LE PLUS DROLE DE L HISTOIRE
Alors, il me le rend, disant qu'il venait de le ramasser parterre.
Le Commissaire : Ramasser quoi?
Le Plaignant : Mon porte-monnaie. Je saute, je l'enfile d'un bond...
Le Commissaire : Vous. enfilez quoi?
Le Plaignant : Mon pantalon !
Le Commissaire : Allez vous asseoir !
Le Plaignant : Oh ! mais c'est que la suite est encore plus intéressante; pour lors...
Le Commissaire : Je vous dis d'aller vous asseoir!
Z? /*/a/^nan? ; Vous avez tort (il va s'asseoir), vous perdez le meilleur!
Le Commissaire (à l'inculpé) : Que faisiez- vous à sept heures et demie du matin, chez le plaignant? L'Inculpé : Je ne savais pas que c'était lui.
Le Commissaire : Qu'est-ce que cela veut dire?
L'Inculpé : Parce que je croyais que mon ami Jubier demeurait toujours là; alors, ayant eu une querelle avec un de mes camarades depuis trois heures jusqu'à six heures et demie du matin et ayant envie de dormir, j'allais chez Jubier pour faire un somme.
Le Commissaire : Vous n'avez pas de domicile?
Llncalyé : Les propriétaires vous étranglent, des prix... ! et puis, je n'ai pas de meubles; alors...
Le Commissaire : On a demandé à la concierge si elle avait eu un locataire du nom de Jubier; elle a répondu : « Jamais! »
L'Inculpé : Oh! Jubier demeurait là, il y a douze ans ; ça n'est plus la même concierge.
Le Plaignant (revenant) : J'ai même bien ri, vu que...
Le Commissaire : Allez vous asseoir !
Le Plaignant : Vous avez tort, c'est le plus drôle de l'histoire.
Le Commissaire (à l'inculpé) : La vérité est que vous alliez pour dévaliser des chambres d'ouvriers qui, à cette heure, sont partis à leur travail ; d'ailleurs, vous avez pris le porte-monnaie du plaignant.
(Au plaignant) : Oii était-il votre porte-monnaie?
LE PLUS DROLE DE l'hiSTOIRE 21
L^. Plaignant : C'est ce que je voulais vous dire, qui est si drôle ; il y avait six sous dedans...
Le Commissah'e : Je vous demande où était votre porte-monnaie.
Le Plaignant : Eh bien, je vous ai dit, dans sa main.
Le Commissaire : C'est à y renoncer. Où Taviez-vous mis avant qu'il le prît?
Le Plaignant : Dans la poche de mon pantalon. Alors, quand je lui ai dit...
Le Commissaire : Retirez-vous !
I^e Plaignant : Vous avez tort, c'est le plus drôle.
Il se retire et l'ami de Jubier est envoyé au Dépôt
'il est une allégation à l'abri de toute controverse, c'est bien celle émise par nous ne savons quel fantaisiste : « Rien ne ressemble autant à un homme qu'un Auvergnat. » Evidemment l'auteur de cette boutade visait son charbonnier, dont il avait sans doute à se plaindre, et il aurait reconnu, même, sans difficulté, qu'il est des Auvergnats auxquels ne ressemble pas le premier homme venu.
A un certain point de vue, le rapprochement ci-dessus peut s'expliquer; il signifie peut-être que les jeux, les manières, la démarche, les actes manuels, des petits industriels du Cantal, du Puy-de-Dôme ou de l'Aveyron, ressemblent, à la lourdeur près, à ceux des Parisiens, en général moins bruyants, qui ne font pas la cour aux
filles à grands coups de poing dans le dos el préfèrent le cancan des bastringues excentriques à la bourrée tapageuse des bals-musette.
Certainement, un ouvrier de Paris, anime de la même intention que l'Auvergnat dont il va être parlé, l'aurait mise à exécution d'une façon différente; mais, que voulez-vous? on n'est pas élevé à Sainl-Flour comme on Test à Paris.
îlouquelte c'est le nom de notre Auvergnat) est amené, ou [ilutôt apporté, au bureau du commissaire, par un robuste Savoyard, valet de chambre de son élal, qui le tient au collet et le secoue avec une fureur impossible à décrire Les fouchtra expirent dans la gorge de l'enfant de Saint-Flour, haletant et les yeux à moitié hors de la tête.
Le Commissaire : Mais qu'il y a-t-il? Lâchez donc cet homme!
