‹ Le BrésilChapitre 71 sur 75 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

Ce Kvre était en voie d'imprenioii quand la non*

velle d'une tentative de révolution et d'une lutte sanglante à Montevideo est arrivée en Europe. Le otMiflit a duré i|uatre jours, et il a éclaté presque anantôt après k départ de la division brésilienne.

Pour bien apprécier l'importance du service que i'£mpire sud-américain rendait à ses voisins en occupant Montevideo, il faut noter :

1* Que pendant la dutée entière de Foccupation brésilienne, aucun fait de ce genre ne s'était produit, en ce sens du moins que même quand la population de Montevideo, cédant à son irrésistible pencbant, avait fait des révolutions, pas une goutte de sang n'avait été veinée;

2** Que les gens qui, de longue main, préparaient le mouvement contre le président Bustamente, ont attendu, pour faire leur coup, le départ et Féloi-' gnement du corps auxiliaire. En ef fet c'est le 24 novembre que le mouvement a éclaté, et il ne restait plus un soldat brésilien à Montevideo le 15 an soir. Le 24 novembre,, la division était à neuf journées d'étape de la capitale, hors d'état par consé*

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<|ueDt de revenir à lempe sur ses pas pour rétablir Fordre;

3" Que les auteurs du mouvement étaient précU sèment les hommes qui , dans leurs journaux et dans leurs discoiuv, s'attachaient le plus violemment à calomnier les intentions da Brésil, et qui demandaient le* plus obstinément, à grand renfort d'injures , le rappel de la division brésilienne.

De ces trois faits incontestables, il faut conclure :

Que Imtervention année de TEnqiire dans TËtat oriental, demandée successivement per les deux présidents Girô^t Florès, en exécution d'un traité précis, a eu son efficacité tant qu elle a duré; qu elle a rétabli et maintenu Tordre;

Que Fintervention cesRânt*, les bienfaits qu'elle avait apportés avec elle, l'ordre et la sécurité pour les transactions et pour les penonues , ont disparu ;

En6n que les ennemis acharnés du Brésil dans l'État oriental , ceux qui se sont efforcés de soulever contre l'Empire ces vieilles antipathies de race que la civilisatioa répudie, détestaient dans Tintermention brésUieDne non pas une menace contre l'Indépendance de la République, mais un insar> montable obstacle à leurs besoins d'anarcliie.

Pour tout esprit édairé, impartial et sincère, ce sont là des vérités démontrées.

Une autre conséquence à drer de cette série de &it8, c'est que le Brésil n a aucun dessein, prochain

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OU éloigoë, de mettre la main sur le territoire oriental ou sur une partie quelconque de ce territoire. J'ai démontré ce point jusqu'à Févidenee, ce me semble, dans le cours de l'ouvrufje qu'on vient de lire, et j ajoute que le rappel de la division brésilienne, dans les circonstances où il a eu lieu, témoigne surabondamment de la pleine sincérité <ie l'Empire et de son parfait desintéressement de toute intention d'agrandissement et de conquête.

L'occupation de Montevideo par un corps de cinq mille hommes pouvait être impunément maintenue, si le gouvernement brésilieiT avait eu les arrière-pensées quon lui a prêtées, et les prétextes plausibles, les motib fondés ne lui manquaient pas» car la République orientale doit au Brésil j)lus de deux millions de piastres èxigibles, et il pouvait, comme créancier, garder le gage qu'il avait sous la main.

Le Brésil n'a pas gardé ce gage. A la première occasion qui lui a été oiïerte de mettre fin à une occupation coûteuse, sans profit pour lui-même et udle seulement à des alliés peu recomiaissantSy il s'est hâté de rappeler ses troupes. Il ne pouvait mieux prouver assurément non-seulement qu'il ne veut pas s'emparer du territoire de ses voisins, mais encone qu'il n'a pas la moindre envie de s'immis» cer malgré eux dans leurs affaires intérieures.

Je sais qu'avec un peu de mauvaise foi et beau-

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coup d'obstination , on peut toujours rëponfire par des dénégatioiis systématiques à des preuves de leur nature négatives. Aussi me parait-il utile, après • avoir dît ce que le lirésil ne veut pas, de dire trèsnettement ce qu'il veut.

J ai étudié tous les actes de la politique du Brésil à Vendroit de Montevideo; j*ai suivi avec soin les débats de son Parlement ; j'ai consulté les hommes les plus compétents, et des renseignements que j'ai recueillis il est résulté pour moi cette notion que je tiens pour très-exacte du double but que TEmpire poursuit dans sa conduite vis-à-vis de ITrujjuay.

