‹ Le budget du Brésil: ou, Recherches sur les ressources de cet empire dansChapitre 4 sur 11 · ENTES · texte numérisé non relu

ENTES

les autres à la communion évangéliqne. Ceux de cette dernière sont les plus nombreux. Il y a quatre chapelles du culte catholique desservies par un seul chapelain que rétribue la caisse publique ; il y a huit chapelles du culte évangélique qui sont administrées par autant de pasteurs. Quinze écoles, dont deux puUiqnes, et treize privées, donnent l'instruction à 5â2 élèves.

« L'État d'agitation et de désordre dans lequel s'est trouvée la provioce pendant plus de neuf anaées consécutives, ne devait pas laisser de noire aux totérâts de la colonie ; cependant il est étonnant que les effets n'en aient été très-sensibles qu'à l'^rd de l'accroissement de la population : elle était de 5,253 colons en 1835, de 5,238 en 1843, et de 5,393 en 1 845. Toutefois, elle ne rétrograda point, et aucune de ses industries ne fut stationnaire ; toutes prospérèrent plus ou moins. Il faut, de plus, faire observer que pendant cette longue période, à peine 153 Allemands, dont 66 en 18i4 et 87 en 1845, émigrèrent dans la province, et que beaucoup des habitants de Saint-Léopold s'y trouvent établis sur divers points après avoir été détachés de la colonie en conséquence de l'agitation.

■ Pour se former une juste idée de l'état florissant de cette colonie, et du développement croissant de son industrie, il suffit de remarquer que grand nombre de colons nouvellement arrivés ont mieux aimé engager leurs services aux colons déjà établis, qui

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9C LE BUDGET DU BRÉStL.

« ODt besoin de bras, que d'aller former des établis-

< semeots pour leur compte dans des terres trè»-fer-

< lileB voisines de la colonie. C'est donc un fait, et € un fait très-notable, qu'au Brésil, il existe d^à un

■ endroit offrant un salaire prêt et avantageux aux c bras libres, qui, débarqués sur nos rivages, se

■ vouent à la culture des terres. Et certainement, ce « Tait est un grand pas dans la carrière des améliora- « tiens du pays. A mesure qu'il se reproduira sur

■ d'autres points, l'agriculture ira en progrès ; et en t raison de la rapidité de son développement s'appro-

■ chera l'époque encore si éloignée, quoique si dé- « sirée, de la complète substitution des travailleurs

< libres aux esclaves, >

En 1 850, suivant les documents officiels du mâme ministère, Saint-Léopold avait une population allemande de 9,862 âmes dunl i,386 catholiques et 5,476 protestants. II s'y jcHguait environ 4,000 Brésiliens.

Les impôts fournis par le territoire s'élevaient à 30,000 francs, et l'exportation de ses [ffoduits à 1 ,320,000 francs, en tabac, coton, pommes de terre, maïs, froment, seigle, orge, sucre de canne, café et divers articles fabriqués. La colonie employait 288 esclaves ; mais une loi provinciale lui avait interdit d'en introduire de nouveaux.

Saint-Léopold n'est pas seulement une entreprise prospère, c'est une expérience qui donne au Brésil la solution pratique du problème de l'émigration.

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LES UCHESSES LATENTKS. 97

Le bien-être des émigraiits est proavé par les fruits de leur travail.

L'attraction exercée par ce ceotre se manifeste dans son accroissement ; sa force de diffusion se prépare dans la prospérité même de ses industries qui assure des occupations aux ouvriers pauvres qu'amène l'émigration, et qui en fera des fondateurs d'autres établissements, lorsque leurs ressources seront suffisantes.

Pour le ministre brésilien, c'est en face de l'esclavage qu'il signale cette conséquence de l'organisation de Saint-Léopold : < C'est donc un fait, et un fait très- • notable, qu'au Brésil il existe déjà un endroit offrant .< un salaire prêt et avantageux aux bras libres qui, « débarqués sur nos rivages, ge vouent à la culture « des terres »

Hais ce fait est avant tout la première condition d'un courant d'émigration. C'est l'émigration a^^issant sur l'émigration, escomptant par ses bons résallals du passé ses danses du présent et de l'avenir au profit de tous, et réglant ses comptes avec elle-même.

C'est ainsi que des milliers d'Irlandais et d'Allemands sans ressources arrivent chaque année au milieu des a^loméralioos de leurs compatriotes dans l'Amérique du Nord.

L'émigration des Suédois et des Norw^iens s'est établie dans l'État de Wisconsin avec le même procédé. Aussi longtemps que l'émigration n'a pas atteint ce degré de force, ou le gouvernement du pays d'adoption, ou les spéculateurs en transports maritimes doi-

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vent avancer la dépense da voyage. Comme moyen transiloire, c'est une nécessité qa'i] faut subir. Mais les vices du système sont devenus manifestes par l'expérience du gouvernement impérial, de même que la colonie de Saint-Léopold commence à montrer également par des faits accomplis au Brésil les avantages do l'attraction de l'émigration par l'émigration.

Entre Porto-Alègre, au 30' d^ré, et le 16' degré, limite de la région des Européens vers le nord, quatre agglomérations telles que Sainl-Léopold établiraient au Brésil l'émigration européenne avec les bienfaits d'inflaences, que com^riéteraienl te régime des terres publiques et des institutions de protection et de sécurité.

Cette tâche ne doit point parattre d'une réalisation chimérique. La colonie de Saint-Léopold a été fondée dans un temps d'inexpérience et de tâtonnements i elle a été soumise à la rude é|H«ave des troubles de la province de Rio-Grande du Sud ; elle ne reçut point la vigoureuse impulsion d'un système politique; c'était une entreprise qui se recommandait par sa nouveauté et par des résultats indéterminés. Car, à cette époque, l'émigration européenne n'avait pas encore accompli ses prodiges dans l'Amérique du Nord, et elle ne se montrait pas au Brésil comme un des principaux éléments de la sécurité et de la puissance du nouvel empire -

Pour itxer l'emplacement de chacun des centres, les recherches trouvent leur point de départ aux ports qui

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LES BICHE8SES iATEIfTBS. 99

oDt été désignés à l'entrée des émigrants ; elles ont à découvrir les avantages réunis de ta salubrité, de la fertilité et d'une étendue diaponible suffisante pour l'occupation immédiate et pour une extension successive.

Au bon choix de la situation doivent succéder les procédés de l'établissement. Mais ici s'arrête l'exposé des mesures généndes dont parait se composer le système de l'intervention du gouvernement brésilien dans l'œavre de la colonisation. Les détails de l'exécution de chaque entreprise varieront suivant les lieux et les conjonctures. On n'essayera donc point de les soumettre à des règles uniformes.

Cependant, le défrichement des forêts primitives se fait au Brésil avec des conditions bien différentes de celles des États-Unis. Il est rendu plus laborieux, d'abord par la grosseur des arbres et par la dureté des bois. Ensuite le climat est plus affaiblissant pour l'étranger devant ce travail plus pénible. 11 en résulte une conclusion qui devient un principe d'exécution, c'est qu'au Brésil, lËuropéen nouvellement arrivé ne doit pas être forcé d'entreprendre tout le défrichement; le sol nécessaire à sa nourriture doit avoir été éclairci.

Desentreprisesparticulièresdonnent d'utiles notions à cet égard.

L'opportunité du concours des planteurs et des propriétaires de terres ne peut pas être méconnue. Leurs effortsméritentles encouragements les plus efficaces II

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100 U BtrnCET DU BBÉ5IL.

faut aussi y chercher le plus grand nombre d'exemples pour la pratique de l'initiative qu'imposent au gouvernemeot impérial les intà-éts manifestes et pressants (lu pays.

Ybicaba, plantation située vers le 22* d^^ dans ta province de Saint -Paul, se présente ici comme le meilleur centre d'émigration que l'industrie privée ait fondé au Brésil.

Ce domaine comprend trois lieues de forêts entrecoupées de pâtures et de défrichements ; le sol en est plat, avec des mornes épars, dont les pentes à l'abri des gelées blanches sont favorables à la culture du café.

La canne à sucre, le riz, le maïs et divers produits des terres tropicales occupent les {daines et les basfonds.

En 1847, l'importance d'Ybicaba était représentée par 300 esclaves et une récolle de 8,000 arrobes de sucre et de 13,000 arrobes de café. Mais ce dernier chiffre devait s'élever à i0,000 par les nouvelles plantations qui venaient d'être établies, et auxquelles il ne devait bientôt plus manquer que des bras.

• Le sénateur Vergueiro , propriétaire d'Ybicaba , s'était voué aux occupations agricoles et à ta politique. Ministre ou chef de parti, il avait fortifié par r<d)aervatioD des affaires publiques et des besoins du pays la conviction du danger que la traite des Africains apportait au Brésil. Pour en contre-balancer les effets, il fallait demander des émigrants à rEiux)pe, ainsi que des capitaux pour vivifier les ressources du

D,B,ii.db,Goo>^lc

LES RICHESSES LATBNTBS. 101

sol par le travail libre. Il prit donc la résolution d'amener des Allemands dans son domaine, et de les placer à côté de ses esclaves, en combîDant les occupations des uns et des autres, de manière à procurer le plus grand bien-être aux Européens et le plus grand profit au planteur. Le gouvernement impérial seconda cette entreprise dont tous les détails méritent attention.

Le 2 avril 1 8i7, environ iOO Allemands de tout âge, formant 80 familles, contractèrent, avec le chargé d'a^ires consul général du Brésil pour les villes hanséatiques, l'engagement de passer dans la province de Saint-Paul et de s'y mettre à la disposition du sénateur Vei^eiro. {Appendice, G.)

Suivant les clauses de cet acte, le gonvernement impérial faisait l'avance des frais de transport, fixés à iO piastres espagnoles par individu âgé de plus de douze ans, et à 30 piastres pour les enfants de plus de cinq ans. Au-dessous de cet âge, le passage était gratuit.

Les cotons s'obligeaient à rembourser la dépense de leur traversée dans le terme de trois années à dater du débarquement au Brésil. Par une bienveillance spéciale, le gouvernement, qui devait payer au maître du navire 20 piastres pour les enfanis âgés de plus de cinq ans, renonçait à faire entrer cette somme dans la liquidation de la dette des colons.

Ceux-ci étaient tenus d'engager leurs services s'ils n'avaient pas les moyens de se libérer. La personne

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Hyi I.B BUDGET DU BRÉSIL.

qui les emploierait deviendrait la caution de leurs obligations. La nature du contrat de service était spécifiée : tes émigrants travailleraient pour un salaire réglé par l'usage local, ou en qualité de colons parliaires.

Le transport des émigrants se fit de Hambourg k Santos en deux navires. Le premier départ eut lieu le 12 avril et l'autre le 26 avriH847. Les traversées furent de quarante-cinq et de soixante jours.

Le sénateur Vergueiro, qui possède une maison de commerce à Santos, avait pris les dispositions que demandait l'arrivée des Allemands. Dès que ceux-ci débarquèrent, ils devinrent les colons partiaires du propriétaire d'Ybicaba en acceptant les clauses de l'acte suivant :

Abt. 1". La maison Vergueiro fait le contrat suivant avec le colon N

Ait. 2. La maison Vergueiro s'oblige à ce qui suit :

1 " Elle payera au gouvernement impérial la soumie de ... . , dont il a fait l'avance au même colon et pour laquelle celui>ci est responsable.

2° Elle livrera au même colon une étendue de ca- Gers dont il soit capable de faire la culture, la récotte et l'amélioration.

3* Elite lui permettra de tirer de ses terres, dans les lieux déterminés, les produits nécessaires à son alimentation.

4° Elle lui fera l'avance des dépenses faites à Santos, de celles du voyage jusqu'à la plantation

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LES BICHBSSES LATENTES. 103

d'Ybicaba, et de soo entretien jusqu'à ce (|u'il puisse y subveoir par son travail.

Abt. 3. Le colon s'oblige à ce qui suit :

1° II se conduira pacifiquement sans troubler ou léser ses voisins on la plantation.

2° Il fera convenablement la culture et la récolte des cafiers qu'il aura reçus, en déposant le café à l'endroit marqué dans la plantation pour y ôlre livré à la mesure au receveur de l'établissement.

3° En proportion de la quantité de café récollée par lui, le colon participera au travail de préparation exigée pour la mise du café dans le marché.

j" Il replantera les clairières qui se feront dans ses cafiers.

5° II payera à ta maison Yergaeiro la somme

de spécifiée ci-dessus [prix du passage],

qui, après deux abnées, produira l'intérêt légal pour la partie non acquittée, ainsi que la somme des avances de l'article 2, § i, avec intérêt légal après une année de date.

6' It appliquera aux payements spécifiés ci-dessus au moins la moitié de ses profits liquides annuels.

Akt. 4. Après la vente du café par la maison Vergueiro, celle-ci retiendra pour elle la moitié du produit net, et l'autre moitié appartiendra au colon.

Ait. 5. La maison Vergueiro n'aura aucune part aux articles d alimentation que produira le colon , et qu'il consommera ; mais elle recevra la moitiédu prix de l'excédant de ces mêmes articles que le colon aura vendus

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104 LE niDGBT DU BRÉSIL.

An. 6. La maison Vergueiro ne pourra pas ae déchai^r des obligations de ce contrat aussi longtemps que te colon remplira Mèlement les siennes. Il sera cependant libre à celui-ci de se retirer, après avoir payé à la maison Vergneîro ce qui lui sera dA, et moyennant une information par écrit de ses intentions, faite six mois d'avance ; le colon s'assujettit à payer une amende de 50.000 réaux {enciron Ml francs), s'il se retire avant de payer sa dette, ou sans notifier la déclaration de son intention.

Art. 7. Tous les doutes qui s'élèveront entre les parties contractantes seront soumis à des arbitres devant l'autorité compétente, sans autre formalité et sans recours d'appel.

De Santos à Ybicaba, le trajet est de trente-Jiuit lieues brésiliennes de dix-huit au degré, et les chemins sont difficiles. Les émigrants firent le voyage en quatorze jours. Un administrateur allemand dirigea l'expédition.

Les enfents, les malades et les femmes trop faibles pour marcher furent transportés à dos de mulet ainsi que le bagage.

Au terme de l'étape de chaque jour, te convoi s'arrêtait dans un des hangars qui se construisent le long des routes du Brésil pour attirer les muletiers aux tavernes voisines. On y tuait un bœuf acheté sur place. Les autres vivres se trouvaient dans l'approvisionnement fait pour le voyage.

