LES DIGESTIONS DE MONSIEUR PIEDEVEAU
lions laborieuses, je vais consulter mon médecin qui est un vieux camarade de collège ; il me répond : « Je te connais, tu as un appétit de loup, lu es gouliafre et tu manges trop vite, tu dévores; lu te donneras une belle gastrite, si tu ne fais pas attention, mange moins vite et tes digestions seront bonnes. — C'est que, lui dis-je, c'est une si ancienne habitude... »
Alors il m'ordonne de faire un repos entre chaque plat. « Mais, lui fais-je observer, je ne puis pas rester à table sans rien faire. — Joues-ludupiano?me demandet-il. — Non. — Tant pis, un air entre chaque plat aurait été très bon; alors achète un orgue et joues-en une valse après le potage, un quadrille après l'entrée, une polka après le rôti. » L'orgue me rendant enragé, je n'en aurais certainement pas acheté un. C'est alors que j'ai eu l'idée d'acheter un tambour, je m'en trouvais très bien...
Le Commissaire: C'est possible, mais vos voisins s'en trouvaient très mal.
M. Piédeveau: Ils pouvaient me le dire sans me crever mon tambour. Du reste, Monsieur le commissaire de police, le premier mouvement de colère passé, j'ai compris qu'au fond ils avaient raison et ces Messieurs peuvent affirmer qu'ils n'entendent plus le tambour.
Le Plaignant: C'est vrai, Monsieur a acheté une serinette; mais elle ne nous incommode pas.
M. Piédeveau: Je m'en trouve très bien ; mes digestions sont aujourd'hui faciles.
Le Commissaire : Allons tant mieux, Monsieur; si vous aviez usé, tout d'abord, de cette médication peu bruyante, vous ne vous seriez pas attiré une mauvaise affaire.
(Au Plaignant) : Est-ce que, en présence de l'altitude de Monsieur, et de la satisfaction qu'il vous a donnée, vous persistez à le poursuivre en police correctionnelle?
M. Piédeveau: D'autant plus que je ferai à Monsieur toutes les excuses qu'il désirera. S'il savait ce que c'est que d'avoir un mauvais estomac...
Le Commissaire: Voyons, Monsieur, vous allez avoir des ennuis, des pertes de temps, réfléchissez.
Le Plaignant: Eh bien, que Monsieur verse au bureau de bienfaisance cent francs pour les pauvres.
M. Piédeveau: Oh! tout de suite, vous allez venir avec moi.
Le Plaignant: Alors, je retire ma plainte.
Le Commissaire: Vous avez raison ; et vous, monsieur Piédeveau, tenez-vous-en à la serinette.