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LA SEMENCE DU SANG

A deux mille lieues de la patrie, il vient de se signer, sous la mitraille, dans un champ de carpage, à travers les balles meurtrières, comme un concordat de longue amitié entre ies différentes nationalités qui préparent l'avenir du peuple canadien. Le deuil est grand, l’espérance plus grande encore. Si notre première pensée, celle du cœur, appartient aux familles afigées, la seconde, venant de la raison, se porte sur le pays qui a de la bravoure à mettre dans ses archives. C'est donc des hommes que nous avons envoyés là-bas ! Que pouvions-nous en savoir dans cette longue période de paix, dont le Canada est favorisé ? Le métier de la guerre ne s’apprend pas ; il est dans le tempérament. Les nôtres viennent de le prouver.

Il y a, depuis hier, sous bien des toits, des larmes et des frayeurs ; car on ne pleure pas seuiement les victimes assurées : on tremble pour les morts de demain. La seule consolation qu'il soit possible d'offrir, c'est ce singulier mélange de beauté qui s'ajoute aux hideurs de la guerre. Il en surgit des enthousiasmes inexpliqués, des admirations sincères, qui prennent dans l'âme, toute la place. C'est bien triste que le sacrifice de la vie ; mais que le courage est beau !

Quant à notre pays, il semble que les racines d'un peuple vont se fortifier dans ce pur fertilisant, extrait de nos veines. Il n’y a rien comme les sorts communs, les dangers partagés, la solidarité dans la gloire. Nous venons de semer, Côte à côte, du sang dans le même sillon : la récolte promise devra être de l'union, de l’entente, de la confiance entre nous ; car la nature a voulu que la vie naisse de la mort. Que cette ccnfraternité du dernier sommeil, dans la terre étrangère, soit aussi la confraternité de l’existence conjointe sur le sol du Canada, sans les odieux soupcons et les arrière-pensées d'hier.

Cet article ne traduit-il pas non seulement les sentiments de la province de Québec, maïs ceux de tout le Canada ? Pour moi, j’approuve ce qui y est dit, mais, je le répète, au point de vue des affaires, le gouvernement a fait un contrat désavantageux et que le peuple canadien ne peut pas approuver, Mais que personne n'en soit surpris, c'est l'œuvre d’un gouvernement extraordinaire, sans principes, sans esprit

public, et dont les membres n'ont pas plus |

de politique définie, que lorsqu'ils étaient

dans l'opposition, Mon très honorable ami | à successivement gprôné le lbre-échange |

continental, la réciprocité illimitée, le tarif de revenu, le libre-échange tel qu’il existe en Angleterre, sauf à y renoncer à tour de rôle. à mesure qu'il croyait inutile à son ambi-

tion de s'en inspirer davantage, Il est monté comme cela de la terre jusqu'aux nues et je crains bien que, après les élections, il se trouve dans la lune. Oui, c’est bien là un gouvernement extraordinaire, Où sont ies ministres ? on les voit si peu souvent à la Chambre, qu'il faut, parce qu'il sont absents, différer la discussion des questions qui se présentent, Où sont-ils ? En Europe, ou ailleurs, aux frais du pays. Tous ces voyages-là nous coûtent bien cher!

Quant au ministre de l'Intérieur (M. Sifton) on dit qu'il est allé subir une opération, mais ne le pouvait-il pas tout aussi bien avant d'alier prêter main-forte à M. Greenway au Manitoba ? Pourquoi attendre pour s'absenter que le parlement soit en session et qu'il s'agisse de l'examen de tant de sujets qui concernent Ile département de l'Intérieur auquel il préside ? Si intelligent que soit son remplaçant il lui est impossible üe faire aussi bien que lui, qui est comptable envers nous, de son administration.

Enfin, quelle opération est-il allé subir ?

