VI * PRÉFACE
rencontrer dans leursexcursions que des sujets d'admiration. Cela s'explique tout naturellement : ils n'ont vu le Brésil que d'un, côté, et c'est du beau.
Ces messieurs ont habité des^ppartements bien aérés ; ils ont bu frais par vingt-huit degrés Réaumur; ils ont diné aussi bien qu'à Paris ou à Londres, avec des convives, aimables toujours, et quelquefois distingués; ils ne sont sortis qu'en voiture ou en chaise à porteurs ; ils n'ont vu parmi leurs serviteurs que des visages riants. Et vous voulez qu'ils vous parlent d'une chaleur torréfiante qu'aucune pluie ne parvient à calmer, de l'ignorance abjectedes masses, de l'orgueil démesuré des blancs, des mœurs peu évangéliques du clergé, et momie des effets désastreux de l'esclavage!
Allons doncl Gela n'est pas possible.
Les voyageurs de cet ordre ignorent jusqu'aux véritables conditions de l'existence au Brésil; ils ne peuvent apprécier, par conséquent, les luttes acharnées, périlleuses, incessantes, que, pour vivre, il faut y soutenir, tant contre les hommes que contre les animaux, et contre un climat que M. Ferdinand Denisnecraint pasd'appeler : privilégié. Nécessairement pour eux, le Brésil n'est pas la patrie des barates, des cankerlats, des surucucus, des chiques, des araignées noires, des scorpions, des millepieds, des crapauds cornus, des fourmis voyageuses, et de ces terribles coupilhos (1), qui s*attaquent à tout : —
(1) Coupilho, fourmi blanche, une. des plaies de ce pays. J'ai eu deux malles de livres traversés en tous sens par ces rongeurs impitoyables. Une nuit leur suffit pour avoir raison d'une bibliothèque