CONCLUSION
1. Ici s'arrête l'histoire du Bréviaire Romain, des modifications qui ont été apportées dans le cours des âges, des transformations qu'on lui a fait subir : une nouvelle réforme verra-t-elle le jour dans un avenir plus ou moins éloigné ? Il est permis de le conjecturer quand on voit que Léon XIII a institué en 1902, une Commission chargée d'étudier les questions historico -liturgiques. Même les modifications apportées aux rubriques par le Souverain Pontife en 1897 ne semblent pas répondre aux desiderata plus d'une fois exprimés depuis
saint Pie V, notamment sous Benoît XIV et à l'occasion du Concile du Vatican : il est fâcheux aue Toffice férial n'ait pu être remis en honneur, que la concession des offices votifs soit venue presque aussitôt modifier pour beaucoup le plan que Léon XIII avait en vue, il est fâcheux aussi au'on ne se soit pas décidé à une nouvelle distribution du Psautier pour obvier à l'inconvénient de la monotonie, pour réduire la longueur de l'office de certaines fériés, surtout celle de l'office du dimanche.
Toujours en vue d'abréger certains offices, peut-être serait-il opportun de réduire l'étendue qu'ont prise certaines légendes du second nocturne, particulièrement durant la période moderne ; l'inconvénient s'en fait spécialement sentir, depuis le décret limitant les translations de fêtes, quand il faut placer en neuvième leçon la légende du saint (deux et souvent trois leçons en une, alors qu'une seule de ces leçons est l'équivalent de trois).
En ce qui concerne les extraits des saints Pères, il y aurait lieu de tenir compte des critiques et des études qui ont été faites récemment, (c Dans la plupart des offices ajoutés de nos jours, dit à ce sujet D. Morin (1), on ne semble pas avoir apporté beaucoup de soin à ne choisir, en fait de sermons ou homélies que des pièces authentiques. C'est ainsi, par exemple, que malgré les diverses refontes auxquelles il a été soumis à si peu d'intervalle, Toffice de l'Immaculée Conception, si important au point de vue dogmatia ue, offre comme leçons du second nocturne un passage ae la fameuse pièce soitdisant hiéronymienne Cogitis me, dont les esprits fins du neuvième siècle avaient déjà révoqué en doute l'authenticité, et que toLS les critiques sans exception, depuis Baronius,ontrejetée comme manifestementapocryphe. . . Nous avons là une pieuse fraude du docte abbé Amoroise Autpert,rundesécrivainsdontlesécritsont exercé le plus d'influence sur le développement de la doctrine mariologique avant Charlemagne... » « Tant que l'Eglise
(1) Lbê Lêoonê apoerapheê du BrMaire Romain, — Art. de la Mêoue bénédiotine de 1891, p. 271.
romaine persiste à faire usage de ces morceaux, ajoute D. Morin, ceux-ci reçoivent d'elle évidemment une a utoritô qui n'a rien à faire avec leur origine réelle. Cette autorité, je la révère, comme tout bon catholique, et la mets expressément hors de cause dans cette étude. » Et l'article signalé ne comprend pas moins de huit pages d'observations critiques à propos d'offices obligatoires pour toute l'Eglise latine.
Enfin, le calendrier romain devenant de plus en plus chargé par suite des nouvelles canonisations, viendra un moment où la nécessité s'imposera de faire un choix, de se limiter à l'office des saints ou plus connus, ou plus spécialement en honneur à cause de leur puissance d'intercession ou de la dévotion populaire dont ils sont l'objet.
2. L'unité de la tradition liturgique n'en saurait être atteinte. De fait, cette unité n'a pas eu à souffrir des transformations légitimes par lequel l'office est passé dans la suite des siècles : <k Le livre officiel de la prière de l'Eglise est resté dans son ensemble celui qu'avait prescrit le pape saint Pie V. Dans son essence, le Bréviaire de ce dernier est le même que celui d'Innocent III et de la chapelle pontificale au xni® siècle. A son tour celui-ci n'est qu'un abrégé de l'office public récité aux vin®, ix*, x® et xi® siècles dans les basiliques romaines, ainsi que dans les cathédrales de France, d'Allemagne et d'Angleterre : l'abréviation ne porte que sur quelques parties, de là le nom de Breoiarium. Léon III et Charlemagne ne s'imaginaient pas réciter, sauf quelques additions, un autre office que celui qu'avaient prescrit le pape saint Grégoire le Grand ou ses disciples. L'œuvre de Grégoire n'était rien autre chose qu'une codification et abréviation logique des heures canoniales usitées aux iv®, v® et vi® siècles à Rome et dans toute l'Italie et môme en dehors de l'Italie. Ainsi les heures canoniales sont comme la floraison magnifiùue du service divin dont le germe avait été déposé aès les temps apostoliques ; c'est l'expansion vivace d'un rite de prières ayant sa racine dans les tendances du cœur humain et dans les relations de l'homme
et du chrétien avec son Créateur et son Rédempt2ur...(l)»
Concluons par ces paroles du même D. Baumer : « La psalmodie sur la terre ou les louanges de Dieu que font retentir les bouches des prêtres et des moines, soit dans leur cellule retirée, soit dans le chœur de l'église publique^ ne sont que l'écho de ces chants éternellement nouveaux, que les élus, unis aux chœurs des saints Anges, font entendre avec des mélodies ravissantes dans la Jérusalem céleste, devant le trône de l'Agneau. Puissions-nous tous être élus pour aller nous associer dans l'éternité aux chœurs de ces esprits bienheureux. Ici-bas, durant ce temps d'exil, exerçons-nous avec ferveur à ce oui doit être notre occupation sans fin dans le royaume de la béatitude, dans la maison de notre Père. »
Ui in omnibus honoriflcetur Deus^per Jesum Christum, eui est gloria et imperium in sœeiUa sœeulorum. Amen (2).