GŒTHE
à Lucien Claustres
Antres, et vous, fontaines...
Ronsard.
Ne dites pas : la vie...
Jean Moréas.
Toi qui pousses, buisson, par-dessus le nuage. Une ode triomphante et calme de feuillage. Laisse que je dénonce, à ton seuil introduit. L'équilibre et le nombre ardu qui te conduit, "Et te dresse vainqueur dans ta gloire première. Tu gravis par degrés de l'ombre à la lumière, Et, débordant au pied d'entre ces noirs sureaux Où les bergers enfants se taillent des pipeaux. Quand la belle saison ranime leur écorce. Tu t'élèves, croissant en richesse et en force, Vers la roche poudreuse où, confuse et rampant. Et de grappes couleur d'herbe vive rompant,
Sur la pente qui roule une épineuse haie Tait éparse à tes flancs pendre la ronceraie. Puis, tendus au murmure évanoui des eaux, Peuple dépaysé qui s'exhale, ah ! roseaux. Vous penchez, et tenez, de sa fuite enivrée, Jl chaque pointe errante une nymphe expirée. C'est vous qui, tout froissés d'un musical exil, "Exhaussez, sur un mode équivoque et subtil, A l'accès de l'azur ce rustique trophée Où votre haleine s'enfle et retombe étouff^ée. Et me guidez d'un trait jusqu'au figuier vermeil Qui serpente, stérile et nourri de soleil, Et, toute sa verdeur en feuilles dépensée. Cherche ta cime avec sa tête embarrassée. Là, rassemblant enfin dans un suprême pas. L'espace et le buisson confondus à ses bras. Sur le faite debout et couronnant l'abîme. Et dardant vers le ciel une strophe sublime, Un saule adolescent dans sa jeune vigueur Monte, et fait éclater une tendre splendeur. Par lui, prince de l'air agile qu'il domine. Tout son être élancé d'une audace divine, S'enchaîne la mesure abrupte qui soumet La caverne captive à son libre sommet.
Le jour qui lui transfuse une écume choisie. L'aspire tout formé de brillante ambroisie. Et, le soir, d'un soupir ineffable brisé,
Sur l'antre obscur et fauve où l'éther embrasé
Célèbre sa profonde et rougissante orgie.
Il agite une pure et flexible élégie,
"Et, quittant cette pourpre où fume un sombre vin.
Palpite comme un feu translucide et divin.
"Encore que ne puis-je, o grotte harmonieuse Où l'été m'a filé plus d'une heure oublieuse, Par quelque après-midi, sous ton revers couché. Voir, d'un esprit tranquille, à tous les yeux caché. Contre un grave horizon mollement reposées, "Décroître vers la mer les collines rosées, "Et ces bateaux, qu'anime une sage lenteur, Traverser à l'écart de ta creuse hauteur, Et, près de moi, tomber d'une issue humble et droite, "Dans son auge de mousse une fontaine étroite ! Mais Septembre déjà montre un front soucieux, Et, dans mon cœur où traîne un déclin pluvieux. Je sens poindre le givre et ses flèches mortelles, Et votre beauté prendre à ses rigueurs cruelles.
Et toi, cher compagnon dont les dieux m'ont comblé, 7{eviendrons-nous jamais, d'un pas moins accablé, Quand le ciel, déliant la naissance des sources, D'un aiguillon plus tiède exercera nos courses. Vers ce temple touffu qu'un chemin sinueux Assiège, pénétrer à son pli tortueux?
J\ous ferions s'accorder nos âmes embrassées Dans un riant loisir de mobiles pensées, "Et, d'un intime hiver nous partageant le fruit, "Entre nous se poursuivre un studieux déduit. A l'envi de cette onde heureuse qui se laisse Uniforme couler sans hâte ni paresse, J'aimerais d'incliner à de calmes détours "L'inquiète ferveur qui dévore tes jours, El qu'avec abandon ton humeur opportune Consentit à chaque heure une égale fortune. Alors, nous essayant à d'obliques roseaux. Et mes doigts à ta bouche enseignant leurs faisceaux Par nos soins délivrés d'une vaine présence. Ensemble nous dirions, sur la même cadence. Mais passant de bien loin le jeu des chalumeaux, "L'immortelle amitié qui guérit tous les maux.
Septembre J^oj.
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