‹ Le budget [microforme]Chapitre 5 sur 5 · ALEX. CLARK · texte numérisé non relu

ALEX. CLARK

Les honorables membres de la droite demandent des noms : voici celui d’un homme bien connu de tous les citoyens de Valleyfield et même de certains membres da eefta Chanibre, L’honorable déouté de Hunting-

sa parole. C'est probablement parce qu’il prévoyait ce qui est arrivé, que l'honorable ministre de l'Intérieur (M. $Sifton) a jugé à propos de quitter le parlement, en pleine | Session, pour aller subir une opération chi- | rurgicale,

Et à ce propos, peut-on nous dire ce qui est advenu du ministre des Travaux publics | (M. Tarte) ? Est-il À Paris, à Londres, à | Bruxelles ou à Johannesburg ? Que savons- | nous de ses allées et venues ? ‘l'out ce que nous en savons, C'est qu'il a quitté le pays, | n'y a pas bien longtemps, avec une escorte encore plus nombreuse que celle que | Li-Hung-Chang tratnait à sa suite, lorsqu'il a traversé le Canada, Nous avons aussi appris | qu’il joue au grand seigneur, en pays étran- |ger, à trois mille milles d'ici. Un matn, les journaux nous disent qu'il est À Paris, où il maltraite ce pauvre M. Perrault, qui a négligé de retenir un appartement somptueux pour y loger M. le ministre et sn suite. Le lendemain nous lisons qu'il est à Londres, travaillant à effectuer une entente entre le gouvernement anglais et M.

Kruger. Quelques jours plus tard, nous apprenons qu'il a eu une entrevue avec le Li Loyds,

Toutes ces démarches sont-elles faites avec l'autorisation du chef du gouvernement (sir Wilfrid Laurier) ? Ce dernier est tout fier de nous apprendre que le ministre des Travaux publics fait tout ce travail sans exiger la moindre rémunération. Le Canada est bien heureux de pouvoir bénéficier Sans bourse délier, des services d’un homme aussi intelligent et aussi plein de ressources, N'oublions pas, cependant, que ses appointements Comme ministre sont de $7,000, et qu'il est impossible d'obtenir le moindre l'enseignement sur les affaires de son mini:tère, car, naturellement, de simple fonctionnaires ne sauraient en savoir aussi long que le ministre lui-même, Si le pays ou 4 députation souffre de cette absence du ministre, quant à lui, il ne peut que s’en féliciter, puisqu'elle l'exempte d'une foule de questions que nous aurions eu à lui poser.

11 savait qu’il aurait eu un mauvais quart d'heure à passer, et il a préféré laisser ce soin à un de ses collègues, (M. Fielding), qui possède plus que lui l'estime et la confiance de la Chambre. Il est vrai qu'il travaille à Paris pour la gloire, maïs cela n'empêche qu’il a $50,000 à sa disposition.

Le premier ministre se croit peut-être très habile à changer d'opinion, mais son nabilité sous ce rapport n’est rien, comparée à celle de son collègue (M. Tarte), Ce dernier peut se métamorphoser du jour au lendemain. Sans avoir l'éloquence de son chef, il est beaucoup plus remuant. C'est lui qui était au fond de cette entrevue publiée

par le Globe, et il est probablement aussi ‘auteur de la brochure que l'on a distribiée dans !a province de Québec, pour protester contre l'achat des fusils et des munitions

don (M. Scriver) qui le connaît. lui aussi, | ‘le guerre commandé par l’ancien gouverne-

peut nous dire si l'on peut ajouter foi à M. BERGERON.

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C’est cette brochure qui a provoqué les pro-

testations éloquentes du représentant de la |

division Saint-Jacques, de Montréal, (M. Desmarais), lorsqu'il nous faisait le tableau des jeunes Canadiens qu'on enverrait faire la

guerre dans le Sud-africain, si sir Chaïles |

Tupper restait au pouvoir.

Avant son départ pour l’Europe, le minis-

tre des ‘Travaux publics a eu occasion |

de prononcer un discours devant un club

politique à Toronto, Son titre de ministre | des Travaux publics ne pouvait que lui as- |

surer un excellent accueil de la part des partisans du gouvernement. Savez-vous, M.

l’Orateur, l'accueil qu’on lui a fait? On connaissait son penchant pour la France ; on avait lu les discours où il déclare que s’il ne lui était pas permis de se dire français, il sortirait du cabinet. Cela, il l’a telement répété, que, pour :e faire taire, le Solcil, un organe du gouvernement, a cru devoir lui dire qu’il se rendait ridicule.

[Il pouvait parfaitement se dire Canadien”

français et se montrer fier de l'être, comme nous le sommes tous, mais il n’est pas nécessaire de nous tenir toujours à la porte de l'église, et de provoquer tout le monde en clamant que nous sommes (Can:diens-français avant tout, quand, en réxité.

nous ne sommes que des Canadiens,

Donc, ces messieurs de Toronto, qui connaissaient les antécédents du ministre, le reçurent aux accents de la Marseillaise. Mais pendant la soirée, il se montra tellement anglais qu’on l’escorta aux accords du ‘ God save the Queen”. A présent qu'il a traversé l’océan, que fait-il ? Il se montre plus anglais que le premier ministre, plus englais que M. Chamberlain, plus anglais que le duc de Devonshire. Voici ce que je lis sur son compte :

L'honorable M. Tarte est arrivé de Paris à Lerdres hier.

Il remplit le monde.

Le PREMIER MINISTRE: L'honorable député veut-il nous dire d’où vient l'extrait qu’il cite en ce moment ?

M. BERGERON : C'est une dépêche publiée par les journaux.

Le PREMIER MINISTRE: Dans quel journal ?

