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Le bureau du commissaire

Que je veuille Men cous donner quelques lignes à mettre en tête de votre nouveau livre : Le Bureau du Commissaire, voilà ce que vous me demandez et ce que je fais avec le]}lus grand plaisir; mais ce que je me demande, moi, cest à quoi ces quelques lignes peuvent lien vous servir, après le succès si grand et si mérité de vos Tribunaux comiques.

Si je restais, vis-à-vis de vos lecteurs, dans les habitudes de sincérité dont je me vante quelquefois, je me contenterais de leur dire: « Ne vous occupe: pas de onoi; coure: tout de suite aux récits de Moinaux, c'est-à-dire à ce rire rabelaisien qu'il va faire éclater en vous, à chaque yage que vous

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toitniere:. » J'oilàre que Je der rais dire à vos lecteurs ef re que Je leur dis : si Je continue d'écrire quelque chose, ce n est pas pour eux, cestpour vous. Nous causons. .Je ne les empêche pas d^écouter., •mais si ça ne les intéresse pas, qu'ils ne s en prennent qu'à eux.

La vérité, mon cher J/oi/iaux, c'est que Je suis heureux de rous dire publiquement ce que Je coïts ai dit si sou cent, en tous serrant la main : que vous êtes un des conteurs les plus originaux et les plus désopilants qui aient jamais existé dans notre pays de France. Vous n'avez pas seulement repris et continué la tradition de la certe et saine gaieté, de Sén'^cé, de Gérard Bontemps, de ]'erdoquet le ijénéreux et de ce Taharin qui débitait ses Joyeux devis sur hi place Dauphine, au pied même de cette rieilie maison oii vous écrire: vos articles; vous ace: créJ un genre nouceau qui placera tôt ou tard ws petits récils entre les Contes de Boccace, les indiscrét'ions de Brantôme et les historiettes de Tallemant des Réaux. C'est que vous puisez comme eux à la source inépuisable de la perver.sité, ou plutôt de la bêtise humaine ; car ce qui fait l'i mal en ce monde, ce n'est pas la méchanceté, c'est la bêtise. L'homme veut être heureux, il est-ce pas bien naturel ? et il veut Vêtre tout de

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suile, c'est V instinct. S'il a nn désir, il veut le satisfaire; s il a une imssion, il mut V assouvir. Cet animal que vous nous présente:, a eu envie de (luelque chose, d'une femme, d'un litre, ou d'un rerrelas, il a étendu la main pour "prendre ce dont il avait enrie. Si on lui a faitolstacle, il a fermé le poing et il a cogné. Vous le prenez, oit plutôt, on vous l'amène, car vous avez des rabatteurs off ciels expérimentés, les gardiens de la paix, vous le preiie: au moment oîi il vient de s'aperceroir qu'il s'i'st trom/pé, qu'il n'a été ni assez fort pour résisicr ii la tentation, ni assez malin pour en cacher le résultat. C'est l'heure mélancolique de la réflexion forcée et du repentir inutile. Vous et jiioi savons de quoi est fait le repentir de r homme, surtout quand il est devant le juge : du regret de ne plus jouir tranc^uillement de sa faute, de la honte d'être pris et de la crainte d'avoir à expier. La cojitrition quele concile de Trente appelle Il lie douleur et un?^ détestation des péchés commis, jointes à la volonté de n'enplus commettre^, na rien à voir ici. C'est la- menace du châtiment qui fait tous les frais. Le pla'isir est fini, Vemiétemeut coiinnence, pour me servir d'un mot que le dictionnaire de Littré admet comme trivial, et que l'école naturaliste déclarerait incolore et insuffi-

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sant. Pris entix l'agent qui Ta arrêté et le magistrat qui V interroge, Je délinquant naj^lifs qu'une idée, c'est de trouver la fente 'par laquelle il va sortir de là. Le 'plus souvent, il n'est qu'une simple brute dont l'alcool a eœcité la brutalité jusqu'à ce qu'il détermine V abrutissement final. Souvent aussi, c'est un coutiimier du fait, un drôle qui a résolu de brouter le pré de son voisin, et qui, n'ayant ni feu, ni lieu, se trouve être le voisin de tout le monde. Quelquefois c'est un simple na'if, dont la machine à comprend re n' a r rive pas à fonctiomier complètement; qui se bute sur une idée '/gant une apparence de logique et qui la déduit inconsciemment et implacablement jusqu'à prodîiire une catastrophe quelconque; ou bien c'est un mauvais plaisant qui, croyant ne faire qu unefarce, a causé mort d'homme et ciui ne sort pas de là : «. Ce n'est 'pas ma faute, puisque c'était une farce! » Comme si la farce, en dehors de la politique, faisait nécessairement partie de la civilisation moderne. Enfin c'est toujours cette imbécillité humaine sur laquelle Darwin piourra s'appuyer pour nous faire descendre du singe, et Schopenhauer pour nous engager à ne 'plus nous reproduire.

Vous, mon cher Momau/x, vous n'allé: pas si

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loin, vous n'êtes ni traiisformide al pessiûiiste, vous ne vous occiqjcz ni de nos origines olsctwes, ni de nos fins douteuses. Témoin régulier par 'profession, attentif par goût, des conflits quotidiens entre Je péclié et la justice, vous avez modestement choisi, ponr vos comptes rendus, les memts délits courants, les crimes véuiels, les levers de rideau du grand répertoire judiciaire, ce que nos pères auraient appelé les passe-ieuips de Thc-mis. La réalité vous fournit les faits et les personnages, ceux-ci presque toujours aussi vulgaires et aussi insignifiants (que ceuxlà, mais c'est tout ; et alors plaçant ces choses et ces êtres, entre un commentaire qui pourrait être de Sterne et une moralité on un axiome cqui pourrait être de Gava mi, vous lâche: la h ride au dia logue le plus cocasse, qui pourrait être de Duvert ou de Labiclie. Le procédé est hien simple, seulement il vous est tout à fait personnel, et il restera probablement inimitaUe, comme les fantaisies de Cham et de Daumier.

Je dois vous dire, pour m' excuser auprès de vous de vous louer tant, que rien n excite plus mon étonnement, mon envie et ma reconnaissance, que la faculté donnée par la nature, à certains esprits, de provoquer le rire irrésistible et à pleine

gorge, rien qicavec un livre et de simples caractères d'imprimerie tout froids et tout secs, sur la première feuille de papier venue. Là, pas d'action indirecte sur celui à qui Ton s' adresse, pas d" auxiliaires, pas de moyens matériels comme au théâtre. La phrase n est ni articulée, ni chantée, ni mimée: absence complète d'intonations bizarres, de costumes burlesques, de contorsions extravagantes. Ni les yeux, ni les oreilles ne sont séduits; ils ne sont même pas invités. La gaité 'parfois grossière mais communicative du public n influence pas. Un livre, la solitude et le silence. Des mots. rien que des mots tout nus, tout pareils les uns aux autres en apparence, mais si heureusement combinés dansleur s lignes rigides, qu'il faut que le ventre se secoue et (que les larmes s'ensuivent. Ce don rare, vous Tavez, et, dans ce nouveau livre, plus que jamais. Peut-être parce que vous aie: eu cette excellente idée de faire tourner vos sccn?s. raqndes, colorées, légères et court vêtues, autonr de cette excellente figure du commissaire, comme une ronde de nymphes et de faunes autour de la statue impassible et narquoise du dieu Pan. Mais il fallait votre grande et vieille connaissance de la matière, pour peindre si ressemblant ce type complexe du commissaire de police, ce personnage

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