‹ Le buission ardentChapitre 14 sur 31 · DAPHNÉ · texte numérisé non relu

DAPHNÉ

J'aime ce dur laurier qui pousse vers ta gloire. Hérissé de sa feuille étincelante el noire, Une tête hautaine et l'orgueil d'être seul. La lumière lui drape un sublime linceul Où, consumé de flamme et frappé de silence, D'une stature droite et superbe, il s'élance, 'Et propose, assemblés comme sur un autel. Ses rameaux au soleil dans un ordre immortel. Je t'honore, Daphné, par ton dieu poursuivie, Sous l'écorce fameuse où, confuse et ravie. Tu dérobes au jour ta farouche pudeur "Et tes membres surpris d'une lente roideur. Mais l'éther embrassé par tes mains défaillantes Malgré toi t'environne, et ses flèches brillantes Enfoncent dans ton sein prophétique et fumant L'inexorable ardeur de ton splendide amant. 7/ respire à jamais, ce magnanime arbuste Qui resserre à tes flancs une étreinte robuste.

Par son incorruptible et verte nouveauté, Ta douleur éternelle et ta sainte beauté. Pour toujours exécrable et nourri d' amertume , Sa fauve effloraison à peine le parfume D'un arôme et d'un miel graves comme la mort, Où l'âme vient puiser ce baume chaste et fort Qui lui compose, telle une invisible abeille Distillant goutte à goutte une larme vermeille Son avare génie au dehors transpercé.

Même sous un front chauve et par l'âge exercé. Il supporte longtemps une ferme vieillesse, "Et dépouille sa force avec tant de noblesse Que, par un fier surcroît de suprême valeur. Il surpasse l'éclat de sa première fleur.

Je l'aime, tourmenté d'une branche héroïque. Dans quelque solitude affreuse et magnifique, Ou bien y rustique honneur du jardin familier, Si nul souffle ennemi ne l'incline à plier, Mais, où qu'il soit, dressant, toutes pointes ensemble, Jlvec une altitude unanime qui semble A la voûte du ciel darder un glaive pur. Son rigide flambeau qui brûle dans l'azur.

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