V. — Hygiène scolaire. — Prévention des épidémies
et de la tuberculose.
Par sa circulaire en date du 14 mars 1891, sur l’hysiène scolaire, le Ministre de l'instruction publique adressait aux directeurs et directrices d'écoles des instructions destinées à prévoir et à combattre les atfecions épidémiques : éviction de tout enfant atteint d’une affection quelconque, de tout enfant douteux. Suivait une énuméralion des maladies contagieuses avec leurs principaux symptômes. Pour faciliter aux
instituteurs un diagnostic auquel ils n'élaient point
os
préparés par leur instruction professionnelle, « tout enfant indisposé serait renvoyé à sa famille sans attendre l'apparition de signes capables de fixer sur la nature de la maladie ». L'éviction de l’enfant était prévue pour la tuberculose pulmonaire elle-même, affection la plus difficile peut-être à reconnaître ; aussi la note prescrivait-elle « d'envoyer à la consultation du médecin inspecteur des écoles {les mardi, jeudi et samedi, de 3 à 4 heures, au Bureau d'hygiène, à la mairie) tous les « tousseurs » et « cracheurs habituels. »
L'éloignement de l’école était de cinq jours pour les douteux; pourlesatteints, quarante jours à six semaines pour la fièvre typhoïde, la diphtérie, la variole, la scarlatine; seize jours pour la varicelle, la rougeole, les oreillons et la dysenterie. « Pour les fièvres éruptives (variole, varicelle, rougeole et scarlatine), l'isolement ne cesserait qu après quele convalescent aurait pris un grand bain savonneux suivi de friction huileuse, et portant même sur le cuir chevelu. Un bon gratuit donnant droit à un bain serait mis à la disposition des nécessiteux. »
Dès qu’une affection contagieuse s’était déclarée dans son école, le directeur en avisait le Bureau d’hygiène par le bulletin suivant :
Ville de Besançon, Hygiène scolaire Ecole de Information de cas d'affection contagieuse L'élève (nom et prénoms), âgé de domicilié à (indication de l’adresse précise) est atteint de
depuis le (date à laquelle la maladie a été reconnue ou connue).
sou
A-bal des frères et sœurs cohabitant avec lui et fréquen-
tant d'autres écoles de la ville? Lesquelles ? Besançon, le
Deux fois par an, dans la quinzaine suivant la rentrée de Pâques et des grandes vacances, le directeur adressait au médecin directeur du Bureau d'hygiène un bulletin de récapitulation contenant tous les renseignements sur la situation sanitaire de la population scolaire pendant le semestre écoulé et les observations nécessaires sur « l’état de propreté des bâtiments, salles, dépendances, cours, latrines, ete. de l’école. ainsi que des rues et des bâtiments adjacents, sur le chauffage des classes, etc. » Ces deux bulletins étaient remis soit au poste de police le plus proche, soit au garde-champèêtre, soit directement à la mairie.
Enfin, tout élève nouveau devait, pour être admis, produire le certificat réglementaire de vaccination et les directeurs et directrices « useraient de toute leur influence morale tant auprès des enfants que de leurs parents pour les déterminer à profiter des séances régulières et gratuites de vaccination et de revaccination. »
En terminant, le médecin directeur du Bureau d'hygiène priait les directeurs d’école de consacrer, «une à deux fois par semaine, quelques minutes à une inspection rapide de la face, du cou, des oreilles et des mains des enfants ».
Ces instructions furent approuvées par le Conseil municipal et servirent de modèle à plusieurs villes. Quelques années plus tard, en 1898, une épidémie de diphtérie très grave se déclarait en plusieurs quartiers
ne
de Besançon. 122 cas occasionnèrent 18 décès. Un foyer avait éclaté, le 27 octobre 1898, à l’école de filles et de garçons de Saint-Claude (faubourg de Besançon). Sept cas furent signalés et deux douteux avec indicalion des noms et adresses. Le soir même l'école était fermée et, dès le lendemain, le Bureau d'hygiène prenait les mesures suivantes : « 1°fermeture desécoles pendant dix à vingt jours. Pendant ce temps, les instituteurs se répartissaient la surveillance, à domicile. des élèves, et faisaient parvenir au Bureau d'hygiène un bulletin sanitaire journalier ; 2° dans toutes les écoles de la ville, les noms et adresses des malades étaient communiqués à tous les directeurs des écoles, en vue de permettre l'élimination comme suspects des frères et sœurs ou parents à un degré quelconque des diphtériques ; 3° désinfection des salles d'école et blanchissage à la chaux ; 4° examen médical de tout enfant rentrant au moment de la réouverture de l'école !. »
Grâce à ces mesures, l’épidémie fut promptement enrayée, et, commentant le rapport du docteur Baudin, le rapporteur de l’Académie de Médecine ajoutait : «En applaudissant au succès obtenu dans la lutte contre celte épidémie, Je voudrais attirer l'attention sur le Bureau municipal d'hygiène de Besançon, dont la solide organisation, soutenue par les pouvoirspublics. me paraît devoir être présentée comme un modèle aux municipalités *. »
! D' Baudin, Rapport sur l'épidémie de diphtérie de 1898.
* Rapporté dans Besançon en 1903, l'Année démographique et sanitaire, Besançon Dodivers, 1904, p. 13.
Le 8e