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II. La défense de la salubrité municipale

Toutes les questions relatives à la santé publique furent l’objet de la sollicitude constante du Bureau d'hygiène et nous verrons les pouvoirs publics adopter aussilôt les propositions dont chacune d'elle était l’objet ; qu'il s'agisse de l’alimentation en eau de

années 1890-1891-1892, publié par le D' Baudin et M. Jeannot, p. 24 à 27, Besançon, Dodivers, 1893.

Besançon, de l'assainissement des immeubles, de la protechon de l'enfance à l'Ecole contre la maladie, aussitôt la municipalité de cette ville acceptera la réglementation proposée. Cet enthousiasme pourrail parailre élrange à ceux qui savent combien les préceptes hygiéniques rencontrent d'apathie, d’hostilité parfois, et ne sont admis qu'après de longues discussions. Le Bureau d'hygiène trouvera le moyen de rendre vivantes ces questions, de les imposer à l’attenlion des pouvoirs publics par la publication annuelle d’une statistique démographique.

Sous le titre « Besançon en 1888, étude du milieu démographique constilué par notre population et dans l'étude de la vie intime de ce miheu, des modifications incessantes qu'il subit », paraîtra une statistique qui portera sur les points suivants: 4) Population de Besançon intra et extra muros, par nationalité, sexe, état civil, âge, culte ; b) Nupüalité et son influence sur la natalité, la mortalité, la santé intellectuelle et morale (criminalité, aliénation mentale, suicide) ; c) Natalité légitime et 1llégitime, sexe des nouveau-nés et influences qui agissent sur le taux de la natalité ; d) La mortinatalité ; e) La mortalité par âge, sexe, saison, quartier, suivant les causes ; /) Climatologie : température de l'air, humidité, pression atmosphérique, vents, mouvement des eaux du Doubs et de la nappe d’eau souterraine. Chaque année. ledirecteurdu Bureau d'hygiène adressera ce compte rendu de la vie de Besançon, fidèle résumé d'une statistique démographique dressée chaque quinzaine. Un service de constatation de décès fonctionnera régulièrement à Besançon et

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chacun de ces décès sera l'objet d'un bulletin indiquant : la date du décès, le nom du décédé, son âge, son sexe, sa profession, son état civil (marié, veuf, divorcé, célibataire), la maladie, cause de son décès, la rue ou le lieudit, le rez-de-chaussée ou bâtiment (1°, om, 3%, 4" étage), le nombre des habitants du logement, les observations sur la salubrité du logement, Ces diverses énonciations formeront le casier sanitaire de l'immeuble.

Besançon en 1888 fut présenté à l’Académie de Médecine et le docteur Lagneau, rendant compte de cette publication, concluait, avec l'approbation de la savante Compagnie : « Il serait désirable qu’à Besancon, comme au Hâvre et en maintes autres villes, on créat un Bureau d'hygiène chargé de réunir tous les documents démographiques et météorologiques, et de prescrire toutes les mesures de salubrité ! .» Cette parole n'allait pas rester sans écho à Besançon ; un an après, la nouvelle institution était officiellement créée.

Les statistiques démographiques et sanitaires de l’année suivante en démontrèrent l'utilité. En 1893, elles permirent de signaler un accroissement subit de la morti-natalité el d'en enrayer l'extension progressive. La mortli-natalité bisontine n’a été que de 64,2 pour 1.000 pendant la période 1863-1883, chiffre moyen par rapport à celui des villes d'importance égale ; dans la période 1884-1888, elle s’est élevée

! D' Baudin, Rapport sur un projet de créalion d'un Bureau d’hygiène, Commission des logements insalubres, 27 décembre 1889.