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■ LES RICHESSES LATENTES. lOS

Deux ccnls mulels de charge furent nécessaires aux émigrants. Dans de semblaUcs entreprises, on doit compter un mulet pour quatre enfants et denx mulets pour les effets d'une famille. Suivant la saison et l'état des chemins, le prix de chaque mulet est de neuf à douze francs, de Santos à Ybicaba, tes dépenses du voyage restant à la charge du muletier.

Pendant les quatorze jours de leur marche, la nourriture des émigrants coûta environ 2,200 francs.

Le sénateur Vergneiro avait essayé quelques années auparavant de fonder à Ybicaba un village de Portugais. Hais il n'avait pas réussi . Les bâtiments de cette colonie servirent d'abri aux Allemands en attendant la construction de leurs demeures.

Entre le débarquement et l'installation, l'état sani-> taire des émigrants ne fut pas satisfaisant. Environ quarante individus succombèrent à la dyssenterie, sous l'influence du changement de climat et de nour^ ritore. La farine de mats et de manioc, le riz, les harioole et la viande sèche répugnaient aux Allemands. Ils s'obstinèrent à ne manger que du lard jusqu'à ce que la mortalité et le temps leur fissent adopter les aliments du pays.

Les terres de la nouvelle colonie avaient été défrichées et elles étaientprétes à être ensemencées ; elles touchaient à une plantation de cafiers en plein rapport et dont la récolte approchait. En sorte qu'en arrivant à leur destination , les émigrants trouvaient des diamps disposés ponr la culture des produits d'alimentation

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106 tE BUDfiET bU BRESIL.

et do café à cueillir. Celte dernière moisson d'un travail qu'ils n'avaient pas eu à supporter donna près de 16,000 arrobes dont les colons retirèrent environ 1 5,000 francs de prodoit net pour leur moitié.

Ces deux circonstances caractérisent l'établissement d'Ybicaba.

L'émigrant qui atteint le lieu de sa demeure après les tribalatiODS du départ, de ta traversée et du voyage de terre en Amérique, se voit devant les deux principales difficultés de son entreprise : il doit détruire la forèt pour récolter de quoi vivre ; il doit s'assurer des aliments en attendant que ta terre lui en donne. Or, au Brésil le défrichement est laborieux. Les forèts sodI compactes et le bois est dor. Toutes les saisons ne conviennent pas pour brûler les atiatis. L'émigrant est placé en face d'un tel travail, lorsqu'il ressent encore les effets de la crise physique et morale de l'espatriatiOD. Le défricbemeut par les indigènes est dispendieux.

La subsistance n'est pas un embarras moindre. L'établissement se fait en général loin des marchés. Dans la localité, les vivres renchérissent par la demande. Si les émigrants arrivent avec un approvisionnement, c'est une avance de fonds, c'est une nécessité de magasins, d'ordre, d'administration, de discipline, choses qni manquent toujours dans les premiers temps.

Ces épreuves ont été épargnées aux émigrants d'Ybicaba. En arrivant Us purent ensemencer les champs dont ils devaient vivre, et ils travaillèrent à

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LES RICBESSES LATENTES. 107

1 qui payait la nourriture de cbaqae jour achetéeà l'établissement central de la plantation. Cétait un abondant marché de bestiaux, de volailles, de riz, de maïs, de haricots, de manioc, de sucre et de café.

Le 16juin 1847, l'installation de ta colonie se fit au milieu des conditions générales qui viennent d'être indiquées.

Au 1 i mars 1 8i9, les décès et le départ de quelques artisans avaient réduit la population d'Ybicaba au chiffre de 360 âmes, divisées en 75 familles.

A la même date, l'état financier de la colonie était représenté par un passif de 85,i78 francs, et par un actifde 38,012 francs.

Il faut voir les détails du premier établissement, ainsi que les procédés administratifs de l'alimentation et du travail des émigranls dans leurs rapports avec la liquidation de la dette de chacun d'eux.

Le terrain destiné aux habitations des colons avait été divisé en quartiers de 500 palmes de cAté, par des rues principales de 80 palmes, coupées par des rues secondaires de 75 palmes. Quatre maisons de 40 palmes , de façade avec 30 palmes de profondeur furent disposées sur chaque côté d'un quartier. L'excédant de terrain était destiné aux cours et aux jardins. Du cdté de la rue, l'élévation des maisons est de 24 palmes Les murailles sont construites en pisé avec de forts piliers de bois.

Avec la toiture de tuiles, la dépense d'une semblable demeure n'excède pas 300 francs. Cinq ouvriers l'achè-

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vent en quatorze jours. La durée en esl de quinze à vingt ans.

En 1 819, vingt-sis maisons se trouvaient achevées. Les autres colonâ habitaient encore l'ancien village portugais. Un carré de 500 palmes de cdté avait été réservé à l'élise. Il Tallait à la odonie nn conseil de discipline et de centrale adminisiratir pour l'ordre intérieur et pour la comptabilité.

Trois boui^^mestres élus se divisèrent les quartiers, et chaque quartier choisit trois conseillers qui devaient s'unir aux boui^estres pour former un collège de police et d'administration. Chaque boui^mesireavaità tenir la comptabilité des colons de ses quartiers, et le collège devait la vérifier. Ce système d'administration a bien fonctionné.

Du 16 juin 1847 an 11 mars 18i8, la colonie eut à mettre à son passif 5,539,225 réaux pour supplément d'articles alimentaires, d'ustensiles, de vêtements et de numéraire. An cours du temps cette valeur représente . . fr. U,771 00

Du 11 mars 1848 au 11 mars 1849, ce même supplément s'est élevé à. . . 7,385 00

La dette du passage, et du voyage de terre, montait à 63,322 00

Total du passif. . . 85,478 00

On a déjà vu que la colonie d'Ybicaba opposait à ce chiffre de ses dettes un actif de 38,012 francs. Il se composait de ta valeur, de la premi^ récolte

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LES RICBBSSES LATENTES. 109

de' café que les Allemands avaient faîte du 16 juin au moisdenovembrel847 . . . Tr. 15,205 00 el de la même récolte pour l'année suivante et dont la valeur éUit de . . . 22,807 00

Total. . . 38,012 00

£n mars 18i9, la colonie ne devait plus augmenter sa dette, car les colons récollaient des articles d'alimentation en suBisance pour se nouirir et pour fournir à leurs antres besoins par la vente d'un excédant.

Suivant les évaluations faites sur les lieux à la même époque, la colonie devait éteindre, au 1" janvier 1 Soi , le reste de sa dette portée, comme on vient de le voir, à i7,i66 francs en mars 1849.

Ses ressources se composaient de deux récoltes de café égales à celles de 1 848, soit 45,61 4 francs.

Pour former le complément de 1 ,85S francs elle avait l'excédant de sa production d'articles d'alimentation.

L'aspect des habitants, l'ordre et la propreté de leurs demeures, l'état des champs et des plantations donnaient à la colonie d'Ybicaba un aspect florissant. Les chiffres qui précèdeut confirment ces bons indices.

Cependant cette entreprise n'est pas exempte de vices. Le premier est l'entière dépendance du colon à regard de la vente du café dont le marché est Sanlos ou Rio de Janeiro. Un autre mal du système

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est la communauté des résultais du travail quant à la qualité des produits. Le colon laborieux est récompensé de l'abondance de sa récolte par la réception qui eu est iaite à la mesure: mais la qualité est une circonstance qui disparaît dans les magasins du planteur au milieu des diverses opérations des apprêts de la marchandise pour la mise en vente. Par ce point, la colonie participe au régime de la communauté et à tous ses périls.

A ces vices d'organisation se joint la réunion d'émigrants de croyances différentes.

Une fatale négligence a privé de prêtre les expatriés pendant leur voyage; et la colonie constitoée les cattioiiques devaient aller jusqu'à Limeira, éloignée d'une lieue et demie, pour trouver une église. Les protestants ont élu l'un d'eux pour faire la lecture de la Bible.

L'emplacement de la colonie est saiubre et fertile ; mais l'eau y manque pour activer les usines et les machines qu'exigent la fabrication du sucre et la préparation du café.

Ybicaba pourra garantir le bien-être à ses habitante. Cest toutefois une entreprise qui ne satisfait p^ aux conditions du véritable système d'émigration.

Les esclaves et l'établissement agricole du sénateur Vei^eiro ont sans doute donné aux Européens les avantages d'une ancienne agglomération, en leur livrant des terres préparées, du travail bien rétribué, des demeures, des vivres sous la main, de l'aient pour

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LBS RICHESSES LATENTES. 111

le pasaage et le voyage, enfin de l'appui et de la protection.

Au tenue de l'acquittemeni de leurs dettes, les col<His seront acclimatés et habitués aux travaux du pays ; ils en connattroQt la langue ; ils pourront avoir quelques épai^pes dont ils achèteroat des terres. En sorte que les résultats seront bien régulièrement ceux de l'émigration marchant dans ses bonnes voies. Hais par le caractère de leurs causes, ces heureuses conséquences raitrent dans la catégorie des faits exceptionnels.

En effet, un planteur considéré, possédant de nombreux esclaves et appliquant son activité, son crédit et son influence à fonder une semblable entreprise, et sou ascendant paternel à y maintenir l'ordre et la régularité, est un exemple qui ne peut pas s'ofi'rir comme base. Mais en admettant même qu'il soit possible de trouver la réunion de ces diverses conditions pour procéder aux préparatifs de raidissement des Migrants d'une manière systématique, on ne doit pas mécoanaltro toutes les mauvaises chances de la mobilité de telles garanties. La mort du planteur ou un revers de fortune peut anéantir son ouvrage avant que les colons soient libérés; leurs intérêts seront impliqués dans de ruineuses liquidations. Cette destruction imprévue s'accomplira, tandis que de nouveaux émigrants s'achemineront vers le même établissement par l'attraction d'un état de choses dont il ne restera que les vestiges à leur arrivée.

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113 Ut BUDGET DU BaÉSIL.

Au coDtraire, quand les bienfaits de préparatifs, d'appui, de proleclion, de travail, d'avances d'argent, dérivent d'une agglomération d'émigrants déjà bien enracinés dans le pays, tout est stable. Le temps n'y développe que des ressources, tandis que, par la force des choses, il apporte chaque jour une chance de 1)érilà Ybicaba.

Hais si cette remarquable entreprise oe peut pas fonder un syslème, elle reste un des moyens les plu$ efficaces d'ouvrir le Brésil aux ouvriers européens et d'amener l'émigration dans ses véritables voies. Cest un procédé de transition. On y voit aussi des faits qui se rattachent à la solution de plusieurs problèmes, tels que l'aptitude des blancs pour certaines cultures, la capacité de travail des Allemands dans les tropiques, la combinaison des occupations de l'Européen et de l'esclave, les avantages de l'emploi dee deux espèces d'ouvriers.

Chaque détail des affaires d'Ybicaba donne une indication à l'égard des conditions générales du pays.

L'état de ta colonie, en 1849, ne permettait pas de douter que les Européens étaient acclimatés, et qu'ils supporteraient bien le travail d'une plantation de café. Les Allemands avaient déjà récolté deux fois, et ils avaient cultivé les cafiers pendant toute une année sans nul inconvénient. Le propriétaire d'Ybicaba affirmait que les ccdons pourraient s'employer dans les champs de canne à sucre. L'expérience n'a pas été tentée. La culture de la canne et la &brication du

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LES BICUESSES LATENTES. 1 1 3

sucre sont des travaux pénibles, tandis que l'ouvrier qui cultive le caBer se se Tatigoe pas plus que le vigneron. Il est à l'ombre dans les vieilles plantations. Le nettoyage du café est facilité par des machines, et il s'esécate dans des halles à l'abri du soleil et de la pluie.

Qiaque Allemand cultive mille cafiers en lignes espacées d'une brasse. Le sol est retourné une fois en novembre, et nettoyé deux, fois en mars et juin.

Dans la province de Saint-Paul , le cafier ne fait pas mûrir tout son fruit au même temps, comme dans les bonnes r^ons de la province de Rio de Janeiro. On récolte trois fois. Un colon peut cueillir de 6 à 7 alqueires de 40 litres par jour.

Le soin d'une plantation de caBers n'exige pas un labeur plus dur que celui du lin et de beaucoup d'autres produits de l'agriculture européenne.

Le temps de l'arrivée des émigrants à Ybicaba coïncidait avec le commencement de la récolte du café.

Dans la province de Saint-Paul, al la terre n'a pas été débarrassée du bois, ou s'il y a une récolte de café à faire, les émigrants doivent arriver en juin. L'époque de l'embarquement est donc entre le 1 " et le 1 5 avril.

Pendant les mois secs de juin, juillet et août, les bois sont coupés pour être brûlés en septembre et octotH^ ; le sol n'exige pas de préparation pour te maïs et les haricots.

L'alqueire de terre , représentant une étendue de

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100 brasaes sur 50, exige enviroD 41 fraacs pour frais de défrichemeal.

Si L'émigraDt o'a pas de récolte de café qui l'aHende et si les terres sont débarrassées, le meilleur mOBomt de son arrivée à remplacement de la colonie, est le milieu d'octobre, puisqu'il plantera immédiatem«it le maïs, les baricots, les pommes de terre, les betteraves ; il sèmera aussi le riz. Ces travaux se font jusqu'à la fin de novembre, et dès le mois de mars on récolte les produits.

Une famille de six individus doit avnr pour son alimentation et son entretien six alqueïres de terre dont deux pour le mais et le surplus pour tes pommes de terre, les haricots et le riz.

A Ybicaba, le maïs, l'orge, le lin, les pois ei les lentilles ont bien réussi. Il faat les semer en juin. Le mais y rend SOO pour 1 pendant les trois premières années du défrichement, et ensuite 160. Les baricots s'y plantent trois fois par an : en septembre pour être récoltés en novembre ; dans ce même mois pour être récoltés en mars ; la dernière fois en avril pour mârir en juin.

Malheureusement la colonie n'a qu'un accès diOicile au littoral. Le trajet est de 38 lieues et la montagne de Coubatam semble défier l'art d'ouvrir une voie commerciale sur SOS vei-sants. Le transport des produits d'Ybicaba jusqu'à Santos coûte annuellement près de 18,000 francs.

