S VIII. — ÉCOLE DES UNGUES ORIENTALES
L'École des langues orientales, destinée à l'enseignement des langues orientales vivantes d'une utilité reconnue pour la politique et le commerce, fut créée par le décret du 4 germinal an m. Elle devait être composée de trois professeurs seulement, savoir : 1* un professeur d'arabe littéral et vulgaire ; 2"* un professeur pour le turc et le tartare de Crimée ; 3" un professeur pour le persan et le malais ^ Cette organisation subsistait encore en 1808; mais à mesure que la France étendit ses rapports avec les différentes na-
1 . Reciml des lois et règlements concernant Vinstruction publiquey 1. 1, p. 132.
tions de Tunivers^ le nombre des chaires s'augmenta. En 1 838 9 renseignement comprenait sept cours^ l'arabe littéral, le persan, le turc, Tarménien, le grec moderne, la paléographie grecque, Tarabe vulgaire rindoustani. Cette année même une ordonnance royale en date du 22 mai compléta l'organisation de Técole en tout ce qui concernait la nature et la durée des études, les conditions du professorat, les droits et les obligations des élèves. Le traitement des professeurs a toujours été de 5000 fr. Sept professeurs coûtaient par conséquent 35 000 fr., auxquels il faut ajouter les dépenses de matériel et les frais de traduction et d'impression de livres orientaux pour Tusage des cours. Ce dernier article, qui figurait autrefois dans les comptes pour plus de 4000 fr., ne dépasse pas aujourd'hui 2500 fr.
En 1 844 commence à paraître au budget le traitement d'une chaire de chinois moderne, créée par l'ordonnance du 22 octobre 1 843; et en 1 845, celui d'une chaire de langue malaise et javanaise.
La dotation de Técole se trouva ainsi élevée à son taux actuel 51 000 fr.
Une chaire d'arabe vulgaire existait à Marseille depuis plusieurs années, lorsqu'en 1835, M. Guizot proposa de porter au budget une somme de 4000 fr. pour le traitement du professeur qui^ jusque-là, était payé assez irrégulièrement sur les fonds non employés des établissements scientifiques et littéraires.
La chaire de Marseille est comprise aujourd'hui dans le même chapitre que l'École des langues orientales, dont néanmoins elle ne dépend pas. Le crédit total du chapitre est en conséquence de 55 800 fr.
§ IX. — DBS SOClÉTiS SAVANTES.
Nous sommes loin de partager les préventions qui existent aujourd'hui dans beaucoup d'esprits contre la centralisation. Elle est le terme final d'un travail opiniâtre qui s'est opéré dans le pays depuis l'origine de la monarchie, et dont il est aisé de retrouver la trace à toutes les époques de notre histoire. A Dieu ne plaise que nous élevions une protestation impuissante contre un résultat si visiblement préparé par la Providence, et qui; après tout, est l'éclatant symbole de l'unité nationale. Et toutefois , sans prétendre disputer à la capitale, siège des institutions, sa prééminence politique et son ascendant, on doit désirer qu'elle ne confisque pas à son profit toutes les forces et toutes les gloires du pays ; mais que l'activité exubérante, trop souvent fiévreuse, et par conséquent stérile dont elie déborde, se répande dans les départements et y développe les germes de prospérité qu'ils recèlent. Dans la sphère paisible des travaux scientifiques et littéraires, c'est le but que se sont proposé les sociétés savantes créées sous des noms, divers dans un grand nombre de villes, et dont plusieurs sont déjà reconnues comme établissements d'utilité publique. Les mémoires qu'elles font paraître, les collections d'objets d'archéologie ou d'histoire naturelle que la plupart s'appliquent à former, les cours que quelques-unes ont ouverts contribuent à secouer la torpeur morale des départements et à ranimer sur les. différents points du territoire le goût et la culture des lettres. Ces modestes compagnies ne songent pas , sans doute , à rivaliser avec les classes
ET LITTËRATRES. 257
de rinstitut; mais elles entretiennent une émulation utile qui prépare les grandes découvertes et les œuvres dignes d'honorer le pays.
