‹ Le Brésil tel qu'il estChapitre 15 sur 15 · CHAPITRE le · texte numérisé non relu

CHAPITRE le

Art. 2. Les condamnés à la prison avec travail seront classés en deux divisions :

1'®. Correctionnelle;

2\ Criminelle.

Art. 3. La division correctionnelle se compose de deux classes, savoir:

1*. Les mineurs condamnés en vertu de l'article 13 du code criminel;

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2^ Les mendiants et les vagabonds condamnées, conformément aux prescriptions des articles 30 et 31 de la loi du 26 octobre 1 841 , ainsi que tous ceux que les tribunaux de police auront condamnés au travail de la CasadaCorrecçâo.

Jusqu'à ce jour, l'établissement n'a paâ reçu de mineurs.

Le régime auquel sont soumis les prisonniers tient, tout à la fois, du système pratiqué dans l'Amérique du Nord, à Philadelphie, par exemple, et de notre ancien système européen. C'est un régime mixte entre la cohabitation des condamnés et l'isolement absolu.

Nous approuvons assez cette combinaison, qui concilie tout ensemble l'intérêt social et les droits sacrés de l'humanité. '

Dans le système cellulaire, qui n'est autre chose que la peine du secret appliquée sur une grande échelle, l'individu, toujours seul avec lui-même, est sujet à un découragement fatal qui engendre le marasme et qui conduit à l'hébétement. L'appétit s'en allant, le désir s'évanouit, la vie s'arrête alors. Moralement et physiquement, l'homme dépérit peu à peu, jusqu'à ce que le silence et les ténèbres aient achevé leur œuvre fatale : la ruine d'une constitution robuste, l'étouffement d'un esprit vivace et généreux.

Le remords qui entre comme un élément majeur dans ce système, trompe le plus souvent les espérances de ceux qui le préconisent. Un malfaiteur, cloîtré dans une cellule et placé en face de sa conscience, n'a ni regret, ni honte de ses actes. Si sa santé résiste au traitement qu'il doit subir, il s'aigrit davantage; il combine des plans audacieux et médite une revanche terrible. 11 faut qu'il se venge d'une société qui le torture aussi cruellement, et sa haine prend dans la solitude des proportions.

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insensées. S'il est vaincu par le système, au contraire, il se désespère lâchement; il pleure et maudit tout à la fois, mais il n'ouvre point son âme aux bienfaisantes brises du repentir.

Nous ne parlons ici que de ceux qui ont commis des crimes envers leurs semblables, des êtres pervers que la loi a frappés dans un intérêt social.

Quant à ceux que la politique ou la religion a condamnés, nous ne sachons pas que le secret ait jamais eu raison de leurs idées, de leurs affections et de leurs espérances. Le silence et l'isolement ont retrempé ces caractères énergiques, bien loin de- les affaiblir. En s'ouvrant devant eux, le cachot ou la cellule les a rendus à leurs familles, à leurs amis, plus attachés à leurs croyances, plus endurcis dans leurs erreurs, plus fermes dans leurs antipathies, et d'autant plus résolus â y persévérer qu'ils ont plus souffert pour elles.

D'aucuns, parmi les condamnés de cet ordre, et même parmi les malfaiteurs, emportent de leur prison, oùl'air leur a été mesuré avec tant de parcimonie, le germe d'une maladie mortelle; ils languissent quelque temps, puis ils quittent la vie, mais sans renier, l'un ses opinions politiques ou ses croyances religieuses, l'autre son abominable passé. Ils meurent, mais sans s'être amendés.

Le but de ce système n'a pas été atteint : le secret brise les forces du corps et diminue, par contre-coup, celles de l'esprit. L'âme lui échappe le plus souvent, et si l'isolement exerce une pression sur elle, cette pression obtient un résultat tout opposé à celui qu'on poursuit.

Cette peine dépasse ordinairement l'effet qu'on lui demandait.

L'isolement absolu agit donc en sens inverse, mais joujours d'une manière fâcheuse^ sur les condamnés,

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suivant les natures qui lui sont livrées. Il exalte outre mesure ceux-ci et en fait des martyrs; il accable ceuxlà et les change en masses inertes, en cadavres, d'où la pensée s'est retirée. Impuissant pour la transmission de la vérité, pour les retours de conscience, et pour le repentir sérieux, il n'est propre qu'a produire le dégoût, l'irritation, puis la mort.