Ces expéditions se font par des caravanes de mulets

LES ttlCBBSSES UTBtlTBS. 41 S

qui apparlieDDeot aux plaaieurs, ou qu'Us louent à des mul^iers de profession. La colonie avait le projet d'employer des chariots légers à ses transports, dès que les cbemios seraient réparés. Elle calculait que six mulets de trait suffiraient pour la charge que quatorze mulets de bât font arriver difficilement à Santos.

A côté de l'ensemble des détails par lesquds cette colonie touche aux intérêts des individus et de l'émigration en général dans les efforts de sa période de tentatives et d'expériences, Ybicaba se découvre avec l'aspect imposant d'un problème qui contient les devinées du Brésil. On y voit le plus grand de ses maux en contact avec la plus grande de ses ressources, le fatal ouvrage de l'homme r{q)proché de compensations providentielles, l'ouvrier européw venant resacontrer l'esclave dans le même champ de travail, avec les mêmes outils et sous le même soleil.

Les calculs les mieux fondés ne suffisent pas pour donner une comparaison exacte des avaulages de l'emploi d'un ouvrier libre et d'un esclave. Les déductions les plus rigoureuses viennent à faillir dans l'application par des causes secondaires innombrables, imprévues et saisissables seulement par leurs effets. Dans une appréciation aussi difficile, les chiffres, quels qu'ils soient, ne créent point la conviction. Cest des expériences, faîtes par des planteurs, occupant des émigranis et des esclaves dans la même localité, comme à Ybicaba, qu'il faut attendre la décision. Toutefois en

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41G LB BUDGET DD BRItSIL.

simple élément de présomption, il est permis de placer ici des renseignemeals qui ont servi de point de départ au fondateur de cette colonie'.

Un planteur de la province de Satnt-Panl qui compare les deux spéculations d'acheter des Africains et d'engager des colons en Europe fait les évaluations suivantes :

Dans l'intérieur du pays, un Africain coûte environ 1,iOO francs. Pendant la première année, son travail est à peu près improductif; il y a la mauvaise chance de la nostalgie et des causes naturelles de mort. En moyenne, le planteur doit renouveler ses esclaves au terme de dix années ; les naissances oe suffisent pas à remplacer les perles, quoique, dans la province de Saint-Paul, les enfants s'élèvent plus facilement que dans la province de Rio de Janeiro. Les planteurs q encouragent pas la reproduction, qui les prive du travail des négresses en leur donnant des enfants dont l'entretien chanceux absorbe jusqu'à l'âge du travail un capital au moins égal au prix d*un Africain.

Ainsi, en achetant des esclaves, le planteur doit être remboursé en dix années, et il a beaucoup de chances dé^vorables.

En faisant venir des colons, il ne de\Ta employer que le quart du capital nécessaire à l'achat des nègres; et l'on a vu par les chiffres de l'expérience d'Ybicaba qu'en moins de cinq années le planteur peut avoir amorti le capital et les intérêts de ses avances.

Le maître d'esdaves a l'avantage d'une stabilité de

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travaux dont la morl est le seul péril. Su planlalion se mainlienl au complet par.uoe îaBItration ioacnsible, tandis qaé le cher d'une colonie est expiré à l'abandon soudain si les émigrants trouvent de meilleures conditions. Ensuite tes engagements de ceux-ci Unissent à la même époque ; en sorte que la plantation peut se trouver exposée à une interruption subite de ses travaux, dans une saison et dans des régions rà il est impossible de trouver d'antres bras.

Ces dangers sont incontestables , mais ils diminneront à mesure que les établissements semblables à celui d'Ybicaba se multiplieront. Les planteurs de la région voisine se montrent enclinsà suivrecet exemple. Le courant de l'émigration apportera aux fondateurs de colonies les ressources que la traite tient à la disposition des maîtres d'esclaves.

Quelles que soient les difficultés et les lenteurs de la soliitbn de ce problème économique, dans ses circon^nces humaines, l'Africain du Brésil doit apparaître ici avec une mission de pionnier sur le sol qui est accessible au U-avail des blancs, et cerdle accompli, il subira l'attraction d'autres latitudes s'il reste esclave, ou il sera absorbé par la population libre en sortant de sa servitude.

Au Brésil, les avantages de faire les préparatifs de l'émigration par l'esclavage, ne doivent pas être sacrifiés à la crainte de voir les Européens subjugués par le travail servite. Le prix croissantdes Africains mettra chaque jour davantage l'esclave hors de la portée des

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1 18 LK BQDGBT DU BBÉSiL.

émigraDls. Le rapfUYKhement de la population étrangère et de la race africaine doit être au Brésil la réhabilitation du travail de l'homme blanc, ea m&ne temps qu'une sanction des bits favorables à une fin pacifique et régalière de la servitude.

A l'égard de l'esclavage, te Bré«I et les Ëtals-Unis se trouvât engagés dans des voies divergentes.

Chez les Américains, il n'y a point de compromis possible entre les deux races. Plus l'homme de conleur se rapproche de l'homme blanc, plus il rencontre d'antipathie et de répulsion. Les mœurs ont une cruaaté excédant la rigueur de la loi qui fait l'esclave, et rendant illusoire la loi qui l'émancipé.

Au Brésil, l'afiranchisseraent est une réalité pditique et sociale La conleur n'excite aucune répugnance, et la tolérance des nneurs va encore plus Iran que la libéralité des lois.

Tandis qu'aux États-Unis, l'esclavage apparaît sans autre solution que la guerre dvile et l'extermination ou une retraite progressive vers le sud pour trouver une issue par les régions du Texas et du Nouveau Mexique, au Brésil il se montre entouré de moyens d'émancipation régulière. La race blanche d(Ht reprendre la prépondérance numérique par le contingent que lui donnera l'émigration eur(q>éenne, et simultanémait celle-ci favorisera la réhabilitation de l'esclave.

Elle doit contribuer à faire cesser la traite par laquelle l'esclavage se recrute sans cesse d'Africains

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barbares, au liai de se créer la moralilé et le principe civilisateur de la famille.

A côté de rémigrant, tout esclave doit devenir Brésilien dans sa descendance. Aujourd'hui , tout esclave qui est sur le sol du Brésil y appelle un Âfri' cain pour le remplacer. En sorte que la race absorbe continuellement sa dégradation en remontant toujours à sa première origine.

L'émigration doit anssi changra* le système des grandes plantations ; elle substituera la culture de détail aux établissements mécaniques dont le moteur est nécessairement l'esclavf^e. L'agriculture prendra la {dace de la fiabrication. Le travail de la famille accomplira la tâche brutale de la servitude. C'est ainsi que l'émigralion doit relever le travail par la main des blancs, en lui donnant pour impulsion les plus intimes sentiments de l'homme dans sa soumission à la loi divine, au lieu du fouet dans la dégradation de l'as-

Au Brésil, ni les mœurs, ni les lois, ni les conditions physiques ne s'opposent à ce que l'émigrant et l'esclave se rapprochent en combinant les moyens de pn^périté matérielle de l'un avec les moyens d'émancipation de l'autre.

Aux États-Unis, l'Européen qui s'établit au milieu de la servitude se trouve entouré des principes d'immoralité et des périls d'un esclavage sans terme et de haines sans issue.

Dieu doit attacher sa clémence sur les maux, et les

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130 LE BUDGET DD BRÉStL.

crimes d'une îAslitution fatale que te Brésil désavouera en proscrivant la traite, et dont il manifeste son repentir eu adoptant la postérité de l'affraDchi.

La colonie d'Ybicaba trouve son importance dans \A combinaison des travaux de l'esclave et de l'émigrani. C'est un essai du système mixte ; on vient de voir avec quel intérêt sa destinée mérite d'être suivie, soit que t'OD considère le sort de ses habitants, soit que l'on s'attache aux résultats généraux de l'expérience.

Tandis que dans la province de Saint-Paul, les propriétaires d'esclaves commençaient à tâcher d'attirer les Allemands par les cultures faciles de leurs plantations en rapport, une société se constituait à Hamboui^ le 20 janvier i 850 pour fonder des colonies dans les forêts primitives de la province de Sainte^^therioe. Une loi du 1 o mai de la même année en a ratifié les statuts. Cette entreprise appartient au système exclusif; il lui est interdit d'employer des esclaves. En sorte qu'elle appelle l'Européen à se trouver dans les conditions générales du défrichement, lorsqu'à Ybicaba il arrive sur un sol déjà transformé. L'exécution du plan des nouvelles colonies de Sainte-Catherine sera une épreuve des moyens d'établir les émigrants: On a vu que les esclaves d'Ybicaba n'avaient laissé aux colons que le soin d'ensemencer les champs et de cueillir le café. A défaut d'esclaves la société hambourgeoise devra employer le travail dispendieux des bûcherons indigènes, ou elle mènera les émigrants sortant du navire directement devant les ari^res à couper.

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LES RIGBESSES LATENTES, iH

La première hypothèse fournira la plus importante expérience financière, et l'autre montrera ce que vaut, comme axicHoe du système de la colonisation brésilienne , l'assertion de l'impossibilité pour l'Européen de passer, sans beaucoup de périls, des tribulations de son voyage au labeur du défrichement des forêts tropicales.

Hais cette entreprise s'offre avec d'autres litres à l'attentic»). Par ses propres avants^;es, elle doit exercer la plus grande influence sur te crédit du Brésil comme terre d'expatriation et sur le courant de l'émigration européenne.

La [Ht>vince de Sainte-Catherine a, en effet, le climat le plus salnbre de l'empire ; son sol est fertile, ses terres publiques sont abondantes. Ses ports se trouvent dans le mouvement du commerce universel par les relations des contrées de la Plala avec l'Europe et l'Amérique du Nord. En sorte que les émigrants ne peuvent pas y manquer leur établissement sans que le monde l'attribue à des causes radicales, dont il fera des ob^cles d'autant plus insurmontables que toutes les conditions extérieures se montraient plus propices.

Une entreprise dont le succès importait à des intérêts aussi considérables, dans le présent et dans l'avenir, pouvait compter sur la sollicitude du gouvernement brésilien. La loi du 1 5 mai 1 850 a ratifié le contrat de la société en accordant des Ëtveurs aux colons et aux navires employés à leur passage. Ces privilèges consistent dans la libre entrée des effets, des meubles.

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m LE SOOGET OU BRESIL.

deâ ustensileâ, des inslrumeots, des semences, des aoîmaux et de tous les objets destinés à t'établissement ou aux travaux de ia colonie ; dans l'exemption des droits sur la vente des terres et des embarcations employées par les colons ; dans l'exemptioa des taxes personnelles imposées par la loi générale et non par ta municipalité ou la province ; dans l'aulorisation accordée aux navires d'entrer à Saint-François poor y débarquer les colons et tes objets affranchis, quoique le port de la province de Sainle-Catheriue soit interdit aux arrivages de l'étranger. Les mêmes navires ne sont pas soumis au droit de tonnage, poiuru qa*ils aient accompli toutes les fcrroalités prescrite par la même loi pour déjouer la fraude.

La clause qui interdit l'esclavage dans la nouvelle colonie défend aussi d'y vendre en détail des boissons spiritueuses. La toi confirme l'acte d'associaUon pour ane durée de cinq années ; mais elle permet qu'il soit renouvelé pour an terme égal en cas de nouvelle concession de t^res ayant la même origine. [Appendice S.)

Le territoire de la colonie comprend huit lieues carrées des vastes domaines de la dotation de S. A. R. Madame la Princesse de Joinville. A la condition de fertilité, qu'exige un établissement agricole, se joint la capacité d'extension qu'il faut à une agglomération d'émigrants pour exercer son influence d'attraction.

Dès le mois de mai 1850, l'entreprise fut commencée avec environ 200 Allemands, à cinq tieues du port de S. -Francisco, dans la vallée de la Cachoeira.

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Les éoiigrantft se pt&cèreot sons les auspices de la princesse iH^ilienne en donnant à leur village te aora de colonie de Doua Francisca. Plus de 400 colons devaient y arriver de Hambout^ dans le courant de la mâmo année.

La protection qu'assurent à cette entreprise l'évidence des intérêts nationaux et une hante sollicitode, s'unit à la garantie du nom du fondateur de la société hamboui^^ise pour entourer de confiance la colonisation de Sainle-Cattienne. L'établissement de Dona Francisca doit devenir, avec celui de Saint-Léopold, le point d'appui de l'émigration européenne dans le sud de l'empire. La colonie de la province de Bio- Grande a l'avantage d'avoir achevé son temps d'épreuve et d'être en jouissance d'une prospérité en progrès ; mais la province de Sainle-Catherine offre une entière sécurité contre les troubles politiques par le caractère de sa population, en même temps que sa position plus centrale l'éloigné de l'anarchie permanente des régions voisines de la frontière du sud. D'autres établissranents d'émigrants se sont formés dans la même province.

Le plus ancien est la colonie de Saint-Pierre d'AIcantara, située à cinq lieues du littoral, sur la rtve gauche du Mahury. Elle fut fondée en 1829 par 133 Èjnitles allemandes. La population de Saint-Pierre s'élève à 1 ,050 habitants, et elle prospère. Ses produits agricoles alimentent le marché de la capitale de la province.

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Indépendamment des entreprises qui viennent d'&re énomérées, et au&qudles l'attention s'est arrêtée pour trouver des enseignements, le Brésil compte des essais secondaires de colonisation que le gouvernement impérial a favorisés Boit par des concessions de terres, soit par des subsides pour le transport des émigrants. En se renfermant dans des limites étroites, ces colonies ont ôté à leur succès conmie à leur décadence ou à leur ruine toute signification importante. Elles doivent seulement fournir ici leur contingent à la statistique générale de l'émigration enropéenne an Brésil.

En 1849, la population que l'empire avait reçue de l'émigration s'élevait à 18,761 âmes réparties entre les établissements suivants :

La colonie de Sainte-Isabelle, dans la province d'Espirilo-Sanlo, avait .... 1 64 habitants.

