeiro, est employée de préférence dans les arsenaux du gouvernement. La Peroba est classifiée Aspidosperma peroba, dans la famille des Apocynacées.
Les Canellas, dont on compte une variété infinie, la plus estimée étant la Canclla-prêla (noire); elles sont classifîées Nec landra atra, N. mollis, etc., etc., dans la famille des Lauracées.
Les Ipês, Pâus d'arco (bois d'arc), parce que les Indiens s'en servaient pour leurs arcs et flèches. Les Ipês abondent partout au Brésil. Au mois de novembre, ils se distinguent, dans les forêts de Rio, par leurs grandes fleurs jaunesd'or, qui ressortent au milieu du vert-foncé des feuilles des autres arbres. Les Ipês sont classifîées dans le genre Tecoma, de la famille des Bignoniacées. Vlpê roxo (roux) est le Tecoma curialis ; Vlpê tabaco est le Tecoma-ipê ; Vlpê Paû d'Arco est le Tecoma sjieciosa, etc., etc.
Le Genipapo, qui abonde dans les provinces de Bahia et de Rio, est un bois très homogène et très élastique, d'une couleur
lilas. Ces! toui dernièrement qu'on l'a introduit dans La menuiserie et dans rébénisterie, en concurrence avec L'érable. Il es1 classifié Genipa brasiliensù, dans la même famille des rubiacées où se trouve le café. L'arbre donne de gros fruits d'un goût exquis, auxquels oni attribue des vertus médicinales;
Les palissandres, tant de fois cités, abondent surtout dansles belles forêts d'itabapoana, d'Itapemirim, du Rio-Doce, duMucury, clr., etc., dans la province d'Espirito-Santo.
On a envoyé de cette province à l'Exposition universelle de Philadelphie, en 1876, un fameux bois, nommé Itapicurû, qui a l'apparence du palissandre traversé par les fibres jaune d'or du Vinkalico :
La Massaranduba ou YAprahiû vermelho, rouge, le bois le plus commun sur le marché de Rio ; il est produit par un bel arbre de la famille des Sapotacécs, classifié Mimusops data.
Immigration. — La zone à café jouit déjà d'un mouvement d'immigration très important. Dans la province d'Espirito-Santo, on remarque les importantes colonies de Rio-Novo, de Castello, de Sainte-Isabelle et de Sainte-Léopoldine. Elles ont une population, toujours en progrès, de 20.000 à 30.000 Italiens, Allemands, Suisses, Autrichiens, Portugais, Français, Hollandais et Belges. A coté des immigrants se placent toujours des familles brésiliennes pour jouir des avantages de la petite propriété. La province d'Espirito-Santo a un grand avenir. C'est par les vallées de ses beaux fleuves et par ses ports de mer que se fera l'exportation d'une immense zone de la province de Minas et du centre du Brésil. Heureux les immigrants-propriétaires qui s'établiront dans la province d'Espirito-Santo !... Ils seront enrichis par le seul fait de la majoration du prix des terres après la construction des chemins de fer qui desserviront les vallées de Mucury, du Rio-Doce, duSan-Matheus, du Benevente, de l'Itapemirim et de fltabapoana. Dans la province de Rio, on cite toujours Petropolis, the Paradise of Brazil selon l'expression pleine d'enthousiasme des touristes anglais, quia été une colonie allemande, et Friburgo, qui a été une colonie suisse. Entre Petropolis et Friburgo, il existe un superbe plateau, de 800 à 1.200 mètres d'altitude, où pourront s'établir des milliers d'immigrants-propriétaires.
Dans la province de San-Paulo, le mouvement d'immigration atteint déjà le beau chiffre de \ 0.000 Italiens par mois. lisse
placent, pour commencer, en salaire et en métayage, chez les grands propriétaires. Lors de la merveilleuse récolte de café de 1888, des familles italiennes ont gagné 20 francs par jour. Avec les économies d'une seule récolte, elles sont à même de s'acheter des lots de terre dans les colonies du Gouvernement central (San-Bernardo, San-Caetano, Porto-Feliz et Jundiahy ) ou dans celles du Gouvernement provincial, à Ribeiraô-Prcto, à Cascalho, etc., etc. On voit déjà des immigrants hardis s'élancer dans le Far-West de San-Paulo. La foret vierge arrête quelques Européens, mais d'autres s'en sont épris et s'en passionnent follement.
Chemins de fer. — Toute cette zone possède un grand nombre de voies ferrées, principalement dans les provinces de Rio et de San-Paulo.
Exportation. — La grande exportation de la zone agricole du Parahyba-du-Sud est le café; elle donne l'énorme quantité de six millions de balles de 60 kilos, d'un poids total de 360.000.000 de kilogrammes, la plus forte exportation du monde entier.
Les provinces d'Espirito-Santo, de Rio et de San-Paulo exportent encore les articles suivants : Sucre (principalement le municipe de Campos), eau-de-vie, bois de construction (Espirito- Santo), fruits (oranges et bananes pour le Plata), tabac, cuirs, or et diamants de la province de Minas, etc., etc.
Exportation de Café tar le port de Rio -de- Janeiro
(En sacs de 60 kilos.)
1879 3.535.183 sacs.
Recettes de la Do taxe du port de Rio-de-Janeiro
Importation.
1887 : 110 millions et demi. — 1888 : 119 millions et demi. Excédent en 1888 : 9 millions de francs.
Exportation.
1887 : 17 millions et demi. — 1888 : 19 millions. Excédent en 1888 : 1/2 million de francs.
Sacs de café entres à Rio-de-Janeiro.
(Le sac contenant 60 kilos.)
Excédent en 1888 : 1.215.918 sacs de 60 kilos.
Exportation de café.
(Par sacs de 60 kilos.)
1887 : 2.241.755 sacs. — 1888 : 3.330.185.
Excédent en 1888 : 1.088.430 sacs.
Destination du café exporté.
Pour les États-Unis . . . 1887 : 1.460.078 sacs. . . . 1888 : 2 025.509 —
Pour l'Europe, etc. . . . 1887 : 781.677 sacs. — .... 1880 : 1.304.676 —
Excédent en 1888 : Pour l'Europe, etc . . . 522.999 sacs. — : Pour les États-Unis. . . 565.431 —
Eau-de-Vie de Canne
Importation.
(Provenant des diverses provinces du Brésil et de divers points de la Province de Rio.)
1887 : 19.773 pipes. — 1888 : 20.515. Excédent en 1888 : 742 pipes.
Exportation.
IKSS : Tour les autres provinces. . . 280 pipe-.
— Rio de La Plata 30 —
Europe 220 —
Sucre de Canne Importation.
(De même provenance que l'eau-de-vie.)
1887 : 646.032 sacs. — 1888 : 599.671 sacs.
Excédent en 1887 : 46.361.
Ventes de sucre.
1887 : 652. 524 sacs. — 1888 : 620.454 sacs.
Excédent en 1887 : 32.070.
Recettes de la Douane de Rio-de- Janeiro en contos l
Montant des Traites négociées sur la place de Rio-de-Janeiro
1884 : sur Londres : £ 12.541 .359 = sur Paris : fr. 32.254.844
1. Au change de 350 réis par franc, le conto vaut bien près «le 2,8G0 francs.