Les Brésiliens, en combinant dans une sage mesure; le vieux et le nouveau système; en repoussant ce qu'ils^ ont l'un et l'autre de trop exclusif, nous paraissent s'être le plus rapprochés de ce qui doit être. S'ils n'ont pas résolu ce problème social, ils ont du moins indiqué la voie qui conduit à la solution désirée.

D'après le système adopté à la Casa Penitencîaria de Rio-de-Janeiro, le condamné n'est pas toujours au secret. Il peut à certains moments déterminés jouir du commerce de ses semblables. Le découragement et la défaillance, l'exaltation et la rage, n*ont pas le temps de courber les membres et d'envahir l'âme de ces malheureux. Si la cellule les dispose aux recueillements pénibles ou farouches, les heures de la réunion rétablissent aussitôt l'équilibre entre les facultés, par le soulagement réel qu'elles procurent. La vue d'autres condamnés, le bruit de leurs paroles, paralysent l'effet désastreux de l'isolement.

» Ce système console, il ranime les esprits malades auxquels il est appliqué, en leur prouvant que la société ne les rejette pas irrévocablement de son sein; qu'elle 8'ocaipe de leur guérison au contraire, afin de pouvoir plus tard réclamer utilement leurs services.

Pour que cette sollicitude, véritablement paternelle, se manifeste d'une manière sensible, — l'administration qui remplace momentanément la société — leur fait çipprendre un état qiû, tout en occupant leurs loisirs,

leur donnera, à leur rentrée dans le monde, des moyens assurés d'existence.

Tous les intérêts sont ainsi sauvegardés, tandis que la sécurité publique se concilie avec Taccomplissement des devoirs supérieurs qui incombent à un gouvernement intelligent et humain.

11 y a plus encore : en diminuant la race des vagabonds et des fainéants ou parasites, le système brésilien agit tout à la fois sur le présent et sur l'avenir. Il supprime une partie des dangers actuels, et, en dégageant la voie du progrès, il rend plus facile la tâche des gouvernants futurs. .

Os presos sont divisés en trois (îatégorîes, sans distinction entre ceux qui sont frappés d'une peine correctionnelle, et ceux qui ont commis un acte qualifié crivie par la loi.

Chaque catégorie se distingue par une marque extérieure ou sinaL Le sinal est un morceau d'étoffe cousue au coté gauche de la chemise.

Les entrants appartiennent de droit à la première catégorie, sinal encarnado (rouge). La séparation eSt plus Complète entre eux et leurs compagnons d'infortune. Ils mangent seuls pendant la première année. Ce temps d'épreuve écoulé, si leur conduite a été satisfaisante, ils' passent dans la deuxième division, sinal verde (vert). Ils prennent alors leurs repas en commun.

La troisième classe a le sinal roxo (violet). Elle jouit de certains privilèges dont nous parlerons bientôt.

Ainsi, afin d'encourager les condamnés à bien faire et leur inspirer l'amour du travail, le règlement accorde à ceux de la première catégorie, la quatrième partie de la feitia (façon, main-d'œuvre).

Ceux de la deuxième, ont droit à la moitié de la feitia.

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On accorde aux presos de la troisième classe les troisquarts de la main-d'œuvre.

Voilà une progression sagement établie.

L'intérêt, ce mobile, sinon unique, du moins, principal, des actions humaines, reçoit en cette circonstance, une consécration officielle. Il entre comme élément forcé de moralisation, dans le système appliqué aux pensionnaires de la Casa Penitenciaria.

Les preSos ont la permission de se promener dans les pateos (préaux). Cette récréation est réglée d'après les classes auxquelles ils appartiennent.

La première catégorie n'obtient que quinze minutes après le dîner; pour elle les visites n'ont lieu que tous les deux mois.

Ceux de la deuxième ont une demi-heure de promenade : un quart d'heure après le dîner, un quart-d'heure après le souper. Ils peuvent recevoir leurs parents et leurs connaissances une fois par mois.

Ceux de la troisième, enfin, sont autorisés à rester dans le pateo un quart d'heure après le dîner et une demi-heure après le souper.