Celles de Sainte-Thérèse et d'Ybicaba, dans la province.de Saint- Paul 435

Celles de Pétropolis, de la Nouvelle-Friboni^ et de Vallam dos Veados, dans la province de Rio de Janeiro 4,811 >

Celles de Dona Francisca, de Saint-Pierre, de Sainte-Isabelle, de Piedade, de Don Alphonse, d'itajahy, de Blamean, de Léopotdina et

A reporter . . 5,410 »

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LBS BICHESSKS LATENTES. 12S

Report. . . 5,t101iabiUints de Sahy, dans la province de Sainte- Catherine 2,340 •

Ceiles de Très Forqnillas , de Terres, deSaint-Léopold, de Pierre Second, de Monite Bonito et de Santa Cruz, dans la province de Rio-Grande du Sad [AppeTulice. /) 11,011 »

18,761 habiUnts

Od voit que par sa tendance l'émigration européenne s'est portée vers le midi du Brésil. L'impulsion du Gouvernement l'a détournée pour fonder Pélropolis dans la province de Rio de Janeiro, en même temps que les planteurs de Saint-Paul l'ont attirée vers leurs établissements à esclaves Tous les moyens qui peuvent servir à fonder les agglomérations d'émigranls se trouvent ainsi à l'état d'épreuve daiis les conditions les plus diverses. Les Européens cultivant les caPicrs des planteurs de Saint-Paul, et les Européens abattant les forêts primitives des colonisateurs de Hambourg, dans la province de Sainte-Catherine, doivent démontrer bientM le principe absolu de l'établissement des colons au Brésil jusqu'à ce qu'au terme de la période d'expérience et de transition , l'émigration arrive , s'installe et devienne florissante à l'aide de ses propres forces.

Cependant, en arrêtant au 16' degré sa marche vers le nord, l'émigration européenne annonce qu'elle

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De peut pas accomplir par son travail physique l'immense entreprise de défricher le Brésil. C'est indirectemeDt, eu occupant ses provinces méridionales, qu'elle pourra faire refluer vers les vallées du Tocantins , du Saint-Fran(;oi5 , de l'Aragnay et du fleuve des Amazones un coutingral de défricheurs, détaché de la population brésilienne et de la race africaine.

On a recherché les moyens d'établir l'émigraUon dans la région du midi, et l'agglomération a été reconnue ie procédé le plus certain d'une impulsion systématique du défridiement, telle que la réclament les intérêts de l'empire et des émigrants eux-mêmes.

Dans la région du nord, il y a aussi des préparatifs à faire pour l'avenir, et des mesures à prendre pour oi^uiser l'exploitation du sol. Les colonies militaires se présentent ici comme le moyen le pins certain d'immobiliser la population aux instincts nomades, et d'ouvrir l'accès des solitudes aux travaux agricoles et à la protection des lois. La sécurité des frontières de l'empire s'identifie avec ces mêmes intérêts.

Lorsqu'on s'arrête à l'étendue des régions du Brésil, l'œuvre de mettre en valeur cet immense territoire par des moyens qui fassent devancer le cours régulio- des siècles, doit paraître nne entreprise supérieure aux forces humaines ou aux ressources d'une seule génération. Mais en fondant un système immuable pour VexécQtion d'un tel ouvrage, les contemporains peuvent espérer qu'Us l'achèveront, puisque leur énergie réalisera tout ce que le présent comporte, en laissant la

géoération suivante dans des voies où elle conservera tes traditions de ses devanciers. Les colonies militaires complètent l'ensemble des moyens de l'exploitation du sol. De l'une à l'autre extrémité des régions incuites, au milieu des forêts les pins impénétrables, elles doivent favoriser les progrès de l'arpentage et l'étaUisaement des grandes lignes de communication.

C'est ainsi qu'après deux cents ans, les observations astronomiques et les sentiers des premiers missionnaires ont servi de direction aux géomètres et aux ingénieurs à travers les solitudes de l'Amérique du Nord.

Le système des colonies militaires est déjà en application au Brésil. Pour en comprendre toute l'imporlance d'ordre et de police, il suffit de cet exposé que le président du Para faisait, en 1 846, de ta situation de certaines parties de sa province : < Des infor- « mations reçues par le Grouvernemeut, il résulte que, « dans les tles de Macapa et diverses autres tles du c fleuve des Amazones, beaucoup de criminels, de « condamnés évadés des prisons, de déserteurs, d'es- « claves fugitifs et autres individus vivent indépen- « dants et commettent librement leors attentats, sans

■ que l'autorité puisse avoir l'action nécessaire sur < eux, privée qu'elle est de la force suffisante pour H les soumettre an joug de la loi et du devoir. A « Hmtijo, et spécialement dans la municipalité de « Ghaves, tes voleurs de bestiaux se sont montrés en

■ assez grand nombre pour résister aux détachements

■ que l'autorilé locale a envoyés contre eux Dans la t même île, à Bragance, à Turiassu et dans le district

• de Santaran, principalement d'Aloreirim à Obidos, I les rapports des chambres monicipales, des com-

< mandants militaires et d'autres autorités anoonoent

< qu'il existe des repaires où se trouvent réunis des « esclaves, des déserteurs et autres crimin^s.

( Quelques tentatives ont été faites en divers lieux

• pour la destruction de ces bandes de brigands, et

■ il en est résulté la capture de plusieurs esclaves ou ( déserteurs ; et il faut reconnaître que les autorités « locales n'ont épargné ni soins ni sacrifices dans « cette tâche, fournissant même les vivres et les canots I Béceaeaires aux expéditions. Hais rira n'a suffi ; le

■ mal est grave et supérieur aax moyens de répres-

< sion. Il convient donc de décréter des fonds pour

< subvenir à cette nécessité >

Des instruclioos données le S9 janvier 1849 au président de la province de Goyaz, par le minisb^ de l'empire, contiennent aussi un exposé des exigences auxquelles les colonies militaires doivent satisfaire

dans l'intérieur du pays : « Le Gouvernement

« impérial regrette de ne pas posséder des infcnmat tiens complètes à l'égard de la navigation de l'Ara- « guay, principalement en ce qui concerne iesmesures

■ d'amélioration et de sécurité. En ce qui r^arde le

■ Tocantina au-dessus du confluent avec l'Araguay, « il n'y a aucun renseignement. C'est ce qu'avant tout » il faut (^tenlr Le Gouvernement n'ignore pas

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LES BIGHBSSES LATENTES. 1S9

< que les difficultés Datureltes dont le cours de ces ( fieuves est embarrassé, s'aggravent eocore du man-

■ que entier de ressources sur leurs rives désertes,

■ hantées des animaux sauvages et d'Indiens qui les

■ égalent en férocité. Ce serait donc en vain qu'on I (enterait d'améliorer ta navigation si, en même

■ temps, des centres de population n'étaient pas I fondés dans les endroits les plus périlleux, puisque

■ c'est le seul moyen d'entreprendre des travaux et I de procurer aux voyageurs les ressources qu'exige

< une expédition aussi pénible. Hais comme il n'y a

■ pas moyen d'établir une population dans de tels I lirax sans recourir aux garnisons ou présides, il t faut immédiatement laisser des détachements milii laires dans les lieux les plus favorables à des pré- I sides, à mesure qu'avanceront l'exploration et la [ reconnaissance des fleuves. Dans la composition des I détadiements il faut choisir les soldats volontaires I et mariés; une gratification raisonnable doit leur 1 être accordée, et à des époques rigoureusement [ déterminées ils doivent recevoir tes secours qui leur I sont nécessaires. Les soldats eax-mémes défriche- > ront les forêts dans ces présides sur une étendue de

I 400 ou 500 brasses de profondeur, ils cultiveront I les produits d'alimentation ; ils s'eflbrceront d'éta- I blir des pftturages ou d'empêcher le bois d'envahir : de nouveau le sol ; ils ouvriront des chemins pour : faciliter le passage des cargaisons et des barques dans tes endroits oii la navigation est interrompue ;

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130 LE Bin>CET DO BRÉSIL.

• ils foarairont des secours aux voyageurs, ils pour-

( roDl même leur vendre ce qu'ils ont produit, attendu

< que dans les solitudes ce relâchement de la dis- « ciplioe militaire est très-nécessaire ; ils s'eObrceroQt c principalement d'attirer les Indiens du voisinage, et

< non les tribus éloignées; ils leur inspireront les

< désirs de la civilisation et le goût du travail.

< Pour obtenir plm facilement ce dernier résultat, « les détachements devront être accompagnés d'uu « missionnmre qui leur distribuera la nourriture ^i- « rituelle en vaquant à sa tâche prindpale, celle de

< civiliser les indigènes.

« Il convient aussi que, dans chaque préside, un ou « deux soldats accompagnent chaque barque si les « n^ociants le demandent. Ils assisteront les voya-

< geurs et ils acquerront l'expérience de la naviga- « tion des fleuves

c Dès que les présides auront été établis, V. E. « nommera un inspecteur chargé de les visita tous « les six mois et d'adresser des informations au Gou- « vemement

€ Indépendamment des mesures énumérées, il con-

< vient que V. E. seconde par tous les moyens admi-

< nlalratife la coopération de la société en faisant en- « tendre combien ses louables efforts sont agréables à

< S. M. l'Empereur; elle doit exciter dans le même t sens le concours de l'assemblée législative de sa ( [Htivince ; elle doit exempter du recrutement les « hommes qui forment les équipages des barques;

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LES BICHESSBS LATENTES. I3f

die doit accord»' toiis les avaolages possibles à ceux qui viendroot s'établir sor les Hves de l'Ara-

guay

« Le Rio-Vermeibo, qui baigne Goyaz, devra être débarrassé des amas de bois les plus dangerecx, pour que, dans la saisou des grandes eaux tout au moins, la navigation arrive jusqu'à la ville. Dans lods les cas, il convient beaucoup que la rivière soit liture d'obstacles à partir du lien qui sert de port r^pilier jusqu'au confluent avec l'Araguay. Dans le m&ne lieu, il est utile d'établir des hangars et des magasms, d'y avoir des canots et des vivres. . . Toutes ces considérations indiquent la nécessité de fonder immédiatement un préside dans le mâne endroit comme centre d'une population qui croîtra en même temps que le mouvement commercial de cette voie.

« Du confluent du Rio-Vermelho en aval, jusqu'à la pointe supérieure de la grande tie du Bananal, et ensuite jusqu'à la jonction de ses deux bras, l'Araguay ne présente pas d'obstacles proprement dits. Il en est de même plus bas Cependant il conviendrait beaucoup d'établir des présides aux deux extrémités de cette Ile, ou sur le bord voisin, suivant l'avantage des lieux. Ces présides, séparés par une grande distance, seraient d'un grand secours aux navigateurs, soit comme dépôts de vivres, soit comme marchés d'achats des produits du préside, soit enfln pour la réparation des

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« barques, pour la discipiioe des équipages par le seul

€ fait de l'exislence de telles stations, pour toute

« autre espèce d'assistance, priocipalement dans les

< cas de maladies

< Il conviendrait beaucoup de rétablir le pré-

t side de Sainte-Marie, qui a été détruit par les In- I diens à la suite des imprudences de son comman-

< dant, comme aussi d'en fonder un autre près des

< Grandes Chutes, ou entre celles^ et celle de Car- € reira comprida. Les premières, qui ont deux Ueues

< d'indue, et qui retardent le passage des barques « et des cliargements pendant des semaines, en exi-

• géant un immense travail, forment sans doute le

• plus grand obstacle que r^contre la navigation, et f par conséquent c'est celui qu'il importe le plus de « diminuer. Un préside, dans cet endroit, fournirait

< des bras, des renseignements exacts sur l'état des

< eauK et des meilleures passes qui doivent naturel-

■ lement varier. Indépoidamment d'autres secours, il « y aurait une protection pour tes équipages qui se ( dispersent pour le service du transport des mar-

< diandises, et qui sont exposés à la trahison des

• Indiens. Cependant pour rétablir le préside de

■ Sainte-Marie, et pour en fonder un autre, II est très- « opportun de s'assurer l'amitié des cheEs indiens

a Des Grandes Chutes jusqu'à Saint-Jean de l'Ara-

• guay, au confluent du Tocantins, limite seplentrio- ( nale de la province de Goyaz, les difficultés sont « rares et faciles à surmonter, et comme la dernière

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LES BICHESSBS LATENTES. 135

- partie de la navigation entre Saint-Jean et la capi- < laie du Para dépend de cette dernière province, •c des instructions s'y trouvent expédiées.

€ Tels sontlea ordres queS. M. l'Empereur fait tenir t àV.E. >

En cherchant sur la carte du Brésil le système auquel se rattachent les détails de ces instructions, il est facile de retrouver rexécutiw de ce même plan qui avait commencé par une chaîne de postes militaires l'union du Canada et de la Louisiane. Les forts de rOhio devaient prot^r les établissements de la France contre les colonies anglaises et contre les indigènes, tout en ouvrant des entrepôts aux échanges des vallées du Blississipi et du Saint-Laurent.

Pour le Brésil, les exigences de la sécurité contre l'étranger n'existent que sur la seconde ligne du système de ses eaux, c'est-à-dire dans les vallées du fleuve des Amazones et du Paraguay. Mais les Indiens, tes distances et la solitude sont aujourd'hui dans les régions du Saint-François, du Tocanltos, de l'Araguay et du Farana, les mêmes ennemis que la France avait entrepris de soumettre dans ses colonies de l'Amérique du Nord.

Le Parana est l'Ohio du Brésil, tandis que l'Araguay représente les voies de navigation naturelles et artificielles qui unissent le tributaire du Mississipi aux grands lacs et au golfe du Saint-Laurent.

Le Parana ne possède point les avantages de la rivière américaine L'Araguay et le Tocantins compen-

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154 LB BUMiET DV BRÉSIL.

ÈoA l'infériorité d'un des cdtés de l'as&îmilalion des moyens de commuoicalion entre le nord et le sud pour chacun des continents.

La pensée des instructions reçues par te présideot de (joyaz apparaît avec les caractères de ces inspirations qui embraserait les plans les plus vastes et qui entreprament de les mener à leur fin par la persistance de la conviction et la science des détaik, conditions du succès des grands desseins.

Il n'est donc pas chimérique d'amener les générations de l'émigration contemporaine aux extrémités de la r^ion méridionale qui touchent au 46* degré et au réseau des sources du Paraoa, de l'Aragnay, du Saint-François et du Tocanlins. Ce mouvement de la région du midi subira l'attraction de la r^on du nord. Celle-ci se pénétrera de vitalité par ses voies navigables soumises au système créateur qui vient de se manifester, et dont l'énei^que exécution suffirait pour garantir à un rê^e des pages glorieuses dans l'histoire.