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à 86,5 pour 1.000. C'est la période où se déclara la crise commerciale et industrielle française doublée à Besançon de la crise horlogère. En 1889 et 1893, elle dépassait 98,8. Inquiet de cette situation, le Bureau d'hygiène prit d'énergiques mesures ; un rapport du docteur Baudin fit, en 1893, adopter l'assistance aux femmes et surtout aux filles en état de grossesse, et la constitution d’un bulletin de constatation de mort-né, dressé par le médecin vérificateur et indiquant le nom el le domicile de la mère. L'état civil du produit ou du fœtus : légitime ou naturel. Le questionnaire réservé au médecin vérificateur établit : 1° l’âge approximatif du produit ou du fœtus ; 2° le fœtus ou l'enfant à terme a-t-1l respiré ? 3° causes de l'accident ou du décès invoquées par les parents; 4° l'examen du produit ou du fœtus révèle-t-1l des indices suspects? 5° si oui, lesquels ? 6° l’accouchée ou l’avortée a-t-elle été vue par un médecin ? 7° si oui, par quel médecin ? 8° par

une sage-femme el laquelle ?

9° l'accouchement ou l'avortement ont-ils été simples ? 10° ont-ils au contraire nécessité des manœuvres spéciales et lesquelles ? 119 ont-ils entraîné des complications et lesquelles ? 12° si le fœtus ou l’entant à terme (faux mort-né) ont respiré, le nécessaire a-t-1l été fait pour le sauver ? 13° Ÿ a-t-1l eu en dehors du médecin et dela sage-femme une intervention de quelque autre personne ? 14° si oui, de quelles personnes, parents, amis, ele.

Les résultats de ces mesures de protection et de surveillance ne se firent pas attendre. Quatre ans plus tard. la morti-natalité descendait à 77,5 pour 1.000. Par là se trouvait démontrée l'utilité de la statistique démo-

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graphique. Elle était un précieux office de renseignements sur l’état sanitaire de la population.

L'augmentation croissante des décès par tuberculose ne devait pas laisser insensibles lesmembres du Bureau d'hygiène de Besançon. Ils proposèrent à la Société de Médecine la création d’une ligue de propagande, destinée à répandre en Franche-Comté d’utiles notions de prophylaxie. Cette ligue « antituberculeuse » de Franche-Comté (Doubs, Jura, Haute-Saône, Territoire de Belfort), a éte, le 20 juin 1910, reconnue d'utilité publique. Son action tend à envoyer les enfants malingres dans la montagne. Elle contribue, à l’aide de diverses souscriptions qu’elle recueille, aux frais de séjour des enfants tuberculeux dans le sanatorium. Pendantles grandes vacances, les enfants chétifs sont envoyés dans un village voisin de la ville de Salins, Villeneuve-d'Amont, oùse trouve situé un établissement modèle destiné à les recevoir. Enfin, et ce n'est pas un des moindres agents de publicité, les instituteurs reçoivent de la ligue des livrets où sont contenus les moyens de lutter contre la tuberculose. Ainsi, pour Besançon, on ne peut pas dire que l’enseignement de l'hygiène à l'école n'existe pas au moins en parte. Il semble bien qu'il y ait là un effort sérieux, que signale comme indispensable le docteur Léon Lacomme dans le Bulletin des questions praliques de législation ouvrière el d'économie sociale !. Cette ligue antituberculeuse tend chaque jour à réaliser le but qu'elle se

! Premier fascicule de 1913, p. 29 et suivantes (sous la direction de M. Paul Pic).

propose dansle titre premier de ses statuts ! « vulgariser dans le public les notions scientifiques qui peuvent le mettre à même de lutter contre la propagation de la tuberculose dans les familles et la Société. »

Dans les chapitres qui vont suivre, nous allons essayer de retracer l’œuvre du Bureau d'hygiène de Besançon, et montrer en quoi ce Bureau avait précédé ou appliqué la législation antérieure et postérieure à 1902.

! Ces statuts nous ont été obligeamment communiqués par M.le Dr Brunschwig, secrétaire de la ligue antituberculeuse de Franche- Comté.

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