DE LA COLONISATION
Depais ia découverte du nouveau monde jusqu'à la fin du xviii' siècle, d'inoombrables théories se sont attachées à définir le meilleur système de gouvernement et d'exploitation des possessions d' outre-mer. L'Espagne, la France, l'Angleterre, le Portugal et la Hollande, fournissaient aux publictstes les exemples et les résultats divers de leur politique coloniale.
Tandis que ces États cherchaient à fortifier leur puissance en Europe par une expansion de domina- ' tion dans des contrées lointaines, et à s'enrichir de leurs produits, les troubles de religion, ainsi que les tendances d'innovations sociales, firent naître au milieu des peuples une autre impulsion vers l'Amérique. Les sectaires s'y établirent avec autant de variété dans leurs procédés d'association qu'il s'en trouvait dans les croyances religieuse et dans les idées de gouvernement.
Le génie, le fanatisme et les plus aveugles utopies ont pris part à cette agitation remarquable. On y trouve les huguenots avec Villegagnon et Coligny, Gustave Adolphe et Oxenstierna, tes puritains, William Penn, Georges Fox, Barclay, Zinzendorff et les frùres moraves, Rapp, Bimeler et Robert Owen, chacun déposani
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dans son eDlreprise le principe qui lai avait mis les armes à la main ou les doctrines dont il s'était fait le prédicateur.
Une nouvelle initiative d'émigration, qui sera un des caractères du xix' siècle, se manifesta en Europe dès que la paix lui eut été rendue. Le malaise physique et l'attraction des espaces vinrent remuer les populations agricoles; elles allèrent se répandre dans l'Amérique du Nord en faisant devancer les siècles à son défrichement, à sa puissance et à sa prospérité.
Ainsi la diversité des systèmes, des exemples et des résultats d'établissements dans des contrées nouvelles, se montre à côté de la diversité des époques, des races, des régions et des climats. Devant cette vaste confusion, la pensée s'effraye d'avoir à reconnaître les meilleurs procédés de colonisation pour en former un système de pratique générale dans les conjonctures du Brésil. L'extension de son territoire et la prévision d'obstacles innombrables qui peuvent y être recelés, semblent devoir créer autant d'incertitudes qu'il en natt de la variété des expériences des siècles passés. Toutefois ces deux immensités se resserrent nécessairement dès qu'on abandonne les théories pour la recherche des moyens d'application immédiate.
Ainsi, sur le sol du Brésil, le climat et la condition présente des choses arrêtent à de certaines limites l'entreprise de la colonisation par des Européens. D'un autre cAté, le tableau de l'émigration agricole vers l'Amérique du Nord et de ses travaux se détache
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des faite analc^es des siècles précédente. On y trouve un évéoemenl régulier dans sa marche. Il a pris naissance sous les yeux des cootemporains, et il se développe chaque jour avec des succès prodigieux.
Les incertitudes disparaissent devant ce grand exemple. Ou le Brésil doit renoncer à devenir la terre d'adoption d'une partie des Européens qu'entratne le iDOuvemenl d'expatriation, ou il doit trouver les moyens de leur assurer les conditions d'établissement qui leur sont Tailes dans l'Amérique du Nord. D'autres expériencp.8 les ont précédées ; elles ont subi l'épreuve du temps, et enfin elles sont une œuvre des bons instincte de l'homme. Il faut donc reconnaître conunent procède ta colonisation diez les Américains en vérifiant par quels moyens on doit tenter d'arriver an ra^e résultat.
L'histoire des émigrante européens dans les régions qui se trouvent aujourd'hui sous la domination des Ëtals-Uois de l'Amérique du Nord, montre les cotons procédant à leur établissement, tantôt par l'occupation aventureuse, tantôt par l'association de secte ou de spéculation, tantôt sous rinfluence d'attraction des agglomérations d'expatriés du même pays.
Par les garanties de ce dernier moyen, l'émigration agricole qui, depuis un quart de siècle, se répand dans les États-Unis, régularise son mouvement et diminue les épreuves des premières années de sa nouvelle existence.
« L'établissement par agglomération est un système
!i4 LE BUDGET DO BRÉSIL.
< naturel et bienfaisanl, produit par les circoostances
■ de la situation de rémigrant aux États-Unis, et non
< par les déductions d'une théorie formée loin des
< bois. Dans une localité déserte, il faut créer l'asso- . ■ ciation du travail. Dans un pays dindépendance
■ individuelle, l'agglomération n'absorbe ni l'iadi- I vidu ni son ouvr^;e ; elle le tient à la portée du « mouvement des affaires ; elle l'habitue à la langue,
■ aux coutumes et à la pratique des institutions de
■ la patrie adoptée. L'émigrant riche est secondé par « les pauvres ; ceux-ci sont protégés.
« L'établissement par aggtomératioa n'a pas eu
« d'inventeur. Un homme peut se perdre en tâtonne-
■ mente, sans avoir approché de la situation qui s'a-
< daptail le mieux à ses intérêts. Les masses laissées « à elles-mêmes se dirigent par des in^incts droits. « Pour juger de la situation des émigrants aux États-
< Unis, c'est l'émignilion allemande qu'il faut suivre. « Elle est assez considérable; on peut lui demanda*
■ des résultats généraux et permanente dans le pré- • sent et dans l'avenir. »
f La méthode dont il est ici question n'a pas varié
■ depuis le temps de William Penn jusqu'en 1845. M L'émigration norwégienne , ayant à passer par les « épreuves de l'émigration allemande, suit ses pro- « cédés. En principe, on doit les croire avantageux; I en iait, ils ont subi une longue expérience.
< Les agglomérations d'Allemands se forment toutes
< de la même manière. Les émigrants s'unissent en
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LES RICBESSES LATENTES. S9
parti avant de s'embarquer. Ils décident en quel lieu 36 fera l'établissement. Les lettres de ceux qui les ont précédés, ou l'avis des compatriotes qu'ils rencontrent en débarquant et des sociétés de protection, servent à tes éclairer. Le parti s'arrête ensuite dans une de ces villes de l'intérieur qu'on a décrites comme entrepôt des émigrants qui gagnent leur destination. Les plus expérimentés vont reconnaître l'emplacement désigné , et , s'il parait favorable , l'achètent au bureau terrien , car les Allemands croient que les terres fédérales doivent être préfé- : rées aux autres, parce que te titre présente plus de garantie. Les terres achetées se répartissent en proportion du capital de chaque émigrant. C'est le premier avantage de l'agglomératiou. Le domaine fédéral ne se vend point par fraction moindre de 40 acres au prix de 50 piastres. Beaucoup d'émigraots ne possèdent pas cette somme à la fin du voyage, et cette étendue de terre ne leur est pas indispensable pour s'établir. * [Beckerches, p. 109.] < La conclusion des recherches faites sur les divers systèmes d'établissements des émigrants aux Ëtats- I Unis se présente naturellement : l'agglomération I des Allemands est le procédé le plus avantageux. € Lorsqu'un habitant du continent de l'Europe veut émigrer aux États-Unis, s'il appartient à une nation dont les émigrants ont formé des établissements en Amérique, il doit se diriger vers ces points. S'il prend l'initiative de l'entreprise, il lui faut des com-
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« pagnoDS pour partir d'Europe, et un emplacemeut
< salubre et fertile, déterminé d'avance, pour s'éta- « blir aux États-Unis. Les colons doivent y rester
< voisins les uns des autres, comme ils étaient dans
< le village natal, entre l'église et l'école. Alors l'émi- •> gratton devient un simple déplacement, et elle cesse ■ d'être, comme autrefois, un temps d'épreuve pour € toute l'oi^anisation morale. » [Recherches, p. 146.)
L'établissement par a^lomération est donc le résultat de toutes les souffrances et de toutes tes ressources de l'expatriation.
C'est le moyen le plus simple et le plus efficace de diminuer le labeur de l'entreprise et d'en trouver les avantages avec le plus d'abondance et de célérité. L'agglomération épargne la vie et le temps de l'émigré, en hâtant et en étendant son bien-être.