Le parloir n'existe pas encore; il sera partagé par une grille, lorsque les travaux seront terminés. Aujourd'hui les prisonniers reçoivent leur famille dans la pièce où se trouvent les employés. Un bureau sépare les personnes du dehors et les habitants de la Casa Penitenciaria.

Chaque visite ne saurait dépasser 10 minutes.

Il reste 5 minutes aux condamnés pour prendre l'air dans les préaux,

Les visites ont lieu le dimanche seulement. L'administration est seule fondée à délivrer les permissions de communiquer avec ses pensionnaires.

Tous les crimes, tous les délits, prévus par la législa^

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tîon portugaise, sont là représentés, avec une exception, cependant.

Voici la liste des prisonniers et la nature des atteintes portées par eux à l'ordre social, qui ont motivé leur condamnation.

Je ne fais que copier le papier que m'a donné le senlior Diaz : *

Homicidios. 24 •

Ferimentos (blessures) 2

Oflensasflzicas (voies de fait) 1

Roubo (vol avec effraction ou violence) 29

Estelionato , . . 4

Tentativa de roubo 1

Furto (vol simple) 9

Moeda falsa (fausse monnaie) 3

Falsidade (faux) , 4

Quebra de terme (rupture du terme)* 1

Dezerçào do corpo dos Permanentes 2

Multa (amende) 1

Dezobediencia militar 2

Réduzir a escravidâo (vente d'un homme libre). 1

Fuga (condamné qui a fui) 3

Poligamia 1

Total , , 88

Le délit appelé quehra de termo consiste à retourner dans une maison qu'on vous a interdite, et, cela, afin d'éviter des disputes, des voies de fait, un meurtre quelquefois, puisque dans cette maison se trouve un ennemi. Le délinquant qui habitait la Casa Penitenciaria, à l'époque de ma visite, avait été condamné à un mois de prison avec travail.

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Nous avons donc un chiffre dé 88, chiffre oÉcîel s'il en fut jamais. Raisonnons sur cette donnée.

Rio-de-Janeiro compte environ 200,000 habitants, dont un bon tiers, ou 60,000, est représenté par les esclaves.

Or, le Calabouço contient : d'un coté, 173 nègres et 18 négresses, en tout 191 individus.

191 sur 60,000 représente un nègre dangereux, sur moins de 315 et sur plus de 314 captife.

Si cette proportion était exacte, l'esclavage n'aurait plus de raison d'exister.

Vous n'avez pas oublié, madame, que les maîtres n'envoient au Calabouço que les noirs déclarés incorrigibles ou rebelles à toute direction. S'il fallait emprisonner tous ceux qui s'adonnent à la paresfe, au vol, à l'ivrognerie, à la débauche la plus éhontée, vingt établissements comme celui-ci ne suffiraient pas pour les contenir.

Il reste donc 140,000 individus libres qui fournissent 88 pensionnaires à la Casa Penitenciaria, soit un malfaiteur sur 14,000 âmes.

Diminuez encore ce chiffre, sî vous voulez, en admettant que la province de Rio-de-Janeiro apporte aussi son contingent de crimes ^et de délits, ce qui est vrai, mais dans une proportion minime seulement ; vous aurez , après cette réduction, une statistique assise sur une base solide.

Je ne peux pas m'empêcher de remarquer, toutefois, qu'il existe nécessairement une lacune dans la note rerhise par le veador.

Celui qui connaît les tropiques et les pays à esclaves, sera étonné de ne pas voir figurer dans cette triste nomenclature de délits et de crimes, un attentat odieux, malheureusement plus commun, plus horrible aussi

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dans ces contrées qu'en Europe :: nous voulons parler du

viol.

Les facilités que trouvent les passions pour se satis-. faire, au milieu de l'esclavage, favorisent singulièrement les imaginations perverses et déréglées. 11 n'est pas rare de lire dans les journaux de la capitale, le récit des monstruosités de ce genre qui viennent de s'accomplir au fond des provinces. Rio serait-il exempt de pareilles souillures ? ou bien la corruption de ses mœurs — ainsi , que cela existe, du reste, dans tous les grands centres de population — a-t-elle atteint de] telles] proportions, qu'on s'y émeuve fort peu d'actes infâmes qui outragent la nature ?

Je me fais un scrupule d'exercer d'avance une influ- . ence quelconque sur votre esprit, madame.

