‹ Le bureau du commissaireChapitre 19 sur 104 · L COMME QUI AIME LES BONS PRETRES · texte numérisé non relu

L COMME QUI AIME LES BONS PRETRES

j'ai descendu avec lui pour faire un bout de cliemin ensemble, et que c'est de là que le sieur Dubut m'a tombé dessus sans rime ni trompette.

i^MÔMf ; Le sieur Hirondeau ne vous dit pas que le prêtre ne pouvait pas se débarrasser du gluau de cet homme-là, qu'il n'}' a même pas un tailleur qui pour-

rait faire un pantalon aussi collant ; que le pauvre vieux curé cherchait à se sauver et que le sieur Hirondeau le repinçait toujours par sa soutane.

Le Commissaire : Vous pouviez protéger cet ecclésiastique sans frapper le plaignant ?

Dubut : Faut savoir comme c'est arrivé ; ca a com-

niencé quand il a passé au conducteur les six sous du prêtre ; alors ce prêtre lui dit «Merci ; » l'autre répond : « Oh 1 m'sieur le curé, n'y a pas de quoi ; moi d'abord, j'aime lesbons prêtres... » C'est bien, il commence à le raser ; mais le curé se met à lire son bréviaire et le 5ieur Hirondeau est un instant à le laisser tranquille. A'oilà que le curé tire sa tabatière et prend une prise ; le sieur Hirondeau tend ses deux doigts et le prêtre avançant sa tabatière, il y prend une prise ; là-dessus il se met à faire des éternuements épouvantables à secouer l'omnibus et les chevaux ; les uns riaient, les autres, ça les ennuyait ferme : alors, il dit au curé : « C'est parce que je n'ai pas l'habitude de priser, je fume. » Là-dessus, il lui raconte combien il use de tabac parjour ; illui demande s'ilfumait.Lecuré lui répondait par complaisance, toujours en lisant son bréviaire ; mais ça avait l'air de l'ennuyer beaucoup. Voyant ça, je dis au sieur Hirondeau : « Mais laissez donc Monsieur le curé tranquille ! »

C'est bon, il se tait pendant quelques instants, et puis il finit par se pencher sur le curé et il lui dit, comme d'un air de compassion : « Ça doit bien vous emm... de lire toujours la même chose? » Là-dessus, v'ià tout le monde qui se tord de rire, excepté moi ; le pauvre prêtre se lève et descend, pour en finir. Pas du tout, voilà M. Hirondeau qui descend avec lui. C'est donc de là que j'ai descendu aussi...

Le Commissaire : Et que vous êtes tombé sur lui.

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Duhut : Mais pas comme ça : j'ai commencé seulement parle prendre par le bras et le faire chavirer, en lui disant: « Mais laissez donc Monsieur tranquille. » Là-dessus, il m'allonge une gifle. Ah I mais moi qui n'aime pas bien ça...

Le Commissaire : Oui, c'est entendu.

Hirondeau : Je ne l'insultais pas le curé, au contraire.

Le Commissaire : Au contraire ? avec l'expression ordurière que l'inculpé a rapportée,

Hirondeau : J'ai dit ça à la bonne enfant ; c'est un mot très connu.

Le Commissaire jugeant qu'il y avait eu provocation renvoie Dubut,

Et voilà comment, avec les meilleures intentions de part et d'autre, on peut ne pas s'entendre.

L'ENFANT DE DEUX PÈRES

Le fait de négation de paternité d'enfants naturels, par le père supposé, est chose tellement banale, qu'elle ne saurait plus intéresser personne; le cas contraire, de deux hommes se disputant un enfant, est un trait de mœurs moins connu et qui, on le croira sans peine, doit fournir de piquants détails.

Ces deux hommes^ Roussi et Grillole, vont expliquer cela au commissaire de police.

Ils entrent dans son bureau, en discutant :

Boussi : Non, non, n'use pas ta salive, ferme ta boite à bêtises ; v'ià M'sieu le commissaire qui va nous dire ça aa juste.

Le Commissaire : Qu'est-ce qu'il y a?

Les deux hommes (])air\anl ensemble): Mon commissaire, faut vous dire...

Iloussl .-Ferme donc ta boite à bêtises; voilà, mon commissaire, c'est pour la chose de savoir de votre part si l'enfant est à Grilloie ou à moi.

Le Commissaire: Quel enfant?

Roussi: C'est un petit môme de trois ans dont c'est Grilloie qui l'a eu avec Maria Blanquette.

Le Commissaire : Eh bien, l'enfant est à lui, qu est-ce que vous venez me chanter?

Grilloie : Ah! tu vois bien.

