‹ Le buddhisme, son fondateur et ses écrituresChapitre 4 sur 6 · II · texte numérisé non relu

II

PES ÉCRIIUKËS ORIUISALES liL' BOLÜDHIS.HE.

J’en lis qui sont du Nord et qui sont du Midi.

(Lafontaine.)

< In se plaignait avec raison jusqu’au commencement de ce siècle l’e ce que des documents anciens et authentiques manquaient complètement à riùsloire du bouddhisme. En effet, on n’avait appris à connaître cette religion que dans des pays éloignés de son berceau, et dans des livres où la pensée de ses auteurs avait été altérée de mille manières. Mais les événements ont mis entre les mains des savants des sources abondantes en plusieurs langues et le premier travail dont elles ont été l’objet tend à établir entre elles un ordre chronologique qui sert à fixer les phases principales de la doctrine ellemême dans son développement le plus ancien. Il est par conséquent de quelque importance de savoir à quoi s’en tenir sur l’existence d’un corps d’écritures qui a porté au loin la révolution intellectuelle provoquée dans l’Inde par le fondateur du bouddhisme.

Trois puissances avaient été instituées par Gàkyamouni pour régir le monde moral : le Bouddha, auteur et révélateur de la doctrine .; la

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Loi {Dharma) qui est la vérité même, et l’Assemblée (Sangha) qui est l’interprète et la gardienne de la Loi. Les trois termes de cette triade philosophique remplaçaient les noms divins d’Indra, de Varouna et d’Agni, formant la triade qui dominait toute la hiérarchie des Dévas dans le naturalisme védique. Mais la foi au Bouddha, qui entraînait la foi à la doctrine libératrice et l’obéissance à l’Assemblée des Religieux, ne pouvait subsister sans le secours d’un code écrit qui perpétuât l’enseignement oral du Maître et qui servît à prévenir les fluctuations nécessaires de la tradition. Si profonde que l’on suppose l’impression produite par la parole de Çâkya, si général que l’on se représente l’élan qui a poussé vers lui des milliers d’auditeurs et de disciples, l’autorité de la doctrine nouvelle aurait été promptement ébranlée par des dissentiments suivis d’une polémique, si l’on n’avait pu invoquer une collection de livres qui seraient réputés émaner du fondateur même de cette doctrine. Le pouvoir collectif qu’il avait attribué au corps des Bhikschous en faisait un concile permanent auquel toutes les questions de croyance et de discipline devaient être déférées : aussi c’est à Thistoire des premières assemblées que se rattache celle des livres originaux qui nous sont donnés comme les écritures du bouddhisme. On va voir à l’instant sous qiu-l rapport elles devaient différer des livres sacrés du Brâhmanisme, et en général des productions nationales de la littérature sanscrite.

Çàkyamouni, pendant sa carrière publique, avait usé d’un procédé tout nouveau dans la vie intellectuelle de l’Inde. Il avait été novateur jusque dans sa méthode : l’enseignement qu’il donnait lui-même était pleinement extérieur; sa forme ordinaire était la prédication, et l'on conçoit sans peine quelle étonnante popularité il acquit tout d’abord. En effet, exempt des entraves ou des obscurités d’une versification savante, dégagé de discussions subtiles, cet enseignement se produisait devant tous et continuait tous les jours avec la même simplicité ; formules très-courtes de métaphysique, sentences morales, exhortations, légendes et récits donnés en confirmation des idées ou des préceptes, tels étaient les seuls objets de l’entretien de l’Asrète Gautamide avec le peuple. Sa doctrine, qui émancipait les masses et qui leur annonçait une libération future des liens de l’existence, avait en elle-même beaucoup d’attraits, et elle agissait sur elles avec d’autant plus d’empire, qu’elle leur était communiquée dans un langage clair, sans appareil de gloses et de commentaires prolixes.

Les premiers disciples de Bhagavat imitèrent sans doute son exemple, et ne tirent que prêcher sur les mêmes sujets. Mais, quand vint le moment où ils voulurent fixer leur doctrine commune par

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l’écriîure, la tradilion orale ne leur fournit pas immédiatement les matériaux d’un recueil de livres sacré.s comparables à ceux de leurs adversaires religieux, dont le fond s’était enrichi des aventures et des mythes de l’âge héroïque des Aryas. La médiocrité incontestable du bouddhisme sous le rapport littéraire s’explique très-bien par la source de ses anciens livres qui était la prédication, et par la précipitation avec laquelle ils furent rédigés une première fois. D'un autre côté, la doctrine y gagnait en ce sens, que, comme une sorte de dévotion aisée, elle recrutait ceux qu’effrayaient les difficultés de la science brahmanique

11 est encore une autre raison qui rend compte des efforts tentés par le bouddhisme triomphant pour se créer une littérature écrite : malgré l'éclat et la rapidité des conversions qu’il avait opérées, il était encore menacé par l’opposition opiniâtre des Brâhraanes qui se prévalaient hautement de l’antiquité de leurs livres. A son tour, il réalisa un corps d’écritures soi-disant révélées par le sage qui était l’incarnation de la plus haute sagesse, et il l’opposa aux chants sacrés que les dieux du Véda avaient inspirés aux plus anciens Hischis de l’Inde, ainsi qu’aux traités philosophiques des écoles des Brahmanes. 11 est, certes, fort curieux d’observer comment s’est formé, dans ce but, un second cycle de la littérature indienne, dont l’importance philosophique et historique n’avait pas été aperçue jusqu’à ces derniers temps

Les circonstances au milieu desquelles est né le l>ouddhisme ont donné à sa littérature religieuse un caractère absolument neuf sous le rapport de la forme. Elle ne s’est pas renfermée dans l’usage de la langue des Aryas, qui avait pris le nom de Sanscrit (parfait, achevé), et qui n’était bientôt plus 1e partage que des hommes des classes privilégiées Elle a pris pour organes, en concurrence avec la langue savante, les idiomes vulgaires qui en étaient issus, et qu’avaient parlés sans doute les premiers apôtres du bouddhisme. Selon toute apparence, il y eut des livres rédigés une première fois dans l’Inde, nonseulement en pâli, mais encore dans les principaux dialectes appelés

' )>VBS0Vf, Jntroduclion, p. 194-96.

* Nous omettons à dessein les noms indiens des livres qui feront l’objet de nos aperçus, afin de|ne pas causer à l’esprit des lecteurs une fatigue importune ; nous n’avons pas besoin, d’ailleurs, de dresser fidèlement ici la liste de ces livres peur en faire apprécier le sujet et la de.-tination. ‘

La langue antique, polie par une longue culture, a éié l’objet de la science grammaticale, fort précoce dans l’inde, puisque ses plus fameux traites ont vu le jour avant le bouddhisme.

du nom générique de Pracrils (dérivé.s, inférieurs), telsqueleMagadha, idiome du royaume de ce nom, et dont Çakyaraouni avait dû faire lui-même usage .\in.si des moyens assurés de popularité et de propagande étaient fournis par les vicissitudes du langage aux réformateurs *de la société indienne.