Vous jugerez vous même et vous jugerez plus sainement, lorsque dans la deuxième partie de cet ouvrage je traiterai de la vie intérieure au Brésil et de la famille.

Mes réserves sont toutes faites cependant, à propos de la liste que je possède, écrite entièrement de la main du senhor Joâo Feireira Diaz; à moins qu'il ne faille comprendre quelques-uns des attentats, de la nature de ceux dont il est ici question, parmi les vingt quatre homicides et les trois actes de violence qu'elle signale. Tentative avortée ou crime suivi de mort, cela expliquerait à peu près le chilTre de 27 porté sur les registres de l'administration.

La nourriture des prisonniers est suffisante : elle nous a paru être de bonne qualité.

Trois fois par semaine, on leur donne une demi-livre de carne secca avec feijôes, et deux fois une livre de viande f raidie par tète. Le vendredi, chacun d'eux reçoit une livre de balcalhâo. Tous les jours ils ont 9 onces

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d'un pain blanc, qu'envieraient nos détenus et même nos soldats.

On tolère que ceux de la troisième catégorie, mais le dimanche seulement, achètent des fruits. Les spiritueux leur sont interdits rigoureusement.

L'article 13 du règlement permet aux presos des deuxième et troisième classes de se procurer du papier, des plumes et des livres. Le choix des ouvrages n'est pas laissé à leur arbitre ; il est nécessaire, pour qu'ils franchissent la porte de la prison, que les ouvrages demandés aient été approuvés, au préalable, par la commission inspectrice; celle-ci n'admet que les livres qui traitent de sujets religieux.

C'est l'administration qui se charge de toutes les dépenses.

L'argent des achats est avancé par elle. Chaque mois la balance s'établit, et, ce qui reste au prisonnier est déposé à la caisse économique, qui donne un intérêt de 6 p. 100. Tous possèdent une cadernetta ou livret, qui contient un compte courant.

Les peines disciplinaires pour les presos, rappellent quelque peu la discipline monastique. Ce sont : une augm'entation de travail et une diminution de nourriture, les fers, et, enfin, pour les cas graves, la chambre obscure.

Nous avons signalé ce cachot plongé complètement dans les ténèbres, mais où l'air, du moins, ne manque pas. 11 est expressément défendu d'y tenir un prisonnier, quelle que soit la faute commise, plus de 6 jours.

La chicote et le palmatorio, employés au Calabouço, n'ontaucunrôleàjouerdansla Casa Penitenciariade Rio.

11 convient de ne pas oublier que nous sommes dans un pays à esclaves, partant, un pays où existe forcément le préjugé de la couleur.

Or, les condamnés sont des blancs^ ou, du moins, des hommes libres! On respecte en eux la dignité humaine^ en ne les soumettant point à des châtiments corporels. Ici encore Tadministration est logique.

Le travail occupe onze heures par jour. Ce temps est un peu long sous une latitude où les forcefi s'épuisent si vite.

Les ofjxcinas s'ouvrent dès six heures du matin, et fonctionnent jusqu'à une heure de l'après-midi. — Repos jusqu'à trois heures. Le travail reprend alors et se termine à sept heures.

En môme temps qu'il apaise les révoltes de l'âme et qu'il discipline les esprits, le travail — un travail fructueux—éveille des idées d'ordre, de bien-être, d'une aisance acquise par des moyens honnêtes. Ces idées germent dans l'esprit des condamnés, pendant les heures laborieuses de la journée; elles se développent dans le silence des cellules, en attendant qu'elles s'épanouissent sous l'influence du soleil de la liberté.

Nous sommes loin de soutenir que la Casa Penitenciaria soit une espèce de purgatoire qui purifie nécessairement, complètement, ceux qui l'habitent. Lespresos ne sortent pas tous de l'établissement, revêtus d'une robe neuve de lin,baptisésunesecondefoisavec l'eau sainte du repentir.

Il y a au Brésil, comme partout — plus qu'ailleurs, si l'on veut— des natures indolentes et fougueuses, livrées à tout l'affaissement de la paresse, à tous les emportements de la passion; dominées par des préjugés barbares et plongées dans une ignorance profonde. On ne ramène pas facilement de pareils caractères. Il faut du temps, pour ouvrir les horizons du monde civilisé à des individus façonnés dès l'enfance à la fainéantise, et abandonnés à tous les vices d'une organisation sociale, basée sur l'esclavage.

