‹ Le budget de l'instruction publique et des établissements scientifiques etChapitre 84 sur 102 · DÉPENSES DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

DÉPENSES DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE EN ALGÉRIE

même d'Alger un musée et une bibliothèque destinés à recevoir les objets intéressant Tarchéologie qui seraient retrouvés sur cette terre illustrée par de si grands souvenirs. Grâce aux fouilles qui ont été continuées depuis 1 841 avec autant de persévérance que d'habileté, le nouvel établissement possède aujourd'hui une précieuse collection de marbres et d^inscriptians qui éclairent l'histoire politique et religieuse de la contrée. La dépense portée autrefois au budget du ministère de la guerre figure maintenant à celui de l'instruction publique pour une somme annuelle de 10 000 fr., dont 3960 fr. pour le personnel et 6040 fr. pour le matériel, acquisitions, chauffage, éclairage, dépenses diverses, etc.

Un dernier article de dépense figure au budget et dans les comptes : ce sont les frais de passage des fonctionnaires de l'instruction publique de France en Algérie, et d'Algérie en France; il varie de 4800 à 7000 fr.

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Mais nous tenons à constater que cet accroissement de la dépense n'est pas un accident particulier à Tinstruction publique , et qu'il se retrouve à des degrés divers dans toutes les branches de l'administration française.

Je ne parle pas de la guerre et de la marine , dont les charges les plus lourdes sont acceptées avec résignation par le pays , qui comprend la nécessité d'entretenir sur terre et sur mer une forte armée, digne de la France et capable de protéger son honneur et ses intérêts.

Mais prenons trois services qui sont, comme l'enseignement^ les services de la paix : les travaux publicsy le commerce et l'agriculture.

Au compte général de Tadministration des finances, en l'année 1829, les travaux publics sont inscrits pour 46187936 fr.; le commerce et l'agriculture pour 8824739 fr. Au budget de 1857, les travaux publics figurent pour 1 09 909 000 fr. ; l'agriculture et le commerce pour 1 5 1 91 850 fr. La dépense prévue est plus que doublée, et encore je n'y comprends pas les travaux ordinaires et extraordinaires accomplis dans les bâtiments civils par le ministère d'État qui a pour cet objet un crédit de près de 7000000 fr. souvent dépassé.

L'administration de la justice , qui de sa nature paraît immuable, a suivi elle-même cette progression naturelle et nécessaire de toutes choses.

En 1829, elle ne coûtait au pays que 19735 876 fr.; aujourd'hui son budget s'élève à 27476270 fr., et il est question d'augmenter encore la dépense, afin de diminuer la disproportion qui existe entre la modicité des traitements des magistrats et Timportance de leurs fonctions.

Et ce n'est pas seulement en France que cette situation se produit ; c'est en Angleterre, c'est en Autriche, en Prusse, en Belgique, dans le Piémont: c'est dans le monde entier.

A mesure que les progrès des sciences , du commerce et de l'industrie ouvrent à Thomme de nouvelles sources de richesses , les dépenses publiques croissent rapidement dans la même proportion que la fortune publique. La société dont les revenus s'élèvent se trouve dans la nécessité de payer davantage dans le triple but d'alimenter cette activité féconde qui l'enrichit, de défendre plus efficacement les intérêts qui lui sont confiés, et de venir en aide, autant qu'il dépend d'elle, à toutes les misères qui réclament son appui. Ce serait assurément une entreprise déraisonnable au premier chef, impossible et absurde, que de vouloir comprimer ce bienfaisant essor de tous les services publics , et ramener le budget de l'État à ses anciennes limites devenues trop étroites. On ne tente pas impunément de remonter le cours des âges; et quand la force des choses, quand le développement des rapports sociaux a créé une situation , la sagesse ne consiste pas à la déplorer, mais à en tirer le meilleur parti possible pour le présent et pour l'avenir.

A ne considérer que l'instruction publique, la seule branche de l'administration française qui nous ait oc

cupéy quel est Tarticle de ses dépenses que le pays consentirait à voir disparaître du budget?