Aussi voit-on dans l'Amérique du Nord toute l'émigration prospère dirigée par cet instinct. Le bon sens, en face des réalités de la situation d'un Européen au milieu des forêts ou des savanes, a prévalu sur les combinaisons les plus ingénieuses des théoriciens réformateurs ou spéculateurs. Entre ces systèmes, les uns ont succombé à l'épreuve. Le premier coup de cognée qui devait en commencer l'exécution en a commencé la ruine. D'autres ne se sont soutenus qu'en phénomènes accidentels par ta propre excentricité qui devait les emporter avec la génération dont ils représentaient l'idée religieuse ou les doctrines so-
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LES RICBESS8S LATENTES. 97
Il est aisé de reconnaître les causes de ces résultats daoa l'Amérique du Nord. Par leurs caractères, les faits y deviennent des règles d'application générale pour tous les pays oU l'Européen, apportant les mêmes nécessités, se trouve aus» dans une position analogue à celle des émigrants au milieu des Américains.
• L'établissement en communauté est mauvais ; il
< ne résulte pas des conditions faites à l'émigrant par ( les États-Unis, mais des traditions nées des per-
< sécutions politiques et religieuses du xvi* et du
< XYii* siècle. Les principes de nivellement et de so- « cialisme de l'Europe au xtui' siècle et dans le temps
■ actuel s'y mêlent également. > [Recherdies, p. 74 )
M En 1 682, William Penn débarqua sur les côtes de
t l'Amérique. Depuis cette époque jusqu'en 1845,
■ entre le versant des All^hanys et les bords du Mis- « souri, les associations en communauté ont été ame-
< nées aux Étals-Unis par l'exemple des expériences • religieuses et sociales de Penn près de la Dela-
< ware. » {Recherches, p. 75.)
« Lorsque Penn et les sectaires qui le suivirent se
■ refluaient en Amérique, les pèlerins de la Nouvelle- « Angleterre persécutaient les dissidents du purita- « nisme avec autant d'aveuglement qu'il y avait eu de « fanatisme dans les proscriptions de la vieille Angleu terre. Les colonies de New- York et de Virginie re-
■ connaissaient seulement l'Église anglicane.
u Les doctrines et les croyances de l'émigrant sont « aujourd'hui en sécurité. Il ne lut faut plus une situa-
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tioD exceptionnelle pour les protéger. Ce sodI les intérêts matériels que le système d'établissement doit assurer. Or, sous ce rapport, les communautés nuisent à l'émigrant.
« Aux États-Unis, le travail est cher, les vivres et la terre sont à bas prix. La communauté prend le travail de l'émigrant, qui a beaucoup de valeur, et ^e lui donne des vivres, qui n'en out pas.
c Dès que la situation matérielle a été assurée, les intérêts du travail doivent être combinés avec les prérogatives de l'émigrant devenu citoyen américain. Chez une nation dont te goavernranent tend sans cesse à s'appuyer sur le suffrage universel, la théorie politique doit être le perfectionnement de l'indépendance physique et inleltectuelle de l'individu. Aussi, le plus amer grîef des Américains contre les étrangers dans la dernière élection du président, porte-t-il sur ce qu'ils vinrent aux réunions électOTales en masse, mus par les passions et les intérêts de quelques chefe qu'ils suivaient sans les comprendre.
t Par l'effet de la loi du domaine fédéral, tout citoyen peut se composer un patrimoine pour cinquante piastres. Les enfants ont des écoles. L'actiou des institutions américaines, tondant au perfectionnement de l'indépendance individuelle, est favorisée par les ressources offertes au travail. Aux Ëtats- Unis, le travail représente un capital et non un revenu. L'Américain ne b'availle pas pour gagner
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< sa subsislaoce, mais une positioD indépendante.
< Lorsqu'il la possède, il veut l'étendre. Ce sentiment
• existe d^uis les derniers rangs jusqu'aux premiers, ( dans toutes tes industries et dans toutes les profes-
■ sions.
< Lowell, Pittsburg. Cincinnati et la société amé-
• ricaioe sont inintelligibles sans cette clef.
< Une communauté qui absorbe l'individu et son
• travail, est une institution fondée sur des théories
< européennes d'une applicatioD dangereuse. Quand
< on la transporte aux États-Unis, on y crée une ano- € malie physique et sociale. C'est vouloir composer
• de la lumière au lieu de proSter du soleil . ■ [Reekerches, p. 77.)
L'association par actions n'a pas moins de mauvais résultats que la communauté.
< Tout système d'entreprise par actions suppose •• soit des chances dé&vorables dont les risques s'al-
• légent en les divisant, soit une exécution difficile à
• laquelle un petit nombre peut participer, tandis que « le capital d'un grand nombre est nécessaire.
t II n'y a pour Témigrant aucune raison d'être ac-
■ tionnaire dans son entreprise au lieu d'être pro-
• priétaire, sans restriction ni intermédiaire, du lert rain qu'il doit cultiver.
« Dans un pays où la terre la plus fertile peut être
• choisie par section de iO acres à 6 fr. 66 c. l'acre, <t oii tes vivres sont à bas prix et les communications
• fiacites, l'entreprise de l'établissement n'a de risque
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OU de difficalté que quand elle prend de grandesproportions. Ainsi, la nécessité d'acquérir une vaste étendue de terre exposera l'émigrant à n'avoir dans le lot qui lui tombera en partage qu'un sol médiocre ou lual situé. Les bonnes terres du patrimoine de l'association devant donner une compensation pour les mauvaises, l'émigrant qui les reçoit doit payer à l'association une prime qu'il ne paye pas au gouvernement, dont les prix sont uniformes.
< Un autre risque des associations par actions existe dans les dépenses d'administration. En principe l'émigrant ne doit payer que quatre choses : le voyage, la terre, le matériel d'établissement et sa noun-iture en attendant que la ferme produise. Or, la situation des États-Unis permet aux émigrants d'obtenir de bons résultats pour ces quatre points fondamentaux, à l'aide de leurs propres ressources. Les dépenses accessoires de l'administration sont un impôt.
< Quand donc les émigrants participent à des sociétés par actions pour se protéger contre les risques de l'émigration, la société est elle-même l'origine de ces risques.
« L'entreprise de l'ém^rant aux États-Unis n'est pas une opération difficile pour laquelle il lui faille obtenir des capitaux à crédit, car, dans ce pays, le bas prix de la terre et des vivres, la fertilité du sol et la simplicité des procédés de l'î^iculture, font du travail manuel le capital le plus considérable de
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LBS RICHESSES LATBNTBS. 61
l'opération du défrichement. Il ne faiit ni engrais,
ni attirail di^ndieax. C'est le caractère distiactif
des terres incultes de l'ouest. Les bruyères, tes
landes, les marais et les terres sèches de l'Europe ne
peuvent pas leur être assimilés. En Europe, le défri-
■: chement ne peut être tenté que par les capitalistes.
I Aux Ëtats-Unis, un pauvre est à même de l'entre-
' prendre, s'il sait manier une cognée et condoire des
• bœufs.
■ Le travail de l'émigrant est avant tout un travail I domestique. Il se divise dans la famille pour lat quelle il est un lien ; les espérances qu'il crée font I l'énergie et la persévérance dont t'entrejH'ise dé-
■ pend.