Dès le mois de juin ISiâ, le gouvernement impérial avait soumis aux Chambres un projet de loi pour l'établissement des colonies militaires. Une loi du 1 5 juin 1 850 en a sanctionné le plan. Ces colonies doivent être des moyens d'ordre et de vivification intérieure en même temps que des insUtutions de correction. Le 9 novembre 1850, le Gouvernement décrétait la fondation de deux colonies militaires dans les forêts limitrophes des provinces d'Alagoas et de

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Peniamboac, et il leur donnait ud r^Iemeat complet d'organisation et d'administration. Le 2 janvier suivant, un antre règlement a été fait pour ces mêmes colonies ou présides de la vallée de l'Araguay qui avai^it été l'objet des instructions du ministre de l'empire, vicomte de Monlal^re.

Au mois de mai 18i9, le président de la province du Para fondait la colonie militaire de Sainte-Thérèse du Tocantins. La même année, le Gouvernement faisait reconnaître une nouvelle communication entre les provinces de Saint-Paul et de Mato-Grosso. Il déterminait dans la vallée du Tibagi l'emplacement d'nn préside.

On voit donc qu'à côté du système existe l'impulsion d'exécution. Mais cette entreprise des colonies militaires et des présides est exposée à succomber sous les obstacles dont elle se trouve entourée. Les principaux sont le personnel ei. la dépense.

A la différence de la plupart des ouvrages humains qui périssent par leur excès d'ambition, celui-ci rencontrerait son plus grand péril dans des limites trop restreintes. Si les colonies militaires n'étaient que des stations d'ordre et de police intérieure , des entrepôts pour le négoce avec quelques travaux d'agriculture, elles seraient nécessairement abandonnées au commandement de quelques officiers sans crédit et sans perspective de fortune. Elles ne tarderaient pas à tomber en ruine par une dilapidation sans contrôle, ou par l'insouciance des chefs , envoyés dans les forêts

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136 LE BUDGET DO Bai^lL.

comme dans une retraite pour le reste de leur carrière, et chai^gés de fonctions vulgaires loin des faveurs du pouvoir et de l'attention de ropinion. Il faut à œs éta- 'blisaementa des hommes probes et intrépides dont les talents aient à trouver des occasions de récompense. Les colonies militaires doivent donc élever leurs attributions à la hauteur du concours dont elles ont besoin.

L'inlérieur du Bréàl n'est pas connu. En 18i9, le ministre de l'empire mandait au président de la province de Goyaz que te gouvernement impérial manquait de détails complets à l'égard de la navigation de l'Araguay. La direction des voies de comnranication, les travaux de topographie, les opérations de l'arpentage, la reconbaiasance des richesses minérales et végétales, la protection des frontiéaivs composent l'œuvre de la vivification du ^réai\, et les colonies militaires se présentent naturellement comme points d'appui de ses opérations et comme dépôts de ses moyens d'exécution.

Mais avec ces attributions, qu'elles reçoivent de la force des choses, les colonies militaires semblent appartenir directement au corps du génie de l'armée. Elles s'offriraient à l'élite de ses officiers avec la mission la plus vaste et la plus immédiatement utile qa'ra aucun pays des militaires puissent accomplir en temps de paix.. L'entreprise surmonterait ainsi le premier de ses obstacles en tronvant un personnel de patriotisme^ de probité, de science et d'énei^ie. En même temps la difficulté financière serait diminuée d'abord par

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LES BICHESSES LATENTES. 157

l'ioterveiitioD du budget de la guerre et ensuite par la garantie d'un emploi productif des allocations.

La direction centrale du génie, en disséminant ses officiers dans les stations militaires échelonnées pour le meilleur accomplissement de leur destination, ferait converger tous les travaux aux mêmes fins. Elle entretiendrait l'ordre, le mouvement et l'unité dans les colonies que l'administration civile des provinces laisserait dans l'isolement et l'indolence. Aux bienlaits locaux que les colonies- répandraient dans la contrée se joindraient tous les avantages que l'empire retirerait du travail des officiers détachés sur autant de points. Sans ce concours du génie de l'armée, les voies de communication , -la surveillance , l'arpentage et l'administration des terres publiques semblent des en-

Les colonies et les présides confiés à l'énergie et à la science de la jeunesse militaire deviendraient dans toute l'étendue de l'empire autant de centres d'impulsion pour ses progrès.

Le Brésilien est appelé par une aptitude spéciale vers les sciences exactes. Avec une carrière aussi vaste le corps du génie de Tarmée serait bientât la principale direction des études, de l'ambition et des besoins d'une jeunesse qui pèse aujourd'hui sur le budget en écrasant te service public de sinécures.

Pour toutes les tâches que l'armée brésilienne aura jamais à remplir, elle trouverait son meilleur élément dans les officiers qu'auraient éprouvés les travaux

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138 I.E BUDGET DU BHËSIL.

attribués aux colonies sous les auspices dti corps du génie. AuK Ëlats-Unis, le bureau topograpbiqoe de radmiaistration centrale de la guerre à Washington a répandu ainsi ses officiers dans des stations de travaux scientifiques et d'exploration jusqu'aux confins du lac Supérieur, jusqu'aux sources du Missouri et dans toute la région des montagnes Rocheuses.

L'exécution des entreprises ardues forme les grands caractères. Le lieutenant Washington explora la Virginie et y fit des arpentages au milieu des balles des Indiens. Parmi tes contemporains, la plupart des vieillards qui se sont fait au nom dans l'histoire américaine ont commencé leur carrière par les épreuves de l'établissement de la civilisation dans les contrées sauvages.

En sorte que ces régions illimitées du Brésil, en s'abandonnant à l'exploitation, ne doivent pas seulement livrer à l'État toutes les richesses matérielles qui se trouvent celées dans leurs espaces ; elles lui ouvriront encore des sources de vigueur morale. L'œuvre du défrichement renferme ainsi sa propre certitude de succès. A mesure qu'elle s'étendra, elle élèvera les nouvelles générations à la hauteur des nouveaux moyens de prospérité et de puissance de l'^npire.

LK SÉCURITÉ INDIvroUBtLB.

Un bon système d'emploi des terres publiques et de colonisation embrasse les exigences physiques de l'en-

LES RICnESSES LATENTES. 139

ireprïse du défrichemenl. La parlicipalion de l'émigrant à cet ouvrage impose le devoir de vériGer les conditions de sécurité que te Brésil offre à sa personne, ou dont il doit créer la garantie.

Sans cette intra>veation de l'élranger, il suffirait d'avoir recoano l'ensemble de la position que les mesures du goQvemeroent impérial ont faite à l'un des premiers intérêts nationaux. L'ampleur même des voies qui mènent un peuple à de vastes destinées ne permet point d'en ôter toute aspérité. Quand la direction est régulière, il en natt des instincts et une impulsion que les obstacles et les fatigues de la marche n arrêtent point dans leur cours ; la compensation se trouve dans les résultats définitifs. Si les générations qui les ont cherchés à travers les épreuves et les périls ne sont pas celles qui recueillent le fruit de tant de labeurs, elles ont entrevu l'amélioration du sort de leur postérité, et celle-ci aura une tâche semblable à remplir au proGt de ses descendants, en équivalent de l'héritage de ses devanciers.

Mais le défrichement du Brésil ne se renferme pas dans les limites d'un inlérét national exclusif, dont les diverses phases s'équilibrent dans le cours de siècles solidaires. C'est le présent qui est l'objet de la sollicitude des pays de l'émigration européenne, et qui doit prouver les titres de l'empire à devenir la terre adoptive des expatriés en leur garantissant le bien-être et la sécurité, et non pas seulement la perspective de tels bienfaits assurés à leurs descendants.

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140 I.E BUDGET DU BRËSII..

Quant au Brésil, ce n'est pas en se réfugiant dans l'avenir qu'il pourrait échapper aux conséquences do discrédit qui s'élève entre son littoral et les tendances de l'émigralion.

Les difiicultés internationales de la gestion des héritages d'étrangers, le principe de la naluralisatton forcée, un système d'incapacités mercantiles et de taxes différentielles à l'égard des résidents étrangers, et enOn le recrutement de la flotte et de l'armée, ont porlé en Europe une profonde atteinte à la valear dn Brésil comme patrie d'adoption. L'influence de ces causes d'abaissement se trouva secondée par un élat de guerre civile, en même temps que les progrès de la traite des nègres paraissaieut vouer le Brésil à devenir une terre africaine.

Les traditions du régime colonial, et ensuite la dé- Bance et la jalousie qu'excitaient les Portugais résidant au Brésil, ont été l'origine des restrictions commerciales imposées aux étrangers. En 1 808, Bahia demandait que le négoce leur fût interdit. L'appui extérieur que le Brésil réclamait alors le soumit à un système d'alliance, qui protégea les nationaux des divers États. Mais après l'expiration des traités, la loi du 2 septembre 18i6 frappa d'une capitation les maisons de commerce où se trouvaient des étrangers ; suivant l'importance des provinces, elles pouvaient en employer un ou deux sans taxe ; au-dessus de ce nombre chaque individu devait payer environ 352 francs d'impôt.

I^ loi du 1 9 septembre 1 8i8 vint obliger les mai-

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sons de commerce de la capilale, des chefs-lieux de provinces et des cités du littoral à employer au moin» us commis brésilien. Si elles en avaient plusieurs, des exemptions pour la garde nationale et le recrutement leur étaient garanties.

Au Brésil, les principes de ces lois sont désavoués par le gouvernement et par l'opinion publique. C'est une concession à des passions qui s'alimentent d'étroites jalousies dans les villes de provinces. Les progrès des affairesel des notions d'économie et de justice emporteront bientôt ces vestiges d'autres temps.

La difficulté de l'administration des héritages se montre avec des caractères différents.

Celte contestation Internationale a mis en présence des impressions radicalement opposées. Du côté de l'étranger, les plus graves abus de l'af^lication des lois étaient invoqués comme un argument péremptoire contre l'interprétation des lois, tandis que le gouvernement impérial se détournait des abus pour se retrancher dans les principes d'un droit qu'il n'entendait pas abandonner devant des exigences.

Dans l'éloignement oîi la colonie portugaise était de sa métropole, la difTiculté des relations et la dispersion des familles exposaient les biens des successions à beaucoup de périls. Une magistrature spéciale fut établie pour veiller à la conservation de l'héritage des absents et des mineurs. L'Espagne donna la même institution à ses possessions d'outre-mer.

La partie la plus vicieuse de l'administration des

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us LE BUDGET DU BRÉSIL.

colonies fut toujours la justice. Il était naturel que la nouvelle magistrature se laissât eulratuer à une corruption qui pouvait être productive au détriment d'orphelins ou d'absents. Les gardiens des héritages en devinrent ainsi les spoliateurs spéciaux, et une loi paternelle servit d'abri aux maux qu'elle devait empêcher

Quand le Brésil, ouvert aux étrangers, fut devenu un centre de cajùtaux et d'affaires coDsidérables pour les sujets d'États puissants, ceux-ci usèrent de leur prépondérance pour assurer à leurs nationaux la garantie de t'tnterv^ition consulaire dans toutes les circonstances qui amenaient des droits cpielconques à se placer sous la protection d'une sollicitude particulière des lois. Les traités que le Brésil fît avec les principaux pays sanctionnèrent soit formellement, soit par assimilation, les prérogatives des consuls.

Dès que le Brésil se sentit assez fort, il modifia la politique qui avait créé ses alliances. Les traités temporaires ne furent pas renouvelés à leur expiration, et la juridiction consulaire se vit entravée, en même temps que cessaï^it les engagements internationaux qui en avaient sanctionné l'exercice à l'égard des successions. La France seule, en vertu de son traité perpétuel du 8 janvier 182C, complété par les articles additionnels du 7 juin suivant, maintint ses consuls dans l'usage de leurs anciennes prérogatives.

Le gouvernement brésilien dépouillait les consuls de toute initiative pour la conservation des successions

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LES RICHESSES LATBHTES. 143

de leurs Dationaux ; il les autorisait seulemeut à interveoir daus la procédure du juge, cooslitué gardien des héritages ; mais eu mâme lemps il reveudiquail comme naturalisé de droit tout enfant né dans le pays; en sorte qu'à l'égard d'un tel héritier, toute surveillance des consuls, même des consuls français, était écartée en principe et ne devait plus être qu'une tolérance sans efficacité. C'est avec ce système, appliqué par les décrets du 9 mai 1842, du 27 juin 1845 et du 18 novembre 1848, que devaient être protégées les successions étrangères.

Dès l'expiration des traités qui formaient l'alliance commerciale du Brésil et des principaux États, la prévoyance des gouvernements, éclairée par le passé, provoqua les |^us énei^iques réclamations en faveur des consuls. Les faits les plus graves se succédaient en preuves incontestables de l'insuffisance des décrets qui avaient été substitués aux traités. Les conjonctures qui gtoaient alors les relations du Brésil avec divers États compliquèrent la difficulté, en excitant l'opinion publique. Tandis que le gouvernement impérial entendait défendre sa dignité en soutenant le système de ses décrets, les abus qui échappaient à sa surveillance, ou à ses précautions, allaient augmenter en Europe le discrédit du pays comme centre d'at&ires et d'emploi de capitaux. Cette situation des choses avait trop de désavantages pour être prolongée. Elle a été changée par le décret du 8 novembre 1851, qui rétablit les consuls comme gardiens naturels des biens de toute

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lU U BUS6BT DU BBÉSIL.

soccesNon laissée par dd étranger dont l'hériUer, égalemrat étraDger, a besoin de protection. {Appendice J.)

Mais la naturalisation forcée, dont le gouvernement brésilien a reconnu le principe comme droit public de l'empire, resserre les garanties du décret de \ 851 , et elle est une des circonstances les plus dé&ivorables qui caractérisent la résidence au Brésil dans l'opinion des Européens.

Le § 1 " de l'article 6 de la constitution de l'empire attribue la qualité de citoyen à celui qni est né au Brésil, même d'un père étranger, si celui-ci n'y résidait pas pour le service de son pays. La loi de naturalisation du 23 octobre 1832 dispose dans son article 3 que l'entant né avant la naturdisation de son père ne deviendra Brésilien qaaprès une déclaration d'intention à l'âge de vingt et un ans. Cette loi a paru donner un caractère facultatif à la naturalisation définie par le % \ " de l'article 6 de la constitution. Les réclamations étrangères s'établirent sur cette base ; elles interprétèrent les propres lois du Brésil, elles s'appuyèrent du droit public positif des divers États, et des règles générales du droit des nations. En réalité, du côté des agents étrangers, cette discussion des principes servait seulement à couvrir la raison péremploire de leur persistance à repousser la naturalisation forcée ; toute la génération née dans le pays était livrée à ces mêmes périls pour lesquels le Brésil consentait à reconnaître l'intervention consulaire, lors-

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que l'intéressé élait né hors du paya. La sécnrilé du commerce et des capitaux, menacés de dangers trèsréels et très-graves, était ici le fait dominant, et ia discussion des lois et des principes ne devait tendie qu'à des moyens de compromis avec la rigueur de la lettre légale pour arrêter des maux manifestes.