On n'a pas encore déterminé en quelle langue fut rédigée la première collection des écritures bouddhiques, et à quel point les idiomes vulgaires y furent mêlés à des textes véritablement sanscrits : on a du moins acquis la conviction que les livres des bouddhistes du Nord et du Sud, ont eu pour source commune des canons établis par les premiers conciles du bouddhisme indien. De part et d’autre, on parle de trois conciles où étaient réunis les Arhats on\énérables d’entre les sectateurs de la Loi. Oo est d’accord sur la date et le but des deux premiers : l’un aurait eu lieu à Râdjagriha, ancienne capitale du Magadha, immédiatement après lajmort de Bouddha, le second cent ans plus tard, à Patalipoutra, nouvelle capitale du même royaume. On aurait agité et résolu dans celui-ci des questions graves relatives aux erreurs qui s’étaient glissées dans la di^cipltne religieuse. Mais la tâche du troisième concile est d'une importance majeure dans l’histoire des écritures bouddhiques, puisque la destination particulière des livres y fut fixée, le dogme et la discipline consolidés, et l’obligation d’enseigner la Loi à tous les peuples solennellement reconnue. Seulement, les Singbalais placent le troisième concile à Patalipoutra, sous le règne du fameux protecteur du bouddhi.sme, Asoka, 218 ans après Bouddha, à une datequ’il n’est pas actuellement permis de préciser (de 346à246av. J. -G.) Les Népalais, au contraire, font co'incider cette troisième assemblée avec le règne de Kanischka ou Kanerkès, prince fort célèbre, qui gouvernait le Kachernire et des contrées du Nord où le sanscrit avait été cultivé sans interruption. Les faits présentent à cet endroit une dissidence que la critique n’est pas encore en mesure de pleinement concilier. Voyons maintenant, en général, comment les idées reçues parmi les religieux et les fidèles du bouddhisme primitif ont été déposées dans une série considérable d’ouvrages.

Le fait essentiel qui dominait tout travail de rédaction dans les assemblées bouddhiques, c’est l'obligation de conserver dans son intégrité la parole de Çàkyamouni. On ne songea pas sans doute à confier

' Voy. les leçons citées de Weber, p. 169-170 p. 258. Dès 1827, .M. Bcrnocf a’-ait entrepris ries reche ches neuves sur le. pâli, en prévision des résultats considérables que cette langue fournirait à l’iiistoiie du Boudiihisme ; il en a recueilli lui-même les fruits dans les sa'^anti Mémoires nui forment l’<\ppendice du Lohn.

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plus longtemps à la mémoire un enseignement si étendu, chargé de démonstrations et d’exemples, dans un style qui, d’ailleurs, n’offrait pas la ressource d’une mesure uniforme. On assembla donc en un i;orps d’ouvrage les discours, les entretiens, les exhortations du llouddha, en invoquant les souvenirs de ses plus illustres disciples : chaque croyance, chaque doctrine y fut insérée à son tour sous sa forme traditionnelle de prédication ou de dialogue. Ainsi se formèrent les Sontras dont le fond a pour garantie d’authenticité le mode d’ex- (losition quiétaitpropre à l’auteur même de la religion '.Quant au nom même de iSo?</ras,il a été emprunté par les bouddhistes à la langue exégétique du Véda, où il désignait un genre d’écrits tout récents qui résumait en axiomes les connaissances si variées répandues dans les Brâhinanas A la classe des discours qui comprennent , avec une grande profusion de légendes, tous les points de la croyance, on a rattaché, sous le titre de Vinaya,uï\e classe de traités consacrés plus spécialement à la discipline. Tous les conseils que le Bouddha avait donnés sur la vie religieuse y étaient réunis, amplifiés et commentés à l’aide d’anecdotçs et d’exemples. Enfin, dans une autre classe d’écrits qui portait le nom à' Abhidharma, les principes de métaphysique, recueillis isolément de la bouche du Bouddha, étaient l’objet d’une exposition suivie et systématique.

Ainsi se sont formées trois catégories de livres, inspirées d’autorité par l’Assemblée à tous ceux qui composaient l’église bouddhique. Mais, malgré le grand nombre de légendes et d’histoires à l’aide desquelles on a voulu les rehausser, cette littérature philosophique et disciplinaire ne supporterait point de parallèle avec la littérature à la fois poétique et savante du brahmanisme ancien : en jetant les yeux sur les monuments de la première, on aperçoit bientôt à quel point elle confirme l'antériorité et atteste la supériorité de la seconde.

Les livres bouddhiques, en effet, abondent en passages où sont cités les textes sacrés de la religion qu’ils combattent, les Védas, les Jtihûsas, etc., textes que, dans son enfance, le Bouddha interprétait avec une habileté supérieure^ ; ensuite ils sont pleins d’allusions à la mythologie indienne dans sa première phase. Car ce sont des dieux de création antique, ceux des hymnes du Véda, Indra ou Sakra à leur tête, forment la cour du Bouddha, leur maître à tous. Les sages, les prophètes de la race des Aryas sont en même temps donnés pour au-

Voy. Lotus de la Bonne-Loi, Appendice xxi, p. 866.

Voy. Weber; Leçons de littérature indienne, p. 14-16, note, p. 254.

' Voy. ]e Lalita-Vistdra, chap. xii, p. 160-51, Introduction, p. 161-52.

LF. BOUDDHISME.

cêtres aux pen.senr«pt aux ascètes qui ont einlu’assé la Bonne-Loi. De plus, les So/'etras citent avec complaisance des génies ou demi-dieux inconnus aux livres interprétatifs du Véda : c’est à dessein sans doute qu’on y a prodigué des noms divins, agréables à la foule *.

Que les écrivains bouddhistes aient eu constamment sous les yeux des modèles bien connus, on ne peut en faire le moindre doute, quand on retrouve dans leurs pages l’empreinte du génie littéraire qui a été propre aux Hindous dès les premiers siècles de leur civilisation : longs récits, redites monotones, jeux de versification, ce sont autant de caractères par lesquels se trahit dans la forme leur rôle d’imitateurs, alors qu’ils ne rapportent pas simplement les paroles de Bouddha. Et, si l’on veut une autre preuve de la supériorité intellectuelle du Brahmanisme, on n’a qu’à jeter les yeux sur les immenses recueils encyclopédiques formés beaucoup plus tard par les bouddhistes , dans les Etats étrangers à l’Inde où ils dominèrent. Quand ils eurent besoin d’une bibliothèque savante, ils ne surent que copier les traités bràlimaniques écrits en sanscrit sur les arts et les sciences, et c’est de traductions de ces livresque se compose en grande partie le S tanrj y our des Tibétains, répertoire de littérature profaneen 223 volumes ^2. Le bouddhisme s’était donc constitué tributaire de son rival, quand il portait hors de l’Inde, avec ses dogmes et sa morale, les connaissances nécessaires à toute société civilisée: contemplatif et ascétique, il n'avait fait lui-même aucune conquête dans le domaine de la science.

Mais, quand il s’agit déjuger l’ensemble des livres bouddhiques tomme symbole de la religion de Çàkya,on n’a rien à faire des volumineuses collections qui ont passé des Tibétains aux Chinois et aux peuples Tartares, et qui renferment à peu près tout le savoir des grands peuples asiatiques où cette religion domine encore; il faut considérer uniquement les traités qui s’adressaient à la conscience des sectateurs du Bouddha à l'époque de la première expansion de sa doctrine. On a le plus grand intérêt à rechercher en quoi consistait la première loi écrite d’où sont dérivés les livres sacrés des Népalais et en général des bouddhistes du Nord, ainsi que ceux des Singhalais et des bouddhistes du Midi. Or, il paraît indubitable que ce recueil primitif, dit Tripitakâ, se composait de trois corbeilles ' PitaJ,a<) on sec-

' Tels sont ceux de Yakschas, de Garoudas, de Kinnara'!, de Xâgas et de Mahoragas. Conf. TVeber, Leçons citées, p. 262-64. Introduction, p. nii et suiv.

