‹ Le bureau du commissaireChapitre 26 sur 104 · L'EX-ÉPOUSE QUI HÉRITE · texte numérisé non relu

L'EX-ÉPOUSE QUI HÉRITE

Sans vouloir comparer le divorce à l'une de ces mauvaises pièces de Ihéàlrequi n'en attirent pas moins la foule, il faut bien constater que la loi qui l'a rétabli, attire, elle aussi, la foule des gens désireux de briser la chaîne conjugale: ces plaideurs en divorce font-ils vraiment reconnaître combien le besoin de la susdite loi se faisait sentir? Elle n'a encore affranchi aucun époux infortuné et intéressant, d'un joug aussi odieux qu'immérité, et le plus clair de son résultat est le nombre toujours croissant de demandeurs et de demanderesses désireux d'épouser, les uns leur maîtresse, les autres leur amant ; disons que les Tribunaux ne se prêtent pas aisément à cette fantaisie; mais, enfin, on n'en attend pas moins un nouvel exemple de la pauvre jeune femme mariée, sans le savoir, à un ancien forçat, ou quelque autre de ces cas exceptionnels qui ont fait

réclamer à grands cris et voler une loi dont l'application est si peu exceptionnelle, qu'elle nécessitera, si cela continue, la création d'une chambre spéciale des divorces.

Il est juste, d'ailleurs, de reconnaître que les rombreux divorces n'ont pas éprouvé de regrets, puisqu'on n'a, jusqu'ici, aucun exemple d'un couple qui se soit remarié.

C'est donc tout à fait une nouveauté que le cas de cet homme tendre, nommé Poussepin^ amené devant le commissaire de police, pour violences envers son ex-épouse et, en outre, pour outrages aux agents. Jamais, à l'entendre, on n'a vu un amour pareil au sien pour la femme qui ne lui appartient plus et qu'il veut obliger à reprendre la vie commune.

Finissons-en tout de suite avec cette histoire à dormir debout, qu'il n'aurait jamais imaginée si, après le divorce prononcé, l'ex-madame Poussepin, qui fait connaître ce ilétail, n'avait pas hérité de quelques milliers de francs.

Le Commissaire : Voilà l'explication de votre amour.

Poussepin : Mais non, mon commissaire, c'est l'amour.

Le Commissaire : Enfin, vous n'avez plus aucun droit sur cette femme, laissez-la tranquille.

Poussepin : Mon magistrat, le divorce a été prononcé à mon profit; eh bien, j'}- renonce.

Le Commissaire : Comment, vous y renoncez?

LEX-EPOL'SE OL'l HERITE

Poussepin : C'est mon droit; un supposé un particulier e'ît condamné à me payer une pièce de 12 francs ou même plus. Je lui dis que j'y renonce et que je lui fais grâce; mon divorce, c'est la même chose; j'y renonce et je fais grâce à mon épouse, quoique je l'ai fait condamner pour adultère.

La Plaignante : N'y a pas, je ne vous suis plus rien de rien.

Puu^sepin : Alors, c'est fini?

La Plaignante : Faudrait nous remarier comme la première fois, ainsi...

Poussepin : Alors, je te redemande en mariage.

La Plaignante : Oui, parce que j'ai hérité; je la connais, celle là; d'ailleurs, je trouve à me remarier ave un autre.

Poussepin : Ça n'est pas pour tes beaux yeux, c'est pour ton héritage qu'il veut t'épouser.

La l'iaignante : Eh bien, et vous?

Poussepin : Moi, c'est par amour. Adélaïde, 'je te demande en mariage.

La Plaignante : Je sors d'en prendre, c'est assez.

Poussepin : Mais c'est un homme sans délicatesse, qui veut t'épouser, puisque l'es condamnée pour adultère.

La Plaignante : Eh bien, et vous?

Poussepin : Moi, comme mari, c'est pas la même chose ; je pardonne, ce qui est d'un bon cœur.

La Plaignante : Et puis que vous êtes un faignant,

ne travaillant jamais, et nue vous voudriez me manger mes 4,000 francs.

Poussepin : Oh 1 mon commissaire, pas travailleur, et que même je suis plongeur chez M. Henri,

Le Commissaire : Plongeur? qu'est-ce que c'est que cela?

Poussepin : Plongeur, eh bien, je suis à la cuisine, chez M. Henri, marchand de vins Iraileur, c'est moi que je plonge la vaisselle et les couverts sales dans un baquet et puis la cuisinière les essuie : v'ià ce que c'est qu'un plongeur.

Le Con,missaire (à la plaignante) : Enfin, quelles violences a-t-il exercées sur vous?

La Plaignante : Mais, Monsieur, tous les jours que Dieu fait, il ine guette à ma sortie de chez moi...

Poussepin : Voyons, Adélaïde, remettons-nous en mariage; laisse-moi aller le fréquenter pour le bon motif.

La Plaignante : Ah ! qu'il m'embête, cet être-là.

Poussepin : Je ne dors plus, je ne mange plus; je ne fais que pleurer.

La Plaignante : Oh! et, il y a huit jours encore, il était à un bal de noces, où tout le monde dansait, et lui en particulier à s'en faire remarquer.

Pow^sepin : En particulier ! fallait donc que j'aille en Polichinelle à une noce?

Le Commiasaii^e (à la plaignante) : Mais la scène du 14 janvier?

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