‹ Le bureau du commissaireChapitre 102 sur 104 · LE PERRUQUIER SUSCEPTIBLE · texte numérisé non relu

LE PERRUQUIER SUSCEPTIBLE

L est toujours de mauvais yoùt de plaisanter sur les sentiments naturels : le respect filial^ l'amour paternel, l'affeclion conjugalesont de ces choses que la raillerie ne doit même pas effleurer; ne ridiculisez jamais le père d'aulrui :

il est peut-être le vôtre; ne vous égayez pas aux dépens d'un mari sans enfants: qui vous garantit que les vôtres sont de vous?

Cette dernière réflexion est celle qu'un homme de sang-froid eût faite à l'auteur des égrillardises à lui adressées à propos de son mariage stérile; mais, n'est pas qui veut maître de ses sens, et voilà pourquoi le brave Grigoux a adressé à Grandmanche une injure à

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laquelle celui-ci a riposté par des coups de poing, (ail (]ui l'amène au commissariat de son quartier.

Grandmanckc: Le sieur Grigoux a commencé par me traiter d'imbécile.

Le Commissaire (à Grigoux) : Est-ce vrai?

Gi'igoux: C'est vrai.

Gi'andmanche : Il Tavoue.

Grigoux: Je l'avoue, mais je ne le regrette pas.

Le Commissaire: Pourquoi l'avez-vous traité d'imbécile?

Grigoux: Parce qu'il faut être un imbécile pour dire à un homme qui raconte qu'il voudrait bien avoir des enfants et qui ne peut pas en avoir, qu'il est comme ci, qu'il est comme ça, des choses d'abord qui ne sont pas convenables à dire dans une boutique où il vient des étrangers.

Le Commissaire : Quelle buutique?

Grigoux : ie suis perruquier; alors je coupe les cheveux et je fais la barbe à tous ceux qui viennent ; môme qu'au moment des plaisanteries de Monsieur, il entrait une jeune personne qui venait se faire nettoyer la tète, et que Monsieur ne s'est pas arrêté de dire ses inconvonances; c'est de là que je l'ai traité d'imbécile.

Grandmanche : Imbécile et un tas de choses vexantes et, Messieurs, que je n'osais pas bouger, vu qu'à ce moment-là, ce perruquier me rasait, que j'avais son rasoir sous la gorge et qu'il me criait comme un furieux : « Ne bougez pas où je vous coupe le gosier ! »

LE PERRUnUIKM SUSCEr'TIBI.E

Gi'igoux : Je n'aurais pas fait ça; mais ça n'était pas l'envie qui m'en manquait ; car ma femme me crible de saf'casmes de ce que nous n'avons pas d'enfants et par

la-dessus, voilà Monsieur qui vient me mystifier de mots analogues et humiliants pour un homme.

GrandmancJie: Je vous ai dit seulement que les hommes qui ont le nez fait en bouton de porte n'ont jamais d'enfants; eh bien, vous avez le nez en boulon

de porte ; il ne manque que l'inscription: « Entrez sans frapper! «

Le Commissaire : Mais vous avez frappé, vous?

Grandmanche : Quand il a eu retiré son rasoir de mon cou, je me suis levé de ma chaise ayant de la colère concentrée qui a éclaté ; alors, ma foi, j'ai tombé

sur lui; pensez, depuis dix minutes que je me retenais de peur de son rasoir effrayant.

Grigoux : On ne peut pas avoir de l'agrément tout le temps; vous rigoliez assez pendant que je vous savonnais et que vous faisiez rire la galerie avec vos bêtes de plaisanteries.

Allons ! allons! Grandmancbe en sera probablement

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