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Mais cnaque jour accomplit sa tâche!

L'administration, en rendant un hommage, môme incomplet, aux grands principes humanitaires proclamés par les penseurs éminents des temps modernes; en établissant que le travail est un devoir et une condition— la première— de l'existence sociale,une loi décrétée et promulguée par Dieu môme; que le travail, enfin, est le lot de l'homme civilisé, plus encore que celui du sauvage ; qu'il classe les individus dans la cité, et leur donne les droits du citoyen; l'administration, en pesant par son règlement sur les préjugés et la routine, dégage réellement sa responsabilité. A elle revient l'honneur des conversions qui se produisent, sans qu'on puisse lui reprocher l'endurcissement des natures perverses, les méfaits de ceux qui retombent dans la mauvaise voie et qui meurent dans l'impénitence finale.

Les officinas ou ateliers fonctionnent aujourd'hui d'une manière satisfaisante, et le gouvernement commence à recueillir le fruit, en partie du moins, de ses sacrifices. Tous les ouvrages de serrurerie ont été fabriqués au dehors, il est vrai; mais, en ce moment, la Casa Penitenciaria possède d'habiles travailleurs qui rivaliseraient au besoin, avec les ouvriers libres de la cidade.

L'administr^ition peut très-bien se passer d'un secours étranger; elle reçoit des commandes maintenant, mais elle n'en fait plus.

Les vêtements, les chaussures que confectionnent les prisonniers, ont acquis â l'établissement une réputation justement méritée. Les clients, dont le nombre augmente chaque jour, traitent de gré à gré avec l'administration. Celle-ci n'est pas assez riche encore, pour avoir un dépôt considérable de marchandises. Les magasins sont vides ou à peu près ; les achats s'opèrent au fur et à mesure qu'arrivent les demandes. Le maroquin, le bois,

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le cuir, le drap, nécessaires aux travaux, ne mancpient donc jamais. Les aiguilles, les ciseaux, les marteaux, les scies et les vrilles fonctionnent du matin au soir, soùs la surveillance de maîtres expérimentés. L'administration est toujours en mesure de livrer, et elle livre incessamment, à,es> produits qui réunissent tous les titres exigés par les consommateurs : Excellente qualité des matières premières et meilleur marché qu'à la ville. Total : Bénéfice pour tous.

A la date de ma visite à la Casa da Correcçâo, l'établissement, y compris le Calabouço, était porté sur le budget du ministre de la justice pour une somme de 64contos de reis ou 192,000 francs. 11 rendait seulement 950,000 reis ou près de 3,000 (rancs.

Les 'dépenses sont loin d'être couvertes, sans doute ; mais il fallait former des ouvriers. Aujourd'hui, l'impulsion est imprimée, les rouages' fonctionnent à merveille, et la machine ne peut manquer de donner, dans une proportion toujours croissante, de beaux résultats. » La Casa Penitenciaria dépend du ministère de la justice.

L'administration, pour toute la Casa da Correcçâo, est ainsi composée :

\ directeur, 1 sous-directeur ou veador.

Il amanuenses ou employés de bureau, 4 feitores ou gardes pour les esclaves,

10 gardes pour les presos, ou soit 2 gardes pour 25 condamnés.

Il y a de plus :

1 chapelain,

2 médecins, Et puis :

1 chef d'atelier,

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1 barbier, 1 cuisinier.

Mais ces trois derniers emplois ne sont pas à la nomination du gouvernement; c'est Tadministration qui les donne, après s'être entendue avec ceux qui demandent t les remplir.

Le Conseil d'administration comprend un président et quatre membres. 11 est tenu de se réunir deux fois par mois, et l'un des membres, chacun à tour de rôle, doit visiter l'établissement toutes les semaines.

Le directeur remet mensuellement un rapport au Conseil; celui-ci rédige le sien d'après ce document, et le fait parvenir au gouvernement de Rio.

Nous avons décrit la salle du Conseil.

Le directeur est en même temps directeur du Calabouço, de la Casa Penitenciaria et des travaux. Il lui est alloué par l'État une somme- de 800,000 reis, ou soit 2,400 fr.; mais le cumul de ces trois places porte, en définitive, son traitement à 2,700,000 reis, ou soit 8,100 fr.