M. BERGERON : C'est une reproduction du Times.

Le PREMIER MINISTRE: Dans quel journal se trouve cette reproduction ?

M. BERGERON : C'est un écrit du Times reproduit par La Presse.

L'honorable M. Tarte est arrivé à Londres—-

Le PREMIER MINISTRE : Quelle est la |

date de cette dépêche ?

M. BERGERON : C’est le jour où la Société des Arts a donné un banquet. Il n’y a pas longtemps, et il est facile de s'assurer de la date.

P'usieurs VOIX: Oh! oh!

M. BERGERON: Je voulais tout simplemet rapporter les paroles du ministre, {mais si la date importe tant, je peux bien la fournir, Ni on unie l’authencité de la dé- | pêche, il sera facile d'en faire la preuve, mais, je ne crois pas que le premier ministre ose :a mettre en doute:

L'honorabie M. Tarte est arrivé de Paris à Londres hier. Parlant à une réunion de la So- | ciété des Arts, où sir Charles Dilke a lu un travail intitulé : ‘‘ Un siècle dans nos colonies ‘’ : Les Canadiens, a-t-il déclaré, sont d’excellents sujets anglais, mais ils veulent l'être dans toute l’acception du mot, et la chose n'est possible que si on leur permet de se faire représenter au parlement impérial.

Lorsque le ministre reviendra de Londres, de Paris ou d’ailleurs, il va sans doute nier | cela jusqu’au dernier mot ; dans la province de Québec, il jurera que c’est sir Charles Tupper qui a tenu ce langage.

Mais ce n’est pas tout. Sans doute parce qu'il n'est pas payé pour le travail qu'il a à faire à Paris, il a entrepris de règler les destinées du Transvaal, Il a eu de longues conversations avec le Dr Leyds. Après s'être montré de force à conduire, à lui seul, le gouvernement canadien, il s’est enhardi, et on le voit aujourd’hui tracer une ligne de conduite au gouvernement anglais et prendre les moyens de ramener la paix entre l'Angleterre et le Transvaal. Pour donner au docteur Leyds une idée de l'intérêt qu'il porte à cette guerre, il lui a dit : Après tout, vous n'êtes qu'une colonie anglaise, ou vous en serez bientôt une, car, vous allez vous faire écraser : vous et vos gens, docteur Leyds, vous êtes des rebelles,

I1 fait ensuite un tableau du bonheur dont les Boers pourraient jouir s'ils le voulaient, Mon père, ajoute le ministre, était aussi un rebelle, Il est vrai qu’en 1837, son père n'a- |vait que treize ou quatorze ans, mais peu importe, puisque je docteur Leyds ne pouvait pas le savoir.

C'est alors qu'il conseille aux Boers de | faire comme les Canadiens, d'accepter la | souveraineté de l'Angleterre et de devenir {sujets anglais s’il veulent être aussi heu- | reux que nous.

Ce fils de rebelle a le don de dire tout ce qui lui passe par la tête, quitte à se dédire le lendemain, Un jour qu'il était à Sorel, avec le ministre de la Marine.et des | Pêcheries (sir Louis Davies), il adressa la parole à une assemblée composée des électeurs de trois ou quatre comtés. Pour montrer tout l'intérêt qu’il portait À ses audi- | teurs, il crut bon de faire du sentiment :

| Mesdames et messieurs, s'écria-t-il, je me rappelle qu'étant encore enfant, je venais |ici, avec ma chère vieille mère, vendre des | léoumes et dos fruits aur le marché de Sorel. Ses auditeurs, en entendant ce discours, l'ont sans doute pris pour un grand homme, |et nous pouvons nous attendre à ce qu'il | fasse quelques tours de force tout aussi ex-

traordinaires à Paris, où il dépense tant d'argent pour le bien du Canada et le plus grand avantage de ses amis politiques.

Toute l'histoire du parti libéral, avec ses programmes multicolores, tant au pouvoir que dans l'opposition, ne serait qu'une immense farce, si elle ne faisait rejaillir tant de discrédit sur notre pays.

Le gouvernement avait décidé d'en appeler au peuple l'automne dernier et pour ma part, j'aurais été bien aise qu'il l'eût fait, mais puisqu'il ne l’a pas osé, souhaitons que la chose ait lieu bientôt ; car, le plus tôt il sera donné aux électeurs de se prononcer, le mieux ce sera. Le pays est fatigué du régime actuel : il est fatigué du règne de ces messieurs qui ont violé toutes leurs promesses ; car, après avoir dit qu'ils n’augmenteraient pas la dette publique, ils l'ont grossie de $8,000,000: après avoir clamé bien haut qu'il y avait trop de ministres dans le cabinet conservate'w, ils en ont créé deux nouveaux : et

| C’est ainsi qu’ils ont augmenté les dépenses, | tout en fournissant une moindre somme de travail que leurs prédécesseurs.

Les électeurs ont hâte de signifier au | gouvernement ce qu'ils pensent de sa conduite, Nous avons déjà eu un exemple de ce que peut faire l'opinion publique outragée. Dans la province de Québec, le gou- | vernement Mercier était tout puissant et | gaspillait l'argent comme le font les ministres fédéraux actuellement. Il s’était fait donner | des lettres de crédit en quantité suffisante pour en paver la voie publique de Québec à Montréal et avait dédaigné la lettre et | l'esprit de la constitution. Le peuple de la | province de Québec apprit à le connaître, [et en 1892, le renvoya là d'où il n'aurait jamais dû sortir. Le même sort attend le premier ministre et ses collègues, ainsi | qu’un grand nombre de leurs amis, A la |! première occasion, le peuple va les précipi-

ter des hauteurs qu'ils s'étaient mis en | tête d’escalader, en 1896.

on

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