Jioussi : Parce qu'il faut savoir la chose, dont Monsieur le commissaire, qui connaît tous les codes de la jurisprudence, va voir ce qui en est; voilà, mon commissaire. (A Grilloie) : Laisse-moi dire et n'ouvre pas ta boîte à bêtises. Voilà, mon commissaire, c'est venu que Grilloie étant mon ami dont Maria Blanquette était avec lui, c'est comme ça qu'elle est ilevenue ma maîtresse le jour de l'an, en s'embrassant pour les étrennes, ce qui fait qu'au mois de juin, elle a iîlé d'avec Grilloie pour venir se mettre avec moi, vu que je suis d'un caractère séduisant et que lui est jaloux comme un être carnassier; ce qui fait que menaçant toujours Maria de lui fiche des coups de tranchet dans le gosier, qu'il est cordonnier de son état, si elle n'allait pas passer quinze jours avec lui, je dis à Maria, vu qu'elle avait peur : « Allons, va passer quinze jours, tu reviendras après. » C'est bon, elle va quinze jours chez lui et pui elle revient avec moi ; mais au bout d'un mois, v'ià qu'il recommence à la terroriOer, et qu'elle retourne avec

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lui, puis après qu'elle revient avec moi et toujours comme ça pendant six mois, ce qui prouve que j'ai du cœur. Finalement qu'un jour, il la rencontre dans la

rue Saint-Martin, avec le moutard, qu'il chippe le moutard et qu'il se sauve avec; dont, le lendemain, il me dit à moi qu'ayant l'enfant, il aurait la mère, et alors, mon commissaire, qu'est-ce que je fais,

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moi malin? je vas à l'état civil et je reconnais l'enfant.

Le Commissaire : Eli bien, il est à vous.

Jioussi : Ahl lu vois.

Grilloie : Oui, mais moi, je veux épouser Maria,

Roussi: Moi aussi, je veux l'épouser, dont elle veut bien de moi et qu'elle ne veut pas de toi ; car, mon commissaire, vous allez voir: un soir, comme je rentrais, voilà Maria qui me saute au cou et qui me dit : « Grilloie sort d'ici; il m'a demandé de retourner avec lui; j'avais une peur que tu arrives pendant qu'il était là... » Tout à coup, je l'entends qui m'appelle dans Tescalier : « Roussi! Roussi I » Je descends et il me dit: « Viens prendre un verre à côté. » Je ne voulais pas; il me tourmente et nous allons prendre un verre. Alors, en buvant, il me dit : « Je voudrais avoir une entrevue avec elle pour savoir à quoi m'en tenir. » Moi, je consens et je dis : a Allons ! » Je Trappe à la porte, en disant : « C'est Grilloie qui voudrait avoir une entrevue. » Maria répond : « Zut ! » Ahirs, voyant qu'elle ne voulait pas ouvrir, il dit: «Qu'elle m'écrive, au moins. — Il demande que tu lui écrives un mot, » que je crie à .Mai ia. Maria lui écrit alors, entr'ouvre la porte et passe le billet. Nous retournons chez le marchand de vins. Grilloie lit le billet; il y avait dessus que tout était fini et qu'il rende l'enfant, vu que je l'avais reconnu. « C'est bon, qu'il dit, ne nous faisons pas de mauvais sang ; c'est entendu comme ça, mais je voudrais lavoir tout de même. — Monte que je lui dis, seulement je

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veux te fouiller avant. » Je le fouille; il n'avait rien et je le laisse monter. Maria ne veut pas lui ouvrir. Alors il revient et me dit : « Je lui ferai son affaire. » Je cherche à le calmer, lui disant : « Faut te faire une raison, puisqu'elle ne veut plus de toi. »

Le Commissaire : Enfin, qu'est-ce que vous voulez?

Roussi: Je veux qu'il rende l'enfant et que nous venons pour que vous lui disiez de le rendre.

Grilloie : Tu sais bien que l'enfant n'est pas de loi?

Roussi: Non, il n'est pas de moi, mais il est à moi.

Grilloie : Mais puisque tu sais qu'il est de moi.

Roussi: Oui, il est de loi, mais il n'est pas à toi.

Le Commissaire (à Grilloie) : Il fallait épouser la mère avant de laisser reconnaître l'enfant par un autre ; il est à celui qui l'a reconnu.

Grilloie : C'est tout de même bien drcMe, un enfant qui est de moi.

Roussi: Oui, mais il n'est pas à loi.

Le Commissaire : Allons, retirez-vous !

Et voilà cette situation bizarre d'un homme qui est père sans avoir d'enfant, et d'un autre qui a un enfant sans être père.

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