‹ Le Brésil [microform]Chapitre 2 sur 5 · ÉDITEURS PARIS BARCELONE · texte numérisé non relu

ÉDITEURS PARIS BARCELONE

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Si Ton visite, à Lisbonne, i*église où les con^>agnons d*Al^

vaez Calwal, avant le départ de Tan 1500, vinrent, le 9 mars

allumer les cierges de leurs vœux, il faut se demsuider quels

espoirs se mêlèrent à leurs oraisons latines.

Ces matelots, ces gentil^ommes de cape ét d*épée, ces moines hardis en leur foi, que pensaient-ils en la minute où ils suscitèrent une lueur timide à la pointe de leurs cires bénites, croyant s'embarquer pour le cap de Bonne-Elspérance et les Grandes Indes, afin d'y retrouver les marveilles contées par Vasco de Gama ?

C'est Tesprit dont ils sont possédés qui, tout à Theure, dans quelques semaines, commencera la transformation d*un pays immense, à peme soupçonné par Christophe Colomb, ignoré d'eux entièrement ; un pays couvert de forêts, riche en fruits, en minéraux, et peuplé de races belliqueuses dont ime nature prodi^ gue comble tous les appétits.

Quelle est Tintelligence qui va, de ces terres vierges et de ces tribus cannibales, faire, en moins- d'un siècle, une patrie latine immédiatement créatrice, où voudront accourir les âiergies ekles audaces de la Méditerranée ?

Ces fû/a/gos/ seigneurs graves, engoncés dans leurs fraises à godroiis, serrés dans leurs pourpoints et dans leurs chausses,, se savent les fils de ceux qui ont vaillamment chassé le Maure

de la péninsule ibérique, qui Tout poursuivi au cœur du Maroc. Ces gueniers sont, pour cela, sûrs de leur courage. Ils ont vu s'éle-^ ver partout, sur la terre du P<:H:tugal, les églises remerciant le cidl*^

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de la victoire. Et leur cousins les mornes, ces <lommicains, ces franciscains, ces prédécesseurs des premiers jésuites, dont ils y^mt préparer l'œuvre, rendent grâces à la puissance qui voulut exaucer les prières de leurs aïeux.

Convaincus par ce miracle» tous croient à une prédestination de leur effort. Car ils n'ooMieiït pas <pie les clercs de leurs abbayes, ayant conservé là loi romaine de la Lusiiania, dans leurs cartulaires, ont c<mtraint les envahisseurs, barbares, alains^ suèves^ visigoths, puis musulmans, à en respecter, sept cents ans, les principes essentiels : la justice du Forum qui fut le préambule de la fraternité chrétieime.

Ces moines parlent le latin. Ils Técrivent. Ils vivent dans le"T souvenir de Rome, Ils rythment des vers qu'eussent approuvés Virgile ou Lucrèce. Ainsi le soldat Camoëns s'inspire de ÏEsiéide pour chaîner les découvertes de ses coiqpatriotes. Ejifin ces matelots trapus, velus, Imms, &ls de vignercms ^ de ped^iors

accoutumés aux rudes travaux dans les feux du soleil, connaissent la vigueur extraoïdmaue de leurs ixuiscles^ comment on kitte avec la leopête^ et |Myri|aoi m leur est ict^>MÛUe« à 4Bux ibères de ceux leyams mtgu^e des l&deft, Afrique, ^vicc des trésors îaows.

Tels sont les moines et les marins d*Alvaez Cabrai prête à rappsâreillage de letars caravelles, prêtes à desoen^fre le cours lumineux du Tage entre ses vertes collines et ses bois de sapins. Aoirs. Sans peur, ces gens-là se feront ea»iite axoL vents mal conmis de t'Atlastique cenbal pour attemcke, avec eux^ au matin de .Pâques, une plage du Brésil.

Nous faisons le même voyage aujourd'hui sur un paquebot BÎû, guide par Ions les prodiges de la sd^ice. Toutes les élégances des capitales européennes et américaines y paradent.

