LE PLUS DROLE DE L'HISTOIRE
Les dames ont toujours protesté contre l'accusalion d'intempérance de langue; mettez-les sur ce chapitre, elles vous citeront, comme preuve de la calomnie dont elles sont victimes, un fait qui, à moitié du récit, amènera tout naturellement une deuxième histoire, se reliant à une troisième laquelle est la suite logique d'une quatrième oubliée, ce qui rend la précédente incompréhensible ; la troisième y passe; après quoi on arrive fatalement à cette question : qu'est-ce que je disais donc? Et voilà le beau sexe justifié.
11 faut entendre cela à la barre des témoins de la police correctionnelle, pour avoir une idée de la patience dont les juges doivent être doués.
Les hommes, c'est autre chose : outre le chapitre des verres qui tient u'ie large place dans leurs dépositions, celle^-ci sont, la plupart du temps, faites avec la convie-
tion (apparente au moinsj que le Tribunal connaît sur le bout du doigt et dans leurs moindres détails, les faits qu'il cherche précisément à connaître.
Ce qui est remarquable chez d'autres, c'est l'absence complète de préambule de leurs déclarations.
Exemple à propos d'un nommé Colard, inculpé de vol et de vagabondage.
Le plaignant attaque ainsi sa déposition devant le commissaire de police :
— Alors en me réveillant, qu'est-ce que je vois?
Le Commissaire : Tous dormiez donc?
Le Plaignant : Oh! comme un loir.
Le Commissaire : Où cela?
Le Plaignant (surpris) : Eh bien, dans mon lit.
Le Commissaire : Vous étiez chez vous, bien, ditesle donc!
Le Plaignant : Alors je lui demande : « Qu'est-ce que vous faites là? »
Le Commissaire : A qui demandiez-vous cela?
Le Plaignant : A l'individu.
Le Commissaire : Quel individu?
Le Plaignant : Celui-là (l'inculpé); là-dessus, il se couche.
Le Commissaire : Là-dessus, quoi?
Le Plaignant : Eh bien, sur mon lit.
Le Commissaire : Je vous demande à propos de quoi il s'est couché?
Le Plaignant : Je pense qu'il avait envie de dormir.