* Une seconde colleciion, le Kah-your, est le recueil ofliciéi des écritures tibéiaines en 100 volumes, décrit dans les travaux de Csoma et de Schmidt. Voy. la préface de M Fol'caux à son édition tibétaine du Laliln-Hsidra, qui est intitulée Ryya-Cher-Ilot-Pa dans le susdit recueil, p. vi-x.

LE BOl^DDHISME.

lions : les SfMtrasnn discours, le Vinaya ou la discipline, V Abhidharma ou la métaphysique. On retrouve en effet des traces de cette même division dans les livres sanscrits du Népal, découverts il y a vingtcinq ans par M. Hodgson, et dans les livres pâlis de Ceylan , traduits et commentés en singhalais, et, quand on y regarde de près, on aperçoit que les différences entre les livres de ces deux catégories sont plutôt dans la classification et dans l’exposition que dans le fond même.

Le Népal a conservé dans ses cloîtres les originaux sanscrits, rédigés au nord de l’Inde, des livres canoniques que les Chinois, les Tibétains', les Mongols^ les Mandchous et les Kalmoucks ont traduits avec une exactitude poussée à l’excès dans leurs langues nationales : on peut dire de ces livres qu’ils ont servi de fondement à la profession du bouddhisme , toutes les fois que de grandes populations de race septentrionale se sont converties à sa Loi. Il n’y a rien d’invraisemblable dans la tradition des Népalais qui suppose que leurs livres ont été composés dans leur ordre actuel, au Kâchemire, sous le roi Kanischka , dans un concile où les religieux instruits étaient en majorité : quand même plusieurs livres auraient été écrits antérieurement en Magndha, rien n’empêche de croire qu’on ait fait en celte circonstance une rédaction générale des écritures en sanscrit '' et que les textes aient pu être retouchés plus tard encore, quand la persécution chassa de l’Inde des migrations considérables de bouddhistes.

Quant aux livres pâlis qui nous sont le mieux connus par le recueil (|u’en ont fait les Singhalais, ils ont été écrits dans ITnde, et même selon toute apparence, ils ont été rédigés d’ancienne date en cette langue, en faveur de certaines classes de la société, en même temps que les mêmes ouvrages étaient rédigés en sanscrit pour des classes plus élevées. En raison des passages saillants, qui, dans plusieurs Suûfrns sont à peu près identiques en sanscrit et en pâli^, on a conjecturé sans témérité aucune l’existence d’une double rédaction authentique des Soûtras, l’une, pâlie , exécutée par exemple dans le

' Si des versions chinoises furent faites dès le commencement de l’ère chrélienne, les versions tibétaines ne furent exécutées qu’entre le vu» siècle et le xi».

* On ne peut reporter au-delà du xii® siècle les versions des Mongols qui eurent les premiers par les Tartares une littérature bouddhique.

* Le Kanerkès des médailles indo-scylhiques qui régna jusqu’à l’an 40 après Jésus-Lin ist. Voy. le Mémoire historique et géographique sur l’Inde, par M. Rei- NACii, ji. 71-78 (Paris, 1849).

* Burnouf, Introduction, p. 27-28. Weber, Leçons, p. 25G-59.

“ Voir les exemples qu’en donne M. Burnouf dans un mémoire spécial {Lotus, Appendice, p. 8G0, 862, SGG).

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Magadha et le royaume d’Aoude, et destinée aux castes inférieures , l’autre, sanscrite, destinée aux lecteurs de caste savante.

Dès à présent, il est permis de signaler le genre de résultats que l’on peut attendre d’une élude comparative et complète des deux collections canoniques du Nord et du Sud. D’une part, on aperçoit la collection du Nord soumise,jusqu’à des époques très-voisines de nous, à une élaboration dans le travail de laquelle disparaît le principe primitif ; d’autre part, on présume que, chez les bouddhistes du Sud, on a arrêté à une époque déjà ancienne la forme authentique des livres canoniques, pour s’en tenir à un travail de commentaires et de gloses. La tâche future de la haute érudition consistera à assembler les livres des deux collections, à les publier, à les traduire, à les commenter, afin de prononcer, en toute sûreté de critique, sur l'identité de leur source, et sur le mode particulier de" leur développement’. Il suffit de savoir, à l'heure qu’il est, que les monuments littéraires de la première période du bouddhisme offrent dans leurs caractères généraux des preuves de leur unité d’origine, et que les traces de nouveauté qu’ils présentent ont rapport surtout à des usages particuliers à chaque race, ou à quelques points de doctrine modifiés sous l’empire des événements. M. Spence Hardy est resté convaincu de cette affinité primitive des écritures bouddhiques, après avoir combiné les conclusions de ses propres recherches sur le bouddhisme de Ceylan avec celles’de M. Hodgson sur le bouddhisme du Népal, ainsi que les études deRémusat et de Klaproth sur les livres chinois relatifs à la religion de Fo -.

Le premier recueil sur lequel s’est portée l’attention des savants est la bibliothèque bouddhique, en sanscrit, que M. Hodgson a tirée des monastères du Népal et dont il a adressé des copies exactes aux sociétés asiatiques de l’Inde et de l’Europe. Cette collection de quatrevingt-huit ouvrages composés tant en vers qu’en prose a été explorée avec un zèle digne de la libéralité du diplomate anglais, et c’est de son étude approfondie queM. E. Burnouf a fait jaillir cette vive lumière qu’il a répandue sur les origines du bouddhisme, considéré désormais comme un fait indien

’ Voy. Bi'RsoiF, Lotus, p. 859.

* Manual of Budhism, p. 357-58. — On <t droit, au reste, d’étre surpris que l’auteur anglais, qui vient d’imprimer son livre à Londre.', n’ait pas pris la peine de consulter avec les travaux de Hodgson Vlntroduclion de M. Burnouf, qui a paru en 1844.

^ Introduction d l’histoire du Bouddhisme indien, second mémoire, p. 33 et suiv.; p. 574.

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Dans toute l’étendue des textes népalais, il y a des indices si fréquents du partage des livres révélés en trois classes, qu’on a lieu de croire que ce partage a été fait d’un commun accord par les premiers successeurs de Çàkyamouni. Mais ce n’est pas à dire que les livres principaux qui appartiennent à ces trois classes aient été rédigés intégralement à l’époque fort ancienne où la tradition a élé consignée par écrit. Il y a une telle différence de l’un à l’autre dans les propositions du texte, et surtout dans la manière de traiter les mêmes sujets, qu’on doit placer la composition des livres les plus volumineux à des dates plus modernes. Ainsi le titre de Soûtras qui s’applique au plus grand nombre des livres ne garantit pas toujours dans la forme une imitation simple et fidèle de l’enseignement du Bouddha.

