BUDGET MÉTROPOLITAIN
La Cochinchine et les prolectorats ont trouvé leur compte dans la nouvelle organisation. Privés de la meilleure part de leurs ressources, ils avaient d’abord craint d’être voués à des déficits perpétuels.
La Cochinchine s'attendait à voir ses richesses employées.hors de ses frontières pour des œuvres qui ne l’intéressaient pas.
Ces appréhensions n’ont pas tenu devant les faits.
Nous avons vu que la Cochinchine émargeait largement au budget général. D’après une affirmation produite récemment au Conseil supérieur, et qui n’a pas été contredite, il a été institué en Cochinchine sur les fonds du budget général, depuis 1898, plus de lravaux publics qüe dans toutela période antérieure.
Sa situation financière qui présentait à la clôture de l'exercice 1897 un arriéré de 1.436.118 p. 93 s’est progressivement améliorée. Le lieutenant-gouverneur en ouvrant la session du Conseil colonial de 1898 constatait qu’il était impossible de faire face au déficit avec les seules ressources de la colonie ; mais il ajoutait:.« M. le Gouverneur général a bien voulu me donner à entendre qu'il serait disposé à venir à notre aide au moyen des ressources du budget de l’Indo-Chine .» Le budget général, en effet, a payé sur ses fonds les dépenses d'occupation du Laos (1894-1895) mises à la charge de la Cochinchine, soit : 304.814 p. 47.
Grâce aux excédents laissés par les divers exercices, l’arriéré est presque complètement couvert. Au 1“ juillet 1905, il restait à payer 63.996 p. 43 et l’exercice 1905 s’est clos avec un boni de 15.359 p. 50.
Les finances des pays de protectorat ne sont pas en moins bonne posture. Les caisses de réserve alimentées par les bénéfices des exercices antérieurs présentaient au 31 décembre 1905 les soldes crédi-
teurs suivants:
1.518.091 p. 12 pour celle du Cambodge 962.054 p. 05 pour celle de l’Annam
et celle du Tonkin, 1.116.204 p. 28, au 50 juin 1906.
Seul le Laos a besoin pour équilibrer son budget des subventions du budget général. Il a reçu en 1906 647.000 piastres. Le crédit prévu pour 1907 est de 595.000 piastres (Chapitre 26, art. 5). Cet artiele 5 porte la rubrique : Subventions aux budgets locaux. Il apparut pour la première fois dans le budget de 1903. À cette époque, l’administration centrale, sous prétexte de compenser la perte au change inscrivit d'office ce crédit spécial au budget de l’Indo-Chine.
Sans doute, le principe de ces subventions est fort critiquable ; il est à craindre que les autorités locales ne s’habituent à considérer les fonds du budget général comme une caisse de réserve où elles peuvent puiser à leur gré, et ne soient incitées à une négligence déplorable. Mais, d’un autre côté, elles permettent de donner à tel budget local une compensation des sacrifices que la nouvelle organisation lui a imposés en absorbant la majeure partie de ses
recettes (1).
Enfin, la métropole n’a pas été sans retirer des
profits directs de l'enrichissement de sa colonie.
A ù : E les 2 F- z. # CPR 1. De même, le Conseil supérieur, dans la répartition annuelle des travaux publics à exécuter, peut accorder quelques faveurs aux régions qui fournissent le plus au budget général,
Sa part dans le mouvement commercial de l’Indo- Chine est passée de 67.813.465 francs en 1898 à 138.697.000 francs en 1905.
Ce sont principalement les importations qui ont augmenté. Elles ont passé, entre les mèmes dates, de 41.703.000 francs à 107,864.651 francs. L'Indo-Chine tend ainsi à devenir un débouché de plus en plus large pour notre production nationale.
D'autre part, la métropole a vu diminuer progressivement les charges qu'elle supportait du fait de sa possession. D'un côté, le contingent militaire de l’Indo-Chine a suivi au budget général, jusqu'à ces dernières années une progression constante. De 9.951.881 francs en 1900, il s'élevait successivement:
en 4901 à 10.285.794 francs.
en 41902 à 11.411.000 — en 41903 à 12.365.410 — en 190% à 13.000.000 —
en 1905 à 13.509.000 — enfin pour 1906 et 1907 à 13.650.000 — On appréciera mieux l'importance de ce contingent en le comparant à ceux fournis par nos grandes colonies de l'Afrique Occidentale et de Madagascar ; qui s’élèvent en 1907 à 300.000 francs pour la première et à 100.000 francs pour la seconde.
De plus, le budget général a subventionné toutes les entreprises sérieuses, tous les agents français
désireux de faire quelque chose pour le bien du pays;
les résidences, légations et consulats d’'Extrème- Orient, « qui insuffisamment dotés par la métropole, peuvent faire meilleure figure et travail plus fructueux grâce au concours de la grande colonie française voisine » (1).
M. Broni, gouverneur général par intérim, déclarait à la session du Conseil supérieur du 14 décembre 1906 : « L'action bienveillante de l’administration française de notre colonie rayonne aussi, comme vous le savez, dans les pays voisins de l’Indo-Chine, où des écoles, des dispensaires, des hôpitaux ont été créés et sont entretenus, des services postaux ont été organisés, et des lignes de navigation sous pavillon français sont subventionnées au compte du budget général. La dépense y relative était prévue au budget de 1906 pour 402.500 piastres,. Le crédit pour 1907 est de 410.000 piastres. »
Toutes ces dépenses, qui figurent au chapitre X XIII, intéressent surtout la France, et devraient être portées au budget métropolitain. A la session du Conseil supérieur de 1907, le délégué de l’Annam-Tonkin * protestait contre leur inscription au budget de la colonie. M. Beau remarqua que l’Indo-Chine avait intérêt à supporter des dépenses que la France ne paierait pas.
Mais le bénéfice le plus appréciable que la métro-