GENEYIÈVE ET DE LÀ SORBONNE
Aucune comparaison ne saurait être établie entre la Bibliothèque impériale et les bibliothèques Mazarine, Sainte -Geneviève, de l'Arsenal et de la Sorbonne. Celles-ci, cependant, sont encore des établissements très -considérables qui renferment un grand nombre de trésors inestimables, qui rendent les services les plus utiles aux membres du corps enseignant et à la jeunesse de nos écoles, et qu'il est tout à fait digne de la libéralité de l'État de ne pas laisser dépérir.
La bibliothèque Mazarine * est ainsi nommée de son fondateur, le cardinal Mazarin. Le savant Gabriel Naudé, qu'il avait chargé, en 1644, de la former,
1 . Sur l'histoire de la bibliothèque Mazarine, voyez Petit- Radel, Recherches sur Us hibliothèqvss anciennes et modernes. Paris 1819, p. 249 et suiv.
parcourut la Hollande, l'Italie^ rÂUemagne et TAngleterre, cherchant et recueillant sur sa route les ouvrages les plus rares et les plus curieux. En 1651, la Bibliothèque se composait de 40000 volumes. Selon les expressions d'un contemporain, « elle était commune à tous ceux qui voulaient y aller étudier, au grand contentement des doctes^ » Léguée en 1 661 , par le cardinal Mazarin, au collège de son nom, que la société de Sorbonne devait diriger, elle est demeurée sous Tadministration des docteurs de cette maison, jusqu'au 7 mai 1 791 , époque où elle fut remise par son dernier bibliothécaire, Luce Joseph Hoocke, aux agents du domaine public. Elle compte aujourd'hui 90000 volumes imprimés et 3500 manuscrits. Nulle part, peut-être, on ne trouverait une collection aussi complète d'anciens livres de droit, de théologie, de médecine, de sciences physiques et mathématiques, et un plus grand nombre de pièces détachées et d opuscules en tout genre, remontant jusqu'au xv^ siècle. La bibliothèque de l'Arsenal*, créée vers 1780 par le marquis de Paulmy d'Argenson, ancien ambassadeur de France en Pologne, eut pour premier fonds les précieuses collections d'anciens monuments de la littérature française, formées par Lacurne de Sainte- Palaye et Barbazan. Acquise en 1785 par le comte
1 . Louis Jacob, Traité des plus belles bibliothèques yVms, 1644, p. 487. Passage cité par Petit-Radel, p. 261.
2. Sur la bibliothèque de l'Arsenal et la bibliothèque Sainte- Geneviève, voyez Bailly, Notices sur les bibliothèques anciennes et modernes y Paris 1828, p. 115 et 120; et les Notes à la suite du budget des dépenses de l'instruction publique pour l'exercice
d'Artois qui y réunit, deux ans après, la deuxième partie de la bibliothèque du duc de La Vallière; elle s'enrichit encore à la Révolution d'un choix considérable d'excellents livres , habilement recueillis dans les anciens dépôts par son bibliothécaire^ M. Âmeilhon. Elle compte aujourd'hui 175000 volumes imprimés et 6000 manuscrits environ. Après la Bibliothèque impériale, c'est le plus important de nos dépôts littéraires. Fidèle à son origine, elle a surtout exploité cette mine féconde de la littérature nationale, dont les premiers échantillons avaient été recueillis par Sainte-Palaye et Barbazan, et aucun établissement du monde ne pour* rait présenter aujourd'hui, rassemblées en plus grand nombre, les œuvres sévères ou frivoles du génie poétique de la France, romans, moralités, pièces de théâtre, poésies en tout genre- La bibliothèque Sainte-Geneviève ^ fondée en 1 624 par le cardinal de La Rochefoucauld, possédait déjà 20 000 volumes et 400 manuscrits, lorsqu'en 1710, M. Le Tellier, archevêque de Reims, possesseur de l'une des plus riches collections qu'un particulier ait formées, légua ce précieux héritage aux Génovéfains. Enrichie dans le cours du xviii' siècle par de nouvelles libéralités, la bibliothèque Sainte -Geneviève, au moment de la Révolution, ne possédait pas moins de 90 000 volumes et de 3000 manuscrits. Aujour* d'hui le nombre de ses livres imprimés s'élève à 160000 volumes, celui des manuscrits à 3500.