Le Savoyard lâche l'Auvergnat et le foudroie du regard .
Rouquelte : Il m'a déchiré ma vechle, fouchtra.
Le Commissaire : Yo3'ons, de quoi s'agit-il?
Le Valet de chambre (à l'Auvergnat] : Brute I sauvage !
Le Commissaire : Je vous engage à vous calmer et à vous expliquer paisiblement.
Et, avec un calme relatif, le valet de chambre raconte ce qui suit :
— Le sieur Rouquette, qui est garçon charbonnier,
venait chez mes maîtres, voir la cuisinière avec qui il doit se marier.
Rouquelte .- Nous chommes fayenchés; ch'est une
Le Commissaire : N'interrompez pas!
Le Valet de chambre: J'étais dans le bureau de Monsieur, qui était dans la salle à manger, en train de déjeuner avec Madame et Mademoiselle, et je pi'ofitais décela pour épousseter. Depuis quelque temps, monsieur se plaignait qu'il y avait une souris dans son bureau et qu'elle lui rongeait ses papiers. Tout à coup je vois la souris qui traverse le bureau et disparaît en passant sous un fauteuil. Je ne fais pas de bruit; ayant des pantoufles, je m'avance tout doucement vers le fauteuil dans l'intention de mettre le pied sur la souris, si je pouvais. A ce moment-là, voilà le sieur Rouquelte qui entre avec ses gros souliers. Je lui fais : « Chut!... »en lui faisant signe aussi de ne pas bouger. La porte par laquelle il était entré est placée derrière le bureau de travail de Monsieur; le sieur Rouquette se trouvait donc à côté du bureau qui était c juvert de papiers et de livres ; alors il me dit tout bas : « Qu'estce qu'il y a? » Je lui réponds tout bas aussi : « C'est une souris! » Là-dessus, je me baisse pour voir sous le fauteuil ; je ne vois rien. Pensant que la souris était peut-être allée sous la bibliothèque, j'y vais tout doucement, à petits pas, et je me baisse pour voir. Voilà le sieur Rouquette qui me fait tout à coup :
« Chut! » Je le regarde; il ine dit tout bas : « Je sais oij elle est! Je l'entends. Ne bougez pas! » C'est bien,
je ne bouge pas et je regarde ce qu'il allait faire. II se
baisse, relire un de ses gros souliers, se relève en le tenant à sa main; puis, tout à coup, il en assène un coup de toute sa force, sur des papiers empilés sur le bureau. J'entends un bruit singulier: « Ca y est! me dit le sieur Rouquette; elle est tuée; elle était sous ces papiers-là, je l'entendais. »
Je cours voir, je lève les papiers ; c'était In montre de Monsieur! un chronomètre de 1,200, francs qu'il avait brisé d'un coup de soulier. Ce qu'il avait entendu, c'était le tic-tac!
Monsieur!... en voyant ça, je me sens devenir blanc, vert, rouge; je me dis : Monsieur va me mettre à la porte pour avoir laissé entrer cet Auvergnat dans son cabinet. Alors, dans une fureur conmie je n'en avais jamais eue, je saute sur celle brute; je l'enlève par le collet, et voilà!
Le Commissaire : Et bien, que demandez-vous?
Le Valet de chambre: Comment, ce que je demande? Voilà un charabia qui s'en vient briser à coups de soulier, le chronomètre de Monsieur...
Le Comviissaire : Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse? Cet homme a commis une maladresse et non un délit.
Le Valet de chambre : x\lors^ il en est quitte comme ça... et moi, Monsieur va me faire payer son chronomètre.
Le Commissaire : Faites un procès en dommagesintérêts.
Itouguel le {inquïeVj : Un procès!
Le Valet de chambre : Oui, je le le ferai, animal; juslenienl, la future m'a dil. que lu avais 1 ,200 francs ; je te les ferai cracher, tes 1,500 francs, et elle ne voudra plus de loi, comme n'ayant pas le sou.
liouquotle effrayéj : Oh! ne faites pas cha, mochieu Baptiste; tenez! nous j'allons nousj'arrangea. ;Tirant de son gousset une grosse montre d'argent.) Je dorme ma montre en remplachement.
Le Valet de chambre (furieux) : Un oignon! idiot, imbécile!
Le Commissaire : Allons, retirez-vous !
Le Valet de chambre : En remplachement ! une bassinoire de 12 francs. Sauvage ! auverpin !
Ils sortent en discutant.