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LE PERRUQUIER SUSCEPTIBLE

pour une bonne amende; ce n'est pas encore cela qui rendra père le pauvre perruquier, mais il a une r,hose bien simple à faire: qu'il aille dans un établissement de pisciculture, on lui vendra de la graine de merlan.

LE BOTIET^X POLITÎOT E

NE allégation bien discutable, c'eï^t celle relative aux fainéants qui sont censés chercher de l'ouvrage; qu'on di?e qu'ils désirent n'en pas trouver, ceci est cerlain; mais quant à prier le bon Dieu, c'est une supposition au>5i peu adnnissible que celle do l'encouragement, par Dieu, à commettre un des sept péchés qu'il punit du feu éternel, c'est-à-dire la paresse. Cette triste perspective, d'ailleurs, n'a aucune influence sur les gens entachés de ce péché capital; c'est justement pour cela qu'après l'expiation suprême, la

plus grande peine édictée par la loi est le travail forcé.

Voici encore un de ces citoyens qui, à plus de soixante ans, n'ont à peu près jamais trouvé de travail. C'e?t ce qu'en argot populaire, on appelle une vieille gouape; il se nomme Rupiaux et est inculpé de vagabondage.

Le C ommissaire : On vous a arrêté à trois heures du matin sur la voie publique, où vous causiez du scandale.

L'Inculpé: Non, je causais du Tonkin avec un individu qui est bonapartiste; alors la politique, vous savez, ça brouille les meilleurs amis; c'est pas que c'était. mon ami, c'est mon cordonnier; c'est seulement pour dire.

I^e Commissaire : Enfin, vous êtes sans asile et sans moyens d'existence?

LS Inculpé : Faites excuse, je travaille.

Le Commissaire Quel travail ?

L'Inculpé : Je fais la boue.

Le Commissaire : La quoi ?

L'Inculpé : La boue.

Le Commissaire : Qu'est-ce que c'est que cela?

L'Inculpé : Eb ben... vous savez bien... la boue... c'est moi que je la ramasse, quand il y en a.

Le Commissaire : Et quand il n'y en a pas ?

L'Inculpé : Alors je ne la ramasse pas.

I^e Commissaire : Eh bien, qu'est-ce que vous faites?

LJInculpé : J'attends qu'il y en ait.

Le Commissaire : Ce n'est pas une profession, cela?

LE BOTEUX POLlTIOrR

L'Inculpé : Ali ! c'est vrai qu'il y a cette saleté de soleil qui fait du chômage; mais, il y a quinze jours, j'ai travaillé chez M. Pichon.

f.e Commissaire : Qu'est-ce que c'est que M. Pichon ?

fj Inculpé : C'est un entrepreneur de travaux.

Le Commissairp : Où demeure-t-il ?

L'inculpé indique l'adresse; le commissaire envoie aux renseignements qui sont apportés une heure après, par l'agent chargé de les recueillir.

Le Commissaire : En effet, vous avez été employé par le gieur Pichon.

LE lîLREAl" nL" COMMISSAIRE

L'Inculpé : Je vous le disais: vous voyez bien.

Le Commissaire : Oui: vous êtes resté à son service une demi-heure.

LVnculpé : Je vas vous expliquer.

Le Commissaire : Et dans cette denni-heure, vous avez trouvé le moyen de faire mettre ses chevaux à la fourrière.

L'inrulpc : C'est ça que je voulais vous expliquer : mon bourgeois m'envoie avec un tombereau et deux chevaux à Champigny; je monte dans le tombereau, j'arrive à Champigny, v"Jà les gendarmes qui me font un procès-verbal. Jamais aucun gendarme ne m'avait fait de procès-verbal pour monter dans un tombereau, il n'y a que ceux de Champigny: je n'ai jamais vu de gendarmes comme ça.

f.e Commissaire ■ Enfin, vous ne travaillez jamais.

LK BOLKLX PnLlTIQlK 337

L'Inculpé : Faites excuse, j'ai resté trois ans chez. M. Doré, un gravatier.

Le Commissah^e : Quand éte«-vous sorti de chez lui ?

A'//?c'.^//>e cherchant) : Ah !... attendez donc... c'était en... oui, c'est ça, en 1863.

Le Commissaire : Il y a vingt-deux ans !

[.'Inculpé: Dame... heu... I880... oui. ra fait vingtdeux ans.

f^e Commissaire : Et depuis ce temps-là ?

[.'Inculpé: .\h !... qu'est-ce que vous voulez, les affaires ne vont pas, on fiche la misère... pas d'ouvrage ; j'avais trouvé celte place-là, chez M. Pichon ; bon! les gendarmes de Ghampigny qui me font cette saleté, c'est même dégoûtant pour la gendarmerie qui est un corps respectable.

Enfin! celte victime du marasme commercial obtiendra probablement des juges la nourriture et le logement pendant quelques mois de détention.

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