Toutes- les joies y Miment. Toutes les musiques y chantent

Les ingénieurs experts en magies diverses y discutent a^t^ les créateurs d'industries, de ports et de villes, avec les diplo- . mates sachaot la vie secrète des nations, avec les exportateurs et les finasciers enveloppafift la totalité du taonde tie ses loices et de ses passions dans les merveilles de leurs calculs. Ceux-ci viennent a leur tour, quatre siècles plus taxd, participer à ia vie du ^-Brésil. Et â difiérents d'Alvaez Cabrai, de ses compagrums^ ih

IE: BRéSFL

pmsamv&A W tâcke de ce9^ premiets navigoteim, ea essayait âe

la parfaire bien a» delà de ce cfu^ioia^naienfe Les^ moiAes> les àdalgos de l'an 1500 et leurs maria».

Cet etfort iskcrtefroii^» à bave^s^ le tesaps révèle cfuelqpie dl0se de smàsmnêm, k vie û^me- idée, d'an saitîmesl, d^uiie force civilisatrice dont les hommes furent, à toute époque, diuant leurs vies brèves des ustants, des gestes, des voix. Rien autre. Mus ik nement saas qœ le fiaidbeeEii aBtoié par l*e^»k du XVr sîè<de se soit lui-même jamais éteint.

' La lueur des cierges qui brûlèrent dans une égli&e de JLis* borme, le 9 mars 1500, no» allons la levoir étiaageBieai acnae àmjL hewes a^aat d'attork.

Voici l'heufe de l'arrivée nocturne.

Nous devenons plus avides instant par instant de-comai^e la kene d'Amérique oè .ta^ de dioses furesl aecon^lies, ^

s^accompl iront.

Dans la profondeur bleue de la téaèbœ indéânimenl Lft mer isÉfsœUe autour ramure itiofinné ammse uft palais &i fête. Une cantatrice lance ses îxilles vers le ciel du tropique, vers les feuillages scintillants de la voie lactée, vers les luàiie fruits de honière q^e sent les soleils très lowtains, ceatees de vie planétaire inara^ biables, et suspendus pour le rêve des passagères. Peu à peu, là-bas, parmi les eaux et le firmament mêlés, une pâleur comnience à poindre. Elle s*aUonge. Elle persiste. . C'est une longue traînée d'azur clair et va{ioreux.

Elle divise TOcéan et le ciel j^usqu'alors confondus au sein des ombres. On croirait à la lueur d un glaive jeté par quelque aiçliange sur le seuil d'un éden interdit.

Ce reflet révèle tantôt <fes surfaces calmes et qui se rident, tantôt des houles.

Puis la lueur grandit. Elle éclipse la splendeur des astres.

Qu*est donc cette lumière apparue sur l'horizon, et qui réduit la divinité des astres en éclairant, de plus en plus, Tespace de la Effl^ ? Qu'est ceci ? — C'est le reflet de la foudre capturée làbas par le génie d'un peuple dans ses turbines et ses djmamos, cbttis mille et mille lan^daires debout sur les quais, les plages, les ports, les boulevards, les villes étagées de monts en monts et (^ forment les qjiiartim d une capitale assise au bord de

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KOcéan, pour attendre, patiente et pensive, en son million de

cerveaux latins, la venue des talents collaborateurs.

C'est le reflet de l'opulence acquise en quatre siècles, par Fénergie des marins, des pionniers, des planteurs, des savants parvinrent à défricher l'énorme forêt vierge recouvrant les tenres du Brésil.

Les Brésiliens réussirent à changer en or, en zinc, ^n maniganèse, en diamants les monts de Minas Geraes, en canne à sucre *t en tabac la savane de Pernambuc et de Bahla, en café les collines de Saint Paul, en caoutchouc les forêts de l'Amazone, en bétail les savanes du Parana et du Matto Grosso.

Les Brésiliens s'évertuèrent à édifier des bourgs, des cités, des villes le long de larges fleuves, puis à conq>oser tels et tels Etats grands chacun en particulier comme la France entière : tel Bahla. Ou même comme l 'Autriche-Hongrie dans sa totalité : tel Goyaz. Ou comme les empires geiéianiques réunis : tels Amazonas, Matto Grosso. ^ i

Les Brésiliens parvinrent à construire des villes d'art : Ourfc- Preto, précieuse à la façon de Sienne, Bahla pleine de cloîtres ©l d'églises splendides à la manière des plus illustres en Espagne et en Portugal, Rio de Janeiro et Belem de Para, sans pareilles sous le soleil pour la beauté de leurs lignes unies à lajaaagnificence du paysage.