• L'association par actions ajourne au moment de < la liquidation le solde des intérêts de chacun, et
■ l'incertitude, qui est pour tous la conséquence de ce
• genre d'opérations, Ey^'ut^ ^"^ charges du labeur ' quotidien. H n'y a pas d'exemple d'associations I pareilles qui n'aient été compromises par les dilli-
> coltés de l'administration, par les dissensions inté-
> rieures, par une liquidation ruineuse pour les éaù-
< Les réflexions qui précèdent ne s'appliquent qu'aux I entreprises agricoles de l'émigration européenne [ répandue dans les États-Unis. D'autres contrées I sont organisées physiquement d'une manière toute [ différente. Les Européens peuvent y rencontrer des i obstacles et des dangers qu'ils ne surmonteraient
« pas sans les ressources de l'association par actions. > [Recherches, p. 93,}
Mais te Brésil n'est pas dans cette situation exc^ tionnelle : il doit dcmc prendre pour des vices radicaux l'insuffisance et les périls que l'expérience des États-Unis attache aux associations par actions et aux conununautés. Ce n'est point avec ces systèmes qu'il favorisera le développement de la colonisation. Toutefois le sort de l'émigrant qui s'isole pour s'établir est encore plus à plaindre.
c Dans les villages du Luxembourg et de la Lor- « raine, tout homme qui se sent le courage de passer « la mer se croit en état d'émigrer. Il part avec un
■ peu d'ai^nt, sans direction et sans la connaissance
< de la langue du pays qu'il va chercher. A l'airivée,
• ses voyages, ses acquisitions sont autant de me-
■ sures fausses ; les illusions s'effacent et le capital
■ s'épuise. Les maladies causées par un travail mal 4 dirigé ou par le climat laissent bientôt l'émigrant u sans énei^ie. Alors il s'arrête sur le dernier terrain
■ qu'il a acheté et son aoii est fixé. Il n'y a plus de n chances favorables que pour ses enfants.
« Ce sont ces Européens qui forment la classe mal-
< habile et souffrante de l'émigration proprement dite.
■ Les malheureux que les navires brémois et irlandais
< débarquent annuellement par milliers, et qui en- « combrent les grandes villes, les hospices, les prisons « et les maisons de refuge, les ouvriers et les artisans
• sans ouvrage et sans argent, continnent aux Ëlats-
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LES RICBBSSES LATENTES. 63
•• L'ois ta délresse doal ils ont apporté l'habitude, « taudis que le petit propriétaire qui émigré pour
■ tenter la fortune aux États-Unis et qui s'y ruine, a « perdu la situation, supportaMe peut-être, qu'il avait
■ dans son pays pour se Eaire un sort misérable à
« l'étranger Les esLemples de détresse sont innom-
' brables dans cette classe d'émigrants Ils peuvent
■ être constatés presque à chaque pas.
■ lorsque la famille est fatiguée de chercher sa « demeure, elle s'arrête pour acheter, au milieu des « Américains, une ferme épuisée, d'un accès di£Scile, « on dans une situation malsaine. L'acquisition ab- « sorbe le capital, et le sol est sans ressources Telle
■ est la marche snivie par cette catégorie d'émi- « g^ants^
• On ne doit pas hésiter à conclure que l'Euro-
• péen, placé sans expérience au milieu des Âméri-
■ caing dont il ne connaît ui la langue, ni les habitudes,
■ est exposé à tous les genres de Misère.'ll lui faut à
< tout prix ta protection d'une agglomération. > (Recherches, p. 105.)
■ Des Belges, des Anglais, des Irlandais, des Sué-
■ dois, des llaltens et des Français ont été l'objet des « observations qui autorisent cette conclusion. Les
■ Européens qui se proposent de chercher une de-
< meure dans les défnchsnents de l'Amérique doi- « vent posséder les qualités de la population des « défrichements. Il faut manier la hache et conduire
• la charme. L'Amériqueest un pays d'égalitéabsolue,
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«i LB BUDGBT DU Blt^L.
« oii l'on périt par tout ce qui distingue de ceux dont
« OD ne peut pas être indépendant.
< Pour éviter cet isolement, les émigrants ricbes
■ comme les émigrants pauvres n'ont qu'im moyen, < c'est de s'établir au milieu d'émigrants de leur « propre pays. Mais l'existence qu'ils y trouveront ne f répondra pas aux espérances qu'ils avaient formées
■ en Europe. L'ouest des États-Unis n'est pas un re- « Fuge pour les fortunes tombées : c'est un pays ou- € vert aux travailleurs. > [Becherehes. p. 108.)
Ainsi, le but des efforts du Brésil pour installer l'émigration européenne sur son territoire est bien marqué. Ce n'est pas à l'expérience des systèmes nouveaux qu'il doit recourir. Il lui suffira d'oi^ois^ dans ses régions les plus propices quelques centres de défricheurs. Par one initiative rapide et complète de son gouvernement, il doit donner aux émigrants les résultats du temps, de la mine des mauvaises théories et des souflhinces de nombreuses générations dans l'Amérique du Nord.
La première tâche de cette grande entreprise dmt être de reconnaître la direction qu'il fout donner aux émigrants et les localités de leurs s^lomérations. Quant à ces derniers points, c'est seulement sur les lieux qu'ils peuvent être déterminés., Mais le climat, la configuration et les cours d'eau du Brésil, suffisent à montrer clairement les voies qu'exige l'émigratioD. Ses intérêts et ceux du pays s'unissent dans une entière solidarité.
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Après des siècles de variations pour le gouvernemeDt et la mise en valeur des contrées d'outre-mer, on a vu comment les résultats de l'expérience écartent la conrusioD et les incertitudes, et ne laissent qu'un procédé d'établissement devant l'imitation.
A son tour, l'immensité du ft'ésîl se resserre pour renfermer dans le tiers environ de son étendue ta découverte des bonnes conditions du séjour et do travail des Européens.
En effet, le 16° degré est sur le sol du Brésil une barrière que l'émigrant ne doit point dépasser en allant vers le nord ; et même au sud du 1 6* degré, jusqu'à la limite des provinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine, le littoral ne peut pas être sa demeure.
L'empire se divise donc en deux régions : celle du midi, égale à un tiers du territoire, devient le champ de l'émigration ; celle du nord réclame pour son défrichement un système que le contingent européen doit seconder, mais à l'exécution duquel il ne peut point participer.
C'est dans la région méridionale que se trouvent concentrées aujourd'hui les forces du paya. La capitale, le développement du commerce et de la production agricole, la population moins disséminée, le climat plus tempéré par la latitude et par l'élévation du sol, tous ces avantages assurent la prépondérance au midi dans le développement des destinées du Brésil.
Biais cette suprématie de richesses et de puissance
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itfi LE BUOfiET DU BRfiSIL.
pourrait devenir une force d'absorption, agissaot sur le reste du pays pour l'affaiblir et pour le réduire au démembremeat.
A cette cause de péril d'aociennes propensions fédératives se joindraient avec les rivalités provinciales, et les souffrances inhérentes à l'élotgnement de l'activité centrale du pouvoir.
Cest le cœur de l'anpire qui doit fonctionner dans la région du midi ; et pour lui faire accomplir son expansion de forces, il lui faut des moyens proportionnés à l'étendue des régions qui doivent s'animer de son mouvement.
Rio-Janeiro, résidence du souverain et métropole commerciale, exerce une puissance d'attraction qui tail sa richesse. Mais dans sa position extérieure, sans passage vers le centre du continent, les effets de diffu- »on lui manquent; Rio absorbe et ne rend pas. Magnifique comptoir d'une colonie, ou capitale d'une fédération, elle ne suffît pas aux exigences de rayonnement qui sont imposées à la capitale de la monarchie américaine pour maintenir la cohésion de toutes ses parties.
Ce n'est pas l'accès à la mer qui manque au Brésil, puisqu'il a un Ultoral de trente-six degrés, mais la vitalité pour ses régions incultes. Avec sa vocation agricole, il voit s'ouvrir l'ère du défrichement comme de la mise en valeur de toutes ses ressources avec sa destinée de grande nation.
Dans Qio, l'ancien monde, avec les intérêts et les principes de sa civilisation, a servi d'appui aux com-
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LES HICUESSKS LATENTKS. 67
meDcements de l'empire, qui devînt ainsi un Élat essentiellement européen , rapproché des avanlageR de l'Amérique. Le temps est venu pour le Brésil d'occuper la position iuverse.