Le gouvernement impérial prit envers l'étranger une position diamétralement contraire. Il se renferma dans la plus stricte interprétation que comportaient ses lois, et il se détourna des conséquences de sa résolution à regard des intérêts que protégeait la sollicitude des autres États. En invoquant rbistoire de l'indépendance du Brésil, on prouva que l'intention du fondateur de la charte devait être d'étendre les devoirs de la nationalité aux enfants des Portugais qui formaient un parti nombreux, puissant par sa richesse et entière' ment contraire au nouvel ordre de choses. L'argument tiré de la loi de 1 833 en faveur d'une naturalisation facultative fut repoussé en conciliant cette loi et la constitution. Celle-ci impose une obligation à l'enEant qui naît dans le pays, et dont le père s'y trouvait pour jouir des avantages de la résidence. L'article 3 de la loi de 1 833 concerne un enfant qui est né hors du Brésil ; la naturalisation ne s'en empare point ; elle attend la déclaration d'intention.

Quelle que soit la valeur des arguments que peut employer cette discussion , il ne peut plus en résulter qu'un débat théorique. Le gouvernement impérial n'a pas cru pouvoir donner à la charte l'interprétation

1*6 LB BimCET DU BRɫL.

que tlemandaieol à la fois l'élranger el des iuléréts brésiliena fort imporlanls. Il s'est arrêté devaot la lettre de la loi, et par une déclaration formelle du a août 1846, sa résolution sans appel est devenue an principe du droit public de l'empire. L'eufant né au Brésil est Brésilien, et la succession qui l'intéresse a pour gardien le magistrat dn pays.

Une autre conséquence de la naturalisation forcée soumet au service de la garde nationale et au recrutement les enfants de l'étranger. L'application du principe s'est faite en 18i9 dans les termes suivants :

• Bio de Jaudro, llliiittèra de la Jumim. te l> (érrkr tM>.

« J'ai porté à la conoaissance de S. H. l'Empe-

• reur l'office en date du 26 octobre dernier, par ( lequel Votre Excellence expose les motifs qui lui

< ont lait juger sans valeur la plainte de Jean Manuel

< Redmond, telle qu'il l'a exposée dans sa requête •c annexée au même office, et dont il résulte qu'il a « été indûment qualifié pour le service de la garde Il nationale, attendu qu'il n'est pas citoyen brésilien, « quoique né au Brésil, puisqu'il est fils de père étran- « ger, et qu'il a déclaré en temps opportun son in-

■ tenti<« de rester sujet britannique comme son père.

■ S. M. l'Empereur fait répondre à Votre Excellence X que son opinion est bien fondée, et en concordance

■ avec la résolution impériale du 1 i août 18i6, ren-

* dne sur l'avis conforme de la s^tiou des affaires

< étrangères du Conseil d'État, et qui déclare impé-

DigitzedbyGOO^^IC

LES RIGIIESSBS LATENTES. 147

< rative el dod facultative la disposilioD du § 1" de

« l'article 6 de la coostitutioD ; qu'eu cooséqueuce, il

« a'y a pas lieu d'admettre la prétentiou dudil Reduiood

* de D'être pas considéré comme sujet brésilien.

■ Etsnio M QtJBiBOS CotTiHHO Mattoso da Cahara

* à 91. le président de la province de Bio de Janeiro. ■

L'émigraut qui vient chercher au Brésil une nouvelle patrie n'est pas dans la position du sujet d'un autre État, qui réside lemporairemeul dans le pays pour y gérer des intérêts importants. La Eamille du commerçant ou du capitaliste étranger se divise ordinairement entre la terre natale et le Brésil. Les affaires de succession s'en trouvent compliquées; elles excitent la cupidité de toutes les corruptions. L'émigrant est pauvre, et en s' expatriant avec ses enfants, il a concentré tous ses intérêts autour de sa personne. ËnGn, la naturalisation le soustrait aux restrictions et aux divers désavantages de la position que le Brésil fait aux étrangers. Cependant, s'il n'est pas atteint directement par cette politique, il en soufl're indirectement, puisque le discrédit qui en résulte nécessairement dans les principaux centres d'affaires de l'Europe détourne du Brésil tes tendances de l'émigration. Or, comme on l'a vu, la vitalité de l'émigration est l'émigration elle-même ; l'émigrant veut être suivi de l'émigrant.

Le Brésil n'est plus dans celte période de soupçons et de susceptibilités qu'ont h traverser les nationalités nouvelles, et pendant laquelle toute réclamation.

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148 U BVOGn- OU BRÉSIL.

loule demande de l'étraDger les alarme bien plus par son origine que par son objet. L'empire est assez fort, el la dignité de son indépendance se trouve assez abritée, pour qu'il lui soit permis de consulter ses intéréte permanents dans le r^tement de ses rapports avec les autres paya. 11 faut au développement de sa prospérité des bras et des capitaux. Il n'attirera les uns et les autres qu'ra transigeant sur les difficultés dont l'Europe doit s'inquiéter à l'égard du degré de sécurité qu'il présente aux personnes et aux fortunes.

L'application la plus pressante de cette politique de sollicitude pour les premiers intérêts de l'empire et pour l'émigrant est de soustraire l'émigralion aux atteintes du recrutement.

La loi du 3 septembre 1846 a donné ta naturalisation gratuite aux colons de Saint-Léopold, de Saint- Pierre et de Terres dans la province de Bio-Grande du Sud. Les colons de Sainte-Cal berine^t dePétropolis ont reçu le même avantage par la loi du 31 janvier 1850. Quelles que soient les faveurs dont le gouvernranent brésilien encourage l'émigration, quels que soient les secours et la protection dont l'étranger se trouve assuré en venant s'établir an Brésil, rien de sufllsant n'aura élé fait pour la sécurite réelle de l'expatrié et pour te crédit de l'empire comme pays d'adoption, si l'émigrant avec ses en&ints et la première génération née au Brésil ne sont pas affranchis du service militaire. Ce n'est pas un privilège qui est réclamé pour l'émigrant. Il est lui-même un moyen

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(l'ordre et de civilisation. Par sa seule présence, il paye sa dette de citoyea à sa noavelle patrie. Soumis au service militaire, il n'acquitterait point sa part légitime d'une obligation nationale ; il serait sacrifié à nne fatalité qui pèse sur le Brésil, et en succombant il entraînerait la ruine de l'entreprise dont il est l'oavrter. Au Brésil, le système de recrutement de la flotte et de l'armée n'implique la responsabilité ni de certains hommes, ni de certains partis. Dans l'état du pays, c'est un mal attaché à des conjonctures supérieures au contrôle d'un gouvernement. Mais par ces mêmes caractères, te recrutement doit prendre au milieu des institutions une importance qu'il faut apprécier pour découvrir la nature de ses effets, ainsi que les raisons d'en préserver l'émigration et d'affranchir l'opinion européenne des appréhensions légitimes qui en

La monarchie américaine ne s'est pas élevée avec le temps en proportion du dévdoppementdes ressources physiques du pays et des progrès intellectuels de sa population. En un jour, l'ancienne colonie portugaise a pris un ensemble d'institutions qui supposait une expérience séculaire de leur mise en usage, et le revenu d'une nation opulente pour en payer l'organisation dispendieuse et pour la faire fonctionner dans un vaste territoire. Le Brésil avait confiance en sa destinée. Les épreuves et les enseignements de la guerre civile. la patience et les transactions du pouvoir suprême ont servi à diriger les sentiments nationaux

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vers une jw^tique régulière des inslilutions politiques, tandis que la dette contractée par les empraols de l'État faisait supporter aux générations futures les chat^s dont le poids dépassait les forces du nouvel empire.

Hais il y avait une nécessilé qui ne pouvait pas être r^wrlée sur l'avilir, et avec laquelle les transactions et la tolérance pour des résultats incomplets n'étaient pas applicables. 11 fallait au pays une armée, propt»*tionnée à ses deux exigences d'ordre dans des régions bien étendues et de sécurité le long d'une frontière mal protégée par la natore et toujours menacée Or celte armée indispensable ne se trouvait pas en rapport avec la portion disponible de la population libre du Brésil. Du conflit de ces deux faits est née la crise permanente du recrutement.

La loi du 29 août i 837, combinée avec le décret du 6 avril 1841 et les instructions du 1Q juin 1822, contient le système du recrutement dans sa' régularité écrite. Quant an système d'exécution, il varie à l'infini suivant les temps, les lieux et les hommes : il n'y a point de définition qui embrasse la diversité des choses ou qui en exprime la réalité.

Tout Brésilien, âgé de dix-huit à trente-cinq ans, propre au service, et qui ne pent pas iuvoquer une des exemptions spécifiées dans les instructions du 1 juin 1 822, est soumis au recrutement par la loi du 29 août 1837. La même loi autorise la substitution. Elle pamettait aussi le rachat du s«^ice; les excès

LRS niCRESSES LATENTES. 161

(le la dilapidation Brent révoquer cette disposition eD 1841.

Les exemptions des instructions de 1833 comprennent les hoomies mariés, le frère de l'orphelin pourvoyant à sa subsistance et à son éducation, le fils unique du cultivateur, ou un fils à son choix, s'il en a pluaeurs; le fils de veuve; l'administrateur d'une plantation de plus de six esdaves, les conducteurs des convois de mulets et de bestiaux, les maîtres de métier avec atelier, les maçons, les charpentiers, les tailleurs de pierre, les pécheurs, pourvu que les métiers soient exercés effectivement, et que les individus se conduisent bien. Sont paiement exemptés, avec cette dernière condition, les ouvriers des fabriques, les cochers et les marins, les commis des négociants en proportion de l'importance des maisons, les étudiants qui produisent des attestations de leur zèle et de leurs progrès.

Il reste à suivre l'applicatiOD de ce système dans l'étendue de l'empire.

Au Brésil, dans des documents officiels, dans les débats de la légi^ature, le recrutement a été qualifié de chasse humaine, de fléau des populations. Ce n'est pas avec un caractère de fait condamnable que le recrutement doit se montrer ici ; cet aspect de responsabilité administrative est trop resserré, il ne-suffit pas pour justifier les conclusions auxquelles on s'est arrêté. Il faut, en réalité, voir dans le recrutement une situation des choses du pays, que les bienfaits des

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progrès universels peuvent seuls changer. C'est en face de cette Fatalité qu'au nom des intérêts du Brésil et de ta sollicitude des gouvranemrats étrangers envers leurs nationaux, on réclame pour l'émigrant et sa première génération née au Brésil l'exemption du service militaire. Sans une telle garantie de sécurité, la grande entr^rise de l'exploilation du sol par un contingent de population européenne semble vaine dans ses projets de développement, et perdue dans ses ouvrages commencés. Cette exigence en faveur des émîgrants peut paraître exorbitante ; on peut y voir une exagération des besoins de l'expatrié et des périls qui le menacent. Dans une affaire aussi grave, toute incertitude doit cesser. Le Brésil est le premier intéressé à rendre manifeste la vérité de sa situation dès qu'il montre à côté de ses imperfections et de ses maux un emploi de remèdes suffisants. Les souffrances occultes, qui se trahissent par des symptômes mal jugés, sont d'un effet pernicieux pour le crédit d'une nation lointaine. Le Brésil doit se mettre à découvert. Quand le présent est absorbé dans l'ampleur des résultats que comporte l'avenir, le juste oi^ueil national ne se méprend point dans son objet ; il ne se produit point «i futiles susceptibilités attachées aux choses contemporaines.

Ainsi, le Brésil et les pays d'émigration ne se rencontrent pas ici en accusé et en juges, mais comme deux hautes parties contractantes, ayant l'une et l'autre des souffrances à soulager par un échange de ressour-

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ces (loni lus termes sont à débattre dans qd mutud avantage. C'est le Brésil lui-mômc qoi va faire connattre par ses documents ofilciels, par les opinions de ses hommes d'État et de ses orateurs les plus âninenls qudies doivent être les exigences européennes en faveur de l'émigration contre le recrutement.

Une entière réforme du système de composition de la force armée était demandée, depuis plusieurs années, à la législature par le Gouvernement. La Chambre des Dépotés, à laquelle la charte réserve celle initiative, entreprit, en 1 847, l'examen d'un projet de loi de reoiitement proposé par sa commission de la guerre et de la marine. L'ajournement indéfini en fut prononcé. En votant les contingents de 18i7 et de 18i8, les Chambres en autorisèrent la répartition entre les provinces en proportion de leurs députés. C'est dans la discussion de ces résolutions que se sont produites sur le caractère et les effets du recrutement les opiniODS suivantes :

M. Barreto, Ministre de la Guerre. — •

• Peut-être cette matière du recrutement est-elle la

• plus difficile qui se puisse Irailer. Elle est d'une

• nature si épineuse et de tant d'importance pour la ■ tranquillité de l'empire que je crois devoir faire tous

< mes efforts, afin que la Chambre des Députés, dans

• cette session même , fasse une loi sans laquelle le

• recrulemenl est impossible. Mais par malheur dans

< notre pays le recrutement est l'origine de grands

< maux ; bien des fois il a servi à ta satisfac-

idbyGoOg.[e

• lion de certaines rancunes > (Sénat, ii juit- « let 18i8.] »

M. Carneiro Leâo, Sénateur. — «Les difficutlés « du recrutement proviennent de deux causes, de la

< loi et de la politique. Elles proviennent de la loi, « parce que notre loi de recmlement, ou les instrac- « tioDS en vigneur ne tirent pas les recrues des mnni- « cipalités en proportion de la population ; elles pro-

< cèdent par exclusion, par l'exclusion de presque « toutes les personnes occupées d'une industrie utile.

• Il en résulte que les muntcipalilés oii il n'y a point « de vagabonds, où presque tout le monde s'occupe

■ d'industrie utile, se trouvent exemptées du recrute-

< ment légal.

