LA PRÉCAUTION INUTILE
En principe, on comprend qu'il soit tenu compte à un prévenu, dans rapplication de la peine qu'il a encourue, de sa bonne intention de ne pas l'encourir ; mais quand cette bonne intention a manqué son effet pour la douzième fois, elle revient à valoir juste autant que le parti pris de commettre un délit.
Chez Bouquet, ce délit est toujours le même : outrages aux agents ; et le curieux de lachose, c'est qu'il se dit plein de sympathies pour eux, ce qu'il traduit par cette formule : « Ils me vont, à moi, les agents, ils coupent dans mon ceinturon. » On ne saisit pas bien l'image, mais évidemment elle veut exprimer la sympathie de son auteur pour les modestes agents de l'autorité ; malheureusement, il ne manque jamais l'occasion de leurprouverle contraire et le voilà, pour la douzième
fois, au commissariat de police où il s'arrache les cheveux de désespoir d'avoir encore injurié ceux qui coupent dans son ceinturon. (Que diable cela peut-il pouvoir dire ? )
Ils sont là, ces braves gardiens de la paix publique, et s'ils n'étaient pas déjà d'une modération irréprochable dans leur déposition, les regrets et les excuses de Bouquet la leur commanderaient.
Il ne nie rien et exagérerait plutôt sa faute qu'il ne
cherche à l'atténuer. Du reste, nous l'avons dit; il s'arrache les cheveux et se traite lui-même comme le pire des Savoyards.
Le Commissaire : Vous ne travaillez pas?
Bouquet: Ah ! ne m'en parlez pas ; j'étais charretier chez un entrepreneur de vidange ; il a mangé son fonds dans des spéculations et je suis sans travail depuis ce temps-là.
Le Commissaire :^nï\ï\ vous passez votre vie à outrager les agents.