Les Brésiliens surent associer à leur effort toutes les banques .célèbres de l'ancien et du nouveau monde.

Les Brésiliens, par cette alliance, créèrent le port de Santos. celui du café, le port de Manaos au nord, celui du caoutchouc, le port de Rio Grande au sud, celui des fruits et du bétail. Ports outillés chacun selon les plus fabuleux miracles du génie civil.

Les Brésiliens, dans leur élite, engendrèrent l'audace spirituelle de Santos Dumont, le premier des humains ayant réalisé le rêve de Dédale et d'Icare, complètement.

Les Brésiliens purent élaborer dans le sein de la société créole, l'Intelligence de la plus haute moralité sociale, au point de saaifier, pour la liberté pure, l'opulence de cent provinces agricoles redevenues incultes après l'affranchissement des esclaves, faute de travailleurs.

Les Brésiliens produisirent une pléiade admirable de juris-

consultes, de médecins, de poètes. J. Joachira Nabuco, Machade de Assis, Ruy Barbosa, Graça Aranha sont des noms illustres sur toute la planète.

Les Brésiliens de 1792 comptèrent, parmi les étudiante d'Ouro Preto, une jeunesse encyclopédiste prête à mourir, coimne Tiradentes, pour la proclamation des Droits de l'homme.

Les Brésiliens firent, en I90Ô, plier l'iniquité de l'Allemagne devant leur indignati<»i armée." Un de leurs cxoiseuis menaça de couler la trop célèbre Panther dont les matelote avaient brutalement tenté l'arrestation, en territoire latin, d'un déserteur. Borlin dut désavouer le c^itaine de ce bateau, qui vint en rade de Rio de Janeiro rendre les honneurs au drapéacB du Brésil.

Les Brésiliens furent, à la conférence de La Haye, les apôtres de l'arbitrage obligatoire par la voix de leur orateur, Ruy

Barbosa.

Et trente-trois nations par lui persuadées acceptèrent entièrement le principe, contre huit, qui se rallièrent à la conception de la Force souveraine.

Les Brésiliens, seuls entre les neutres, protestèrent à la tribune de leur parlement contre Travasion de la Belgique et la f<»-« faiture prussienne.

Les Brésiliens, les premiers de l'Amérique latine, avec les Cubains, combattent sous les drapeaux de l'Entente, au nom de l'esprit de justice contre l'esprit de la domination.

Voilà, Messieurs, ce que signifient pour le navigateur les lumières de Rio éblouissant la nuit du ciel et de la mer, pâlissant même la Croix du Sud, et promettant à l'univers toutes le» clartés de son intelligence, tous les rayons de son courage.

Le petit cierge allumé dans Lisbonne, en 1500, par le plus humble matelot d' Alvaez Cabrai ne s'est donc pas éteint.

Quand les successeurs d'Alvaez Cabrai eurent recueilli les tribus faibles qui fuyaient de terribles vaûiqueurs.ies moines latins enseignèreiit aussitôt à ces indigènes l'amour pour le malheureux.

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pour le cruci&é, le mépris pour ror^ueil du phaiisien, la véné- Mtîoa pcMur douze œîsârdaties peckems de Palestine aqpabl^ «oc

. et leurs disciples, de convertir à leurs idées les poi^a du mcMàe lomain, et d'agenouiller, vingt siècles, les patriciens» les rois, les eflq>ereurs devant Tiiiu^ de rétemeJ Supplicié. Bî^tôt»

^appliquant les règles du communisme monastique à la vie productive de leurs camps, les jésuites les emichirent, et justifièrent ainsi, par avance, la thèse du socicdisme.

Ces éducateurs aya^ marié les filles de lews néophytes àmé^ ricains aux marœs les plus audacieux de TEurope préparèrent un peuple cohérent. Bientôt leurs premiers calvaires faits d ime tra*verse clouée mt un arbie, leuxs ckapeUes cmvertes de palmes sèches se transformèrent en hautes églises blanches et bleues, en édifices aux porches monumentaux âanqués de tours sonnantes, en abbayes et en domaines agricoles. A^^rès de ces centres lç$ vîk-t lages remplacèrent les canq>s, s*imirent en bourgs, qui deviiŒesQtt des villes.