Le veador a 800,000 reis, soit 2,400 fr.

Le capellâo ou chapelain, 600,000 reis, soit 1,800 fr.

Le titulaire est en ce moment monsignor Narcizo Nepomucène da Silva, qui est aussi monsignor de la chapelle impériale.

Le premier médecin a 800,000 reis, soit 2,400 fr.

Le deuxième médecin, 600,000 reis, soit 1,800 fr.

Deux amanuenses touchent 600,000 reis, soit 1 ,800 fr.

Les autres sont moins bien rétribués :

Les gardes touchent 400,000 reis, soit 1,200 fr.

L'établissement alloue de plus, pour nourriture, au sous-directeur, au capellâo et aux gardes, 10,000 reis ou 30 fr. par mois; il leur doit aussi le logement.

Tous les employés et le directeur en tête, et aussi le

veador, — moins les médecins, commis de bureaux, chefs d'ateliers— sont obligés de résider dans la maison.

L'ancien président du Conseil était M. Carneiro Léâo, hier vicomte, aujourd'hui marquis de Parana.

11 n'a point encore été pourvu à son remplacement, et 1 intérim est fait depuis seize mois' par le veador, le senhor Joâo Paulo Ferreira Diaz, notre complaisant cicérone.

Les membres de l'administration sont :

Les Illustrissimes senhores (style brésilien) Joâo Manoel Perreira da Silva, avocat député; Francisco de Sales Terres Homen, lente &u professeur de philosophie au collège dom Pedro II; Augustino Marquez Perdigâo, Malaciras, avocat; Fausto Augusto de Aguiar, officiai major à la secrétairerie de l'Empire ; Candido Borges Monteiro, médecin de la maison de l'Empereur, et lente à l'école de médecine de Rio-de-Janeiro.

Nous omettons à dessein de parler de la chacara et de la buanderie, afin d'arriver plus tôt à la fin de la première partie de notre travail.

Maintenant, nous ne pouvons clore ce chapitre, sans prier le senhor veador de nous pardonner le petit mouvement de mauvaise humeur provoqué par son premier accueil, et, aussi, l'innocente boutade que nous a inspirée l'attitude belliqueuse de sa plume derrière l'oreille.

Que M. Joâo Paulo-Ferreira Diaz reçoive donc, avec nos remerciements pour l'empressement qu'il a mis à satisfaire notre curiosité , nos sincères félicitations à propos du cavaUherisme dont il ne s'est pas un seul instant départi, pendant tout le temps qu'à duré notre double visite à la Casa da Correcçào.

Est-il nécessaire, après avoir écrit la préface de ce volume, de déclarer que le fabricant d'allumettes n'avait

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aucun parti pris de dénigrement en recueillant ses notes ? qu'il n'a voulu qu'une chose : rendre sincèrement les impressions qu'il a éprouvées au contact de ce peuple neuf!

Ni pamphlétaire ni thuriféraire j telle a été, telle sera toujours sa devise.

Il a été sévère sans doute en parlant de la physionomie de Rio-de-Janeiro ; mais nul n'a le droit de lui reprocher d'avoir dénaturé les faits où surchargé ses tableaux.

Il a rendu volontiers hommage à qui de droit, lorsque Toccasion s'en est présentée, et, bien évidemment, les pages consacrées à la Casa da Correcçâo n'ont pas été écrites par un ennemi du Brésil,

Nous ne serions pas étonné, cependant, si cette épithète imméritée était encore accolée à notre nom.

11 faut qu'un écrivain consciencieux qui traite de rAmérique— par cela seul qu'il s'avise de soulever un coin du voile qui cache la physionomie do la. chaste épouse — ait sans cesse présente à la pensée, l'appréciation si judicieuse de l'Allemand de l'hôtel Lafourcade.

— Vous avez le droit de tout louer, tout indistinctement, mœurs, institutions et jusqu'à l'esclavage. Que votre admiration ouvre ses ailes, on veut bien le lui permettre ; mais gardez-vous de proférer une parole de blâme, et surtout de laisser éclater parfois votre indignation.

Nausier, a rendu la même idée en trois mots : « Ne vous étonnez pas trop, ne vous indignez jamais et admirez toujours. »

FlJN.

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