La monarchie, fortifiée sur un point du littoral, s'est affermie et a résisté aux convulsions des provinces. Mais elle ne semble pas pouvoir y maintenir sa capitale sans se détourner des vrais éléments de sa puissance.
Une métropole intérieure serait au milieu des ressources de l'avenir américain, comme Rio s'est trouvé dans les ressources de l'ancien monde et des siècles passés. Ce sont ces intérêts qui apparaissent en décrets du destin pour soumettre le Brésil à la politique de Pierre le Grand, en demandant une œuvre diamétralement opposée à la sienne dans une situation diamé- Iralemrat contraire.
Le déplacement de la capitale du Brésil n'est pas un problème nouveau. {Ponoromo. 1844, p. i65. Epicos brasileiro6,i8iô,p. 406. Jlfefnoria/or^anico,1849-1850, anonyme. ) Mais un tel projet peut paraître chimérique, au milieu de ses difficultés et de ses obstacles, Rio a, de son cdlé, la force du fait de son existence et de la prescription qui s'assujettit les peuples comme les individus. C'est un héritage que doit entourer le respMt du passé dans la mémoire des contemporains et de la postérité.
Malgré celte résistance, lavenir peut amener l'exécution d'une entreprise qui semble impossible aujour-
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d'hai. La fondation d'uoe métropole intérieure reate dans les exigences de la configuration géographique et des grands intérêts de la monarchie. Il faut donc poursuivre la recherche des voies qui peuvent y conduire.
Au sud du 1 6' degré, limite extrême de l'expansion des Européens vers te nord, quatre cours d'ean rapprochent leurs sources et celles de leurs tributaires pour prendre ensuite des directions opposées vers l'Océan. Ce sont le Paraguay et le Tocaatins au nord, le Saint-François à l'est et le Parana au midi.
Le Paraguay et leTocantins forment, avec le Parana, la première ligne du grand système de communication inlérieore entre le nord et le sud.
La seconde est établie par le Paraguay et les affluents de la rivière des Amazones. Celle-ci ne sera sans doute atteinte que bien tard dans l'avenir par le défrichement et la civilisation. Mais sur la première, l'impulsion énet^ique des progrès de l'empire peut amener les enfants de la génération présente.
Entre les extrémités du Brésil, il n'y a d'autres liens que la navigation maritime, et les contrées du centre restent isolées. Comme il a été démontré ailleurs, il &ut qu'une puissance suprême devance les résultats de la marche du temps, en forçant le mouvement du littoral à pénétrer dans le continent par toutes tes issues praticables, pour y créer une adhérence vivifiante, en y répandant la population et le travail, ta consommation et la production. L'accomplissement des
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destinées du Brésil dépend de courants intérieurs parallèles à l'Océan ; Rio de Janeiro et Para doivent s'unir par Hactivilé du continenl, comme les unit aujourd'hui l'aclivilé maritime. La carie du Brésil met ces considérations en évidence.
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Les eaux qui favoriscnl l'accès des régions centrales ne possèdent pas les avantages des fleuves de l'Amérique du Nord. Le haut Parana, le Saint- François et le Paraguay ont des rapides et des cliutcs. Mais leurs vallées s'ouvrent naturellement auiL moyens de surmonter tes obstacles de la navigation.
Ainsi, lorsqu'en Tace de l'immensité du Brésil, on recherche la direction que doit recevoir la marche de l'émigration euro{)éennc, les grands intérêts de l'empire, le climat de latitude et d'élévation du soi, et cnHo le système des eaux indiquent comme premier |)oint la région qui s'étend jusqu'au 1 6' degré entre les sources du Paraguay, du Saint-François et du Parana. C'est l'emplacement qui s'offre à une métropole intérieure au milieu des ressources et des exigences du nord ei du sud, de l'est et de l'ouest. Il faut y fonder un entrepôt de l'avenir eu y établissant une grande agglomération européenne; et le moyen d'y réussir est d'acheminer les éniigrants vers cette contrée avec des agglomérations secondaires, échelonnées convenablement, afin qu'elles se protègent en proportion de leur distance du littoral.
Mais ce n'est pas dans cette seule direction que les Européens doivent s'établir au Brésil.
Déjà l'émigration allemande s'est ouvert l'accès de lu province de Saint-Paul ; elle fait des tentatives dans la province do Sainte-tZatherine , et elle |>ossède un coiilre bien consolide dans celle de Bio-Grande du Sud.
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En suivant cliacune de cea trois attractions, l'émigration marchera dans les voies que lui traçaient ses propres intérêts et ceux du paya.
Cest, en effet, dans les deux provinces da midi que le climat est le plus propice aux Européens, et le Brésil y demande des émigrants pour protéger sa Tronlière la plus Faible par une population bien attachée au sol. La province de Saint-Paul touche au Parana. Des agglomérations à sa limite du nord s'appuieront sur les établissements de la région centrale en renforçant leur diffusion et leur attraction à l'égard de l'occident et du midi.
Dans les deux provinces de Sainte-Catherine et de Hio-Grande, l'élément européen doit se mettre en possession de l'exploitation agricole pour eo éloigner l'esclavage. Dans la province de Saint-Paul, moins tempérée, il lui enlèvera les travaux que le climat ne lui réserve pas.
En sorte qu'au sud du 16' degré, on peut croire que tout Européen viendra créer le principe d'une lendance de la race africaine à s'épancher vers les régions équaloriales de l'empire. C'est avec sa propre population que le Brésil doit exploiter ses provinces du nord. Le contingent européen ne peut travailler que dans le sud ; mais en s'y concentrant, il déplacera au profit du nord une partie de la population brésilienne et de la race africaine esclave ou libre.
Il faut voir par quels procédés ce système de l'emploi des émigrants recevra la meillem^ application.
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7â LE BDDCET DU BHÉSIL.
Les mesures qui peuvent garaulir un bon élablissement des Européens au Brésil, se confondent avec les sécurités et les faveurs dont la population décidée à s'expatrier doit éprouver l'influence en cherchant sa direction vers le nouveau monde.
Ainsi, avaDt de suivre l'émigranl dans les forêts du Brésil, il est nécessaire d'examiner comment l'attraction brésilienne doit arriver en Europe et quel doit eu être le caractère.
Ce n'est pas en Europe, mais au Brésil même, que l'intervention du gouvernement impérial peut agir avec efficacité sur l'émigration européenne pour l'attirer vers ses domaines incultes. Le système de recrutement direct par des agents officiels implique le nom et la responsabilité de l'Étal dans des opérations équivoques ou des affaires ruineuses En général, il n'amène aux ports du Brésil que des artisans médiocres, imbus de dangereuses doctrines, des mendiants et des vagabonds dont le chiffre seul satisfait aux clauses des contrats, et aux calculs de la connivence des agents et des armateurs ou de leurs préposés.
C'est à la confiance de la saine population agricole que le Brésil doit s'adresser par le crédit des principes et des bienfaits de ses institutions, par les mesures de protection de son gouvernement et par les bons procédés du système de l'installation des colons.
Quand ces divers titres à la confiance des Européens seront bien manifestes, l'impulsion de l'expatriation vers le Brésil deviendra une propension régulière, dont
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le lumps développera leti progrès en proportion de sa marche.
MaÎB, si de telles conditions manquaient, l'émigration ne prendrait le chemin du Brésil qu'à l'aide des efforts extraordinaires de quelques entreprises particulières, ou eolratnée accidentellement par quelque séduction de spéculateurs ou de recherches d'aventures.
Hors de l'empire, et dans les pays à courants d'expatriation, le gouvernement impérial a donc une initiative assez limitée. L'intervention de ses agents consulaires doit entraver le recrutement des colons dans les dépôts de mendicité, et parmi les repris de justice ou les vagabonds. Elle doit faire connattre : 1° la loi des terres publiques ; S" les règlements du système de colonisation sous les auspices du gouvernement, et l'indication des contrées d'établissements en activité ; 3" la loi de naturalisation ; i' la loi de la location de services ; 5° les règlements de la police des navires employés au transport des émigrants, et dont ta stricte exécution doit être sanctionnée sévèrement à l'arrivée au Brésil ; 6° la loi de douane et les faveurs accordées aux émigrants, ainsi qu'aux navires qui les amènent ; et 7" les ports ouverts spécialement à l'émigration et les mesures de protection qu'elle est assurée d'y trouver.
