‹ Le budget de l'instruction publique et des établissements scientifiques etChapitre 77 sur 102 · S IX. — DES SOCIÉTÉS SAVANTES · texte numérisé non relu

S IX. — DES SOCIÉTÉS SAVANTES

Nous sommes loin de partager les préventions qui existent aujourd'hui dans beaucoup d'esprits contre la centralisation. Elle est le terme final d'un travail opiniâtre qui s'est opéré dans le pays depuis l'origine de la monarchie, et dont il est aisé de retrouver la trace à toutes les époques de notre histoire. A Dieu ne plaise que nous élevions une protestation impuissante contre un résultat si visiblement préparé par la Providence, et qui, après tout, est l'éclatant symbole de l'unité nationale. Et toutefois , sans prétendre disputer à la capitale, siège des institutions, sa prééminence politique et son ascendant, on doit désirer qu'elle ne confisque pas à son profit toutes les forces et toutes les gloires du pays ; mais que l'activité exubérante, trop souvent fiévreuse, et par conséquent stérile dont elle déborde, se répande dans les départements et y développe les germes de prospérité qu'ils recèlent. Dans la sphère paisible des travaux scientifiques et littéraires, c'est le but que se sont proposé les sociétés savantes créées sous des noms divers dans un graod nombre de villes, et dont plusieurs sont déjà reconnues comme établissements d'utilité publique. Les mémoires qu'elles font paraître, les collections d'objets d'archéologie ou d'histoire naturelle que la plupart s'appliquent à former, les cours que quelques-unes ont ouverts contribuent à secouer la torpeur morale des départements et à ranimer sur les différents points du territoire le goût et la culture des lettres. Ces modestes compagnies ne songent pas , sans doute , à rivaliser avec les classes

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de rinstitut; mais elles entretiennent une émulation utile qui prépare les grandes découvertes et les œuvres dignes d'honorer le pays .

Malgré les services que rendent les sociétés savantes f elles n'ont reçu pendant longtemps que des subventions dérisoires qui, aux jours des grandes largesses^ s'élevaient à 10 700 fr.^ et qui sont quelquefois descendues , comme en 1 841 , à 1 1 00 fr. M. de Salvandy, dans un rapport au roi sur le budget de 1 838 * , signala le premier cet élément de force morale et l'utilité qu'il y avait de l'encourager et de le développer. Huit années se passèrent pendant lesquelles la situation^ au lieu de s'améliorer, empira plutôt. Mais lors de son second ministère, M. de Salvandy, fidèle à ses convictions, proposa d'ouvrir, au budget de 1847, en faveur des sociétés savantes » un chapitre particulier doté de 50 000 fr. Ce crédit fut distribué à plus de soixante compagnies auxquelles ces allocations portèrent le témoignage de la protection du Gouvernement. Mais les heureux effets de cette munificence furent compromis par les diminutions qui eurent lieu les années suivantes. En 1850, le crédit alloué pour les sociétés savantes fut réduit à 35 000 fr., et en 1 852, à 30 000 fr. Une allocation aussi minime est tout à

1. « Je me suis assuré, disait M. de Salvandy, qu'il existe dans les départements un grand nombre de sociétés savantes, qui, encouragées avec discernement par Tadministration supérieure, peuvent rendre de nombreux services aux sciences en excitant le zèle de ceux qui s*en occupent.... Il est important de venir à leur secours, de les aider dans la voie où elles sont entrées.» Rapport au Roi mr le budget du ministère de r Instruction publique pour C exercice 1838. Paris, 1837, iïh 4% p. 18.

SS8 ËTABLISgSlIENTS ^lENTIFIQUES

fait inroifiaante. L'adminiatratioQ sq trouva aHJoujrd'hui dam la n^mté de refuier les subveatioiis Im mieux justifiées. Si, comme noua a* eu doutons pas, il entre dans les projeta du Gouvernemeot d'accorder aux efforts privés des encouragements dont ils sont dignes , la fonds de subvention des sociétés savantes devra nécessairement être augmenté.

g X. -* pJBS MISSIONS SGUtlTiriQUXS KT UTTKRAIRS8,

Les Gouvernements proteot^urs dca lettres ont toujours considéré comme un des moyens les plus puia^ sants de les encourager , les missions que des voya^ geurs instruits allaient remplir en leur nom dans des pays étranger^ t soit pour en étudier la configuration physique, les mœurs, la langue , les institutions, soit pour y recueillir les documente propres à intéresser les archéologues et les historiens. Au siècle de Louis XIV, Laasalle, Fouillée, Galland, Plumier, Thévenot, Tournefort accomplirent, par les ordres de Col^ bert et de Louvois, de lointaines explorations dont le souvenir n'est pas encore effacé i tant elles furent fé<condes pour les sciences et pour la littérature 1 Sous

les règnes suivants, Fourmont, Sevin, Maupertuis^ La Caille, Borda, La Condamine, Pingre, Richard, Duhamel et bien d*autres dont j'oublie les noms, parcoururent les deux hémisphères, en recueillant des observations concernant toutes les parties des connais** sances humaines. Notre âge n'a pas répudié ces illustres exemples, Ne parlons pas de cette mémorable expédition d'Egypte que le génie du premier Consul

ET UTTfiRAIilES. IttQ

rendit non moins féconde pour iea Bciences naturelles et pour Thistoire que glorieuse pour nos armes) mais depuis cinquante ans , que de voyages ont eu lieu dans les difTérentes contrées de Tunivers, dont les annales des lettres conserveront une éternelle reconnaissance aux Gouvernements qui les ont ordonnés et aux oourageux investigateurs qui o*ont pas reculé devant les dangers de Tentreprise !