Il est des Soûtras plus courts, plus simples, et partant plus vrais, en ce sens qu’on peut les considérer comme les annales de la prédication de Çàkyamouni : ils renferment des tii ades en vers qui ne font pas contraste avec le reste de l’ouvrage, et qui semblent se rapporter à l’usage que le Bouddha lui-même faisait fréquemment de sentences métriques mais il est d’autres Sotdras, qui sont les plus vantés, et qui se sont grossis d’éléments nouveaux et étrangers à la prédication. Si les sectaires ont pu leur imposer le nom de.Soê/<rfls, de grand véhicule {mahôyana) ou de grand développement (ma/iâvaipoulya), la critique européenne n’hésite pas à les rattacher à une seconde phase du bouddhisme, fort éloignée par son esprit du berceau de cette religion. Ils doivent être placés à une grande distance des Soi'di'os simples sous le rapport de la composition même.

D’un côté. Bouddha est placé au milieu d’une assemblée humaine : des Dévas l’écartent, mais en restant invisibles aux autres auditeurs qui sont des milliers d’hommes convertis, des marchands et des brahmanes, des maîtres de maison, en un mot des gens de toute classe -. De l’autre, Çàkyamouni est entouré de Bouddhas humains et surhumains; il ne fait aucun mouvement sans être excité et applaudi par des myriades de dieux et de génies; il convertit beaucoup moins des hommes que des êtres fabuleux, des Bodhisaltvas de mondes imaginaires. Dans les Soûtras simples, le bouddhisme se présente comme une doctrine morale qui produit la conviction par l’ascendant des vertus de son auteur, et tous les détails qui ont trait au Brâhmanisme sont em-

' Les « stances du solitaire, » Mouni-Gdthds, sont désignées expressément dans une ancienne inscription, celle de Babhra [Lotus de la Bonne-Loi, Appendice, n" X, p. 715). — Observons en passant que riniprovisalioii de vers gnomiqucs a été foit ancienne dans l’Inde comme dans la Grèce.

’ Bi'hxovF, Introduction, p. 118-22. Lotus, note, p. 302-3.

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pruntés à une tradition mythologique de beaucoup antérieure à l’àge des Pourânas Dans les développés, l’euseiguenient

moral est comme élouflë par l'enseignement métaphysique et mystique, et les conceptions les plus bizarres, qui forment la mise en scène, rappellent fort souvent, moins l’art du style, ce dévergondage d'imagination qui a produit les poèmes pouràniques . derniers d’entre les grands monuments de la littérature sanscrite*. Enfin, dans les premiers, le sanscrit n’est déjà plus une langue pure; mais ce fait trouve sa raison dans les vicissitudes auxquelles les bouddhistes ont été exposés dans les contrées de l’Inde. Dans les seconds, le sanscrit est non-seulement incorrect, mais mêlé de formes pâlies et pracrites, surtout dans la partie poétique du texte^ : car, si, dans les anciens Soûtras, les vers valent la prose, presque toujours dans les seconds, le même thème est d’abord exposé en prose dans des propositions périodiques d’une longueur énorme ; puis, il est repris immédiatement en vers, avec ampleur, mais avec diffusion, dans un langage moins égal et moins ferme. En outre, on voit apparaître çà et là dans les Soûtras de date postérieure des phrases de mots incohérents et de syllabes répétées au hasard, qui forment des Dharanh ou formules magiques.

Le Vinaya ou la Discipline n’occupe pas grande place dans la collection népalaise, peut-être parce que les Religieux n'ont pas entendu multiplier et vulgariser les livres qui s’occupent de leur vie intérieure, de leurs pratiques et de leurs privilèges. La classe fort nombreuse des Avadânas ou légendes remplace les traités purement disciplinaires et complète la partie traditionnelle et anecdotique des Soûtras. L’ Abhidharma ou ln^iVétaphysique n’est aussi représentée que par uu petit nombre de livres consacrés au développement des axiomes d’ontologie épars dans les discours et les entretiens du Bouddha ; il va de soi que cette partie spéculative de la collecliou n'à pris naissance que dans le cours des siècles, et d’après les tendances intellectuelles des nations et des écoles bouddhiques. Enfin, il est une classe spéciale d’ouvrages du nom de Tantras qui sont pleins de pratiques superstitieuses, attachées à l’invocation de divinités bizarres, de déesses Giva'ites, par exemple, tout à fait étrangères à la constitution originelle du Bouddhisme : à n’en pas douter, ils ont dù le jour à ce besoin de superstition, que les esprits les plus

' Introduction, 'p. 127-28, p 137.

* Voy. l’art, sur les Pouziias dans le Correspondant, tome XX, liv. du 26 mai 1S52, p. 219 et suiv.

• Introduction, p. 103 et suiv., p. 108-9.

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exaltés ont dû éprouver en retombant des hauteurs de l’idéalisme dans la dévotion sensible. Cette hideuse littérature des Taniras qui a flatté la crédulité des populations du Nord n’a pas d’équivalent dans les écritures de Ceylan et des bouddhistes du Midi.

Les Népalais distinguent entre tous leurs livres neuf Dharmas ou recueils de la Loi par excellence. Il en est plusieurs qui ne justifient point cette préférence par leur contenu, et dont la valeur a été me- .surée probablement sur l’autorité qu’ils donnent à des idées superstitieuses. Mais il en est d’autres fort curieux et fort importants, soit qu’ils nous transmettent les prodigieux développements qu’on a donnés à une religion triomphante dans le silence et les loisirs de la vie cénobitique, soit qu’ils présentent des espèces de sommes philosophiques : ainsi, l’un expose les dix degrés de perfection par lesquels passe un Bouddha; un autre disserte sur les diverses espèces de contemplation ; un autre, dit Pradjnû paramitâ ou Perfection de la Sagesse, ne serait qu’une rédaction abrégée en 8,000 articles de la même Métaphysique, qui est développée en 100,000 articles sous le même titre dans un autre livre.

Deux de ces Dharmas du Népal qui sont maintenant connus en entier nous donnent une juste idée des Soûtras développés, où les écarts de l’imagination indienne le disputent aux excès de la spéculation : c’est d’abord la Légende du Bouddha qui porte en sanscrit le nom de Lalita- Vistard ou a développement des jeux, » et que le beau travail de M. Foucaux permet de juger en toute connaissance de cause ‘, et c’est, en second lieu, le Sad-Dliarma-Poundarika ou le « Lotus de la Bonne-Loi, » que M. Burnouf a traduit principalement sur les manuscrits népalais. En ouvrant le premier de ces livres, on voit à quel point la vie humaine de l’idéologue indien qui s’est dit Bouddha a été surchargée de fictions merveilleuses, grâce à l’intervention des êtres divins de tous les mondes qui devait attester la Eoumission universelle à la doctrine du sage. Ce Soûtra, que Çâkya aurait exposé de sa propre bouche à l’as.semblée divine et humaine qui l’écoutait, est devenu la première des légendes : aussi, sa lecture a-t-elle été recommandée comme source des plus grands mérites. Sa méditation est « un grand véhicule vers la délivrance finale ou Nirvana. » Il est dit encore pour en vanter l’excellence (p. 401) : « Cette partie des Soûtras, grande, étendue, qui a pour sujet les yeux » du Bodhisaltva entré en se jouant dans la région d’un Bouddha, et

* M. Foucaux en a donné avec soin le texte tibétain, qui est le premier livre de celte langue imprimé en France, et il a consulte dans les manuscrils de Paiis le texte sanscrit qui sera publié incessamment par les Pandits de Calcutta.

