VU. — ÉCOLE DES CHARTES
En 1 807, Tempereur Napoléon V% parvenu au faîte de la puissance et de la gloire, songeait, suivant ses propres expressions, à créer « des bénédictins civils »
réunis dans une espèce de Port-Royal laïque^ où des jeunes gens voués par goût aux études historiques, viendraient apprendre sous des maîtres expérimentés à déchiffrer les chartes et les manuscrits du moyen âge \ Les événements ne permirent pas que cet utile dessein s'accomplît sous le règne du prince qui l'avait conçu; mais déjà M. deGérando, alors secrétaire général du ministère de Tintérieur, avait dressé le plan de rétablissement nouveau qui fut institué en 1821 parle gouvernement de Louis XYIII, sous le titre d'École des Chartes.
L'école devait recevoir douze élèves pensionnaires; l'enseignement, borné à la lecture des manuscrits et à l'explication des différents dialectes français, était divisé en deux cours qui avaient lieu^ l'un aux Archives du royaume, Tautre à la Bibliothèque royale, seuls établissements où les élèves pussent trouver les documents nécessaires à leurs études.
La première promotion fut remarquable; on y comptait M. Eugène Burnouf , M. Guérard et M. de Pétigny^ que l'Académie des inscriptions et belleslettres devait un jour s'associer; M. Floquet, le savant historien du parlement de Normandie; M. Le Vaillant de Florival, aujourd'hui professeur à l'École des langues orientales; M. Barbier du Bocage, mort professeur de géographie à la Faculté des lettres de Paris; M. l'abbé Faudet, aujourd'hui curé de Saint-Roch; M- Landresse^ bibliothécaire de l'Institut; M. Hippolyte Rolle,
1 . Nous empruntons ces détails et les suivants au discours prononcé par M. Letronne, directeur de l'École des Chartes, lors de la séance d'inauguration de l'école, le 5 mai 1847.
M. Lacabane, M. Alexandre Lenoble^ et le plus fécond de nos historiens, M. Gapefigue.
Malgré le mérite éminent de ses pensionnaires, l'école eut d'abord peu de succès. Après deux ans d'existence, les cours furent abandonnés, et Tinstitution délaissée, et de fait supprimée, ne se releva qu'en 1829, où une ordonnance royale améliora son organisation.
C'est à partir de cette époque que les élèves de l'École des Chartes ont été chargés de publications historiques sous la surveillance d'une commission tirée de l'Institut, qui remplissait auprès de l'école des fonctions analogues à celles d'un conseil de perfectionnement.
Sous le régime de l'ordonnance de 1829, la dépense de l'école a varié de 8000 fr. à 1 2 400 fr.
En 1847, une nouvelle ordonnance, qui est encore en vigueur, compléta l'organisation de l'établissement.
L'école fut installée dans le palais des Archives et dotée d'une bibliothèque. L'enseignement, étendu à trois années, fut confié à trois professeurs au traitement de 4000 fr., un répétiteur général au traitement de 2000 fr. et trois répétiteurs spéciaux au traitement de 1 800 fr. On détermina les emplois auxquels donnait droit le diplôme d'archiviste paléographe obtenu par les anciens élèves de l'école, à la suite de leurs études triennales, et pour ceux qui ne seraient pas employés immédiatement, on institua des pensions provisoires de 600 fr.
Afin d'opérer ces améliorations dans le régime de l'institution et dans les positions personnelles, M. de
Salvandy, alors ministre de rinstructien publique^ demanda aux Chambres et obtint d'elles, non sans difiQculté, une augmentation de crédit de 23000 fr., qui porta la subvention de l'établissement inscrite au budget du ministère, à la somme totale de 35 400 fr. Ce chi£Fre n'a pas varié depuis 1847. Bien qu'il paraisse élevé quand on se reporte aux premiers commencements de l'École des Chartes, on reconnaîtra aisément son insuffisance réelle, si l'on veut bien considérer d'une part l'utilité des services que l'école est appelée à rendre, et qui ont motivé sa création, d'autre part l'extrême modicité des avantages qui sont offerts à ses maîtres comme à ses élèves.
L'École des Chartes a été longtemps comprise dans le même chapitre que l'École des langues orientales. Depuis 1 847, elle forme un chapitre à part.