UNE VOIX: L'opération financière,

M. BERGERON : D'aucuns disent qu'il est allé mettre des hons sur le marché? Je ne le crois pas justifiable de s’absenter pour un tel but pendant la session, Est-il allé subir une autre sorte d'opération, ou a-t-il fui asseZ loin pour ne pas entendre le bruit provoqué par les révélations qui se sont faites au sujet de l'administration du Yukon ? Ces révélations, on les a bien ressassées, si bien, que l'an dernier le ministre de l'Intérieur a cru devoir refuser une enquête au député de Pictou (sir Charles Hibbert Tupper) quoique ce dernier eñt promis de démissionner s’il ne réussissait à prouver devant une commission royale toutes les accusations par lui faites devant la Chambre. Le ministre de l'Intérieur s’est contenté de tout nier et de demander des preuves. On lui a répondu que s'il accordait une enquête, on fournirait les noms des nccusés et toutes les preuves qu'il pourrait désirer, mais il l'a refusée, et teile est son influence sur ses collègues et son parti, qu'ils ont approuvé son att'tude, L'automne dernier, j'ai rencontré dans mon comté un vieillard qui ne pouvait trouver d'expressions assez énergiques pour blâmer l'administration du Yukon, C'était un Canadien-français ‘J'avais honte de me dire Canadien-français lorsque j'étais au Yukon, s'est-il écrié ; les lois minières y sont pires que n'importe où dans le monde. Il a ajouté que, le printemps dernier, les mineurs |Se sont réunis pour discuter les lois miniàres et l'administration du gouvernement.” C'étaient des gens paisibles, a-til dit, et le | gouvernement n'avait pas besoin d'envoyer la police À cheval chez eux. Ces gens là savent vivre ensemble dans un sentiment de | confraternité et de secours mutuel. Durant | les trente-cinq années que je me suis occupé de l'industrie minière et que j'ai été mineur. |je n'ai jamais été témoin d’une difficulté en-

tre mineurs. Cependant ce même homme nous apprend que, le printemps dernier, les mineurs ont cru devoir se réunir pour décider qu'est-ce qu'ils allaient faire des otticiers du gouvernement-—s'ils allaient tirer sur eux ou les pendre, A tout événement ils ont décidé de les exterminer, mais ont cru devoir suspendre l'exécution de cette décision jusqu’à ce printemps afin de laisser au gouvernement l'opportunité de racheter le passé. Ce dernier en a-t-fl profité ou non ? je l’ignore, Mais j'ai sur moi une lettre à ce sujet, que je voudrais bien faire consigner dans le Hansard. On l'a écrite non pas à moi, mais à un citoyen de mon

comté ; je l'ai prise dans le journal où elle |

a été publiée, Elle porte la signature d’un homme que je connais, que certains députés counaissent aussi, et qui, en 1896, était un des chauds partisans du premier ministre actuel. Tout Valleyfield le connaît, le rospecte et l'estime. On pourrait, au besoin.

trouver des milliers de personnes qui le déclareraient croyable non seulement sous serment, mais sur simple parole, Voici ce qu'il a écrit :

Hominion Creek, 3 mars 1990.

Cher Monsieur,—Je vous ai déjà écrit, et n'ayant pas eu de réponse, —

Le service postal était si défectueux, que la lettre n’a pas dû se rendre.

-j'espère que vous aurez cette lettre-ci et que vous ine ferez savoir de vos nouvelles, Je suis Peureux d'apprendre que le parti conservateur a ete victorieux dans le Manitoba. Je ne suis plus un libéral, C'est quelque chose d'affreux la corruption qu'il y a ici; il y a ici une grande quantité d'or, mais les lois minières sont contre les travaillants et tout en faveur des petits officiers et des fexumes de mauvaise vie. Vous ne pouvez pas vous ivaginer toute la quantité d’or qui sort de ce pays et qui va aux Armméricains.

Les meilleurs ‘claims’ de la contrée sont possédés par ies Américains, et les Canadiens n'ont aucune chance, parce que les officiers sont corrompus par les Américairs, S'il y a ici un contrat à prendre, ce sont les Américains qui l'ont presque tout le temps, et même la malle leur est donnée pour être transportée vers les ‘* Creeks.'”' Quand on pense qu'on peut avoir la chance de trouver des gisements d'or dont la

J'ai trouvé $100 dans une pelletée de terre, et dire que tout cela s'en va aux Etats-Unis, lorsque nous en avons tant besoin dans notre propre pays !

C'est outrageant ! J'espère que le parti libéral sera battu aux prochaines élections.

Vous pouvez montrer cette lettre à M. J. G.

H. Bergerrn, M. P., et quand vous le verrez, dites-lui de m'écrire s'il a besoin de nouveaux renseignements

Veuillez saluer pour moi tous mes amis.

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