€ Vient ensuite la politique. Les agents du recrute

■ ment ne recrutent que dans une partie de la popu-

■ lation ; ils ne recrutent point parmi ceux qui volent 1 en faveur du Gouvernement, mais parmi ceux qui

■ votent contre lui, ou qui entendent dominer les

■ élections et qui s'en font les directeurs. Quand un

< homme est arrêté comme recrue par le subdélégaé, « on peut attester ou jurer que cet homme n'est point « du parti du subdél^ué, qu'il est du parti conlraire,

< ou qu'il en favorise quelque personne

< A l'occasion d'une élection où l'on voulait faire « intervenir certain juge de paix, il s'éleva on conflit

< dans la ville d'Araxa entre le juge municipal et le

• juge de droit, entre le juge de paix en exercice et

< celui qui voulait se faire juge de paix. Il s'ensuivit

LES SICneSSES LATEITTES. 15S

:. un procès, el la plusg^ndepartiedeceux qui étaient -

du côté du juge de droit et du juge de paix en ' exercice furent mis en accusation, et ceux qui I échappèrent à celte sentence furent recrutés. Je I dois dire que M. Coelho, Ministre de la Guerre, fit I relâcber plusieurs de ces recrues, quoiqu'elles fus- ' sent déjà ici, et qu'on eût fait des dépenses pour I les y amener.

• Suivant la toi en vigueur, le recrutement n'est pas [ une conscription. La loi n'appelle pas la population I d'un certain âge pour que le sort en désigne ceux

■ qui doivent aller à l'armée, La loi demande un

> nombre de recrues, et elle exempte ceux qui ont

■ certaines occupations. Par conséquent, en voulant I appliquer cette loi, il peut arriver que dans une

■ population qui aura vingt individus de dix-huit à

> cinquante-cinq ans aucun d'eux ne sera atteint,

> tandis qu'en un autre endroit, snr la moitié dn m&ne

< nombre, 4, 5 ou 6 recrues seront prises

« A d'autres époques, j'ai déjà démontré les grands I défauts de ta conscription, principalement dans un

• pays comme le nôtre, couvert de forêts où il sraait

■ si facile à ceux que le sort désignerait pour le ser-

■ vice de l'armée d'échapper à l'obligation de la

• loi Je crois que la conscription mise à exécution

« au BrésU créerait une classe nombreuse de ban- « dits Si l'on exigeait de la province de Minas

< 800 recrues, je crois que 300 ou 400 se révolte- « raient contre la désignation du sort. En deux, trois,

idbyGoOgle

■ quatre oa cinq ans, nous aurions une ibrce consi- ■< dérabic à la disposition de lous ceux qui voudraient « troubler l'ordre public.

« Il y aurait alors parmi nous use Doavelle ciasse de « criminels ; ane double police serait nécessaire pour

■ contenir les réfractaircs. On verrait ces hommes, « contraints de fuir les endroits peuplés, se réunir

• pour commettre des rrimes... .

< La conscription n'est pas une nouveauté pour

■ notre législation ; nous l'avons eue en divers temps ; t ce fut quand nous n'avions pas d'armée. Après la ■' dissolution de l'armée en 1831, lorsque tous n'é- « taicnt pas convaincus de la nécessité d'avoir une < armée, lorsqu'on supposait que le désordre était en

• proportion de l'augmentation d'une armée dans

• laquelle s'était introduite l'indiscipline, la conscrip-

• tion exista quelque temps. Mais qud en fut le ré- « sattat f La force que devait avoir l'armée put-dle se

• compléter? Le Gouvernement ne se Irouva-t-il pas

■ au contraire dans l'impossibilité de secourir les « provinces troublées, l'armée ayant été entièrement « détruite par l'existence de la conscription? Les « désordres ne se sont-ils pas prcdongés dans ces pro-

■ vinces par l'impuissance du Gouvernement à les « protéger convenablement? Dès que nous e&mes re-

■ connu la nécessité d'avoir une année, la conscription

■ fut révoquée. Le recrutement revint à se faire dans 4 tout l'empire avec les exemptions admises par la « loi. » (St^nof, juillet 1848.)

idbyGoOgle

LES RICBESSEE LATENTES. iVl

Le Sénateur Hollanda Cavalcanti. — « La Chambre

1 sait, et, si elle ne le sait pas, tout le pays sait que le

I recrutenteDtestunmoyenélectoral.Pour^resoumis

< aarecratemeDtdel'armée, il faut avoir au moins dix- I huit ans. Celui qui n'a pas cet âge devrait se consi- ' dérer à l'abri. Hais il n'en est pas ainsi; quand le : moyen électoral est mis en action, l'Agen'estpluscon- : sidéré. (Le Sénateur Rodriguès Torrès : On a recruté : des individus de quinze, de seize ans.) Quand on

veut menacer une famille, la punir, on lui prend

ses enfants. Et nous sommes au milieu de nos

libertés, de nos garanties ! Quelle fortune! que nous

[ sommes heureux! (U. Rodriguès Torrès : Nous

avons la liberté de la Turquie ou pis encore.] Sans

doute beaucoup pis. Ce n'est pas la première fois

I que je dis ceci ; c'est la vingt-troisième fois. Tous

t les ans je l'ai répété, j'ai stigmatisé cette manière

> horrible de pratiquer le recrutement. Cependant

< nous continuons à dire que le recrutement se fasse : dans la forme des lois existantes. Et c'est ainsi que I nous devons avoir des soldats , que nous devons I avoir qui défende sa patrie ! Mais avons-nous une • paU-ie? Voilà ce qui me fait définir notre forme de [ gouvernement une monarchie absolue résistante. i Nous n'avons par malheur d'autre garantie que la

I résistance La loi du recrutement est la base de

I l'existence d'une armée ; toutes les autres lois sont ( des accessoires; la discipline, l'économie, l'orga- I nisation sont les corollaires de la forme du recrulc-

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1S8 LE BDOQET DU BBÉSIt.

< ment ; et nous, sans nous inquiéter du recrutemenl ,

■ nous décrétons une armée, nous faisons dépenser

< beaucoup d'argent. D'une extrémité à l'autre, on « ne voit qu'arrangements de majorités qui nous

■ aveuglent. Nous ne considérons pas notre pays

■ Quand je fus Ministre de la Guerre, je transmis

• au Conseil d'Etat tous les projets qu'il y avait pour

< le recrutement. L'affaire est ardue, je le sais ; mais

• j'ignore ce que Bt le Conseil d'État. Ce que je « n'ignore pas, c'est que tous les ans on dit que le re-

• crutement ait lieu suivant les lois en vigueur. Et ( qudies sont ces lois? C'est dire aux Brésiliens que

< la forme du gouvernement n'est bonne à rien ; c'est ( indisposer la masse des Brésiliens contre leur gou- « vernement ; car je suppose que tous les Brésiliens

• sont comme moi : si j'étais recruté, si je voyais ma -* maison forcée et celles des autres à l'abri, je ne t voudrais pas d'une telle patrie, je ne voudrais pas

• d'une patrie incapable de me prêteur Nos con-

« citoyens ne peuvent se livrer à aucune entreprise ;

.t et on les accuse de paresse. Nous ne pouvons ap-

• pliquer notre attention à aucune a£&ire, car on

• vient nous saisir pour le recrutement. * ( Sénat, juillet 18i8.)

Le Sénateur Vasconcellos. . . — • On a recruté les t cinq fils d'un citoyen de quelque aisance, parce qu'il ( avait eu l'audace de garder l'urne électorale pour

< empêcher la police ou les agents du gouvemeroeot ■1 de l'enlever . . Il y a deux ou trois ans que vint

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LES BICHESSBS LATENTES. 159

ici coauDe recrue ud employé de la poste aux lettres de la ville d'Araxa ; il était officier de la garde nationale, négociant, pharmacien, tout enfin, ainsi qu'il arrive dans les petites villes. L'individu avait quelque fortune et il voalut voyager à cheval ; on s'y opposa et il dut aller à pied. — A cheval, lui dit-on, un cousin germain de M. le Conseiller d'Ëtat un tel, un cousin germain de ce Formidable Satjua-

rema! il doit aller à pied M. le Ministre de la

Guerre fit mellre immédiatement en liberté cet individu, mais il ne fit pas punir les autorités qui avaient commis ces excès. > (S^l, juillet 1848.) Le sénateur Hollanda Gavakanti. — « L'unique garuitie que nous ayons contre les attaques à la propriété et à la sécurité individuelle est la résistance Il semble que nous nous disions : Quand on viendra recruter nos fils, quand on nous insultera, rassemblons nos amis et Bnissons-en de ces autorités, pour que nous soyons respectés. Telle est notre situation. En votant le recrutement par les lois existantes, je suis convaincu en toute conscience que je vole en faveur d'une révolution. Si je désirais faire une révolution dans mon pays, j'en aurais le moyen certain en disant que l'armée doit être complétée par le recrutement opéré dans la forme des lois en vigueur > {Sénat, juillet 1 848.] Le député Coelho. — «Il faut détruire sans dâai le moyen injuste, violent et oppresseur du recrutement, moyen qui est la levée forcée, moyen que

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IfiO LE WBGET DU BBÉSiL.

« j'ai qualifié autrefois de chasse humaine el que

« d'autres ont défini avec plus de justesse la guerre

« civile en permanence et la continuelle suspension

> des garanties. Enefiet, il en coûte de croire qu'après

• vingt-cinq ans d'exislence constitutionnelle on lo-

< 1ère encore une pratique qui neutralise tous les

■ effets de la conslitutioD. Nul citoyen ne peut être « arrêté sans mise en prévention ; mais à l'aide du •> recrutement le principe de la constitution est en- 1 freint, car on n'arrête pas seulement ceux qui sont a soumis au recrutement, mais encore ceux qui s'en

■ trouvent exemptés.

< Nous avons une autre garantie constitutionnelle « qui défend la déportation. Gependaut l'individu

■ recruté, quoique jouissant de l'exemption, est ex-

< posé à être déporté à titre de recrue partout oii il ( platt à l'autorHé publique. Vous savez tous combien f ce système a été barbare et atroce. » [Chambre des Députés, îmiiSll.)

Le député Ferraz. — « Les maux incalculables qui « apparaissent dans la discrétion laissée au Gouveme-

• ment el à ses agents de se saisir de leurs advo^ires, « en épargnant ceux qui peuvent s'exempter du ser- ( vice militaire par leur influence, ces maux doiven t

■ être bien appréciés par la Chambre, afin qu'elle en « bx>uve le remède. Je n'apporterai pas ici des exem- <i pies anciens; j'apporterai des exemples très-mou dernes. Je citerai au noble député du Para l'exemple « de ce qui est arrivé, il y a peu de temps, dans la

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LES RICaBSSES LATENTES. f61

province d'Alagoas, oii des adversaires de t'aulorilé furent pris et envoyés à l'année, quoiqu'ils eussent des patentes de la garde nattonale. Quand le noble député, M. Nunez Hachado, était chef de police à

: Pernambouc, un juge de paix fut envoyé au Para comme recrue. * (Change des Députés, mai 1847.] Le député C. Moreira. — « Je parle de deux avis, l'unduSO octobre 1843 etl'autre du lâjanvier 1844,

[ devant lesquels il est nécessaire de confesser que

< nul citoyen brésilien n'est à l'abrL de la plus grande ' atrocité et de la plus grande vexation dans sa H- 1 berté individuelle. Je passe à la lecture de ces avis, 1 et je demande à la Chambre toute son attention, car I ce n'est pas d'un rien que je vais traiter : — Etant [ présent, etc. Les arrestations pour le recrutement de [ l'aimée ne sont pas sujettes aux dispositions des

< ordres de l'Haheâs-Corpus. quand elles sont com- [ mandées par l'autorilé chargée du recrutement : i 1° parce que la concession de YHt^teas-Corptis exi- I géant pour première condition l'illégalité de l'art restalion, les ordres de prison pour le recrutement I ont toujours la présomption de légalité, attendu que I l'appréciation des qualités qui soumettent un indit vidu au recrutement n'appartient pas à la justice

■ ordinaire , mais aux autorités administratives ;

■ 2' parce que l'article 69, § 7", de la loi du 3 décem- I bre 1841, déclarant que l'ordre A'Habeas-Corpus ' peut seulement ôlrc délivré par un juge supérieur « à celui qui a décrété l'arrestation, touto compétence

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d'un juge quelconque cesse pour accorder VHtJteas- Corptts aux recrues dès que celies-ci se Irouveot saisies par des autorités d'ordre et de hîérardiie distiacls, ce qui ne permet pas d'établir de graduation entre elles et l'autorité judiciaire. . . — En sorte qu'il n'y a pas moyen d'établir une relation hiérarchique entre les autorités qui doivent accorda \'H<Jxas-Corpu8 et celles qui ont décrété une arrestation illégale. En d'autres termes, il n'y a point dans l'empire une autorité supérieure à une autorité chargée du recrutement. Hais I3 doctrine de cet avis est entièrement contredite par l'autre avis que je vais lire également, et celui-ci est encore pire. . . — En supposant qu'un président de province décrète une arrestation ill^ale, l'ordre d'ifaicas- Corpus en foveur du prisonnier ne pourra être accordé que par le tribunal suprême de justice, vu ta disposition du § 7 de l'article 69 de la loi du 3 décembre 1841...— Sur quelle loi s'est fondé le Gouvernement pour adopter et pour conserva le principe le plus inconstitutionnel qui permet à un président deprovincedarréterquelqu'un? * (Chambre des Députés, i S iT.)

Le député Junqueira. — « Ce système de recruc lement est un système qui fait ccHnpassion. Des

• hommes qui ne sont plus jeunes, souvent des hom- < mes déjà d'un âge avancé, sont arrachés au climat ■ du nord, quand un navire doit partir pour le sud.'

* Jetés en pleine mer avec les seuls vêtements qu'ils

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onl sur le corps, on ne lear en donne point pour changer et pour se garantir du changement ou de la rigueur du temps Les propriétaires des embarcations du cabotage emploient des esclaves pour

: être à l'abri du recrutement Ainsi, s'introduit

dans le pays la disgrâce de tout faire par des mains servîtes. Dana la province de Bahia, par exemple , tous les métiers sont exercés par des esclaves. Les classes qui devraient faire la force et le nerf de la société n'ont point de quoi vivre, parce que tout le travail que devrait accomplir l'homme libre est livré aux esclaves. Il faudrait les repousser des métiers et des emplois d'artisans. Nous marchons ainsi sur un abtme. Nous n'aurons jamais ni marine, ui force

' quelconque pour constituer la société. Il n'y a que

■ des esclaves pour le travail, et chacun se lance à ' être député, juge, brigadier, officier de marine,

médecin. 9 (Change des Députés, ^mh iSiT.)

