S 1. — LE CRÉDIT DE L’INDO-CHINE
En ce qui concerne le crédit dela colonie, il suffira, pour avoir une idée exacte des progrès réalisés, de mettre en regard des difficultés qu'éprouvaient les diverses parties de l’Indo-Chine, avant 1898, pour se procurer de l'argent, les conditions satisfa'santes d'émission de l'emprunt de 200 millions.
L’emprunt contracté en vertu de la loi du 10 février
dut 1896 par le protectorat de l’Annam-Tonkin (80 mil-
lions) n'avait naturellement pu réussir qu'avec la garantie expresse de la métropole. Abaudonné à ses seules forces, il est certain que le protectorat avec sa triste réputation de mauvais payeur, aurait dû consentir des taux exorbitants aux prêteurs.
La Cochinchine elle même, bien qu'elle possédät des ressources plus abondantes que son voisin, et malgré sa situation financière satisfaisante, n'avait pas un crédit bien solide.En 1889, la banque d'Indo- Chine lui avait consenti une avance de 700.000 piastres pour six mois seulement, et au taux de 6 0/0.
Après 1898, la situation est absolument inverse. Il a suffi de réunir en un seul faisceau des forces financières qui isolées étaient vouées à l'impuissance. pour permettre à l’union indo-chinoise d'emprunter avec autant de facilité qu’un grand État européen.
La loi du 25 décembre 1898 autorisait la colonie à emprunter 200 millions destinés exclusivement à la construction de chemins de fer.
La question de la garantie de la métropole avait été vivement discutée. Ses partisans remarquaient avec raison qu'elle perm :ttrait à la colonie de réaliser de sérieux bénéfices sur l’émission ; que d'ailleurs, inscrite ou non dans la loi, elle se trouverait virtuellement promise, les créanciers étant bien convaincus que si l’Indo-Chine venait à leur faire défaut, la
France ne les abandonnerait pas.
Les adversaires de la garantie estimaient que la colonie sachant qu’elle ne doit compter que sur elle, se montrerait plus circonspecte. De plus, l’obligation où elle serait de payer plus cher ses prêteurs, devait profiter en dernière analyse à des capitaux français.
Cette dernière opinion l’emporta ;et la loi du 25 décembre ne contenait aucun engagement exprès de la part de la métropole. Il faut d’ailleurs observer que sa garantie virtuelle ne pouvait pas inspirer grande confiance aux prêteurs. Ceux-ci avaient présentes à la mémoire les discussions violentes qu’avaient suscitées les liquidations financières au sein du Parlement où bon nombre de représentants interprétant en cela l'opinion d'une fraction importante de la population estimaient qu’il valait mieux abandonner ces régions meurtrières pour nos troupes et coûteuses pour les contribuables français, que consentir de nouveaux sacrifices.
La somme totale de l’emprunt devait être réalisée par plusieurs émissions successives, autorisées par décret rendu sur la proposition du ministre des Finances et du ministre des Colonies. La forme des titres était celle des obligations au porteur de 500 francs remboursables par annuités en soixantequinze ans.
Le décret du 29 décembre 1898 autorisa l’émission de 110.000 obligations de 500 francs (50 millions),
du type 3,50 0/0, au taux de 435 francs, soit 87 0/0. A cet effet, le gouverneur général traita avec un consortium de banques (Banque de l’Indo-Chine, Comptoir National d’Escompte, Crédit Lyonnais, Société Générale, Banque de Paris et des Pays-Bas, Crédit Industriel et Commercial). Elles assurèrent le placement dans le public et prirent à leur charge les frais de publicité; moyennant quoi elles étaient autorisées à vendre les obligations au prix de 450 francs, soit 90 0/0.
Le décret du 25 juillet 1902 autorisa une seconde émission de 155.000obligations du type 3 0/0 (70 millions) par l’intermédiaire des mêmes banques. Les titres furent placés au taux de 465 francs.
La dernière émission (80 millions) fut autorisée par décret du 7 octobre 1905. Toujours garantie par les mêmes établissements, elle portasur 172.413 obligations du type 3,50 0/0. Taux d'émission: 464 francs.
Bien que l’Indo-Chine se soit directement adressée aux capitalistes, son titre a été accepté, non seulement sans difficulté, mais même avec empressement. On ne peut pas soutenir que les avantages offerts aux souscripteurs étaient exceptionnelle-
ment avantageux (1). En effet, en plus de la prime
1. La seule faveur consentie aux porteurs des titres indochinois fut l’exemption du droit de transmission et de l’impôt sur le revenu des valeurs mobilières tels qu’ils:sont établis en France au moment de l'émission, Les obligations
de remboursement, l'intérêt réel payé aux prêteurs s’élève seulement à 3,88 0/0 pour la première émission, 3,22 0/0 pour la seconde, et 3,6% 0/0 pour la troisième. Pourtant, la première émission fut couvertetrente-six fois, la seconde dix fois, car les conditions étaient moins favorables, et la troisième trente fois.
Jusqu'en 1902, le cours du titre indo-chinois suivit un mouvement ascendant ; le 27 août de cette année il dépassa même le pair et atteignit 508 francs. Depuis il a baissé, graduellement entrainé dans la dépression générale du marché. La baisse a été particulièrement sensible en 1906. Au commencement de cette année les cours du 3,50 et du 3 0/0 oscillaient aux environs de 480 et 425 francs. A la fin de l’année ils étaient tombés à 458 et 409 francs. Cette baisse est la conséquence de la crise financière traversée par l’Indo-Chine en 1905 et 1906 (Voir p. 133). Il y a lieu d'espérer que l'amélioration qui se manifeste dans la situation ne tardera pas à se traduire
par un relèvement des cours.
étaient aussi affranchies des taxes de toute nature établies
actuellement, ou qui pourraient l’être dans l'avenir en Indo- Chine.