LE BOUDDHISME

iS

» racontée par le Tathâgata en vue de lui-même, — portez-la, rete- » nez-la, récitez la, enseignez-la bien en détail aux assemblées »

L’élude du Lalita-Vistâra est indispensable à toute recherche historique sur le bouddhisme ; elle révèle la puissance qu’a exercée dans l’Inde la pensée d’un ascète, et l’empire qu’une philosophie négative dans ses principes a conquis sur les masses par la ferveur et les exemples de ses adeptes. Elle révèle en même temps le secours qu’ils ont trouvé dans les inventions les plus étranges qui subjuguaient l’imagination déréglée et crédule des peuples païens de l’Asie : car ce livre a fait fortune dans le Tibet et au-delà, comme parmi les indigènes du Népal. Le portrait assez fidèle que les premiers disciples de Çàkya avaient fait de leur maître a été surchargé de traits saillants que d’autres mains ont ajoutés pour en faire un être surnaturel, seul être divin fort au-dessus des dieux. Au moins, dans ses actions terrestres, le Bouddha est- il toujours resté ascète pour être parfait aux yeux des siens, tandis que Krichna n’est devenu le héros et le dieu préféré de l’Inde moderne qu’à la condition de revêtir les rôles d’un guerrier, d’un berger, d un brigand, d’un aventurier. Dans la légende, cependant, la peinture des mœurs antiques est sans cesse effacée par un merveilleux mythologique bien autrement bizarre et incroyable que celui des épopées indiennes. Il n’est aucune scène trop fantastique, quand il s’agit de donner des preuves de la puissance illimitée du sage sur le monde physique, de démontrer que la vertu du Bôüddha et des ascètes qui l’imiteront l'emporte de beaucoup sur la vertu des Brahmanes, qui sacrifient sans cesse à leurs divinités impuissantes et qui se mortifient avec ostentation. Il est peu de passages qui ne soient entachés de tous les défauts d’une exagération sans bornes ; j’en excepterais quelques anecdotes qui sont puisées dans une tradition réelle et vraie sur la carrière humaine du Bouddha, ainsi que les chants de louange ou Gâtkâs dans lesquels les Dévas célèbrent la victoire définitive de Çàkya sur tous ses ennemis. En somme, c’est un de ces livres dont la lecture peut piquer la curiosité européenne, à part leur valeur et leur utilité pour la critique.

U n’en est pas de même du Lotus de la Bonne-Loi, qui est consacré à la glorification de la Loi du Bouddha, ainsi appelée dès une époque fort ancienne ' : thème développé et amplifié à diverses reprises, il a pu être surnommé le Roi des Soütras oaipoulyas, et il dépasse en réalité tout ce que l’on pourrait penser des fictions extravagantes que l’esprit de secte se plaît à entasser pour exalter certains points de croyance.

* \ oy. l’Appendice au Lotus, p. 7, 8-19.

LE BOUDDHISME

Le /Mus est une exposition transcendante de la Loi que les auditeurs de ( làkyaont reçue d’une manière surnaturelle,un jour que leBouddha, d’un rayon parti de son front ou plutôt de l’oMrnd ou cercle de poils croissant entre les sourcils, illumina tous les mondes et les rendit visibles à l’immense assemblée qui l’écoutait : les anciens Bouddhas ont communiqué le même Soûtra par le même miracle, et ceux qui viendront après Çàkya ne feront pas autrement. Le livre a gagné certainement une immense autorité par l’origine fabuleuse qu’on lui a prêtée ; cependant on ne peut étudier nulle part aussi bien les caractères distinctifs et les défauts essentiels des Sontras développés.

A une réunion deBhikschous est substituée une assemblée de milliers de religieux et de fidèles des deux sexes; puis, à cette assemblée humaine est toujours superposée une assemblée d’êtres n’appartenant pas à l’espèce humaine, de dieux et de génies par milliers et par myriades. Celle-ci applaudit comme celle-là aux enseignements et aux promesses de délivrance de Bouddha qui est toujours en scène. A chaque instant reviennent des prédictions sur les périodes futures où la Loi sera manifestée et sur les êtres qui seront appelés à la qualité de Bouddhas pour instruire des milliers de religieux. Au nombre des auditeurs de Çàkya tigurent des personnages éminents parleur science et leur vertu, et qui auraient fleuri déjà dans les Bouddhas antérieurs; et toutefois, ce sont les mêmes sages dont la renommée, créée dans le Népal, a été toujours grossissant en Chine et dans les pays du Nord : Mandjuçrî, démiurge célèbre par plusieurs incarnalions * ; Avalokitesvara, puissant par ses enchantements Maitréya qui doit être Bouddha après Çâkyamouni'L Si le Lofi/s ne parle pas encore d’Adibouddha, il admet des Bouddhas surhumains Dhyôni bouddhas, ou « Bouddhas de la contemplation. » Puis, des aspirants à la science suprême, les Bodhisattvas y apparaissent en nombre indéfini « égal à celui des atomes contenus dans mille univers, » et cela, pour féliciter Bhagavat*. Enfin, il est des traits historiques qui autoriseraient à croire que le Lotus a été achevé loin de l’Inde ; ce sont des allusions aux premières persécutions dirigées contre les disciples de Çàkya, et, quoiqu’elles aient la forme de prophéties, elles ne s'en rapportent pas

^ BüRNon-', Tiiiroduclion, p. I lï i, Lotus, p. i99 et suis.

’ ),c eliap. XXIV du Lotus, qui roule tout entier sur ce personnage, y a clé inséré fort tard. Nov p. i2S.

’ Lotus, p. 902-3.

* Introduction, p, 118-19.

® Lotus, chap. XIV, Apparition des Bo.lhisaitvas.

LE BOUDDHISME

moins aux luttes à main armée qui, dès le iv* siècle de notre ère, ont forcé les bouddhistes à abandonner l’Tnde centrale

Il est dans le Lotus quelques légendes, surtout quelques paraboles qui dédommagent de temps en temps le lecteur de la fatigue qu’il éprouve en parcourant ces prédictions interminables du Bouddha, ou l’énumération des œuvres qui ont pour but l’obtention du Nirvana: de loin en loin, un aperçu de philosophie morale se dégage du milieu des thèses absolues de métaphysique ou des folles conceptions du mysticisme bouddhique. Mais, ce qui trahit dans le Lotus les aberrations d’une époque où 1e bouddhisme s’altérait en se propageant au loin, ce sont les idées et les pratiques superstitieuses qui y sont répandues à profusion d’un bout à l’autre. Tantôt les interprètes de la Loi reçoivent pour protectrices des divinités femelles, des Rakschasîs, qui interviennent sans cesse dans le système des Tontras ^ ; tantôt ils obtiennent des Dhamrùs, ou formules magiques prononcées par les Bouddhas dans l’intérêt des créatures, et, sans perdre aucun mérite, ils les récitent pour être inintelligibles aux ennemis de la Loi La notion d’abnégation est poussée jusqu’à ce point qu’il n’y a pas d’hommage plus parfait que l’abandon de son corps : en conséquence, Bodhisattva se brûle volontairement comme un autre Peregrinus L En même temps un respect superstitieux s’est attaché à la lettre même du Lotus : des mérites infinis ont été promis à quiconque lirait ou copierait ce Soâtra excellent, le porterait en volume, lui offrirait des tleifrs et des parfums; c’était transporter à l’enveloppe matérielle des écritures l’hommage rendu dans le principe à la seule image de Çàkyamouni. La lecture du Lotus ne sert pas seulement de préservatif contre les infirmités et les maux ; elle assurera la perspicacité de l’intelligence et même la perfection absolue des sens, à tel degré que la vue pénétrera à travers les trois mille mondes. Le sensualisme mystique est porté ici à un raffinement incroyable “ : aux douze cents qualités de la compréhension dont l’intellect est doué répondent des facultés puissantes qui rendent les Bodhisattvas,' comme les Bouddhas, maîtres des éléments dans tous les mondes.