Loin d'avoir la visée d'aucune usurpation sur la bande orientale , TEmpiré veut très-sincèrement et très-fermement que la République qui borde ses frontières du sud et du sud-ouest soit tranquille , prospère et indépendante par les deux raisons que voici :

En premier lieu , le Brésil est vivement intéressé,

pour s^i piopre sécurité intérieure, à ce que la paix règne dans la bande orientale. J'ai détaillé dans ce livre (chapitres 3' et 4*) les motifs qui ont fondé sa conviction sur ce point. Depuis longues années, toutes les fois (pi'il y a eu trouble dans l'Jùat oriental, soit par rcltct de dissensions intestines, soit à la suite d'agressions étrangères, la province limitrophe de Bio Grande do Sul a ressenti le contre-coup de cette agitation. Cet état de choses fâcheux, dange-

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reux même, a été de tout temps pris en sérieuse considération à Rio Janeiro. Quand le calme sera lélaUi daBB rUrq^fuay, <|iiaDd Tagricuitive y prospérera f toute atteinte au droit des genSj, tonte oec»sion de querelle et de collision entre les habitants des deux frontières seront supprimées.

En second lieu, l'État oriental ^ par sa situation géographique, est pour le Brésil comme un bouclier naturel contre les T! épubliques toujours un peu troultli es (le la Plata, (|ui pardonnent difficilement ù l'Empire le calme et la sécurité dont il jouit. Avec la République de l'Uruguay indépendante et prospère, entre les provinces ai^entines et lui, TEmpire est couvert , je ne dis pas contre tout dan(]fer (le danger ne serait pas sérieux) , mais contre tout trouble que pourraient lui susciter dans l'avenir les prétentions des Républiques intérieures de la Plata et de ses affluents.

Voilà pourquoi le lîrésil veut que TËtat oriental demeure indépendant et organisé assez fortement pour garder sa propre nationalité; voilà pourquoi il a coopéré autant qu*il a pu à y rétablir Tordre et la paix, et pourquoi il a assisté ses voisins de son argent et de ses troupes. En travaillant à relever de ses ruines la pauvre République, il travaillait loyalement à Tœuvre de sa propre sécurité.

.lustiu à présent, ces efforts et ces sacrifices n'ont pas abouti. Les subsides impériaux ont été engiou-

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tis sans (i^rand profit dans le ^oulire toujoui*s Iw aiit du déûcil orientai : 1 inlerveatioa militaire du Brésil 9 en donnant quekfucft mois de paix à Momevîdeo, ne lui a -pas enooie appris à aimer et à pratiquer Tordre.

Que pouvait et que devait faire r£mpire dans œs ooqonctuies? Rien autre chose assurément que ce qu'il a fait : renoncer momentanément à de bons offices fort onéreux pour lui et outrageusement calomniés, retirer ses subsides, retirer ses troupes, laisser les gens de Montevideo se débattre et se battre entre eux pour de misérables questions personnelles, et siiiis s'émouvoir des injures dont on payait ses services, s'en tenir fermement, à leur endroit, à une politique d^abstention et d'observation.

Je sais fort bien que, sur les bords de la Plata, on prête au fjouvernement impérial d'autres mobiles et d'auU^ desseins que ceux que je viens d'indiquer, et cela ne m*étonne guère, car la vérité se fait rarement jour dans les pays qui manquent de calme. Mais ce qui me surprend fort , c*est de voir un recueil très-justement estimé, ÏAnnuaùe des DeuûD'Mondes j se faire l'écho d'une de ces énormes bourdes transatlantiques en publiant les lignes suivantes :

« On n'a point été éloi[]iic de croire en Amcricjue » que M. Pauliuo {k vicomte d'Uruguay) venait en a> Europe pour sonder les gouvernements et cher-

Sic LE BRÉSIL.

it cher à savoir quel de{[ré d'opposition rencontreu rait raniicxion de l'Ktat oriental à l Empire. »

Qu'on dise cela en Amérique, c'est possible, et oa y débite bien 4!autre6 mensonges. Mais le rédacteur de VAnmaire pouvait aisément en avoir le cœur net, et, pour peu qu'il eût pris la peine de se renseigner ici , soit d'un côté, soit de l'autre, ou mieux encore des deux' côtés, il eût bien vite reconnu qu il n*y avait pas un mot de vrai dans ce bruit venu d'Amérique.

Je ne me permets pas de rechercher à quelle source Técrivain de ï Annuaire a puisé son renseignement apocryphe, mais il m'est impossible de ne pas rappeler ici avec quelle facilité nos compatriotes établis dans la Plata, même et surtout ceux dont le devoir est de bien s'enquérir, se sont, de tout temps, laissé circonvenir par les passions locales, de manière à ne plus savoir discerner la vérité du mensonge. Le passé de nos démêlés avec Kosas nous a cependant dimné une leçon qui ne saurait être perdue.

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