Prenez le défenseur le plus rigide des intérêts du Trésor : placez-le en présence de ces nombreuses institutions consacrées à renseignement de la jeunesse, à la culture des lettres et des sciences : quMl considère rétendue des sacrifices qu'elles coûtent, et qu'il mette en balance les avantages de Téconomie ; je lui porte le défi, quelle que soit sa parcimonie, de retrancher aucune des parties de ce grand corps. Tout ce qu'il pourra tenter se réduira à de timides et mesquines économies dont on ne parlerait pas, si elles n'avaient en général pour résultat , malgré leur insignifiance budgétaire, de désorganiser le service administratif.

Nous sommes donc pleinement rassuré sur l'avenir du budget de l'instruction publique; les progrès accomplis ne seront pas contestés; les résultats déjà obtenus resteront acquis. Le seul point qui nous préoccupe, celui dont il importe, selon nous, que tout le monde soit bien pénétré, c'est que, même dans les conditions actuelles, l'enseignement natio* nal et les services qui s'y rattachent ne reçoivent en France qu'une dotation très-modique, et qui ne répond pas à la grandeur des intérêts sociaux engagés dans la question.

En parcourant les différents chapitres du budget, nous avons signalé successivement les lacunes et les insuffisances de crédit qui nous paraissaient résulter de l'analyse des comptes. Sans vouloir revenir sur des points déjà traités, sinon d'une manière très-générale, je désirerais comparer la masse de la dépense occasionnée par l'instruction publique au chiffre des sacrifices sup-

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Considérons maintenant l'enseignement secondaire. La France, en 1855, possédait soixante-trois lycées; elle en a aujourd'hui soixante-quatre qui comptent vingt-quatre mille élèves et deux cent quarante-quatre collèges communaux qui en comptent vingt-huit mille. La dépense annuelle des lycées dépasse 11 000000; celle des collèges, est de 7 à 8 000 000. Quelle est la part contributive du Trésor? Remarquez qu'il s'agit ici du genre d'enseignement qui a le plus d'importance pour l'État , parce que c'est lui seul qui forme et élève les classes éclairées d'une nation Or, comme le disait en 1844 M. Thiers, dans un rapport mémorable, « si les classes éclairées ne sont pas la nation tout entière, elles la caractérisent. Leurs vices, leurs qualités, leurs penchants sont bientôt ceux de la nation tout entière ; elles font le peuple lui-même par la contagion de leurs idées et de leurs sentiments. » Jamais l'État n'a volontairement abandonné la direction de l'enseignement secondaire, et il a fallu des luttes prolongées et un concours extraordinaire de circonstances pour lui en arracher le monopole que, nous l'espérons bien , du reste, il ne cherchera jamais à ressaisir. Mais depuis qu'il a ouvert la voie à toutes les concurrences, il a un intérêt manifeste et de premier ordre à voir ses établissements prospères , leur population augmentée , leurs études florissantes , et je dirai aussi les professeurs satisfaits de leur position, reconnaissants envers le Gouvernement qui les protège, et usant de leur influence pour le faire aimer et respecter de la jeunesse. Quelle est donc en-

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en 1853; j'irai plus loin; je pense qu'il pourrait recevoir une extension nouvelle, et que, parexemple, dans les lycées de troisième et de quatrième ordre, le prix de pension, qui descend aujourd'hui dans la division inférieure, à 450 et 500 fr., n'est pas suffisamment élevé. Mais une interprétation abusive fausse les maximes les plus certaines. Il y a des pays où y pas plus que dans le nôtre, la gratuité de renseignement secondaire n'a prévalu, et chez lesquels, cependant, le Trésor public supporte, toute proportion gardée, une part beaucoup plus large de la dépense. Je citerai la Prusse, qui, pour une population de quinze millions d'habitants , possède cent quarante gymnases, ayant tous ensemble un revenu d'environ 1 560 000 fr. en rentes et en loyers d'immeubles. Malgré le chiffre élevé de leur fortune propre , l'État leur alloue une subvention annuelle de 1096717 fr., sans croire qu'il accorde à l'instruction secondaire des encouragements exagérés, ni qu'il la rend trop facilement accessible aux fortunes médiocres ^