Dès que l'émigrant touche le rivage du ft-ésil, le gouvernement a trois [rincipaux devoirs à remplir à son égard :
1° VériBcr si le transport a été fait suivant les
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7i LB BUDGET DU BRESIL.
règlements ; 2° défendre l'étranger contre son inexpéneace et les exactions, et 3° diriger sa marche.
Rio-Janeiro, Santos, Paranagua, Desterro et Porlalègre sont les cinq ports auxquels aboutissent les voies des principaux, centres de l'émigration dans l'intérieur du pays. En laissant toute liberté à l'industrie privée, un régime de primes et d'exemption dé tonnage de- Trait favpriser l'arrivage des émigrants sur ces points du littoral. Ce serait d'abord une garantie contre les abus de confiance des maîtres de navire, qui, suivant leurs convenances, déposent souvent les passagers dans des ports éloignés de la destination pour laquelle ils s'étaient embarqués. Secondement, en se concentrant à l'arrivée, les émigranis se protègent plus aisément soit par la sollicitude de l'autorité, soit en s'appuyant les uns les autres. Il leur est enfin plus facile d'arriver au but, puisqu'ils se trouvent à l'entrée de la voie oh l'intérêt de l'Européen, comme l'intérêt du pays, demande qu'ils s'avancent.
Les premiers moyens de défense que l'émigrant réclame en débarquant sont : une autorité spéciale chargée de ses affaires en général, et un comité de protection formé des résidents étrangers sous les auspices des consuls.
Au moment de l'arrivée, les principales tribulations de l'émigrant sont : l'exécution des engagements contractés pour son passage, le logement temporaire en quittant le navire, ie choix de sa direction vers l'intérieur, et l'acheminement.
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LES BICHBSSES LATENTES. 7S
C'est pour ces difficultés que le cooiUé de protection d(Ht Ini venir ea aide. ■
Mais il fout coustater ici, en tribut de justice auquel le Brésil a droit, que les dangers de l'émigraot lui viennent principalement de la dernière classe de ses propres nationaux établis dans les poris, et qui l'entourent de pièges pour eu iaire la victime de leurs extorsions.
Cest ce qui existe aux États-Unis. Contre les maux que l'émigrant trouvait ainsi après les Fatigues, les périls, les maladies et le découragement de la traversée, et à la veille de commencer le voyage de son établissement, la charité devait s'émouvoir. L'autorité trouvait nécessairement des entraves officielles pour sa sollicitude à l'égard des étrangers. D'ailleurs, c'était par des mesures préventives que la compassion pouvait devenir efficace. Elle y réussit en détournant l'émigrant de l'attraction de ses nationaux de la dernière classe par la confiance dans la protection de ses nationaux les plus considérés.
« Les souffrances de l'étranger pauvre, et les pièges
■ qui circonviennent toutes les catégories d'émigrants « après le débarquement, ont engagé les plus respec-
• tables maisons irlandaises, allemandes et anglaises
• de New- York à former des sociétés pour protégé-
< leurs compatriotes. Philadelphie avait pris l'initia-
■ tive de cette œuvre de charité En 1 7S 1 , un acte de
■ la législature de Pensylvauie donna la charte d'une
< société de protection des Allemands. L'acte fut re-
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• nouvelé CD 1810. A Baltimore, les résidente alle-
• maods et irlandais ont fondé deux sociétés philan- •^ thropiques d'émigration.
< L'association allemande de New-York date de « 1 804. Elle fut incorporée pour vingt ans. En 1 8S5,
< un nouvel acte de la législature lui garantit sa charte
• pour an temps illimité. Tous les membres sont
■ Allemands de naissance ou d'origine allemande. ( L'agent reçoit les demandes de secours et les trans-
• met à un comité de charité. 11 se rend à bord des
■ navires chargés d'émigrante; il s'informe de la
< condition et des projets de chaque individu et •' donne des conseils.
t Les Iriandais reconstituèrent leur société de pro- « tection le 32 mars 1841. Ils suivent la m&ne c marche que celle des Allemands
( Ce fut seulement en 1844 qne les Anglais de
• New- York, donnèrent a une association le soin de
< veiller aux. intérêts de leurs compatriotes qui ont
< émigré. Dans son programme, la société anglaise de
< protection s'engage à protéger les passagers anglais
< contre les fraudes en leur indiquant de bons loge- « ments en ville, de bons moyens de tran^orl pour ( le voyage à l'intérieur, et une bonne direction pour « arriver à leur destination.
• Au moins une fois par an, ces associations pu- •I blient des rapports en forme de maniTcsIes adressés B aux émigrants Des conseils arrivent de celle ma- «- nière au milieu des populations de l'Europe qui se
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LES HICUBSSES UTBNTES. 77
prépareDl à émigrer Les sociétés ne cessent pas d'avertir les classes dénuées de ressources, les artisans vieux, inhabiles, chargés de famille, que les Étals-Unis ne peuvent pas leur offrir d'asile certain.
I Elles détournent également de toute idée d'émigration les jeunes gens qui comptent s'employer en qualité de commis ou d'écrivains dans les grandes villes commerciales de l'Union.
« L'action bienfaisante des sociétés de protection
' s'exerce à l'égard des deu\ catégories de l'émigra-
r tion par des moyens distincts. On congoit que des secours en ai^nt seraient une prime à l'émigration européenne des pauvres. C'est donc par exception et dans des limites fort restreintes que les étrangers reçoivent des subsides de la part des sociétés. Lorsque l'émigrant complètement pauvre a été admis
' par la municipalité, il tombe à la charge de la charité publique.
<( Les émigrants qui n'ont pas assez do ressources
I pour gagner l'intérieur du pays tâchent de vivre par leur travail dans la ville de débarquement. Les sociétés font trouver de l'ouvrage aux bons journaliers. Des entrepreneurs de travaux publics, des industriels éloignés des ports du littoral de l' Atlantique, se mettent en relation avec les agents des sociétés pour recevoir des ouvriers et des gens de métier. Bon nombre d'émigrants sont placés comme
I domestiques sur la recommandation d'un associé. Les jeunes gens sont mis en apprentissage; ceux
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qui sont liabiles dans quelquti métier, l£l que celui de boîtier, de tailleur, de menuisier, du serrurier, trouvent par l'entremise des sociétés quelque crédit I pour s'établir.
<> La partie de l'émigration qui ne se fixe pas dans les villes du littoral fait une balte dans le port de débarquement, soit pour se reposer des fatigues de la traversée, soit pour régler les préparatifs du reste de son entreprise. Elle doit voyagw à l'intérieur; elle doit s'établir.
« Les laverniers et tes logeurs s'emparent des émigrants pendant leur séjour temporaire dans la ville 1 de débarquement : ils sont d'une extrême rapacité. I On doit aux Américains cette justice de reconnatU-e I ici que celte industrie est exploitée principalement I parlesétrangers. Ils parlent la langue des émigranls, ' isolés au milieu d'une ville inconnue, et ils leur 1 servent d'interprètes. Le premier soin des agents ' de chaque société de protection est d'avertir les i passagers du danger qui les attend dans ces mai- < sons et de leur indiquer des logements plus sûrs. R Mais les étrangers se défient qoelquefois de ces •I agents, et vont se faire dépouiller par les laverniers. ■ Ceux-ci sont de connivence avec une classe de fri- > pons qui se cbai^nt du transport des émigranls à 1 l'intérieur. Pendant que le passager se repose des I fatigues de la traversée, on lui fait signer des aric rangements pour le voyage qui doit le conduire à
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■ sa destination. Alors l'entrepreneur, dont t opéra-
< tion a été favorisée par celui qui loge l'émigrant, « diSëre le départ sous quelque prétexte, pour laisser
■ à son complice l'occasion et le temps de commettre
• plus d'estoraions. Trèa-souvent l'émigrant qui part
■ de la ville de débarquement, n'emporte que l'aient « nécessaire pour le voyage ; le reste a été volé ou « follement dépensé en réjouissances avec des com- « patriotes trouvés en Amérique.