La bibliothèque de la Sorbonne est un établissement plus modeste que ceux que nous venons de parcourir. Ses premiers commencements datent de l'expulsion des Jésuites. La Compagnie, en quittant la France, y
laissait des dettes» et, pour les payer, il fallut vendre une partie de ses biens, parmi lesquels se trouvait une précieuse bibliothèque établie dans les bâtiments du collège Louis-le-6rand. Toutefois, le bureau d'administration du collège, dans l'intérêt même de rétablissement confié à ses soins, décida d'employer une somme d'environ 1 8 000 fr. à racheter un certain nombre de bons ouvrages, qui formeraient un commencement de bibliothèque à l'usage de l'Université de Paris. La libéralité d'un ancien recteur, M. de Montempuis, vint augmenter, peu de temps après, ce premier fonds qui s'étant accru, pendant la Révolution, des dépouilles de plusieurs bibliothèques supprimées ou confisquées, devint un établissement d'une certaine importance, appelé successivement la bibliothèque du Prytanée français, la bibliothèque des Quatre Lycées, la bibliothèque de l'Université, et enfin, à partir de 1846, la bibliothèque de la Sorbonne. Cette bibliothèque universitaire, spécialement fréquentée par les membres du corps enseignant, compte environ 30 000 volumes.
Il est assez remarquable que, depuis vingt ans, les dépenses des bibliothèques Mazarine, de l'Arsenal et de la Sorbonne soient restées stationnaires et même qu'elles aient plutôt diminué qu'augmenté, malgré le développementquele servicey apris, comme partout ailleurs. Les bibliothèques Mazarine et de l'Arsenal figurent au compte de 1 835 pour une somme de 35 000 fr., età celui de i 855 pour 32 000 fr., et 35 747 fr. 75 c. La bibliothèque de la Sorbonne, depuis 1 848, coûte en moyenne à l'État 25 000 fr.; dans les deux années antérieures, elle avait dépensé 33 000 et 36 000 fr. La bibliothèque Sainte-Geneviève est la seule dont le budget se soit
élevé d'une manière notable. La dépense était, en 1835, de 40500 fr.; elle est montée, en 1838, à 88 720 fr. 82 c, est redescendue, en 1 839,à 73 1 22 fr., et s'élève, depuis 1 851 , à 87 700 fr. La principale cause de ces augmentations est le service du soir, organisé à partir de 1839, et qui, dès la première année, motiva une dépense extraordinaire de 48221 fr. 60 c*. La bibliothèque partageait alors, avec le lycée Napoléon, les vastes dépendances de l'ancienne abbaye de Sainte- Geneviève. Ce voisinage du lycée n'était pas sans inconvénient pour le service, ni même sans danger. Aussi, la loi du 19 juillet 1843 avait-elle autorisé la construction d'un nouveau bâtiment dans lequel la bibliothèque devait être transportée. Les travaux étant complètement achevés en 1 850, la translation eut lieu l'année suivante. Le service put alors recevoir tout le développement qu'il comportait, et il en résulta un surcroît de dépense d'environ 1 1 500 fr. pour frais de chauffage, d'éclairage et de surveillance.
Sous le titre de service général des bibliothèques, on a Tattaché, depuis 1 840, au chapitre des bibliothèques publiques, divers articles montant à 20000 fr., tels que le traitement d'un inspecteur général, les frais de rédaction et d'impression du catalogue des ma- ,nuscrit8 des bibliothèques des départements. Deux volumes de ce catalogue ont déjà paru; ils comprennent les bibliothèques de Laon, de Montpellier et de Troyes.
1. Loi du 28 juillet 1838. Voyez l'exposé des motifs du projet présenté à la Chambre des députés, dans la séance du 12 mai 1838.