C*est entre le Morro Castello où les Jé^tes fondèrent feur collège de 1350, et le Morro de San Baito, où les B^iédictks établirent leur forteresse spirituelle, que Rio ^e Janeiro se développa devant sa baie aux trois cents îles, trois cents édens de verdure tropicale constaimnent rafraîchis par la brise at^an^quev ~

C'est autour du calvaire érigé en l'honneur de saint Paul sur le plateau de Piratinga par les PP. Anchieta et Nobrega que la capitale du café put ^andir. :

L'Etat d'Elsperito Santo s'est développé autour de là forteresse conventuelle qu'est la Penha : elle domine le golfe de Victoria, r Atlantique, et regarde les montagnes altièafes de la séponi

Ainsi le long des côfes, d'abord, puis sur les rives des fleuves, dans les pays aurifères où parvinrent, au prix de mille tourments, à travers les lianes de la forêt vierge, les explorateurs de toutes les races méditerranéennes appelés d'Europe par la réputation du pays nouveau, les clochers montèrent dans le ciel, les murs blancs des conununautés apparurent derrière les colonnades de palmiers, entre les dômes verts des inangui^s, aux centres bien choisis de somptueux paysages que traversaient les fleuves, devant les Alpes forestières ou les espaces de TOcéan. Deoière ces façades et ieurs larges escalieis, ieius . poi^s

LE BiflÉâit.

momiiaentales, derrîèie leurs kcÊàOÊ» coaroiMté» de volutes contraires, rharmonie des chants latins ordonna saijs cesse les penr sées, i^ira les intelligence.

c'était kt lutte poui Fmdépeadaace des coMwnaalés

contre l'autorité des gouverneurs et des planteurs voidauit asKEvk les indigènes ma nécessités de leurs œuvres.

Les conununautés se défendirent conune les villages s'^anouissant à l'ombre de leurs murailles. Villes d'artisans, cités d'explorateurs fatigués» de soldats vieillis, d'ouvriers assidus à la ^aiUe des pierres raies, de cowtiers achetant pour Lisbcuuie les cuirs, les bois de teinture, les oiseaux prestigieux, k sucre de canne, le manioc, les plumes de couleur, les plantes médicinales, les gommes, le café, qui partaient» sur le dos des mules en ûle, par les sentes de la forêt, le long du torrenl, jusqu'aux estacades de la mer, où le flot bousculait la chaloupe du galion, où le vent secouait les oriflanunes des mats vers re^>ace de TAtlantique.

Ainsi la première vie au Brésil fut organisée par la témérité des marins, par l'intelligence des moines, par Toplniâtreté des explorateurs^ par l'activité des négociants. Un demi-siècle après la descente d'Alvaez Cabrai^ cent mille Toupio-Gua»nis s'étaient accoutumés aux mœurs de la vie méditerr^iéenne.

La langue de Brutus et des Gracques était apprise aux enfants des ladiennes et des Pwtugais, aux fuhirs nuunelucos, comme on les appela, dans la suite, à cause de leurs caractères combatifs.

Fille de Virgile, la littérature de Camoëns hantait alors les cerveau des étudiants et des officiers, des négociants^ des gentilshommes venus de Lisbonne au Brésil, soit pour expier une indépendance jugée trop rebelle par les universités, soit pour aojuérir des richesses, soit pour gouverner les capitaineries.

Dàns l'admiratiOTi de la Rome antique,, de se» langage, de sa civilisation, de ses arts, dans le respect du droit romain, dans la vénération de ta Rome papale furent éduquées les générations issues de la rentontre entre les belles Américaines et les plus hardis des Latins.

En sorte que la culture première des Brésiliens fut comme la. nôfre, une culture purement méditerranéenne, dictée par les enseignements de TAcropoïe et du Foram, par Féquité de Sohm^ par le ^oïcisme de Sénèque, par la fraternité de Jésus.

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