Cependant la superstition n’en est pas restée là, et elle n’a pu franchir certaines limites sans rencontrer l’absurde : il n’en est pas de

' tslus, diaj). XXIV, st. I65-I6(i. Voy. la note, p. t08.

■' Lotus, p. 2il, p. 419.

■ Lotus, cliap. XXI, p. 238 et siilv., p. 418.

* iMitis, chap. xxn, p. 244-48.

“ Lotus, chap. XVI, Proporlion des mérites, p. 202 et suiv. chap. xvii, .xxni, p.225 etsuiv.

LE BOUDDHISME

plus triste exemple que dans un chapitre où l’on expose l’effet de la puissance surnaturelle du Tathâgata En présence d’une foule inGnie de Bodhisattvas, le Bouddha souriant tire la langue d’une longueur incommensurable, et tous, se mettant à l’imiter, présentent ce même prodige pendant cent mille ans, jusqu’à ce qu’enGn ils retirent la langue en toussant. « Qu’on se Ggure, dit à ce sujet M. Burnouf, un » homme tirant la langue, et, pour comble de ridicule, qu’on se repré- » sente le nombre immense de ceux qui assistent à son enseignement, » exécutant devant lui et tous à la fois la même exhibition, c’est une » imagination dont la superstition européenne se ferait difGcilement » une idée. Il semble que les bouddhistes du Nord aient été punis de » leur goût pour le merveilleux par le ridicule de leurs inventions. »

Si nous revenons maintenant aux écritures bouddhiques du Midi, constatons tout d’abord que leurs rédacteurs sont restés fort loin do pareilles extravagances. C’est bien la même religion idéaliste qui a son point de départ dans la prédication de Bouddha ; mais l’histoire de sa fondation est renfermée dans quelques scènes qui conservent leur vérité humaine malgré l’intervention de quelques ordres de dieux et de génies à titre de spectateurs. Les Singhalais connaissent la triple division des écritures admise aussi par les Népalais; mais ils mettent en usage douze termes particuliers, que nous croyons inutile de citer-, pour désigner le genre et la destination de chacun de leurs livres. On peut d’ailleurs les ramener aux classes suivantes : légendes simples, légendes sous forme de paraboles, récits de miracles, chants en strophes, enseignements ou exhortations. Comme on retrouve ces divers modes de composition sous d’autres noms dans la partie 'ancienne de la littérature brâhmanique, on dirait avec vérité que les Djalakas ou les traités sur les nombreuses naissances du Bouddha forment seuls un genre original qui soit tout à fait propre au bouddhisme.

Une classe considérable des livres pâlis, qui porte le nom générique de Souttas se rapproche par ses sujets et par son esprit de la catégorie des Soûtras du Nord que nous avons désignée sous le nom de Simples, et qui est la plus ancienne. Ils sont entièrement dégagés de l’appareil fantasmagorique qui surcharge et encombre les grands Soûtras ; mais ils ont avec les premiers des points nombreux et in-

* Lotus, chap. XX, p. 233 et siiiv., p. 25(i; notes, p. 41”.

* Voir VTntroduction, p. 51-67, et les Leçons déjà citéés de Weber, p. 260-62.

^ M. Beknocf avait fait une étude complète du Digha-Nikdija qui contient tous ces Soûtras, et il en a consigné les résultats partiels dans son Lotus. Le temps lui a manqué pour en donner les conclusions dans le second volume de son ouvrage historique sur le Bouddhisme.

LE BOUDDHISME

contestables de ressemblance. Ils mettent en scène les mêmes personnages historiques, et reproduisent avec la même fidélité les noms de familles brâhrnaniques encore florissantes du temps de Çâlvyamouni. Ils emploient fréquemment une formule très-bien appropriée à la transmission d’un enseignement primitif : « Voici ce que j’ai entendu » Enfin, ils répètent ces catégories d’attributs intellectuels et moraux qui furent d'un si grand secours à une doctrine propagée oralement, par exemple la liste des dix voies des actions vicieuses et des dix voies des actions vertueuses ; ils dissertent sur les huit alîranchissements, et ils exposent avec netteté la théorie des quatre vérités sublimes sur la certitude des misères de l’existence, théorie qui est le point de départ et le résumé de la philosophie bouddhique

C’en est assez de ce coup d’œil sur les Souitas de Geylan, pour faire ressortir l’importance dogmatique des sources pâlies qui sont un écho fidèle de la vraie tradition pour les bouddhistes des pays méridionaux. Mais il faut savoir en outre que les Singbalais, en développant leur littérature religieuse dès le premier siècle de l’ère chrétienne, ne se sont pas écartés de cette tradition : elle vit encore dans le Mahô.vansa, histoire légendaire et généalogique du Bouddha Gautama, composée en pâli par Mahânâma vers l'an 480 après Jésus-Christ, et fondée sur l’autorité des Souitas Puis, c’est dans la voie de l’exégèse que s’est exercée de préférence l’activité littéraire des Singhalais : ils ont multiplié les versions de leurs écritures dans leur langue indigène, et ils ont composé jusque dans les siècles modernes (xv® et xvu) des Sanné ou paraphrases avec commentaires sur les principaux livres pâlis Il est de ces livres anciens et vénérés qui ont conservé à Ceylan une étonnante popularité; on rapporte que les légendes forgées ou allongées à plaisir sur les vies innombrables du Bouddha, y sont écoutées sans fatigué pendant des nuits entières. A l'histoire de la religion des Singhalais s’est rattachée celle de leurs royaumes et de leurs dynasties, et dés chroniques, telles que la Râdjavalî ou Couronne des Rois, ont reçu une sorte de sanction et d’autorité de l’intention religieuse qui animait leurs auteurs ; une vénération profonde qui va

' Voy. Lotus, Appendice p. 285-8C.

* Voy. Burnouf, lotus, p. 495-98, p. 518, p.521.

® Voy. le Lotus, p. 483, et les travaux de Tvrnocr à défaut du Mahâvansa,

* M. Gogerly, intendant de la mission Wesleyenne, a mis à proût dans plu sieurs écrits publiés à Geylan sa grande connaissance des œuvres indigènes- M. Spenxe H.vrdy, venu après lui, a recueilli lui-même 4G5 ouvrages, dont plus de la moitié est en pâli, 80 en sanscrit et le reste en singhalais. Voy. le Mannal, Appendice, p. 509-20, et le premier ouvrage du même auteur Eastern Monachism , chap. XV, p. 166 et suiv. The sacred looks.