Le député Silva. — « H convient de ne pas oublier

que notre plus grand mal n'est pas le défaut de la

< loi, mais la facilité avec laquelle on en abuse tou-

■ jours pour satisfaire de mesquines vengeances. En

■ sorte que même après la réforme de la loi, nous au- 1 rons encore à soulTrir de tels toconvénients, si le

• Gouvernement n'emploie pas toute sa sollicitude et

* toute sa vigilance pour neutraliser l'action de ses

■ agents qui tournent les dispositions les plus salu-

< taires de la loi en moyens de dure oppression. La

■ Chambre connaît l'histoire du recrutement dans

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ici LE BUDGET DU BRÉSIL.

< oolre paya et des excès scandaleux qui ont été

■ commis; elle me dispense d'eu parier; mais U est à

< remarquer que cela s'est passé en face d'une dis- « position législative qui réprimait une telle conduite, •( Le plus grand mal ne vient donc pas de la loi ; il 1 résulte des exécuteurs de la loi qui, passibles d'une

* peine pour les excès qu'ils commettent, ne sont « jamais punis. » [Chati^fre des Députés, mai 18i7 ]

Le Ministre de la Guerre. — t Je déclare devant « la Chambre, devant le pays que, depuis deux ans,

■ le Goovemement a besoin de 4,000 hommes ; il a 1 expédié les ordres les plus péremptoires, et jus-

* qu'aujourd'hui il n'a pas pu obtenir plus de S,000

• hommes. L'armée du sud se trouve avec plus de

■ 2,000 soldats dont le terme est Bai depuis plus de « deux ans. » [ChanAre des Députés, mai 1 847.]

Le Ministre do la Guerre. — ■ Lorsque j'étais pré- > stdent de la province de Minas, je dus en tirer « 600 recrues, et il ne me fat pas possible d'en trouver

« plus de 75 11 est reconnu que ces instructions

« (celles de 1822] ne sont pas sufiîsantes pour donner

< des soldats à l'armée. S'il en est ainsi, que peut

< faire le Ministre de la Guerre? Il envoie des

• circulaires aux provinces en exigeant des recrues, « et il n'en vient pas. Que doit faire le Gouvernement? 1 Le corps législatif doit le tirer de l'embarras oîi il •t se trouve pour obtenir des soldats. • (Sénai, juillet 1848]

Le sénateur Rodriguàs Torrès. — < Une toi de re-

LES RICHESSES LATENTES. Ifiif

> cnittanent ou d'inscription marilinie , ou une loi

< quelconque, ne peut pas détruire les faits, ne peut • pas nous donner une population plus considérable

> que notre population effective Dans mon opi-

> nion, une des meilleures lots que nous puissions faire I pour augmenter le nombre des hommes propres au ' service de la marine de guerre est une bonne loi de

< colonisation. Je n'entends pas que les colons aillent ' servir à bord de nos navires ; mais une b(Hinc Im I de coltmisation fera croître la richesse, et avec la I richesse, la population ; et l'accroissement de l'une I et de l'autre fera croître également l'industrie mari-

I lime qui nous donnera des hommes pour les équi- 1 pages de guerre. • [Sénat, juillet 1 848.]

■ A Son Excellence le vice-président de la province I de Minas.

• Auqaarlkr dePiltngui, IsSJDiD 1818.

< J'ai l'honneur de porter à la connaissance de V . E. : que je suis arrivé dans cette ville le 28 mai dernier, ; avec la force mise sous mes ordres. Ayant reçu du : délégué, chef de police judiciaire, José da Silva la : liste d^ individus soumis an recrutement, ainsi que : V. E. m'&k a donné l'instruction, je procédai à remplir ma commission. J'arrêtai José Nunez de Carvatbo, le premier des individus désignés que le hasard me présenta, et j'eus foccasion de reconnaître que le délégué, en me foumissanl une liste des individus soumis au recrutement, s'était prévalu

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de l'opportuDité pour écraser les personnes à qai il est antipathique. En effet, le désigné José Nuoez de Carvalho me fournît les preuves suffisantes qu'il est marié, qu'il vit en bon accord avec sa femme, et qu'il est uo citoyen paci6que. A l'exemple de celuilà , se trouvaient sur la liste du délégué d'autres citoyens Clément bien mariés, des professeurs d'arts libéraux tenant école ouverte, des étudiants des cours publics de latin, sujets de bonne conduite, assidus et faisant des progrès, des négociants avec magasin ouvert de grand assortiment et des (aciers de la garde nationale.

■ Procédant en tout selon les instructions de V. E. , j'ai pris en considération les exemptions alléguées par ces individus, retenant en ma possession les documents qu'ils m'ont soumis, et que jo garde pour prouver à V. E. la justice et la l^lité de mes actes. Le délégué s'en est offensé en voyant la s'évanouir son espoir de me faire l'instrument de ses mesquines vengeances, et je suis informé qu'il doit même adresser à V. E. un office calomniateur, office que j'espère démentir solennell^nent avec les pièces que j'ai en mon pouvoir, et qui ont été la base de ma conduite. Dans cette intention je vais me mettre en marche pour la capitale, et je supplie V. E. de daigner suspendre, jusqu'à mon arrivée, son jugement à l'égard de toute communication du délégué concernant le recrutement.

< Je ne dois pas dissimuler à V. E. que les inconsé-

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quences et les actes arbitraires de co délégué sont les causes de l'agitation de cette ville-ci, oîi je n'ai reucoDtré qae beaucoup d'obéissance et de résignation de la part des habilaats, tandis que, chez le dél^é, je constate ooe violence démesurée envers toutes les personnes qui n'ont pas ses sympathies. C'est au point qu'il m'a compromis en me faisant assister à des visites domiciliaires chez des personnes de considération, sans les formalités traies, et sous prétexte de chercher des recrues. C'est ce

: qui est arrivé à l'égard du docteur Hilario Gomez Nogueira Barbosa, dont la maison a été fouillée deux fois. Le délégué m'a trompé à tel point qu'il m'a fait intervenir dans une poursuite contre le même docteur, du chef d'avoir favorisé ta fuite de plusieurs individus désignés pour le recrutement. J'ai appris

: ensuite par mon escorte et par d'autres personnes

: de probité qu'il n'y avait rien de réel dans les faits que le délégué m'avait amené à incriminer.

« Dieu garde V. E.

« Madobi. JoA<tuiii PiNTO Pacca, Ueulenaut chargé du

: recrutement.

4 Notre armée se compose de volontaires, de sot-

1 dats, qui ont renouvelé leurs engagements, et des

: individus que donne la levée dans \» classe non

: protégée par les exclusions légales. Ces exclusions,

qui sont beaucoup plus étendues que celles de la

cooscription française et de notre garde nationale,

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« finissent par avoir de lelles proportions qu'en ré-

■ sumé on enrôle seulement les bomoies sans occupa-

■ tions régulières. Dans les villes, la levée est faite en

■ arrêtant au milieu des rues les personnes qui ne pré-

• sentent point de titre d'exemption. Dans les autres

• lieux, les individus à recruter sont désignés par les

■ autorités locales et conduits à ta capitale de la pro- « vince où se vérifie leur aptitude. Ce procédé est, en « général, violent. [Journal du Commerce, 2 juillet 1848.)

« Dans le nord, le recrutement se fait sur une vaste « échelle: sans doute, car, dans le nord, la prépon-

• dérance établie quoique pas plus lyrannique

■ que celle qui s'exerce dans le midi, est plus féroce.

• Dans les provinces du nord, les passions persécu-

• trices marchent plus librement; elles s'attaquent a plus directement aux individus qu'aux idées, c'est K donc par le mousqueton et le recrutement qu'elles •1 sacrifient le plus grand nombrede leurs victimes

■ Si nous avions, non un bon système de recrute-

• ment, puisque c'est impossible dans l'état actuel du

■ pays, mais une juste et fidèle exécution du système

• adopté par nos règlements, les provinces du nord

• ne seraient pas dépeuplées; mais alors cesserait « aussi un des moyens les plus efficaces de la conquête « électorale

« Parmi nous le recrutement est une véritable

• chasse humaine. Cest vrai pour les grandes villes « maritimes, ob le recrutement a cette apparence de

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LES RICUBSSES LATBNTBS. 161)

• citasse ; mais pour le reste de l'empire, c'est une

< chose bien plus abominable. 1^,63 agents de la

■ tyrannie marquent du doigt les individus à persé- « culer pour affaires d'^ections ; on cerne leurs mai-

■ sons, ils sont saisis, chargés de fers et envoyés à la

< capitale de la province ; long et horrible voyage « qui, seul, serait ud supplice atroce. Pou importe que

• la victime soit un vieillard, ÎDcapable de servir, et

■ que la loi prot^ de mille exemptions. Rien ne la

■ sauve, la loi est déchirée, car il faut persécuter, il

< faut dompter la résistance, il faut emporter les élec- ( tioQs pour nommer députés les membres de la ma-

• jorité ardente.

• Plût au gouvernement que cette tyrannie cessât,

■ e( elle cesserait. Il lui suflîrait de réprimander avec

• sévérité les recruteurs, de les mettre en jugement, « de leur faire indemniser les victimes pour les aouf-

■ fraDces et les torts. Qu'il le plût au gouvernement,

■ et te recrutement cesserait d'être une chasse hu-

< mainc et un moyen de persécution électorale. ■ (Le Brésil, iSiain iStë.)

• Si la garde nationale est le plus grand tourment

• du Brésilien, le recrutement est son plus grand

• fléau. Dès l'âge de quatorze ans jusqu'à ce qu'il en 1 ait vingt-huit ou trente, le Jeune Brésilien tremble ( toujours qu'on ne le saisisse pour en faire un soldat,

• et l'unique refuge assuré contre cette appréhension

■ est un petit emploi. Qu'il se fasse conunis, qu'il » ouvre son petit magasin, et demain lui viendra le

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« recruteur. Au lieu de cela il se rend chez ud puts- ( sant du jour, et il demande UQ mince emploi, même ( de surnuméraire ou d'attaché sans traitement, une « chose quelconque, n'importe quoi, i {Le Brésil, 18juilleH8i8.]

L'état des choses pour lequel l'Europe et le Brésil OQt à régler les intérêts de l'émigration en face du service militaire, se montre par les détails précédents avec les aspects les moins douteux. On y voit d'abord le recrutement dans ses contacts avec l'organisation politique et sociale du pays. Les propres maux qu'il cause sont la preuve de la fatalité qui le caractéiise. Le temps en apportera te remède, et le moyen le plus certain de hâter les effets de sa marche, c'est l'émigratiOD. L'opinion du sénateur Rodrignès Torrès doit fixer l'attention, elle résume le présent et l'avenir ; des lois ne peuvent pas prévaloir contre le manque de population. Alors te recrutement devient une des conjonctures de transition d'un peuple nouveau qiii paye de ses souffrances le prières de sa destinée.

Mais le recrutement tel qu'on vient de le voir dans sa fatalité brésilienne et avec la nécessité de résignation qu'il impose au pays, se montre avec des caractères différents dès qu'on y cherche les contacts qu'il aurait avec l'émigration.

Le système de recrutement, tel qu'il est appliqué par des autorités agissant à discrétion, ne fournit cependant pas le contingent nécessaire aux cadres de l'armée. C'est un fait dont les Ministres de ta Guerre

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ne cessent point de se plaindre dans tous leurs rapports et dans tous leurs diecours. D'un autre côté les esprits les plus éminents reconnaissent l'impossibilité actuelle d'un système plus efficace. Vingt années de patience, ou d'inutiles tentatives au milieu même de l'expérience journalière du mal auquel les réformes devaient mettre an terme, ont plus d'éloquence encore que les hommes d'Ëtat.

Par la force des conjonctures, le recrutement se jetterait sur l'émigralioa pour en former son contingent.

On a vu que dans l'iatérieur des provinces ni les catégories d'exemption légale, ni l'influence du Gouvernement ne sufiSsent à préserver les Brésiliens de la violence du recruteur et des persécutions de l'autorité locale. Toutefois le patronage, la fuite, l'intimidation, la révolte aident les habitants à se soustraire à une partie de ces maux. Dans une position semblable une population étrangère n'échappe jamais.

Ce serait sur l'émigration que les municipalités prélèveraient leur tribut eu hommes. Au détriment des expatriés, les autorités trouveraient le moyen de satisfaire aux exigences du département de la guerre sans moyens violenta à l'^rd des Brésiliens.

Pour le Brésilien, le système actuel est une chance permanente de vexations et d'oppression, tandis que l'émigrant y trouverait une certitude de ruine.

Il n'y a donc point d'exagération à demander qu'une loi exemple l'émigration du service militaire. C'est la seule garantie qui puisse lui suffire. Cette loi dominera

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de sa proteclion tou(e l'entreprise du défrichemenl. En accomplissant sa mission bienfaisante dans les foréis du Brésil, elle pénétrera de son influence d'attraction jusqu'aux extrémités des paysde t'émigration. Ce n'est pas une exigence étrangère : c'est la vigilance européenne entièrement identifiée avec un des intérêts les plus considérables du Brésil.

Tandis que l'émigration sera laissée ainsi au travail de son œuvre dans les régions de l'empire, le recrutement poursuivra le cours qu'il a pris au milieu des choses du pays. Malgré tontes les conséquences si funestes du système qui vient d'être exposé, le Brésil a marché dans la voie des progrès, et il continuera, en portant ce mal comme il porte sa plaie de l'esclavage.

Mais la positiou d'entière indépendance du service militaire, demandée pour l'émigralion, et qui ne peut rien déranger à l'ensemble du mouvement des choses présentes, favorisera l'entreprise de la ccJonisation, et ses résultats doivent être le plus sûr remède aux maux du recrutement. Au lieu d'exercer cette salutaire influence, si elle était laissée à la portée des bearans de l'armée, t'émigration et son œuvre succomberaient sous le recrutement.

Aussi longtemps que l'Eure^ ne verra pas promulger une loi d'exemption du service militaire en faveur des étrangers, elle doutera de la sécurité des expatriés; le recruteur apparaîtra sur le rivage du Brésil pour en détourner l'émigrant. (Appendice K.)

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LES RICHESSBS LATENTES.

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