• Lorsque les sociétés de protection parviennent à
■ détourner l'étranger des antres de voleurs dont le
< port est entouré, elles lui donnent également un
■ moyen sûr de continuer son voyage.
< L'entrepreneur de transport s'est entendu avec le
< logeur pour que l'émigrant lui tombe entre les
< mains. Le propriétaire de terres vient, à son tour,
< combiner les opérations du transport avec les inté-
■ rets de sa spéculation. Les sociétés de protection N s'ioterdiaent toute opération de ventes de terres. « Elles dirigent les émigrants vers ta destination qu'ils
< ont choisie, et s'ils manquent de plan pour leur éta- « blissement, les agents leur indiquent les localités
■ qu'ils doivent chercher de préférence. Toutefois il
• ne faut pas croire que les sociétés préviennent la-
• plus grande partie des abus. » [Recherches, p. 44.) Ces maux, qui se manifestent dans l'Amérique du
Nord sont inhérents à tout mouvement d'émigration. En compromettant le sort de beaucoup d'individus, ils ruinent an grand nombre d'entreprises au détriment
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80 LE BUDGKT DU BKÉSIL.
du pays d'adoptioD. L'iolérél s'unit donc à l'haniaDilé pour imposer au gouvernement brésilien le devoir d'épai^er à l'émigrant tout sorcrott des épreuves de son expatriatioD. Les sociétés de protection dans le port de l'arrivée paraissent être le moyen le plus efficace pour atteindre ce but.
Mais ainsi qu'on vient de le voir, elles ne suffisent pas à prévenir toutes les souffrances ; elles doivent être secondées dans les ports d'embarqu^nenl par la surveillance des gouvememenU et aussi par la charité privée. Cette dernière assistance était réclamée en 1844, dans l'adresse annuelle de la société irlandaise de protection de New- York, avec les détails les plus instructifs pour les émigrants el les plus propres à exciter au soulagement de leurs maux. [Appendices D.E)
L'intervention des sociétés de protection est rendue plus nécessaire encore à l'émigration européenne au Brésil, par le système actuel de l'encouragonent donné soit à l'armateur pour le transport, soit aux colons par l'avance des frais de leur passage.
Le gouvernement impérial dispose d'environ 600 mille francs chaque année en faveur de la colonisation, et il les emploie en donnantàdes armateurs, ouà des planteurs, une allocation ponr chaque émigrant qu'ils amènent an Brésil.
C'est aux services de l'émigrant de rembourser le prêt de la dépense de son passage ; et c'est en garantie de cette obligation qu'il signe un engagement, soit
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LES RECUESSES LATENTES. 81
avant de quitter l'Europe, soit au momeiil de débarquer au Brésil.
L'ignorance de l'Européen à l'égard des conditions de travail du pays, et son isolement, ne fournissent que trop d'avantages aux spéculateurs de transport pour faire du passager la victime d'une connivence avec les planteurs, ou ceux qui payent sa dette en échange de ses services.
Dans les ports du départ, comme dans les ports de l'arrivée, la compassion des sociétés doit s'attacher à éclairer les émigrants sur leurs droits, et sur la portée de leurs engagements.
Car la plus mauvaise conséquence do ce système est d'ex^er une loi bien rigoureuse pour sanction.
C'est la nécessité qu'a subie le gouvernement impérial en réglant par la loi du i 1 octobre 1 S37 [aj-pendice F) les formes ei l'exécution du contrat de la location des services de l'émigranl.
Par la force des conjonclures du pays qui favorisent l'indépendance et la désertion des travailleurs, la loi des services devient sévère et peut constituer la servitude temporaire du débiteur par la nature des obligations qu'il a contractées.
La loi du 1 1 octobre 1 837 n'est pas seulement la garantie des engagements privés; elle donne à l'État une sécurité pour le remboorsentent des avances que ses emprunteurs doivent acquitter en employant les bras des émigrants.
Ce n'est donc pas contre l'exécution des clauses do
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cette (oi qu'il fant s'élever, mais contre te système dont elle dérive nécessairement avec toutes ses rigueurs.
ËD attendant l'abandon du système, les sociétés de protection doivent veiller à ce que les colons ne prennent point des engagements ruineux.. Mais il est probable que le mode d'encourager le transport des émigrants sera bienlât abandonné. Les Ëtats-Unis ont fait une longue expérience des iniquités dont les contrats sont l'origine. L'opinion publique les a répudiés. Les tribunaux eux-mêmes s'efforcent toujours d'échapper à la lettre de ta loi, pour trouver dans les faits une probabilité d'équité à leurs sentences favorables à l'étranger.
' Un des hommes d'État les plus érainents dont s'honore le Brésil, le vicomte d'Abrantès, après avoir apprécié en Europe et au centre de l'Allemagne les conditions de sécurité qui doivent agir sur l'impulsion de l'émigration, et les moyens de succès de son établissement dans l'empire, s'est prononcé en ces termes contre le système dont la loi du 1 1 octobre 1 837 est la sanction :
■ Il est évident pour moi que le Gouvernement et
■ les vrais amis de la colonisation doivent absolument
• écarter le moyen d'offrir le passage avec obligaticm « de remlMursement. Dans mon humble opinion, le
■ créditdedeuxcenlsmilUons(environ 588,000 francs]
• voté jusqu'à présent pour le payement de passages
• avec obligation de remboursement, serait pins avan ■ « tageusemenl appliqué à l'indispensable dépense de
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LES RICBESSBS LATENTES. 85
* l'arpentage et de la division des terres à exposer
■ immédiatement en vente sur quelques points du lit- » toraldeCoritiba (Saint-Paul), du continent de Sainte-
• Catherine, etdeRio-GrandeduSud, et dans quelques ( parages accessibles des antres provinces. J'ose aflir- > mer que la première portion de terre qui, princi- « paiement hors des tropiques, sera mise en vente,
■ comme il se pratique aux Ëtats-Unis, trouvera des
< acheteurs en Allemagne et sera immédiatement bc- « cupéepardeboDscolons., A ce premier essai il devra
< en succéder d'autres ; et dès que le succès des colo-
■ nies agricoles sera connu en Europe, nous pourrons
■ compter sur une permanente émigration de bras « libres vers nos provinces. *
Mais pour arriver à ce système, le seul qui embrasse toutes les nécessités de l'empire, l'intervention du Gouvernement est indispensable, afin de hâter un tel progrès de l'émigration même avec les moyens imparfaits ou vicieux mis en usage jusqu'à ce jour.
A l'égard de l'émigration, le Brésil se trouve dans une de ces positions U^nsitoires d'épreuves et d'incertitudes auxquelles il faut tenter d'ouvrir une issue à l'aide des propres conjonctures qui les caractérisent.
La politique de colonisation que l'autorité du vicomte d'Abrantès vient recommander au gouvernement impérial, est la pratique de l'émigration aux Étals-Unis dans ses deux faits fondamentaux : le régime de la vente des terres et la dépense de l'expatriation de l'émigrant pauvre avancée par l'émigranl riche.
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84 LB BDDGRT DV BBËSIL.
Ce dernier résultat s'attache à l'aggloméraiioa qui maintient entre les émigranta les rapports de leur village eu Europe, Ils règlent le compte de leurs obligations en restant dans une entière indépendance des exactions et de l'oppression que leur valent des engagements pris, soit avec le Gouvernement, soit avec des planteurs.
