‹ Le buission ardentChapitre 31 sur 31 · STANCES A LA VILLE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

STANCES A LA VILLE DE TOULOUSE

Tameuse, hospitalière aux poètesy élue Des hommes et des dieux entre toutes. Cité Sainte et voluptueuse, ô Toulouse, ô Beauté, Je te loue et je te salue.

Toi sur qui toujours brille une docte saison; Qui marches, de vertus et de grâces ornée, Et d'un laurier classique aux tempes couronnée, J^ourricière de ma raison!

A qui Minerve amie inspire la sagesse.

Souveraine d'un cœur à ton charme introduit. Mère prudente et bonne à qui je dois le fruit D'une égale et chaste jeunesse ;

Je te loue et je t'aime, ô Toulouse, et je veux. Tes bienfaits, tes leçons et leur grave délice. Te les rendre en honneurs et en nombres, et puisse, Prompte à d'aussi tendres aveux,

Ma bouche se réglant sur toi, Musicienne, De discorder jamais d'avec ces hauts accents Dont tu sais prévenir ma pensée et mes sens. Pour lier mon âme à la tienne!

"Les dieux t'aiment, Toulouse, ils t'honorent aussi. Ils t'ont créée au sein de leur propre substance, "Et leur forme est en toi comme une pure essence Dans un vase par eux choisi.

Tu les embrasses tous dans ton subtil génie. Heureux de se plier à tes secrètes lois. Et par ta force exquise accordés, tu les vois Conspirer à ton harmonie.

Ils animent sans fin de leur souffle immortel Tes temples alternés d'un peuple de statues. Ils fondent l'air lucide où tu te distribues Et la lumière de ton ciel.

C'est d'eux que tu reçois l'ordre où tu nous enchaines ; Ils calculent jusqu'à la courbe de ton nom, 0 Géomètre assise au seuil du Parthénon, Sœur mélodieuse d'Athènes.

Et c'est Tlorence encor qu'on te nomme entre nous. Car, dénouant pour toi leur danse interrompue.

Tes neuf Muses en chœur t'ont comblée et tenue

JSlaissante sur leurs beaux genoux.

A l'ombre de leur vol splendide lu reposes , "Et leur troupe descend, comme en un clair pourpris, Sur la terre fleurie et douce où tu souris Dans une demeure de roses.

Tes murailles leur sont un lieu d'élection ; 'Elles mettent en toi toute leur complaisance. Art y Ingénuité, Mesure, Intelligence, 0 tranquille Perfection!

Leur musique dans ta démarche est reproduite ; Tu t'élèves ainsi qu'un chant noble et serein, Et les Grâces, selon le contour de leur sein, T'ont délimitée et construite.

Ce dieu pâle, ce dieu, tu l'as aussi connu, Qui vint un jour, porté par trois Galiléennes, Sur la route marine où hantent les Sirènes, Triste, ceint d'épines et nu.

JK peine eut-il franchi tes portes magnifiques, Que tu l'as revêtu, dans son humilité.

De ta calme énergie et de ta majesté Apprises des cités antiques.

Et tu siégeas dès lors sur ton éternité. Papale comme J{ome et comme elle païenne. Trône d'une pensée inejfable et sereine, Torce de la Latinité.

E/ comme T{ome, hélas! désormais tu t'inclines Jlu vent qui fait trembler les pierres de l'autel ; Tu vois se disperser ton règne universel. Sœur de la Ville aux sept collines.

Car si je t'ai voué d'aussi chères ferveurs, C'est, sous le ciel suave où ta clarté me guide, Jlutant qu'un bel automne enivrante et languide, 0 Toulouse, que tu te meurs.

Sur le fleuve où tu dors, vermeille et sinueuse, Sous ta pourpre trop lourde accablée et penchant. Tu déroules en paix, comme un divin couchant. L'éclat d'une agonie heureuse.

Les dieux t'ont trop chérie, ô funestes amants ! "Et, poussière livrée à leurs illustres ombres. Tu vas bientôt, gisante entre d'obscurs décombres. Périr de leurs embrassements .

C'est pourquoi je reviens toujours, ô Pathétique Qui t'exhales comme un harmonieux soupir. Mirer mon âme, afin d'apprendre à bien mourir, A ton âme mélancolique.

Ceux dont le cœur est faible et les membres courbés,

Accueille-les du fond de ta sollicitude;

Sois douce à leurs erreurs, prête à leur lassitude

L'appui de tes marbres tombés.

J^oute-les dans un pan du linceul plein de gloire Que tu t'es fait avec le manteau de V allas, "Et qu'ils se couchent y fiers d'un aussi beau trépas, Sur les cendres de ta mémoire.

Mais non, tu renaîtras de ta ruine ! Eros En toi circule comme une flamme subtile, Et son esprit brûlant, dans ta divine argile, Inspirera d'autres héros.

Vénus triple, Vénus astrale, souterraine Et terrestre, Vénus, attraction des yeux Et des lèvres, moteur perpétuel des deux. Architecte et théologienne,

Vénus t'habite, amour, sagesse, volupté.

Qui tourne la logique en figure de grâce, Et par qui rien dans ton progrès ne se déplace Que dans l'ordre de sa beauté.

C'est elle dont la marche imprime leur cadence A tes cloîtres marqués au rythme de son corps, Et leur fait accomplir les surhumains accords De la musique et du silence.

Car si tu dois un jour l'écrouler toute, eh bien ! Tu t'en iras fleurir, ô vertu cardinale, Inaltérable ainsi qu'une essence idéale Au firmament platonicien,

Or on te croit éteinte et tu n'es qu'endormie. Sous tes riches parfums tu respires toujours, Morte mal embaumée, en poursuivant te cours De ton infaillible eurythmie.

Et si j'ai su louer ton nom et tes attraits, Orgueil et charité de la terre française, Accueille-moi parmi tes fils, et qu'il te plaise De m' ouvrir les temples secrets.

Pour qu'ici- bas plus tard, ou bien sur la pelouse Élyséenne, incluse à l'honneur de mes vers. Ma gloire, grâce à toi, soit, par tout l'univers. Du siècle et des hommes jalouse,

0 ville d'Aphrodite, ô ma Mère, ô Toulouse!

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