‹ Le buission ardentChapitre 16 sur 31 · L'ORMEAU · texte numérisé non relu

L'ORMEAU

Si jamais le destin propice qui dispose

Des arbres, et préside à leur métamorphose ,

"Était à mon pouvoir délivré pour un jour.

J'exilerais en toi ceux qu'à force d'amour

Je voudrais offenser d'une haine mortelle.

Tu brûles y fier ormeau, comme un bûcher rebelle

Qui renaît de lui-même et renvoie au soleil

La funèbre splendeur d'un feu sombre et vermeil

Où nulle flamme à l'air qui l'attise, n'éclate.

Par mille lèvres d'or la lumière te flatte,

Mais dès qu'elle a touché ton seuil terrible et beau,

"De tes bras tu lui fais un sinistre tombeau.

Tu l'aspires, et, d'une inextinguible bouche.

Avec une fureur implacable et farouche

Qui te laisse toujours un visage serein y

Tu la tiens abîmée et jalouse en ton sein,

"Et, loin de réfléchir ta fauve nourriture.

Tu l'absorbes soudain comme une proie obscure

Toute vive fondue à ton cœur dévorant.

Parfois un grand frisson, de feuille en feuille errant,

Hérisse les rameaux d'une horreur fatidique,

Et sur ta seule tête assemble un bois antique.

Vaste comme la mer et comme elle mouvant.

Qui change de couleur au passage du vent;

Découvrant à la fois des distances cachées.

Par je ne sais quel souffle à ton ombre arrachées.

Tu creuses d'un sillage innombrable et confus

La haute profondeur de tes antres touffus.

Pourtant, sous la prison de ta vivante écorce.

Élevant par degrés une colonne torse

Qui tournoie et s'achève à ton faîte irrité.

Tu gardes ton mystère et ta rigidité,

"Et, de nouveau rendue à son indifférence.

Ta cime, abondamment prophétise en silence.

Alors, dans ton ardeur funeste retranché.

Il semble qu'un dieu même, à tes flancs attaché,

Poursuive le sublime excès de sa vengeance,

Quand l'azur, consommant ta noire incandescence.

Te tourmente d'un ciel immortellement bleu.

Mais que dis- je ? peut-être es- tu toi-même un dieu,

"Et, sans que ta douleur invincible finisse,

Taut-il qu'elle supporte un éternel supplice.

Souffre donc solitaire et rachète sans fin

Te faste d'être né taciturne et divin.

Et d'exhaler, ainsi qu'une torche inspirée.

Ta ferveur de ta gloire infernale et sacrée !

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