LE BEL AUTOMNE
L'automne arrive, le bel automne y
L'automne de pourpre, l'automne d'or.
L'automne, le bel automne arrive.
A son bras enroulée, il balance
Une inépuisable corne d'abondance
Où tourbillonne un torrent de fruits.
Dont les nuances chaudes et riches
Imitent les teintes de la saison :
Les azeroles, les sorbes et les alises
Qui tressent l'herbe où leurs grappes tombent
"D'un long chapelet de corail rouge.
Avec un opulent désordre.
Il agite les amandes de velours.
Les nèfles couleur de bure et de feuilles mortes.
Les châtaignes brunes et lisses
Bâillant dans leur coque d'épines,
"Et, douces ou sauvages, les grenades,
J{ondes comme le globe terrestre,
£/ qui sur leur trésor prismatique referment Les cinq pointes d'une couronne royale.
L'automne traîne dans les vergers
Un manteau diapré de rouille que portent
Septembre et le splendide octobre.
Jl l'heure de midi, souvent c'est l'été
Oui règne encore dans sa nonchalance
Sur la campagne dorée et rougissante.
Mais les jardins, à l'aube, bleuissent de rosée,
"Et le soir, derrière une céleste vitre.
Il glisse des crépuscules d'azur liquide.
L'automne, après-midi de l'année.
Le pâle et bel automne se couche pour mourir,
Avec les premières gelées.
A travers le sombre noyer,
Jl gaule les noix humides
Qui mettent à la bouche un goût de fumée,
Et parmi les figuiers épais, il fait trembler
Les figues toutes ridées
De fraîcheur et de maturité.
Jlvec une chute sourde et mate.
Un fruit défaille, se détache et s'écrase
Sur la terre mouillée.
Ou bien n'est-ce que le brouillard qui s'égoutte
Autour des arbres, en larmes lourdes
Qui font en s' étalant un bruit si doux
Que l'âme en est toute pénétrée?
Jlh ! lève-toi, brume d'automne,
"Brume de Trance,
"Longue mélancolie errante,
Divine douceur monotone!
Garde-toi d'amollir mon cœur ni mes membres,
Mais pour moi tiens en réserve
"L'amertume et le fruit du chêne,
Torce et résistance,
"Et Votive cueillie en novembre.
Qui donnait aux athlètes patience et vigueur,
"Et qui fait la lampe studieuse