Toutefoisi pendant plusieurs années, les allocations inscrites au budget pour cet important service n'a* vaient rien de régulier et étaient très^-insuffisantes. Elles se bornaient à une somme de 20 à 25000 fr., comprise dans les crédits du Muséum d'histoire natu* rellcy et à quelques indemnités accidentellement prélevées sur les fonds des encouragements littéraires. De 1 833 à 1 842| la dépense a varié de 1 8 à 20 000 fr., qui ont servi à rémunérer entre autres missions celle de Victor Jacquemont dans Tlnde, et les savantes ex* plorations de M. Texier dans TAsie Mineure. Sans doute un département ministériel ne peut revendiquer le droit exclusif d'ordonner, suivant le bon plaisir de Tadministration, ces expéditions lointaines qui suppo*sent une décision spéciale du Gouvernement, parce qu'elles exigent de grands sacrifices et qu'elles inté* ressent à un haut degré la gloire du pays. Mais en réservant les voyages de long cours , si souvent et si utilement exécutés sous les auspices du ministère de la marine , en écartant même les missions exception* nelles, que des découvertes imprévues peuvent rendre opportunes , n'est * il pas d'un grand intérêt que le Ministre, à qui le soin d'encourager les lettres est spécialement dévolu y possède d'une manière fixe* les

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ressources nécessaires pour envoyer dans les pays étrangers d'habiles voyageurs , chargés les uns d'explorer les bibliothèques et les archives , les autres d'étudier les institutions et les lois , Tétat des esprits et rinsensible développement des doctrines morales , politiques , religieuses ? Il n'est pas indifférent de faire profiter la France des richesses littéraires et des institutions administratives des nations voisines ; et il y a, pour ainsi dire , double bénéfice, quand à ce premier avantage se joint celui de procurer un emploi utile de leur temps et de leurs facultés à des esprits actifs qu'il ne serait pas d'une bonne politique de laisser exposés à toutes les séductions de l'oisiveté.

Ces considérations avaient décidé^ en 1 845, le Gouvernement et les Chambres à porter à 1 1 2 000 fr. le crédit ouvert au Ministre de l'instruction publique pour voyages et missions scientifiques. Mais l'année suivante, l'École d'Athènes fut fondée ^ Cette école était destinée à perfectionner dans la connaissance de la littérature, de l'histoire et des antiquités grecques d'anciens élèves de l'École normale reçus agrégés. Elle pouvait rendre à l'Université, aux études , et , comme la suite l'a prouvé, à la science et aux arts, les plus signalés services. Au point de vue politique, elle n'était pas une création sans portée , et une direction habile \

pouvait utiliser le savoir et l'activité de ses membres au profit de l'influence française en Orient. Cependant, malgré les titres divers de cette belle institution à la faveur des pouvoirs publics, les dépenses qu'elle devait occasionner ne furent pas l'objet d'une proposition

1. Ord. du 11 sept. 1846, BuUetin des Lois , iv série, n? 1383.

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spéciale j et furent imputées sur le chapitre des missions scientifiques. Le crédit porté au budget de 1845 se trouva ainsi ramené de fait à 66000 fr., le sur* plus, c'est-à-dire 52000 fr., ayant été affecté à TÉcole d'Athènes.. Dans les années suivantes, les réductions furent encore plus considérables; le chapitre tomba successivement à son chiffre actuel de 65 000 fr. , sur lesquels UO 000 fr. sont prélevés pour TÉcole d'Athènes; il reste 25 000 fr. seulement pour le service des missions. C'est avec une aussi modique somme que l'admis nistration de l'instruction publique est chargée de maintenir la tradition d'un grand service qui pourrait être si utile aux lettres et aux sciences. En jetant les yeux sur les Archives des missions, dont la fondation appartient à M. de Parieu, et qui forment déjà cinq volumes, on peut vérifier si l'administration a ménagé avec soin les faibles ressources dont elle disposait. Mais quelques bons résultats que le discernement personnel des Ministres ait su obtenir avec des allocations insuffisantes , la situation actuelle ne saurait se prolonger sans dommage pour le pays. Il est à désirer que, dans un avenir très-prochain, le crédit alloué pour les missions soit reporté pour le moins au chiffre où il était au 1" janvier 1848.

S XI. — SODSCBIPnOllS.

Le fonds des souscriptions est destiné à encourager la publication des grands ouvrages de science et de littérature qui exigent des frais considérables, et qui, tant à raison de leur prix élevé que des ma-

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qu'elles ont essayé d'accorder aux lettres des encouragements sérieux^ on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'insuffisance du crédit actuel rend très-diffîciles les grandes publications qu'il appartient à l'État de provoquer et d'encourager, parce qu'elles ajoutent à la gloire littéraire et à l'influence morale du pays.

S Xil. — ENCOURAGBIIBNTS ET SECOURS AUX SAVANTS

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