De quelque côté donc que cette grande question s'examine, parsesdîfficaltés comme parses ressources, elle mène à l'agglomératiou. C'est le fait que le Brésil doit se bâter de montrer au monde, quel qu'en doive être le prix, et malgré l'imperfection des moyens disponibles ou praticables en ce moment. C'est pour en compenser les défauts que les moyens de protéger l'émigrant ont été indiqués.
Il y aura toujours des souffrances dans l'expalriar tion. Nul individu ne peut y entraîner un individu sans s'exposer aux malédictions des pleurs et du désespoir ; elles t'atteindront du fond des solitudes pour reprocher à ses conseils la ruine des forces et le sacrifice irréparable des ressources du passé et du présent aux espérances d'un avenir perdu.
Mais à côté de l'incliDation souvent imprudente de l'homme isolé, s'élèvent les impulsions générales dont la cause échappe au contrôle humain, tandis que la direction lui en reste accessible. Ici la responsabilité de l'initiative disparaît. Sans provoquer le fait de l'émigration, un gouvernement le tourne avec moralité à sou profil, et les efforts individuels peuvent s'associer
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à la même tâche en s'inapirant d'un speclacte de soaffrancea pour secourir des maux présents à l'aide des moyens les plus efficaces à leur ^rd comme à l'égard de l'émigration dans les temps futurs.
Fonder des agglomérations n'est pas une entreprise nouvelle pour le gouvernement brésilien. Sous le règne du roi Jean VI, un décret du 16 mai 1818 sanctionna une convention par laquelle SébaaUen Nicolas Cachet, agent du canton de Fribourg, s'était engagé à fonder au Brésil une colonie de cent familles suisses, en recevant cent piastres espagnoles (533 francs) par individu âgé de plus de trois ans, pour le transport des personnes, des effets, des ustensiles, des meubles et des instruments de travail.
Les avantages accordés à la colonie étaient : 1 " le passée payé ; 2" les frais de voyage jusqu'à rétablissement ; 3° des logements temporaires ; 4' des terres en toute propriété, des bestiaux et des semences conformément à un tableau proportionné au nombre de personnesdechaquefamille; 5 unsalairede 160réaux (94 centimes) par jour et par tête pendant la première année et de moitié pendant l'année suivante, mais avec imputation de ta valeur des ouvrages faits pour chaque colon; 6° trois prêtres, un médecin, un pharmacien, et un vétérinaire qui devaient venir avec la C(donie, étaient salariés par l'État ; 7" le roi devait bâtir et orner une église ; 8° les colons étaient naturalisés par te fait de leur arrivée ; 9° pendant dix années la colonie était exempte de service militaire et de
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se LE B0DGET DIT BRÉSIL.
toute charge personoelle ou foncière, elle ne devait payer que VimpAt du quint de l'or; 10° la police devait t^tre attribuée à une garde formée des cotons âgés de dix-huit à quarante ans.
L'exécution de la convention de Gachet amena d'abord au Brésil trente familles suisses. Le Gouvernement les établit à trente lieues au nord-est de Rio- Janeiro, dans cette partie de la ciiatne de montagnes du littoral qui a pris le nom de Morro Qucimado. La colonie fut appelée Nouvelle-Fribourg. Il lui vint d'Europe environ S,000 émigrants de tout âge. Six années plus tard, en18S4, le Gouvernement fonda une autre colonie de 122 Allemands, dans la province de Rio-Grande du Sud. L'impératrice Léopoldine lui donna son nom et la prit sous ses auspices.
En 1 8i5, les forêts de Corrego Secco, situées dans les montagnes d'Estrella et dépendantes du domaine privé de S. M. l'empereur dom Pedro II, furent divisées en lots qui devinrent le patrimoine d'une populatioD d'émigrants allemands d'environ 2,000 âmes. Une résidence impériale s'éleva au centre des vallées que les défricheurs oe lardèrent pas à ouvrir dans toutes les directions. Le progrès de la colonie justi6a bientdt le nom de Pétropolis qu'elle avait pris dès son agreste commencement.
Quels qu'aient été les moyens d'organisation des colonies de la Nouvelle-Friboui^, de Saiut-Léopold et de Pétropolis, rinitlative du Gouvernement a fondé trois agglom^^tions importantes. Les abus et les souf-
DigitzedbyGOOl^lC
Traoccs qui se sont allachés à l'emploi des procédés, peuvent se corriger dans le présent et poor l'aveotr. Lo but atteint est aujourd'hui l'affaire importaute à considérer.
ËQ réunissant les plus nombreuses garanties du bien-être des émigrants, l'a^lomératioD devient un centre d'atlractioa pour l'Europe et de diffusion pour le Brésil. Par ta force dos choses, l'agriculture est sa première occupation, et les premières conditions d'heureux, résultats extérieurs et intérieurs sont des espaces fertiles dans une latitude favorable au travail des Européens.
Afin de juger de la situation des émigrants en Amérique, il faut d'abord faire la part do leurs moyens de subvenir aux nécessités de l'existence, puis rapprocher leur position de celle qu'ils avaient dans l'ancien monde pour eux-mêmes et en perspective pour leurs enfants.
La Nouvelle-Fribourg et Pétropolis ont ane population qui possède les moyens de vivre et d'arriver au bien-être en proportion do l'aptitude des individus. Mais en satisfaisant à cette première partie des résultats qui leur étaient imposés, ces deux agglomérations se trouvent devant d'insurmontables obstacles comme centres d'attraction européenne et de diffusion américaine.
Le icrritoirc de la Nouvelle-Fribourg a peu d'étendue ; il se resserre entre les cscar|iciiicnts des sommets de la chainc du littoral el les plantations qui fuiil ar-
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river la culture du café jusqu'à la limile extrême de la température tropicale, sur le versant des mêmes montagnes. Le sol en est d'ailleurs stérile et froid. Les émigrants qui avaient quelques ressources se hâtèrent de chercher d'autres (erres dans le voisinage. La plupart s'enrichirent en devenant planteurs avec des esclaves. L'établissement agricole de la colonie ne Bt point de prc^;rès. Rapproché d'une ville, il eût prospéré par la culture maraîchère et par les produits de ses petites fermes. Toute son activité se trouve concentrée dans un boui^ dont le climat salubre et les sites pittoresques attirent, pendant la saisons des chaleurs, les propriétaires des plaines voisines et les habitants de Rio de Janeiro 1.^ Nouvetle-Fribourg possède un bon lycée et une église. La communauté protestante que comprend sa population a un pasteur et un local pour le service religieux. Toute cette colonie n'a pas plus de 2,000 âmes. C'est le nombre des émigranls qui l'ont fondée, il y a trente ans. La classe à laquelle ils appartenaient, pour le plus grand nombre, et les relations qui se conservèrent longtemps entre les familles divisées par l'expatriation, étaient des circonstances bien favorables à l'influence d'attraction européenne de la Nouvelle-Fribourg. L'espace et la futilité lui manquèrent. Elle pouvait appeler quelques artisans, quelques petits capitalistes en retraite ; mais il lui était impossible de former un centre d'émigration et une agglomération de point d'appui pour des Européens nouvellement arrivés.
LES RICBBSSBS LATENTES. 89
Les voies de commuiiicatioa et l'effet des progrès généraux du pays pourront appwler à ce bourg la prospérité modeste d'une ville intérieure, heureusement sihiée, et jouissant d'une température européenoe au milieu d'une région tropicale.
Aujourd'hui, on ne devrait y voir qu'une ruine sur le passage de la grande entreprise de la colonisation brésilienne, si l'émigrant n'y avait pas trouvé pour lui-même des résultats suffisants. Les matériaux et le travail de la mise en œuvre font penser au voyageur arrêté devant ce monument, à peine debout, qu'il eût rempli sa destinée complète, s'il eftt été élevé dans uu autre lieu.
Comme colonie agricole, Pétropolis rencontre des (^taclea qui ont fermé l'avenir de la Nouvelle-Fribourg. Les vallées de la chaîne d'Ëstrella sont plus étroites que dans le Morro Queimado. Les pentes y sont plus roides. Si le sol de Pétropolis est moins froid, il se lavera plus vile par les pluies tropicales, lorsque les versants auront été mis à nu. Hors des limites du domaine impérial, l'expansion de Pétropolis est arrêtée par des plantations que l'esclavage a mises en valeur, et dont les terres sont inaccessibles aux émigrants.
