‹ Le bréviaire romain, ses origines, son histoireChapitre 2 sur 30 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1 . — L'histoire du Bréviaire Romain est trop peu connue même de ceux à qui l'Eglise impose Tobligation de le réciter chaque jour. Par ses origines, par les formules dont il se compose, comme par sa divine destination, il forme le pendant du sacrifice eucharistique. Aux premiers jours du christianisme, saint Paul exhorte les fidèles à épancher leurs cœurs devant Dieu « par des psaumes j des hymnes, des cantiques spirituels» (Colos., m, 16). Ailleurs, il demande « que par Jésus nous offrions sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c^est à-dire le fruit des lèvres qui célèbrent son nomi» (Hebr., xiii, 15). — Tous les Apôtres et leurs premiers coopérateurs dans la prédication évangélique donnent Texemple de cette application à la prière : ils récitent ensemble, à des heures déterminées, aes formules qui sont l'expression de l'hommage rendu à Dieu, « une préparation et un voile, un écho et une répercussion du sacrifice sacramentel, de l'idée sacrificielle et du culte sacrificiel ».

Dom Baum(T (1), qui caractérise en ces termes l'Office de l'Eglise, remarque q^u'il est « une des principales expressions de l'adoration çubliauedue à Dieu, que d'après Tidée primitive cette prière doit être récitée publiquement dans l'église par un chœur de prêtres, de moines ou de vierges, avec la participation du peuple dans la mesure du possible. » Même dans la réci-

(1) Hiêtoire du Brénairet traduction par D. Biron. 2 vol. in-8, chez Letouzey et Ané, Paris, 1905*

talion privée de l'office divin, le prêtre, les ministres revêtus des ordres sacrés doivent se rappeler qu'ils sont les organes de Jésus-Christ parlant à son Père, les intermédiaires officiels de tous les hommes pour tenir leur place auprès de Dieu et lui offrir constamment les louanges auxquelles il a droit : cette commission authentique, ils Vxmt reçue de l'Eglise en qui le Sauveur des hommes a déposé dans ce monde toute sa puissance et toute son autorité.

Il est intéressant de suivre à travers les siècles le développement de cette pensée, et c'est ce que nous nous proposons de faire, en résumant l'œuvre considérable de Dom Baumer. Nous espérons par là rendre service aux prêtres du saint ministère qui n'auraient ni les ressources ni le temps nécessaire pour suivre le savant bénédictin dans les développements qu'il a donnés à l'étude du Bréviaire Romain. Il est à souhaiter néanmoins que quelques-uns, après nous avoir lu, veuillent connaître par eux-mêmes le maître que nous avons pris pour guide ; avec nous, ils rendront hommage au mérite de l'auteur, qui non content de puiser ses inspirations dans les Institutions liturgiques de Dom Guéranger, a voulu étudier personnellement les sources, recourir aux nombreux travaux contemporains sur l'antiquité chrétienne, les rectifier au besoin, utiliser dans ce but les meilleures méthodes de recherches des temps modernes. — Un ouvrage moins volumineux auquel nous avons fait aussi plusieurs emprunts est V Histoire du Bréviaire Romain par Mgr Batiffol. « Ce travail a le mérite de donner une idée claire de l'évolution du Bréviaire à l'aide des découvertes les plus récentes ; il offre aussi des matériaux et des points de vue tout à fait nouveaux (1). »

Mieux intruits par ces lectures, puissions-nous tous mieux apprécier le Bréviaire que la sainte Eglise nous a confié, et remplir avec le plus saint respect, avec toute la ferveur des premiers jours, le grand devoir de la prière officielle, réaliser enfin plus parfaitement par

(I) Préface de D. Baamer, dans l'oavrage que nous venons de signaler, tom. f, p. ix.

ce moyen le règne de Dieu dans nos âmes sacerdotales, pour rétablir dans l'àme des fidèles confiés à nos soins.

2. — Faire l'histoire du Bréviaire Romain, c'est dire sa formation, ses développements, ses transiormations successives. Le Livre de la Prière publique n'est point une œuvre qui fut parfaite dès la première heure ; cette œuvre se forma lentement grâce au concours des fidèles et des pasteurs ; chaque siècle a fourni des matériaux pour la construction de ce bel édifice. L'autorité divine des Pontifes n'y intervint qu'assez tard, plutôt pour protéger les progrès et les développements que pour les arrêter ; l'institution de la Congrégation des Rites par Sixte-Quint, puis, à la fin du xix® siècle, les modifications apportées par Léon XIII, la création d'une commission liturgique par ce même Pontife, nous disent assez que, si le Livre de la Prière officielle reste le même dans son ensemble, il peut même de nos jours recevoir des perfectionnements et améliorations de détail.

On peut distinguer trois périodes principales dans l'histoire du Bréviaire : la période des Pères, Isipériode du Moyen Age et la période moderne. — 1. La période des Pères, qu on pourrait appeler />^r£Oc?e déformation, nous présente, comme en germe, la distinction des heures canoniales et leurs éléments constitutifs : elle va des premières années de l'Eglise au pontificat de saint Grégoire le Grand (de la fin du i®** siècle à la fin du VI*). — 2, La période du Moyen Age s'ouvre avec saint Grégoire le Grand ; l'office romain y est constitué, reçoit des modifications par suite de l'influence carolingienne ; saint Grégoire Vil le protège contre les excès de l'influence séculière jusqu'à ce que l'office de la curie romaine, répandu dans toute l'Eglise latine, provoque des tentatives de réforme restées infructueuses avant le Concile de Trente (de la fin du vi* siècle au milieu du xvi«). — 3. La pénode moderne commence avec le Concile de Trente, est signalée par le Bréviaire de saint Pie V, Breoiarium Pianum, imposé à toute l'Eglise, corrigé dans ses parties défectueuses par les papes Clément Vlll et Urbain VIII, supplanté pour

un temps en France par des bréviaires de production gallicane et janséniste, reconnu défectueux en certaines parties par Benoît XIV qui se propose d'en faire une correction, repris par tous les diocèses de France, mais toujours ouvert aux améliorations, . sous le contrôle des Souverains Pontifes et des Congrégations ou Commissions établies pour l'unification du Livre de la prière liturgique (de la fin du xvi® siècle jusqu'à nos jours). Ces trois périodes formeront les trois parties de notre résumé.

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