Mais peut-être l'éducation populaire aura-t-elle profité des économies faites sur les autres branches de l'enseignement public. Dans ce cas, les amis des études classiques regretteraient sans doute qu'elles ne fussent pas suffisamment dotées; mais ils feraient cette réflexion consolante que du moins la part des pauvres et des petits a été faite d'une manière très-large, et que

1. Voyez une étude sur le budget de l'instruction publique en Prusse dans l'intéressant ouvrage de notre collègue et ami M. Eugène Rendu, De V éducation populaire dans V Allemagne du Nord et de ses rapports avec les doctrines philosophiques et religieuses y Paris, 1855, in-8.

non-seulement nulle âme d'honune n'est dépourvue en France de Tinstruction nécessaire , mais que les instituteurs du peuple, dans la modestie de leur position , reçoivent un salaire qui les met à Tabrl du besoin.

Mais ici même, Tallocation du Trésor, bien que trèsconsidérable , n'est pas en proportion de la dépense réelle. En 1855, les familles ont payé 8980000 fr.; les communes 9 11600000 fr. ; les départements, 5 400 000 fr. Total des dépenses à la charge des familles, des communes et des départements, 25980000 fr. Qu'a fourni l'État? 5 737 765 fr., dont 707 982 fr. pour frais d'inspection; c'est-à-dire à peine le sixième de la dépense. Cependant une partie des instituteurs, réduits à 4 et 500 fr. de traitement, manquent du nécessaire u. et quant aux inspecteurs , ils sont dans la position lamentable que nous avons dite et que tout le monde sait.

Nous n'avons considéré jusqu'ici que Tinstruction publique proprement dite, c*est-à-dire les écoles primaires, les lycées et collèges, et les établissements d'enseignement supérieur.

Que dire maintenant des institutions scientifiques et littéraires qui ont été rattachées, en 1833, au ministère de l'instruction publique? Elles entraînent une dépense annuelle de 2 600 000 fr., qui n'est atténuée par aucune recette, et qui représente à peu près la somme des sacrifices de l'État en faveur des sciences et des lettres. Ce sont, à beaucoup d'égards, je l'avouerai, des services de luxe ; mais ce luxe convient à une grande nation, et il est conforme aux traditions du pays, à ses goûts et à son génie , sans causer à ses

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Nous sommes amenés à cette conclusion que, malgré les accroissements successifs de son budget , l'instruction publique , à ses divers degrés , écoles primaires, lycées , collèges, Facultés , établissements littéraires et scientifiques, reçoit une dotation encore insuffisante, et que la position malheureuse des personnes, les besoins du service les mieux démontrés , réclament sur la plupart des points des augmentations notables qui^ nécessaires dès aujourd'hui , deviendront , dans un avenir prochain, tout à fait urgentes. En présence des charges que la Révolution d'abord, puis la guerre, la disette et les inondations ont fait peser sur la France, nous comprenons très-bien que le Conseil d'État et le Corps législatif aient cherché, par tous les moyens, à restreindre la dépense , au risque même de laisser momentanément certaines branches de l'administration dans la gène ; mais les années se suivent et ne se ressemblent pas. La paix, surtout quand elle est glorieuse, cicatrise promptement les blessures de la guecre. Aux jours de disette succèdent les jours d'abondance. La richesse publique, dont le niveau s'élève, peut recevoir un emploi moins stérile que l'imparfaite réparation des malheurs causés par les passions des hommes et par les fléaux de la nature. Tout parait annoncer que nous touchons à l'une de ces époques favorisées que la Providence envoie aux nations , après les temps d'épreuves, pour les consoler de leurs maux et les récompenser de leur patience. Quand les germes de prospérité, qui ne demandent qu'à éclore, se seront développés, et que l'accroissement des revenus de l'État, corres-

pondant au progrès de la fortune privée, permettra de se livrer en sécurité aux entreprises qui sont les gloires de la paix , nous avons la ferme confiance que le Gouvernement n'oubliera pas ta dette du pays envers Tinstruction publique, et qu'il voudra Tacquitter, comme il sied à la France et à l'Empereur , avec loyauté et munificence.

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