A LA GRANDE MARMITE
[salle an fond).
Le Commissaire : Enfin, cette fille ne vous a pas rapporté vos cent sous?
/.-? Plaignant : Faites excuse, elle est revenue avec le pied de cochon, un litre, du pain et du cognac et elle m'a rendu ma monnaie.
Le Cointnissaire : Eli bien, alors, de quoi vous plaignez-vous?
Le Plaignant : Je me plains qu'ayant passé la nuit d'avant à travailler pour quelque chose qui était pressé, je me suis endormi après le cognac.
Le Commissaire : Ah! voilà l'affaire : cette fille vous a dépouillé pendant votre sommeil.
92 LE lîUREAU DU COMMISSAIRE
Le Plaignant : C'est ça ; quand je me suis réveillé, elle n'y était plus; il faisait noir comme un ramoneur et je médis : « Cré nom d'un chien! il doit être lard, à quelle heure que je vais arriver?... » Et plus d'argent pour prendre le chemin de fer, vu qu'elle m'avait rincé mes poches ; alors j'ai été à Vincennes à pied, je suis arrivé à onze heures; ma femme faisait une gueule!... elle ne savait pas s'il m'était arrivé quelque chose, soit écrasé ou autrement et pas le sou ! alors je luiaidil que des rôdeurs m'avaient tombé dessus et tout pris; seulement comme je n'avais ni pocheœil ni rien de déchiré, elle a eu de la défiance; depuis ce jour-là c'est des vies à la maison!... et tout çi est venu d'une prise de tabac qu'elle m'a demandée.
L'Inculpée : Preuve que ça n'est pas moi, vu que je ne me fourre pas des saletés comme ça dans le nez.
Le Commissaire (au plaignant) ; A quel hôtel avezvous mené cette fille?
Le Plaignant : Ah! je ne sais plus; c'est elle qui m'y a mené.
Le Commissaire: Alors, comment prouverez-vousque c'est elle?
I^e Plaignant : Parce que je la reconnais.
Le Commissaire : Cela ne suffit pas.
Et la fille est renvoyée.
L'aventure n'en a pas moins troublé le bonheur do-