Pétropolis n'est donc pas un centre de colonisation. Telle n'a pas été la pensée de l'entreprise. C'est une ville fondée en une fois dans les forêts primitives. Le palais d'été du souverain et les chaumières des ouvriers européens, les casernes, l'église, l'hôpital, les écoles, les ponts, les hôtels, les magasins se sont élevés
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simullanément à côté du plaisir et des fuugères, sans aucune des Iraositions habituelles des ouvrages de la civilisation.
A cet eosemble de travaux, vint s'ajouter la construction des chemins intérieurs et d'une roule qui unit Pétropolis au littoral par des rampes dont la bju*diesse leur a valu le nom de Simplon du Brésil.
Les émigranls ont trouvé leur pain dans ces ouvrages considérables. Le défrichement du lot de forêt qui joignait la chaumière était réservé pour les moments perdus. Ce terrain n'avait d'autre importance que celle du jardin dans le village européen et du champ dans le domaine communal.
Les ressources que la fondation de Pétropolis a ouvertes aux familles d'ouvriers européens, se continueront par la prospérité de la nouvelle ville. Cet avenir ne peut pas lui manquer. Hors de la température du littoral, elle a pris possession du seul emplacement d'une résidence d'été dans le voisinage de Rio de Janeiro. Elle occupe les gorges des montagnes d'Ëatrdla qui sont le passage de la grande voie de communication entre la capitale et les riions de Hioas, de Goyaz et de Mato^rosso. Au sommet des chemins de l'intérieur et des pentes du littoral, elle est un entrepôt ou la nature force à rompre charge les deux mouvements des rapporta de Rio de Janeiro et des principales provinces de l'empire.
Les faits justifient ces prévisions d'avenir. Au 31 décembre 1 846, deux convois d'émigrants allemands, que
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LBS RICHESSES LATENTES. .91
le gouvernement proviocia) de Rio de Janeiro avait demandés à des eatrepreneurs de transport en 18i5 et en 1846, formatent dans les vallées de Pétropolis une agglomération de S,103 âmes. De ce nombre, 1,888 colons restaient débiteurs du gouvernement provincial, pour le prix et les dépenses du passage. Il leur avait été donné en rente foncière 1 ,036 lots de 20,000 brasses chacun. On avait construit 11,300 brasses de chemins de charriage, 1 2,S95 brasses de chemins pour les chevaux et 10 ponts. Pétropdis comptait déjà 168 maisons d'une valeur approximative d'un million de francs, suivant les documents officiels. Les ouvrages achevés par tes ouvriers enropéens étaient portés au chiffre de 446,000 francs. La colonie avait deux écoles primaires et six écoles de musique, qoi réunissaient de 300 à 400 élèves. Une caisse de secours avait été fondée par 1 ,050 contribuants qui y versaient environ 1 4,000 francs.
Depuis le premier débarquement en 1845 jusqu'au 4 déc^nbre 1846, la mortalité de l'émigration a été de 25S individus. Dans ce nombre, 56 moururent dans le porl d'arrivée ou pendant le trajet du littoral au lieu de l'établissement ; le reste fut emporté par le typhus qui s'était déclaré dans les dépôts pendant le même voyage et dont la nouvelle colonie avait reçu la contagion.
En 1850, la population allemande de Pétropolis était de 2,565 âmes. Il y avait 691 maisons, et une superficie défrichée de 571 ,895 brasses carrées. Deux
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écoles catholiques y donnaient l'iDstniction primaire à 112garcoasetà99Qlles. Uneécole protestante avait 79 garçons et 77 filles. Malgré ses progrès, la colonie recevait de la caisse provinciale environ 88,000 francs. Mais la nécessité de l'allocation s'explique par les dépenses municipales d'un établissement qui a les exigences d'une ville sans en posséder encore les ressources.
P^ropolis renferme 985 protestants. C'est un vice de son organisation. En mêlant des sectaires à la population catholique, le gouvernement provincial de Rio de Janeiro n'a point considéré qu'il s'obligeait à diviser les ressources du ministère de la religion. C'était affoiblir pour les deux parties l'efficacité des croyances au milieu des épreuves de l'entreprise, et fomenter des jalousies et des conflits dans l'administration inl^eure. L'indifférence qui fut l'origine de ces maux laissa la colonie, à sa naissance, privée d'une organisation religieuse égale à l'importance de la mission ouvra-le et des moyens pris pour assurer les bons résultats temporels.
Les vrais inl^ts de la foi des catholiques et des protestants, l'ordre et la tolérance auront toujours à gagner par l'unité de religion dans les agglomérations d'émigrants.
La Nouvelle-Fribourg et Pétropolis ont été fondées par des moyens à peu près semblables ; mais les résultats s'y montrent aussi distincts que les circonstances qui caractérisent les deux situations. A l'une
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LES RICHESSES LATSHTES. 93
et à l'autre eatrepriae, la capacité agricole manque complétemeDt ; dans la première, ce but était cherché et il n'a pas été atteint, tandis que dans la seconde le développement par l'agricoiture était écarté pour fkire place aux chances de la prospérité d'une ville.
La Nouvelle-Fribourg offre l'exemple de l'arrivée d'un convoi d'Européens, et de leur établissement au Brésil. A ce même tableau Pétropolis ajoute celui d'une cité siibatitaée directement aux forêts primitives.
Le Brésil aura sans doute roccasion de profiter de cette dernière expérience, ainsi qu'il doit consulta tes procédés qui ont servi à Former ces deux centres d'émigranls. Mais c'est à Saint-Léopold qu'on trouve une colonie oi^anisée complètement pour exercer les deux influences d'attraction et de diffusion qui coustituent la véritable agglomération agricole des expatriés européens. Elle fut fondée en 182i par le gouvernement impérial dans la province de Rio-Grande du Sud, près de Porto-Alègre, au 30* degré de latitude.
Le premier convoi d'émigranls fut de 1 26 individus.
En 1825, il en arriva 909 En 1826, id. 828 En 1827, id. 1,088 En 1828, id. 99
En 1829, id. 1,689 En 1830, id. 117
 dater de 1 831 , époque de troubles, les arrivées
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cessèrent jusqu'en 18i3. Elles recommeDcèrent ensuite, La colonie reçut, en 1844, 66 émigranls. en 1845, 87 id en 1846, 1,515 id Jusqu'au 14 mars 1847, 157 id.
Saint-Léopold communique par eau avec Porto- Alègre. De grands bateaux à vapeur remontent jusqu'aux Tres-Porlos, à deux lieues de la colonie. Les produits s'écoulent par cette voie.
En 1847, le Ministre de l'empire soumit aux chambres, sur la situation de cette entreprise, un exposé qui contient tes détails suivants :
< En 1842, les exportations de Saint-Léopold
• s'élevèrent à 720,000 francs. Depuis lors, elles
■ n'ont pas cessé de croître. En 1845, elles fn- « rent de 1,100,000 francs, et on les suppose de
■ 1,700,000 francs pour l'année suivante. Tous les I produits de la colonie sont transportés à Porto-Alè-
■ gre en barques qui appartiennent aux colons et t qu'ils construisent eux-mêmes. Ils n'eu avaient déjà « pas moins de 1 4 en 1835 et de 24 en 1843, La
• colonie avait à cette dernière date 34 distilleries,
■ 4 moulins à scier, 2 fabriques d'haito de ricin et « 36 fabriques de manioc. Il s'y trouvait de plus, dès
• l'année 1 833, un atelier de lapidaire, 5 métiers à ( tisser le lin et le coton, 1 4 moulins à eau pour le > froment et une corderie.
« Quoique tous chrétiens, toscolonsdeSaint-Léopold « appartiennent les uns à la communion catholique et
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