Malgré les services que rendent les sociétés savantes f elles n'ont reçu pendant longtemps que des subventions dérisoires qui^ aux jours des grandes largesses, s'élevaient à 10 700 fr., et qui sont quelquefois descendues , comme en 1 841 , à 1 1 00 fr. M. de Salvandy, dans un rapport au roi sur le budget de 1 838 * , signala le premier cet élément de force morale et l'utilité qu'il y avait de l'encourager et de le développer. Huit années se passèrent pendant lesquelles la situation, au lieu de s'améliorer, empira plutôt. Mais lors de son second ministère, M. de Salvandy, fidèle à ses convictions, proposa d'ouvrir, au budget de 1847^ en faveur des sociétés savantes , un chapitre particulier doté de 50 000 fr. Ce crédit fut distribué à plus de soixante compagnies auxquelles ces allocations portèrent le témoignage de la protection du Gouvernement. Ma.is les heureux effets de cette munificence furent compromis par les diminutions qui eurent lieu les années suivantes. En 1 850 , le crédit alloué pour les sociétés savantes fut réduit à 35 000 fr., et en 1 852, à 30 000 fr. Une allocation aussi minime est tout à
1. « Je me suis assuré, disait M. de Salvandy, qu'il existe dans les départements un grand nombre de sociétés savantes, qui, encouragées' avec discernement par l'administration supérieure, peuvent rendre de nombreux services aux sciences en excitant le zèle de ceux qui s'en occupent.... Il est important de venir à leur secours, de les aider dans la voie où elles sont entrées.» Rapport au Roi swr le budget du ministère de Vlnstruction publique pour V exercice 1838. Paris, 1837, inr 4*, p. 18.
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fait inBuffisante. L'administration se trouve aujourd'hui dans la nécessité de refuser les subventions les mieux justifiées. Si, comme nous n'en doutons pas^ il entre dans les projets du Gouvernement d'accorder aux efforts privés des encouragements dont ils sont dignes y le fonds de subvention des soeiétés savantes devra nécessairement être augmenté.
5 X. — DBS MISSIONS 8GIBIIT1FIQDBS XT LITTÉRAIRBS.
Les Gouvernements protecteurs des lettres ont toujours considéré comme un des moyens les plus puissants de les encourager , les missions que des voyageurs instruits allaient remplir en leur nom dans des pays étrangers , soit pour en étudier la configuration physique^ les moeurs^ la langue , les institutions, soit pour y recueillir les documents propres à intéresser les archéologues et les historiens. Au siècle de Louis XIY^ Lassalle, Feuillée^ Galland, Plumier, Thévenot^ Tournefort accomplirent, par les ordres de Colbert et de Louvois, de lointaines explorations dont le souvenir n'est pas encore effacé , tant elles forent fécondes pour les sciences et pour la littérature 1 Sous les règnes suivants , Fourmont, Sevin , Maupertuis, La Caille, Borda, La Gondamine, Pingre, Richard, Duhamel et bien d'autres dont j'oublie les noms, parcoururent les deux hémisphères, en recueillant des observations concernant toutes les parties des connais^ sauces humaines. Notre âge n'a pas répudié ces illuÈitrès exemples. Ne parlons pas de cette mémorable expédition d'Egypte que le génie du premier Consul
rendit non moins féconde pour les sciences naturelles et pour Thistoire que glorieuse pour nos armes; mais depuis cinquante ans ^ que de voyages ont eu lieu dans les différentes contrées de l'univers^ dont les annales des lettres conseryeront une éternelle reconnaissance aux Gouvernements qui les ont ordonnés et aux courageux investigateurs qui n'ont pas reculé déviant les dangers de Tentreprise I
Toutefois^ pendant plusieurs années^ les allocations inscrites au budget pour cet important service n'a* vaient rien de régulier et étaient très^insufiQsanteSé Elles se bornaient à une somme de 20 à 25000 fr», comprise dans les crédits du Muséum d'histoire natu«relle» et à quelques indemnités accidentellement prélevées sur les fonds des encouragements littéraires. De 1 833 à 1 842, la dépense a varié de 1 8 à 20 000 fr.^ qui ont servi à rémunérer entre autres missions celle de Victor Jacquemont dans Tlnde^ et les savantes explorations de M. Texier dans l'Asie Mineure. Sans ^^ doute un département ministériel ne peut revendiquer