LE bOLLDUlSjME.

jusqu’à l’adoralion est vouée à Ceylan aux livres eux-mêmes, autant qu’à la paroles qu’ils contiennent ‘ :

Que dirons-nous, en finissant, de la valeur intrinsèque de tant de sources dont nous n’avons pu donner dans ces quelques pages qu’une idée sommaire et sans doute fort incomplète? Certes, nous ne voudrions promettre à personne des jouissances littéraires dans la lecture de ces ouvrages prolixes et monotones dont les auteurs se répètent à satiété. Comment s’attendre à trouver la proportion, l’harmonie, l’ordre, conditions de toute beauté réelle, dans des livres où l’on a accumulé les conceptions les plus exagérées, sans souci du vrai, sans respect des droits de l’intelligence? A l’exception d’un petit nombre de morceaux où les sentiments humains sont exprimés avec naturel, où des traits de dévouement sont racontés avec ingénuité, on est forcé de suivre opiniâtrément l’écrivain bouddhiste dans ses longs exposes de morale ou dans les rêves inimaginables qu’il poursuit de monde en monde. N’y a-t-il pas d’ailleurs une idée qui a fourni le développement indéfini des légendes bouddhiques, jusque dans les plus minces détails? Comment leurs auteurs auraient-ils pu s’arrêter quand ils se rappelaient cette sentence d’un livre pâli 2 ; « Quand )) le Bouddha lui-même prononcerait l’éloge du Bouddha, même » pendant tout un Kalpa (c’est-à-dire la durée d’un monde), sans )) parler d’autre chose, ce Kalpa serait pendant ce récit depuis long- » temps terminé, que l’éloge du Tathugata ne serait pas achevé! »

Ainsi, puisque toute notion d’ordre et de mesure s’est effacée dans l’esprit des compilateurs des écritures bouddhiques, c’est en vain que l’on songerait à y chercher l’attrait de la forme, à y découvrir rien de classique et d’achevé, matière féconde des études d’esthétique. Comme les monuments du bouddhisme en toute langue sont calqués sur les textes sanscrits et pâlis, avec une fidélité poussée à l’excès, l’investigation] des sources innombrables appartenant au bouddhisme ne peut avoir d’autre intérêt que l’histoire de la doctrine, et partant d’autre but qu’un but sciçntifique.

Comment juger après cela les écritures bouddhiques, si on le compare aux livres sacrés des anciens peuples de l’Asie ? Rien en eux^

* Le pâli, qui était piovenu d’une première décomposition du sanscritdansl’inde, a passé à Ceylan comme langue savante, et c’est au même titre qu’il a été cultivé dans les États d’au delà du Gange. Une littérature conforme à celle de Ceylan s’est formée dans les siècles modernes cirez les Barmans qui ont traduit les textes pâlis transportes à Âva, et de même chez les Péguans et les Siamois ; elle a même pénétré jusqu’en Chine où l’on connaît la distinction que les Bouddhistes font de douze genres dans leurs écritures.

* Voy. le lotus, p, 3I4, d'après \tDjina alankdra.

i.ii UOUDDllISMK.

bl

U inspire et ne commande le respect, comme dans ces livres qui, expression d’une société naissante, chantent des croyances antiques et conservent les débris des traditions primitives. Les livres bouddhiques sont muets à cet égard, puisque la prédication dont ils sont issus a renié implicitement les croyances et les œuvres patriarcales de l'Inde : à peine si l’on retrouverait épars dans leurs récits sur les différents âges du monde des données relatives à une chute originelle de l’humanité Les légendes à titre d’exemples ou les descriptions d’apparitions merveilleuses du Bouddha et de ses adeptes empiètent continuellement sur la place qui reviendrait à l’exposé des questions de morale et de métaphysique. Les PiUihas du bouddhisme indien n’ont donc pas plus de titre à être rapprochés des Védas ou de VAvesta sous le rapport des idées que sous celui de la composition, et nous n’oserions affirmer qu’ils soutiendraient un parallèle avec les Kings desChiuois dont le fond traditionnel a une portée morale qu'on a toujours jugée digne de respect. Observons encore que, non-seulement le style des livres bouddhiques est en général dépourvu d’art, naais encore que leurs images et leurs comparaisons, comme leurs conceptions s’adressent en quelque sorte exclusivement aux peuples contemplatifs de l’Asie orientale. Qu'on les parcoure en se plaçant au point de vue du prosélytisme religieux, et ce sera un acte de bonne foi que de rendre hommage à ces caractères éclatants de vérité, d’immortalité et d’universalité que la Providence a imprimés à nos Livres Saints dans la forme et le langage, aussi bien que dans les. idées et les faits.

Que chercher, nous demandera-t-on, dans l'exploration et l’étude des écritures bouddhiques de l’âge le plus ancien? L’histoire d’un grand mouvement intellectuel, les germes d’une philosophie destructive des croyances, les principes élémentaires d’une doctrine encore maîtresse aujourd’hui de la moitié d’un continent. Mais on n’obtiendra la pleine possession do tout cela, qu’à la condition de recherches analytiques et comparatives étendues à une foule de textes. Cette tâche exigerait les eflorts combinés des écoles européennes ; en effet, il faut fixer d’abord en toute assurance la terminologie de chaque classe de livres, avant de pouvoir définir les points essentiels de la doctrine dans les phases successives du développement total du système. Puis il faut dégager dans les Soûtias les sentences de morale. qui ont eu tant d’empire dans la bouche de Çàkyamouni des considérations et des théories mystiques d’invention postérieure ; il s’agit de découvrir la valeur des préceptes sur lesquels le réformateur indien fondait 1.x conduite morale du corps des religieux et du reste de la »;ciété

LE BOUDDHISME

EnQn, il importera d’extraire de la masse des textes les germes de l’ontologie idéaliste qui ont fourni matière à la somme philosophique de V Abhidharma.

De la doctrine passe-t-on à l'ordre des faits, on ne peut qu’attacher une haute importance à tout ce qui révèle la situation vraie de la société indienne avant Çàkyamouni et les caractères de la lutte qu’ont soutenue après lui deux .systèmes religieux d’une égale puissance. La genèse du bouddhisme et sa force d’action et de rivalité ne peuvent pas être cependant la seule préoccupation de la science. Ce qui donne un autre prix encore aux livres nou(fdhiques, c’est le sentiment de la vérité historique qui anime leurs auteurs ‘ ; désireux de donner des dates aux faits qui marquaient les progrès de leur religion, ils ont noté avec soin la série de leurs patriarches et de leurs princes, et leur amour des fables ne les a pas empêchés de ressaisir presque constamment les fils de l'histoire positive. L’histoire politique des empires de l’Inde et des pays voisins puisera des éclaircissements inattendus dans la publication des livres religieux et dans le déchiffrement des monuments épigraphiques du bouddhisme - : les données exactes de chronologie qui y sont consignées vont suppléer à la complète incurie des écrivains brahmaniques touchant le calcul du temps

L'histoire littéraire recueillera également de ce côté de précieux synchronismes : elle n’aura pas de peine à fixer l’âge approximatif des personnages célèbres de l’antiquité brahmanique dont les familles sont citées en plusieurs endroits des Soûtras et des légendes, par exemple celles des Yasischtides, des Gautarnides, des Çàkyapides, qui avaient encore un rôle important dans les contrées septentrionales de l’Inde. En dépouillant les livres bouddhiques dans les sections qui retracent le mieux la prédication de Çàkya, on y relève les noms de plusieurs poètes ou penseurs d’un âge plus ancien ; on placera les uns plusieurs siècles avant le Bouddha, on fera des autres ses contemporains. Alors, comme s’exprime M. Burnouf'* : « Les Soûtras des

* BuRKOiiF, Introduction, p, 675-577.