le droit exclusif d'ordonner ^ suivant le bon plaisir de D(' Fadministration, ces expéditions lointaines qui suppo-
i sent une décision spéciale du Gouvernement, parce
qu'elles exigent de grands sacrifices et qu'elles intéressent à un haut degré la gloire du pays. Mais en réservant les voyages de long cours , si souvent et si utilement exécutés sous les auspices du ministère de la marine ^ en écartant même les missions exceptionnelles^ que des découvertes imprévues peuvent rendre opportunes , n'est - il pas d'un grand intérêt que le Ministre I à qui le soin d'encourager les lettres est spécialement dévolu , possède d'une manière fix« les
ressources nécessaires pour envoyer dans les pays étrangers d'habiles voyageurs, chargés les uns d'explorer les bibliothèques et les archives , les autres d'étudier les institutions et les lois , l'état des esprits et l'insensible développement des doctrines morales , politiques , religieuses ? Il n'est pas indifférent de faire profiter la France des richesses littéraires et des institutions administratives des nations voisines ; et il y a, pour ainsi dire , double bénéfice^ quand à ce premier avantage se joint celui de procurer un emploi utile de leur temps et de leurs facultés à des esprits actifs qu'il ne serait pas d'une bonne politique de laisser exposés à toutes les séductions de l'oisiveté.
Ces considérations avaient décidé, en i 845, le Gouvernement et les Chambres à porter à 1 1 2 000 fr. le crédit ouvert au Ministre de l'instruction publique pour voyages et missions scientifiques. Mais Tannée suivante, l'École d'Athènes fut fondée*. Cette école était destinée à perfectionner dans la connaissance de la littérature , de l'histoire et des antiquités grecques d'anciens élèves de l'École normale reçus agrégés. Elle pouvait rendre à l'Université, aux études , et , comme la suite l'a prouvé, à la science et aux arts, les plus signalés services. Au point de vue politique, elle n'était pas une création sans portée , et une direction habile pouvait utiliser le savoir et l'activité de ses membres au profit de l'influence française en Orient. Cependant, malgré les titres divers de cette belle institution à la faveur des pouvoirs publics, les dépenses qu'elle devait occasionner ne furent pas l'objet d'une proposition
1. Ord. du 11 sept. 1846, Bulletin des Lais , ix* série, n«» 13S3.
spéciale , et furent imputées sur le chapitre des missions scientifiques. Le crédit porté au budget de 1845 se trouva ainsi ramené de fait à 66000 fr., le sur* plus, c'est-à-dire 52000 fr., ayant été affecté à l'École d'Athènes. Dans les années suivantes^ les réductions furent encore plus considérables; le chapitre tomba successivement à son chiffre actuel de 65 000 £r., sur lesquels 40000 fr. sont prélevés pour TEcole d'Athènes; il reste 25 000 fr. seulement pour le service des misr sions. C'est avec une aussi modique somme que l'admi* nistration de l'instruction publique est chargée de maintenir la tradition d'un grand service qui pourrait être si utile aux lettres et aux sciences. En jetant les yeux sur les Archives des missionSf dont la fondation appartient à M. de Parieu y et qui forment déjà cinq volumes, on peut vérifier si l'administration a ménagé avec soin les faibles ressources dont elle disposait. Mais quelques bons résultats que le discernement personnel des Ministres ait su obtenir avec des allocations insuffisantes f la situation actuelle ne saurait se prolonger sans dommage pour le pays. Il est à désirer que, dans un avenir très-prochain, le crédit alloué pour les missions soit reporté pour le moins au chiffre où il était au 1*' janvier 1848.