® On en trouve surabondamment la preuve dans la partie historique des Antiquités indiennes de M. Lassen, qui a mis en œuvre toutes les sources connues avec une rare puissance de critique.

' M. Reinacd a pu dire à ce proposdans son Mémoire sur l’Inde déjà cité (p. 10) : « Les écrivains bouddhistes doivent avoir à nos yeux un grand avantage sur les écrivains brâhraanistes. S’ils ne reconnaissent sur la terre que Bouddha et le culte qu’il institua, ils n’ont pas dédaigné de nous conserver les souvenirs des docteurs qui se distinguèrent dans l’établissement de cette religion, et des princes qui s’en montrèrent les zélés défenseurs. »

■* Appendice au Lotus, p. -187 et suiv., p. 490.— Des r-ipprochemcnts de ce genre

» bouddhistes devront dans certains cas servir à dater quelques par- » ties des bvres des Brâhmanes. »

Il nous reste à dire un mot des traités considérables qui ont trait à la hiérarchie ou à la discipline des églises bouddhiques. C’est ici qu’on apprendrait à bien connaître l’organisation du corps des religieux dans chacune d’elles, et à discerner les causes de l'influence extraordinaire qu'ils ont exercée de siècle en siècle sur des populations fort diverses, placées à tous les degrés de la civilisation. On verrait dans quel dessein on a surchargé d’incidents merveilleux le fond des récits primiti&j et peut-être découvrirait-on comment du mysticisme tout poétique des légendes est sortie peu à peu cette science ténébreuse de la magie et des sortilèges qui enchaîne à la superstition les tribus nomades ou guerrières du nord de l’Asie.

Deux mobiles assez puissants doivent diriger et soutenir les Européens dans l’investigation de cette littérature bouddhique dont nous venons de montrer l’étendue, et qui s’est propagée en si nombreux rameaux depuis la frontière du Népal jusqu’aux mers du Japon; car l’intérêt de la science se rencontre sur ce terrain avec celui de la religion. S’il y a ici de quoi satisfaire un besoin légitime de l’esprit humain qui aspire à connaître l’histoire de tous les temps et à expliquer les révolutions sociales, le besoin de prosélytisme qui n’a jamais cessé d'animer les peuples chrétiens doit se manifester avec autant de force et se porter aussi loin, à une époque où les barrières qui les séparaient de l’Asie païenne et idolâtre tombent tour à tour. Qui, en portant ses regards sur le domaine géographique du bouddhisme, ne reconnaît en lui le seul adversaire moral que la civilisation occidentale trouvera prochainement en Orient, et qui lui opposera la plus grande force de résistance? Il y a donc de nos jours un double apostolat à remplir dans cette voie qui ne fait que s’ouvrir : la mission de la science ne peut être accomplie dans une intention égoïste, en vue de donner satisfaction à une curiosité passagère ; si elle est bien comprise, elle concourra à ménager les droits et à préparer les conquêtes de la vérité religieuse.

C’est en se plaçant à cette hauteur que les hommes qui se vouent à la lecture et à l'interprétation des livres bouddhiques, supporteront sans faillir le rude labeur que réclame cette vocation. L’enseignement de l'histoire est formel à cet égard : c'est au prix de grands sacriûces

ont éié tentés par plusieurs indianistes de r.Xlîemajne, par exemple M. Roth, dans sa préface au Nirukta, et M. Weber dans plusieurs mémoires de son recueil intitulé ; Études indiennes.

LE BOUDDHISME

que se sont consommées toutes les découvertes qui ont fait époque dans les annales du monde; la navigation, le commerce, l’industrie et les arts n’ont fait aucun progrès sans une large part de souffrances et de périls pour les inventeurs. Selon l’expression de Ballanclie, presque toujours l’initié tue l’initiateur. 11 n’en est point autrement, quand on porte à des peuples même barbares les bienfaits de la civilisation, ou quand on doit faire briller aux yeux fascinés de peuples à demicivilisés les lumières pures de la vraie sagesse. L’apostolat de la science lui-même exige patience, dévouement, abnégation : c’est pourquoi il y aurait lâcheté à reculer aujourd'hui devant les fatigues et les ennuis qu’une étude complète et systématique du bouddhisme entraîne nécessairement pour l’esprit logique des Occidentaux, alors que tout y répugne aux procédés lucides de leurs méthodes : n’est-ce point une autre manière de servir la vérité que d’aller découvrir dans ses sources et dénoncer dans ses origines une erreur qui a subjugué des nations puissantes depuis l’antiquité jusqu’à nos jours? Ln attendant que la Providence fasse luire le jour de leur régénération, il n’est pas inutile d’éclairer ceux qui doivent en être les instruments, en montrant à nu les plaies hideuses que l’orgueil d’une philosophie idéaliste a infligées à une fraction si misérable de l’humanité. Si les hommes et les écoles parlent, leurs travaux entrepris dans des desseins tout opposés ne seront pas stériles pour celte œuvre. Ce n’est pas la première fois que Dieu fera tournera sa gloire les efforts gigantesques d’une science indifférente et incrédule. Si des ministres du protestantisme, par exemple les missionnaires Wesleyens que j’ai cités, ont parlé avec conviction de la nécessité de la foi révélée dans leurs écrits sur lehouddhisme de Geylan, leur savoir ne sera pas perdu pour la cause de l’Evangile, quand Usera recueilli et fécondé par les messagers de la véritable Eglise.

L’intérêt social d’une partie du inonde oriental est donc lié dans un avenir prochain à la connaissance des idées qui ont prévalu chez ses peuples dès un temps fort reculé : et il n'est pas besoin de démontrer l’opportunité des recherches qui ont pour objet la doctrine bouddhique, son origine, ses livres, ses institutions, son influence morale et politique. Le labeur est long ; il est pénible et ingrat, si on le prend en lui-même : mais les hommes que leur position et leur aptitude appellent à ce genre d’étude l’accompliront avec ardeur, du moment où ils considéreront son application et ses fruits. En cflet, un tel travail qui s’exerce sur des textes obscurs, sur des documents altérés, sur des livres d’une insipidité révoltante, mais qui donne la clefd’un vaste système, ne participe-t-il pas sous certain rap[)ort de l’entreprise dif-

i.K UüUbDHISME.

licile, mais admirable du missionnaire qui, explorant des tribus sauvages et à peine' connues, vit de leurs usages, s'instruit dans leurs langues incultes et leur communique, avec le don de la foi, l’intelligence des vérités sociales et la pratique des arts ?

Le jour approche où les puissances européennes, s’engageant plus avant dans les affaires politiques de l’Asie, vont envelopper de toutes parts et entraîner dans un mouvement nouveau le groupe immense des nations bouddhiques. La rivalité des églises ne sera pas moins vive que celle des monarchies dans cet assaut qui, tôt ou tard, sera donné par les forces actives de la civilisation chrétienne à l’empire séculaire de la religion du Bouddha. Le prosélytisme catholique le disputera dans cette carrière à la propagande du synode russe ou des consistoires de la Réforination : que la science orthodoxe fournisse donc à ses apôtres des armes abondantes et des traits bien aiguisés !

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